‹ Les chemins de fer russes de 1857 à 1862Chapitre 112 sur 155 · DES MONNAIES · texte numérisé non relu

DES MONNAIES

dre I". « Celle monnaie n'est pas à moi, elle esl à mon peuple, » répondil-il au ministre qui, à son avènement, lui présenlail un modèle de rouble à son effigie : idée que Joseph de Maistre trouve révolutionnaire et qualifie d'inconcevable *.

Pierre le Grand fît deux réformes très-utiles aux rapports commerciaux de la Russie avec l'Europe, l'une en plaçant l'origine de l'année au 1*"" janvier*, et en introduisant dans le calendrier russe les mois usités chez toutes les nations chrétiennes'; fautre en substituant, dans les actes officiels, l'ère chrétienne à l'ère de la création du monde, qui ajoute à chaque date une somme de 5508 années. Malheureusement Pierre se borna à adopter le calendrier que les peuples du Nord, Anglais et Suédois, possédaient encore de son temps, c'est-à-dire le calendrier Julien *. Les Anglais s'obstinèrent jusqu'en 1752, en haine du Pape, à repousser la réforme grégorienne; et, quand tout le reste de l'Europe se fut rangé au nouveau style, l'empereur Pierre T" n'existait plus pour imposer au clergé russe une seconde réforme que l'Eglise orthodoxe ajourne de tout son pouvoir.

Pierre le Grand se laissa entraîner à trois reprises à l'altération des monnaies : en 1704, en 1711, en 1718. Le rouble, qui, sous le tsar Féodor, contenait 11 zolotniks et 40 dolis d'argent pur (48^',7), fut réduit en 1704 à 5 zolotniks 67 dolis (24^5), puis à 4 zolotniks 83 dolis (20^',75) en 1718. Pierre rentra encore dans les errements d'Alexis en fabriquant des masses de monnaies de cuivre à un taux nominal exagéré. Les guerres étaient le prétexte de ces opérations désastreuses. Le poud de cuivre se vendait à cette époque en Russie de 5 à 6 roubles d'argent. Le gouvernement créa successivement de la monnaie de cuivre, en comptant le poud de métal à 12*^,80 (1704), puis à 15*^,40,- puis à 20 roubles, enfin à 40. Le renchérissement général qui suivait chaque abaissement des monnaies amenait le gouvernement à s'enfoncer plus avant dans l'abîme.

L'impératrice Catherine r% tout en relevant un peu le titre des monnaies d'argent, continua l'émission du cuivre au cours de 40 roubles le poud, et eut l'enfantillage d'ordonner aux détenteurs des monnaies de cuivre plus anciennes de rapporter ces

* Correspondance diplomatique d^ 1811 ô 1817, par M. Albert Blanc, l. I*% p. 27. Nous avons trouvé dans ces lettres plusieurs renseignements sur la question qui nous occupe ici.

* « Le 1'^ septembre (1634) les Moscovites célébrèrent le jour de leur nouvel an: d*autant que n*ayant point d'autre épo({ue que celle de la création du monde , qu'ils croient avoir été fait en automne , ils commencent Tannée avec le mob de septembre, et ils comptaient alors 7142 ans : suivant Topinion des Grecs et de TÉglise d'Orient, qui comptent 5508 ans depuis la création du monde jusqu'à la nabsance de Jésus-Christ. » (Oléarius, Voyage en Moscovie, t. I", p. 54.)

* Les Polonais ont conservé les noms slaves des mois. Les Russes ont adopté les noms latins légèrement altérés.

* Les puissances protestantes de l'Allemagne s'étaient exécutées sur la réforme du calendrier dès 1700.

i52 CATHERINE II.

monnaies au trésor pour les échanger, rouble pour rouble, contre la monnaie nouvelle, d'une valeur intrinsèque moindre. Il est clair que Tordre de Fimpéralrice ne fut jamais exécuté, et que le cuivre relativement plus riche des émissions antérieures, sortit de la circulation sans rentrer dans les caisses de l'Etat.

L'impératrice Anne améliora la monnaie d'argent sans cesser la fabricalion des monnaies de cuivre. L'impératrice Elisabeth, comprenant enfin que cette masse de cuivre faisait disparaître toute la monnaie d'argent et entretenait la cherté universelle, voulut retirer tous ces cuivres, ou les transformer seulement en monnaie d'appoint. Le gouvernement ne pouvait rembourser toute cette petite monnaie en une autre monnaie réelle ; il la démonétisa peu à peu, ne l'acceptant en payement des impôts que pour une valeur réduite d'année en année. Les erreurs du gouvernement étaient ainsi mises à la charge des particuliers. Mais les réformes tentées par Elisabeth Tie devaient pas soulager le trésor. Une quatrième impératrice, Catherine II, dont le règne est, pour réclat extérieur, l'égal de celui de Pierre le Grand, allait en effet porter à la situation financière de la Russie un coup dont elle devait longtemps se ressentir, et dont elle ne s'est pas encore relevée.

Une seule mesure intelligente est due à Catherine II en matière de finances : elle régla le cours légal de la monnaie d'or, en prenant le nombre 15 pour rapport des valeurs de l'or et de l'argent à poids égal.

Les variations possibles de ce rapport ont fait penser à certains économistes qu'il y avait lieu de n'accorder de valeur monétaire qu'à l'un seulement de ces deux métaux. C'est pousser trop loin l'obéissance aux principes. Si l'on observe que l'or et l'argent ont des usages parfaitement identiques, et que la baisse de la valeur de l'un entraîne nécessairement une baisse pour la valeur de l'autre, on reconnaîtra que les variations du rapport de leurs valeurs simultanées doivent toujours rester assez petites, et le danger de voir l'un des deux diminuer sensiblement de prix, sans que l'autre l'accompagne dans cette baisse, ne paraîtra plus aussi réel. On a vu en effet le rapport de l'or à l'argent, fixé à 15 5 en France, à la fin du dernier siècle, tomber seulement à 15^5, après que la multiplication des espèces en or eut profondément altéré la proportion primitive entre les quantités de l'un et de l'autre de ces métaux \ Un rapport fixe entre Tor et l'argent facilite au contraire singulièrement les relations commerciales. Catherine fixa pour ce rapport le nombre 15; Nicolas l'a relevé à 15 %, un peu audessous du rapport légal des monnaies françaises.

Mais Catherine altéra le cours des monnaies d'argent en revenant sur les amé-

* Dupuit, La liberté commerciale^ p. 55.

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