LE SERVAGE
sonl.au nombre des plus ferliles de loule la Russie. Une émigration dans ces contrées aurait déplacé vers Test le centre de la population russe. Or, déjà à cette époque, la tendance du gouvernement à s'étendre du côté de la Baltique est manifeste. Ivan le Grand avait réuni Tver à la Moscovie (1485); son successeur, Vassili III, y réunit encore Pskoff (1510). Celait ouvrir les voies à la création de Pétersbourg et à l'œuvre de Pierre le Grand. Le servage, en maintenant provisoirement h Moscou le centre de l'empire, a ainsi contribué, par un moyen très-indirect, à faire delà Russie une puissance européenne.
L'origine officielle du servage est le décret de 1595. I^s historiens ne cherchent jias à expliquer comment le gouvernement a réussi à attacher le pavsan à la terre, entreprise dont le succès eût été rigoureusement impossible, si elle avait eu simplement pour effet de faire passer tout un peuple de la liberté à la.semtude'.
Mais le mot de senage ne doit pas nous tromper. Le servage russe n'a point d'analogie, en principe, avec le ser^age tel que la conquête Pa constitué dans l'occident de l'Europe pendant tout le moyen âge. A Tépoque du décret de Féodor, le peuple russe, délivré des Tatars, était un peuple libre, jouissant d'un gouvernement national. I^ mesure prise par le souverain ne causa point de révoltes populaires, et l'histoire montre même indirectement qu'elle n'excita pas dans les masses de sentiments hostiles au pouvoir. Antrem'ent la chute de la dynastie de Rurick, l'usurpation de quatre souverains révolutionnaires, la guerre avec la Pologne, l'interrègne et Pavénement d'une nouvelle famille régnante, auraient été autant d'occasions pour le peuple de recouvrer sa liberté et d'obtenir pour ses droits une consécration légale. Tous ces événements se sont accomplis sans qu'aucun effort ait été tenté pour détrm're le servage, et ce n'est que vei-s 1665, c'est-à-dire soixante-dix ans après le décret de Féodor, qu'on aperçoit un soulèvement où il soit question de liberté.
Nous pensons donc qu'on se tromperait grossièrement si, comme le veut une certaine école moderne. Ton cherchait à expliquer par une simple mesure législative la créa-
* En réalité, rorigincdu servage remonta, en Russie, a une époque bien antérieure au décret de ^593. Le code de Jaroslaf, document du onzième siècle, constate Fesclavage d*une partie de la population. Le servage des paysans de la couronne date de la domination Mogole. Néaimioins, on peut regarder coomie démontré que, jusqu à la fin du seizième siècle, les paysans russes jouissaient de la liberté civile, et pouvaient passer d'une terre à Tautre, en changeant de seigneur : la fête de Saint-Georges était l'époque de ces changements de résidence. Le décret de i595 créa le servage en attachant le paysan à la terre d'une manière définitive. Karamzine le présente comme une sorte de règlement de police. Toutes les mesures législatives prises dans les deux siècles qui suivirent semblent avoir eu pour objet d'aggraver le sort du paysan. I^e premier recensement, sous l'empereur Pierre I", en 4721 , créa le cadastre par tête ; Catherine U étendit le servage à la petite Russie. Ce n'est que sous le règne de Paul que l'on voit paraître dans les lois russes des dispositions protectrices pour les serfs. Alexandre I*', grand partisan de l'émancipation, créa la classe des cubivflt^ur^ /tfrre« (1803), et affranchit les serfs des provinces Baltiques.