‹ Les chemins de fer russes de 1857 à 1862Chapitre 87 sur 155 · LA · texte numérisé non relu

LA

maix-d'œutrb.

En i856, avant Touverlure des grands chantiers, la main-d'œuvre était donc à peu près au même prix en Russie et en France: elle a augmenté en quatre ans dans une proportion qui varie, suivant les professions, du quart à la moitié de sa valeur.

Mais la valeur de la main-d'œuvre n'est pas tout entière dans le prix de la journée; il faut comparer à ce prix la quantité de travail produite. Ici se manifeste rinfluence du servage,, dont la conséquence universelle est de réduire plus ou moins Tactivité el la puissance de production de l'individu. L'oi-ganisation rurale, par ses effets moraux comme par ses règlements, a été une des grandes difficultés des travaux publics de la Russie.

L'entrepreneur loue aux seigneurs, moyennant un prix convenu, des ouvriers pour toute la saison d'été, du 1*' mai au 1^ novembre. Il paye sur-le-champ, pour arrhes de cet engagement, la moitié du prix convenu. Pour effectuer ce premier payement, il faut qu'il emprunte le capital nécessaire, ou qu'il trouve des cautions qui lui permettent de solliciter des avances de fonds. L'entrepreneur est tenu de nourrir pendant toute la saison les ouvriers qu'il a loués, de les faire soigner s'ils sont malades, de leur donner les gants et la chaussure, de les loger, et enfin de leur assurer le bain russe une fois par semaine. Pour satisfaite à toutes ces obligations, il doit approvisionner pendant l'hiver, en profitant du traînage, la viande, les légumes et le Aiïï^ destinés à la nourriture de ses ouvriers; il doit leur bâtir des baraques, et créer des villages à proximité de ses chantiei*s. En un mot, avant le commencement des travaux, un entrepreneur dépense à peu près la moitié du montant de l'entreprise.

Le calcul du prix de la main-d'œuvre des ouvrière en location devient, dans ces

conditions, une opération de comptabilité très-complexe. Au prix de la location pour

la saison il faut ajouter le prix des fournitures pour gants et chaussure; le total

m DIVISION DE LA RUSSIE D'EUROPE

doit être augmenté d'un dixième pour tenir compte des gratifications à accorder aux ouvriers qui travaillent bien, des frais de police, et des pertes résultant d'accidents ou de désertion. Viennent ensuite les -frais de nourriture et de baraquement; la nourriture monte à environ 20 kopeks par homme et par jour, dépense qui s'applique aux cent quatre-vingt-quatre jours de la saison d'été. Le baraquement est évalué, en moyenne, à 3 roubles par homme pour toute la saison. Ces deux objets de dépense montent ensemble à environ 40 roubles par ouvrier. Il faut enfin ajouter les frais d'outils variables suivant les professions. Or, sur les cent quatre-vingt-quatre jours, durée réelle de l'engagement, le nombre maximum de jours où le travail de l'ouvrier est exigible est seulement cent trente-cinq^; et, en moyenne, ce nombre se réduit à cent vingt pour tenir compte des maladies et des jours de mauvais temps, si le travail doit s'effectuer en plein air.

Dans ces conditions, le mètre cube de terrassement est revenu en 1860 sur les lignes de la Grande Société, à 1 fr. 40 environ ; mais il faut observer que, suivant Vhabitude du pays, tous les transports de terres se font à la brouette j^isqu'à une distance de transport de 100 sagènes ou 213 mètres, de sorte que, si la distance de transport est supérieure à cette limite, on retrousse les déblais en cavalier, et on fait les remblais par emprunt; ce qui revient à compter séparément les. volumes des déblais et les volumes des remblais toutes les fois que l'échange des uns contre les autres suppose un transport de plus de 100 sagènes, d^oii résulte une quantité double de terrassements *.

Mais revenons à l'agriculture.

