CARACTÈRE DU SERVAGE
lion du servage chez les paysans russes. Les causes du succès de celle créalion sont plus haules el plus morales. L'autocralic n'élaîl pas alors aussi absolue qu'elle le devint depuis sous les règnes du Isar Foodor III et surtout de Tempereur Pierre le Grand, son frère, el si le décret de 1593 fut accepté de Russes, c'est qu'il répondait à l'un des penchants les plus manifestes du caractère national.
La véritable origine du servage en Russie est le socialisme, la théorie du droit au travail, le goût du Russe pour les organisations sociales qui suppriment toute responsabilité chez l'individu. L'institution du servage est comme le complément de l'institution de rautocratie. Par l'une, la nation se dépouille au profit d'un chef de toute liberté politique et de toute initiative ; par l'autre, le paysan attaché à la terre devient, non pas nn esclave, mais pour ainsi dire un fonctionnaire laboureur '.
Le servage est en effet le seul résultat logique de la théorie du dmil au travail : car à tout droit correspond un devoir. Celui qui possède le droit d'exiger du travail et un salaire subit en même temps Tobligation d'exécuter, sans l'avoir choisi, le travail qu'un maître lui désigne. Appliquez ce contrat à la culture de la lerre, el la société ne comprendra plus que deux classes de personnes : les propriétaires d'-un coté, de l'autre les paysans devenus serfs *.
Pour n'avoir pas eu en Russie une origine violente % le servage n'en est pas moins
une erreur morale et une erreur économique, dont les conséquences ont mis plus de temps à se révéler dans ce pays peu peuplé et à peine exploité, qu'elles ne le feraient dans nos campagnes populeuses. Telle est l'explication de la longanimité du peuple russe. 11 s'est plaint plutôt des abus du servage que du servage en lui-môme, et^ s'il n'était pas dans la nature des institutions vicieuses de s'altérer de plus en plus en vieillissant, il est probable que les paysans n'auraient jamais manifesté le besoin de détruire cette organisation toute artificielle. Leurs soulèvements n'indiquent pas de tendances bien libérales. EnlCC3, Stenka Razine se met à la tête du peuple révolté,
* Si le gouvernement russe au seizième siècle avait supprimé les seigneurs entre les paysans et lui, la Russie aurait vu dès cette époque Tapplicatioii complète des systèmes socialistes qui ont été mis en avant de nos jours. L'aristocratie n'a jamais eu en Russie une grande influence politique ; mais c'est elle, néanmoins, qui a maintenu dans les lois de l'empire le principe de propriété, négation de toutes les théories socialistes , communistes el despotiques, et seule base certaine d'un avenir libéral.
' Voici un autre exemple des conséquences d'un faux principe. Il a été admis longtemps en Russie que tout noble doit servir l'État. La loi n'a fait (|ue consacrer une opinion universellement reçue en punissant de la perte de la noblesse le noble <pii se refuserait à un service public. H a faUu revenir sur une mesure aussi imprudente : car l'administration, exigeant le service de tous les nobles, s'engageait du même coup A leur trouvera tous un emploi, el créait pour cbacim une sorte de droit au travail. Toutes les clianc^lleries se trouvaient ainsi transformées en véritables ateliers nationaux.
^ M. de Tégoborski, en faisant ressortir les caractères du servage russe (Forces productives; 1. 1, p. 351), observe qu'un des grands avantages de l'organisation rurale est qu'elle présene la Russie des entrainemenls socialistes ou communistes. Singulier préservatif, qui réalise le mal qu'il a la prétention d'empêcher !