‹ Les chemins de fer russes de 1857 à 1862Chapitre 86 sur 155 · STATISTIQUE AGRICOLE · texte numérisé non relu

STATISTIQUE AGRICOLE

Russie ; ici l'abondance, là la disette. Quand par hasard la neige tarde à couvrir le sol, les villes du nord sont exposées à manquer du nécessaire. On comprend que, dans ces conditions, la culture ait le caractère exclusivement pastoral, et que son premier objet, et presque son unique objet, soit de nourrir la population qui s'y livre: le produit est presque entièrement consommé par le producteur. S'il y a excès de production, cet excès est exposé à pourrir sur place avant d'avoir trouvé un emploi utile. De là le peu d'augmentation dans la richesse agricole. Le cultivateur ne cherche pas à stimuler les puissances productives du sol. Le système presque exclusivement adopté est celui de l'assolement de trois ans, qui laisse reposer la terre. L'agricultm^e russe ne produit en moyenne que quatre fois la quantité de grains semée.

Voici comment on évaluait, il y a une dizaine d'années, la production et la consommation moyennes de la Russie en céréales. Ce calcul ne comprend pas dans la Russie les étals annexes de la Pologne et de la Finlande, ce qui réduit la population de l'empire à 55,000,000 d'habitants.

bectolitres.

Récolte moyenne annuelle en céréales de toute espèce : environ. . . . 500,000,000

Celte quantité se répartit comme il suit :

Consommation intérieure, à raison de 6 hectolitres par habitant, moyenne qui comprend les rations des chevaux et du bétail 530,000,000

Semences, le quart de la récolte. 125,000,000

Reste, en partie employé à la distillation, en partie exporté, en partie

pourrissant sur place 45,000,000

Total 500,000,000

Pour mettre à la disposition des consommateurs les 330,000,000 hectolitres absorbés chaque année par la population de l'empire, il faut une répartitioo intérieure qui exige des transports bintains, difûciles et coûteux. On partage en trois classes, eu égard à ces transports, les gouvernements de la Russie : ceux qui fournissent plus de grains que leur consommation n'en réclame, ceux qui en fournissent autant, et ceux qui en fournfssent moins. La première classe comprend vingt-six gouvernements, parmi lesquels on remarque ceux dont les terres sont les plus fertiles, et aussi ceux qui, avec une fertilité moyenne, ont un petit nombre d'habitants. La seconde classe comprend seulement sept gouvernements. Li troisième classe en comprend seize, parmi lesquels on remarque Arkhangel et Astrakhan, deux types de stérilité aux deux extrémités de la Russie d'Europe, et aussi certains gouvernements, celui de Moscou

i20 EMPLOI DES MACHINES AGRICOLES.

par exemple, qui, sans être stériles, ont relativement une nombreuse population *.

En général, le Nord doit être nourri par le Midi, et la production du Midi est suffisanté en quantité pour donner largement au nord ce qui lui manque. L'agiîculture russe n'a donc besoin, quant à présent, que de moyens économiques de transports, et elle n'en est pas encore à adopter les procédés de culture perfectionnée de l'Angleterre et de la Belgique.

Il est cependant un point pour lequel l'agriculture russe s'est approchée deTagriculture anglaise : on trouve avantageux d'employer les machines agricoles en Russie, comme en Angleterre et comme dans les districts agricoles les plus avancés de la France, parce que la population rurale est faible et clair-semée, et que la rareté de la main-d'œuvre en a surélevé la valeur, quoique cette rareté ne puisse encore êlre attribuée à la concurrence de l'industrie. Les machines anglaises se sont ainsi introduites dans l'empire russe, où elles sont admises en franchise de tous droits, et elles y rendent les plus grands services ; le seul obsîacle à leur succès général est la délicatesse des mécanismes, et, par suite, l'impossibilité où l'on sera longtemps encore de leur faire subir, dans les campagnes de l'intérieur, les réparations qui deviennent nécessaires après un emploi tant soit peu prolongé.

On serait disposé à croire que dans un pays pauvre, tel que la Russie, la mamd'œuvre ne doit pas être chère. Les chiffres suivants donneront une idée de son prix à deux époques différentes, et montreront l'influence des grands travaux sur ce prix. Ces chiffres, qui résultent d'une série d'observations recueillies par l'administration de la Grande Société, ont été transformés en monnaie française en tenant compte de la baisse de la valeur du rouble entre les deux époques considérées.

' 1'* classe. — Kharkoff, Khcrson, pays des Cosaques du Don, Ekateriiioslaf, Kazan, Kief, Kovno, Koursk, Livonic, Nijni-Novgorod, Orcl, Orenbourg, Penza, Perm, Podolie, Poltava, Uëzan, SaratofT, Sinibir^k, Tamboff, Tauride, Tclicriiigoff, Toula, Vialka, Volhynie, Voron^je.

2* classe, — Bessarabie, Esthonie, Grodiio, Courlande, Smolcnsk, Slravropol, Yologda, o* classe. — Arkhangel, Astrakhan, Jaroslaf, Kalouga, Kostronia, Minsk, Mohiîef, Moscou, Novgorod, Olonelz, Ps^iofî, Saint-Pétersbourg, Tver, Vilna, Vitebsk, Vladimir. (Tégoborski, Forces productives.)

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