PREMIÈRE ÉMISSION D^ASSIGNATS
Horalions décrélées par l'impératrice Anne. Outre cette première faute, elle reprit une idée émise sous le règne d'Elisabeth, et qui consistait à substituer à la lourde monnaie de cuivre, taxée arbitrairement par l'Etat, la monnaie plus maniable de l'assignat en papier, sur laquelle le gouvernement écrit ce qu'il veut, qui coûte peu de chose, et qui permet à TElat de croire qu'il possède toutes les sommes dont il a besoin.
L'émission des premiers assignats se fit en 1768, et s'annonça avec une certaine timidité. L'assignat se présentait au public comme devant remplacer la monnaie de cuivre. Deux banques furent créées : l'une à Pétersbourg, l'autre à Moscou. Ivcs particuliers étaient invités à y déposer leur cuivre, en échange duquel les banques leur donneraient des assignais pour la valeur déposée. L'échange inverse du billet contre du métal devait d'ailleurs être toujours possible. Ces mesures plurent au public, et, en un instant, il y eut en circulation 1 million de roubles en monnaie de papier. Enhardi par ce premier succès, le gouvernement augmente graduellement la quantité d'assignats à échanger, puis il se laisse séduire par les facilités que lui présente son crédit, et émet du papier sans garantie méUillique. Un moment, l'impératrice s'émeut des conséquences possibles de cette innovation; elle limite, en 1774, à 20 millions de roubles le total des assignats qui pourront être mis en circulation dans l'empire. Mais, sous un gouvernement absolu, des impressions de celte nature ne tardent guère à s'effacer. On voit bientôt, en 1785, la quantité d'assignats atteindre la somme de 50 millions. Jusque-là le cours de la monnaie de papier se soutenait assez bien pour encourager le gouvernement dans ses oi)éralions les plus audacieuses: le papier ne perdait pas plus de 2 à 5 pour 100. En 1786, la création de 50 millions de roubles en nouveaux assignats, qui ne doivent plus être échangeables, est le signal d'une dépréciation qui croîtra désormais d'année en année, et qui s'accélérera encore dans les dernières années du grand règne par l'émission de plus de 57 millions en papier. Le rouble assignat s'échangeait, en 1786, contre 98 kopeks en argent; il tombe, en 1791, à 81 kopeks 1/5; en 1795, à 71, enfin à 68 1 2 à l'avènement de l'empereur Paul. Il ne s'arrêtera pas à ce niveau.
Le gouvernement recueillait dès lors le fruit de ses opérations : les impôts rentraient en assignats, et les prix s'étaient élevés de toute la valeur perdue par la nouvelle monnaie coui-ante.
Pour subvenir à d'impérieuses nécessités auxquelles ne suffisaient- ni les taxes
DÎ les revenus de la couronne, on a encore recours à la création de nouveaux assignats,
sauf à les déprécier de plus en plus. Aussi la quantité de papier en circulation s'accroît
avec une vitesse de plus en plus grande. Elle montait à 158 millions à la mort de