La Russie d'Europe a été divisée, au point de vue agricole, en huit zones, dont les trois plus septentrionales sont soustraites, par leur climat, à toute exploitation rurale. Ces trois zones sont la zone glaciale, la zone des marais, et la zone forestière. La première ne produit absolument rien. I^ seconde, couverte de mousses et de bruyères dans tous les points que les marécages n'ont pas envahis, est le pays des

* L'Église russe a un grand nombre de fêles chômées. II faut y ajouter quelques fêtes de la famille impériale pour lesquelles le chômage est autorisé. Ces usages protègent le travailleur serf et nuisent au travailleur libre.

* liCs meilleurs terrassiers de la Russie sont ceux des gouvernements de Smolensk, de Mohilefctde Minsk. — Sur les chantiers, on se sert de brouettes dont la construction est très-défectueuse. Les manches sont écartés dt^ mesurément aux poignées que l'ouvrier doit tenir. A l'autre extrémité de l'appareil, le corps même de la brouette porte sur une roue pleine, en fer, de très-petit diamètre et de faible épaisseur. Li convergstnce exagérée des manches a pour effet de réduire la longueur de l'essieu de cette petite roue. Cette disposition bizarre, qui fatigue le rouleur en augmentant inutilement la tension développée dans ses bras, présente un avantage réel dans un pays où le vol (lu fer et des métaux est passé daiis les habitudes. L'ouvrier abandonne sa brouette chaque soir en tpiittant le chantier, mais il a soin d'emporter la petite roue métallique avec lui; autrement, il est probable que le lendemain il ne la retrouverait plus. Une grande roue serait beaucoup plus incommode à emporter chaque soir et à rapporter chaque matin.

EN HUIT ZOxNES. 125

rennes, des bèlcs à fourrure el des oiseaux à duvel épais; les cygnes cl les oies sauvages. La troisième zone est, comme nous Tavons déjà dit, habitée, dans sou épaisseur, par des jieuples nomades, chasseurs d'écureuils, et, sur sa lisière méridionale, par des populations sédentaires qui font vivœ leurs bestiaux dans ses herbages. Ces trois zones nous font atteindre la latitude de 65**, limite extrême de l'agriculture.

Les cinq zones qui restent sont caractérisées chacune par une production spéciale.

La plus au nord est la zone de Torge, celle de toutes les céréales qui s'accommode le mieux aux climats septentrionaux. 11 paraît même qu'en Norwége Vovge dépasse le 70' degré de latitude. Malgré cette vigueur exceptionnelle, la culture dans la zone de Toi^e ne donne pas encore un produit suffisant pour nourrir la population, très-peu condensée du reste, qui habite ces climats rigoureux. Le bétail est sa ATaie richesse, complétée par la chasse, la pêche el rexploilation des forêts.

A la latitude de 65% commence la zone du seigle eldu lin, lapins large de tout l'empire; elle s'étend, au sud, jusqu'au parallèle de 51*" '.

La zone du froment est comprise entre les parallèles de 51"* et de 48"* ; c'est, par ses terres noires, la portion la plus fertile de toute la Russie. Le froment y est accompagné des fruits de jardin, qui ne dépassent guère le 51* degré. La pomme fait excep- * lion ; elle réussit encore jusqu'à 58\

La zone du maïs el de la vigne s'étend du 48* au 45* degré, région occupée eu grande partie par les steppes.

Enfin, la huitième et dernière zone, qui comprend la côte sud de la Crimée et le versant méridional du Caucase , appartient entièrement au climat du Midi ; on y trouve Tolivier, le vers à soie et la canne à sucre, et la physionomie des rivages de la Méditerranée.

Cette division par des cercles de latitude est sujette à de graves objections ; elle est fondée plutôt sur la considéi^ation des cultures possibles que sur celle des cultures réelles, et elle réunit sous une même dénomination dçs points très-divers |X)ur le climat et pour la constitution géologique, el dont les valeurs agricoles sont loin d'être égales. La division suivante, due à M. Arsénieff et citée, comme la première, par M. deTégoborski', indique une répartition plus vraie des productions du sol entre les parties de l'Empire.

* Le lin est encore une plante qui peut vivre dans rexti*êmeNord. Des émigrés français en portèrent la culture en Islande, après la révocation de Fédit de Nantes.

* Forces productives de la RussiCy t. I.

Page 1