‹ Les chemins de fer russes de 1857 à 1862Chapitre 7 sur 155 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Construit parla Courwme, Entreprise du général Ogarew

\ Entreprise Gouin.

Si l'on fait abstraclion des terrasscmeiils exécutés par rancieiine admhiislralioii, entre Sainl-Pélersbourg et Pskoff d'une part, et entre Byalistoek et Varsovie de l'autre, le volume total des terrassements de la ligne de Varsovie s'élève à 3,797,000 sagènes cubiques, environ 37 millions de mètres cubes. Le nombre des ouvrages d'art monte à 538, représentant un débouché linéaire total 1562'^%63, ou de plus de 3 kilomèlres. Les chantiers de la ligne offraient en moyenne pendant la campagne de 1859 un effectif de 32,000 ouvriers.

g 2. — EMBRANCHEMENT DE LA FRONTIÈRE DE PRUSSE».

(1G3 VERSTES

C'est à la vers te 674 que se détache l'embrancliemenl de la ligne de Varsovie vers la frontièie prussienne. Li bifurcation est placée dans la station de Lantvarovo à 16' 1/2 de Vilna, prés d'un lac situé en un point du faîte séparatif de la Vilia el du Niémen. Ces deux cours d'eau se réunissent à Kovno. Les 40 premières versles du

* V. planches XV et XVI.

DE LA FRONTIÈRE DE PRISSE. Il

tracé suivent l'inclinaison de celle ligne de faîle. Le chemin de fer s'en sépare plus loin pour se rapprocher graduellemenl de la rive droite du Niémen, qu'il alleint en amont deKovno. Le Niémen franchi, la ligne enlre dans le territoire polonais, dont les escarpements forment la rive gauche du fleuve. La vallée d'un de ses affluents, la Jésia, offre, à travers ces escai'pemenls, une ouverture par laquelle le tracé gagne le plateau qui s'étend de Mariampol à la frontière de Prasse. 11 passe de la vallée de la Jésia dans celle de la Pilva, affluent de la Szeszoupa, qu'il coupe à la verste 807 ; il rencontre quelques autres tributaires du Niémen, la Szémiana, la Szei'vinla, et vient aboutir à Yierzboloff*, en face de la station prussienne d'Eydtkuhnen. Un pont de 8 sagènes, jeté sur la Lipone, petite rivière qui fait la frontière entre la Pologne et la Prusse, établit la communication entre ces deux gares, où, les voies n'étant pas les mêmes, tous les trains doivent subir un transbordement.

Tel est le tracé rationnel du chemin de (er, tracé très-simple et où l'on ne voit d'autre grand travail que le jwnt sur le Niémen. La place naturelle de ce pont serait en face du point où s'ouvre la vallée de la Jésia. Celle solution fut d'abord proposée par la Compagnie, mais le gouvernement la repoussa. Le pont de Kovno se trouve reporté à 200 sagènes vers l'aval; la culée de rive droite est située en face d'un ravin voisin de Kovno, et nommé dans le pays ravin de Mickiewicz. Le pont, s'il était droit, buterait à son extrémité opposée contre les escarpements de la rive i>olonaise. Aussi lui a-l-on donné un biais de 68"* ; cette déviation ramène la ligne vers la vallée de la Jésia par un tracé à flanc de coteau. Pour faire communiquer le ravin de • Mickiewicz avec le tracé venant de Lantvarovo, il a fallu percer par un souterrain de 600 sagènes le contre-fort qui en cet endroit domine la rive droite du Niémen. En résumé, à un parcours possible à ciel ouvert, on a substitué un tracé un fçn plus long, qui rend biais le pont du Niémen et qui exige la construction d'un souterrain de 1,200 mètres, lequel souten-ain, ouvert en grande section dans un terrain difflcile, a coûté à lui seul quinze cent mille roubles.

Quelle raison, dira-t-on, a pu conduire à l'adoption d'un tracé à la fois si onéreux et si bizarre?

Le gouvernement iiisse n'a pas voulu que le pont de Kovno fût placé à l'endroit môme où, dans la nuit du 23 au 24 juin 1812, l'empereur Napoléon franchit le Niémen avec la Grande-Armée. Le fleuve dessine en ce point un coude très-prononcé dont la convexité est du côté de la rive polonaise. Cette rive est plus escarpée que la rive opposée. Sur celle-ci, le contre-fort que nous indiquions tout à Theurc ne s'é-

^ Eii allemand, Wirballeii.

li EMBRANCHEMENT

tend pas jusqu'au Niémen, qui en est séparé par une large plaine ; l'armée envahissante, occupant les hauteurs de la rive gauche, peut donc chasser les défenseurs delà rive droite, puis opérer le i)assage du fleuve, et réunir sur l'autre bord une grande masse de troupes, en restant toujours protégée par les feux de la rive polonaise. Le gouvernement, toujours préoccupé des intérêts militaires, ne laissa pas élever un pont fixe dans un point où la ligne du Niémen est pour la Russie une si faible barrière , et le pont fut reporté en conséquence en un point où la rive polohnaise menace moins la rive lithuanienne. Faut-il voir là une précaution militaire d'une valeur réelle, plutôt que l'effet d'une crainte un peu superstitieuse? Un iK)nl métallique est facile à couper lorsque la défense du pays exige un pareil sacrifice. Si d'ailleurs quelque puissance en guerre avec la Russie, oubliant Napoléon et Charles Xll, prétendait encore envahir l'intérieur de l'Empire, ses armées ne pourraient-elles pas, comme on l'a fait en 1812, traverser sans pont fixe le Niémen au point où s'est alors effectué le passage ?

En définitive, les motifs du détour imposé au chemin de fer à Kovno sont jugés très-médiocres par les autorités militaires les plus compétentes ; mais l'établissement du pont en un ix)int où la Russie a été envahie, excitait dans le gouvernement une répugnance instinctive que l'empereur Alexandre manifesta lui-mùme sur les lieux; on ne pouvait songer à triompher d'un tel sentiment.

' Les environs de Kovno ont ahisi vu les travaux les plus variés : l'une des têtes du souterrain , la gare et le pont du Niémen se succèdent dans un intervalle de 300 sagènes. La vallée de la Jésia renferme une série d'ouvrages d'art moins considérables: le tracé coujkî quatre fois la rivière. On a comparé cette j>arlie au chemin de fer de Liège à Verviers. La comparaison est assez exacte en ce qui concerne les intersections de la ligne et de la rivière; mais les contre-forts que

rencontre la ligne de Pologne sont bien moins escarpés que ceux de la ligne belge, et n'exigent aucun tunnel.

En comptant toujours les verstes de Pélersbourg, l'embranchement commence, comme nous l'avons dit, àla verste 674; le Niémen est franchi à Kovno à la vei^te 754, et la frontière de Prusse se trouve enfin entre les verstes 855 et 856. La cote du départ à Lantvarovo est 76,32; le Niémen est traversé à la cote 15,82 et la cote d'arrivée à Vierzboloff est 28,09. Dans l'intervalle, le tracé remonte à la cote 43,44, verste 772, pour sortir de la vallée de la Jésia.

Les pentes n'excèdent nulle part 5 millièmes. Le cube total des terrassements exécutés s'élève à 535,000 sagènes; les ouvrages d'art, au nombre de 121, présentent un débouché linéaire total de 307*'^,56; le nombre des ouvriers des chantiers

Page 1