CONSÉQUENCES
comprendre le désappoiDlemenl du paysan, il faut savoir que, dans sa pensée, il était possesseur de la terre, et que son seigneur était seulement pour lui une sorte de souverain intermédiaire, auquel il était tenu de fournir un impôt en nature ou en travail. Le règlement qui réduit la propriété du paysan à sa cabane et à son jardin, et qui attribue au maître la presque totalité du sol, est d'après ces idées un vol fail au paysan, qui trouve dur de payer pour avoir le droit de cultiver des terres dont il s'attribuait d'avance la propriété pleine et entière.
L'émancipation, telle que le gouvernement l'opère, ne laisse pas dans l'indigence la masse des paysans détachés du sol. L'émancipation, telle que la voulaient ceux-ci, en aurait fait de grands propriétaires. Leurs prétentions se résument en un seul mot : la terre aux paysans et pour rien.
La dépréciation générale des propriétés réalisera en partie ce programme révolutionnaire. Le paysan finira par avoir la terre pour peu de chose, et le seigneur par se ruiner entièrement. L'empire russe aura fait par l'émancipation un grand pas vers les doctrines démocratiques, contre lesquelles un faible reste d'aristocratie avait jusqu'à présent lutté.
Les conséquences économiques de l'émancipation ne peuvent être que trèsheureuses, une fois les premiers désordres passés : c'est la première mesure réellement efficace pour la mise en valeur du* pays. La réforme ne s'accomplira pas cependant sans toucher sur certains écueils. La production luisse suffit, comme nous l'avons vu, aux besoins du moment ; plus économiquement conduite par le travail libi'e, elle ne devra pas, si l'exportation fait défaut, occuper le même nombre de bras pour fournir les mêmes quantités de produits. Une fraction de la population rurale se rejettera donc vers les diverses industries, et là elle rencontrera de nouveaux obstacles, des règlements, des n^onopoles, un travail qui n'est pas entièrement libre. La liberté n'était nulle part dans la Russie d'autrefois ; si on la met dans l'agriculture, il faut la mettre partout en même temps.
L'ajournement des voies de communication, et entre autres de la ligne de Moscou à la mer Noire, était une faute grave dans de telles circonstances. Toute facilité à l'exportation des céréales augmenterait les produits de l'agriculture et lui permettrait de nourrir un plus grand nombre d'individus ; d'un autre côté, un immense chantier de 1,400 verstes de longueur aurait présenté de bien précieuses ressources aux populations dans les crises qu'elles pouvaient avoir à traverser.
La distraction du travail faisant ainsi défaut, Finsurreclion de la Pologne est venue, en un sens, donner au gouvernement un secours utile pour ses réformes inr