‹ Les chemins de fer russes de 1857 à 1862Chapitre 104 sur 155 · DE L'ÉMANCIPATION · texte numérisé non relu

DE L'ÉMANCIPATION

lérieures. Elle a resserré contre un ennemi commun le lien qui uuil les diverses classes, et Télan patriotique qu'elle a provoqué a permis de gagner du temps pour la solution de beaucoup de questions difllciles.

Mais le plus grand écueil de la réforme du servage est l'administration inintelligente, formaliste et corrompue qui est chaînée de l'accomplir et de la défendre. Le paysan perd en même temps par l'émancipation la protection du seigneur et la sauvegarde de l'association communale. Peut-être regrettera-t-il un jour son premier état. Ici encore la réforme n'est pas complète, et demande à tout pénétrer.

Le servage était la base d'une pyramide sociale dont l'empereur occupe encore le sommet, et dont une administration très-fortement centralisée tient les hauteurs moyennes. En Russie, l'administration n'est pas un corps constitué à coté pour ainsi dire de la nation, pour lui rendre des services nettement définis; c'est un corps placé au-dessus de la nation avec le droit omnipotent de l'infaillibilité, émanation nécessaire du pouvoir absolu du souverain. L'administration fait valoir à son profit contre les individus les prérogatives de la couronne. La liberté est incompatible avec celte erreur de principes. Il faut, puisque le servage est détruit, que l'autocratie disparaisse ou se transforme, que l'empereur soit le chef de l'administration et non le maître du pays, que le droit individuel ait d'autres garanties que le bon plaisir du monarque. L'histoire est sur ce point d'accord avec la logique. Ce n'est pas par une circonstance fortuite que le servage se sQit définitivement constitué dans le même siècle que l'autocratie : on ne peut briser le lien moral qui unit ces deux institutions. L'émancipation du paysan enti*aînera dans un avenir plus ou moins éloigné l'émancipation politique de la nation : la couronne aura ainsi posé elle-même le principe qui doit la transformer un jour. D'ici là, Thistoire de la Russie sera probablement signalée par bien des désordres : car de toutes les réformes, celle qui consiste à introduire dans une administration le sens moral qui lui fait défaut est peut-être la plus difficile à mener jusqu'au bout, parce que les agents de la réforme sont les premiers intéressés à la faire échouer. Il y a un second obstacle, tout politique, aux progrès de la Russie dans la voie où elle est entrée. L'empire est formé d'une agglomération de peuples différents de caractères et d'origines, et ayant des tendances opposées. Le même sceptre est étendu sur des Russes, des Polonais, des Allemands, des Boukhares : l'autocratie est regardée, peut-être avec raison, comme le seul procédé de gouvernement qui puisse maintenir l'unité mensongère de l'empire. Si donc la nécessité des réformes doit être de mieux en mieux sentie, le gouvernement ne |)ourra ou n'osera satisfaire aux légitimes besoins du peuple; la continua-

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lion du désordre dans l^empire russe ne manque pas ainsi d'une grande probabilité.

Ce chapitre a été écrit en 1863. Nous nous empressons de constater ici les amélio* rations réalisées depuis lors.

L'émancipation a entièrement réussi. On n'est pas encore sorti de la période de transition ; mais on peut regarder comme certain que vers 1872, tous les paysans seront libres, et que TÉtal sera remboursé par leurs redevances annuelles des avances qu'il leur a faites.

Les anciens propriétaires ont éprouvé pour la plupart des pertes considérables ; ceux-là seulement n'ont pas souffert qui, pressentant l'urgence de la réforme, n'ont pas attendu le manifeste de 1861 pour passer des contrats avec leurs paysans, traités par eux comme des métayers ou des fermiers libres.

Depuis 1861, on a continué, conâme nous Tavons dit déjà, à publier chaque année le budget général de l'empire. Ce n'est pas là un signe politique sans valeur. Celte pièce est fidèle, et accuse franchement les déficits.

La justice se rendait autrefois à huis clos et sur mémoire ; elle est publique aujourd'hui, et se rend sur plaidoyer oral.

^ On constate en même temps plus d'honnêteté dans les administrations publiques. Malheureusement ce progrès si désirable n'a pas atteint toutes les branches de l'administration, et nous pourrions en citer pour lesquelles le progrès paraît s'être produit en sens contraire.

Les administrations locales ont été oi'ganisées sur une large base, de sorte qu'au point de vue administratif, la représentation des intérêts est assez complète.

Au point de vue politique, il n'y a rien de changé. L'autocratie est toujours absolue, et l'héritier de la couronne, à l'époque de sa majorité, jure encore de la maintenir.

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