‹ Les Chenilles Venimeuses Et les Accidents éruciquesChapitre 13 sur 65 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'appareil venimeux

$ 1°. — GÉNÉRALITÉS

A la fin du xvrrr siècle, Geoffroy et Amoreux écrivaient que les démangeaisons causées par les chenilles étaient dues à la pénétration de leurs poils dans les pores de la peau et ils faisaient ressortir l’innocuité du contact des chenilles rases. |

- Goossens (1881) admet que toutes les chenilles sétifères sont susceptibles de provoquer des démangeaisons, surtout au moment des mues, où leurs poils devenant secs et cassants, peuvent occasionner une gêne sensible, mais il considère ce désagrément comme en général éphémère et sans suite redoutable, sauf lorsqu'il s’agit de certaines espèces qui vont jusqu'à engendrer la fièvre et même causer la mort « comme cela est arrivé il y a peu d'années au bois de Boulogne » (1).

Cet entomologiste admet avec Cauvet (1877) que les poils

(:) Nous n'avons pu trouver aucun détail sur cet accident érucique suivi d’exitus. Pissot, qui était Conservateur du Bois de Boulogne, n’en fait pas mention.

de chenilles ont un double mode d'action: 1° implantés dans les téguments, ils agissent comme corps étrangers; 2° ils . mettent en liberté dans les tissus une liqueur caustique. On sait, depuis Keller et Leydig, que le produit irritant est secrété par des cellules glandulaires situées à la base du poil.

Il n’en faudrait pas conclure que toutes les chenilles poilues sont cliniquement venimeuses. De nombreuses larves de nos lépidoptères indigènes possèdent des poils à cellules secrétantes et cependant les espèces de notre faune susceptibles d’occasionner des accidents sont en nombre très limité.

Il est nécessaire, pour qu’une chenille soit réellement venimeuse pour l’homme, que ses poils soient assez rigides pour piquer les téguments. Déjà, en 1859, Gervais et Van Beneden signalaient l’innocuité des « Chelonies » (ou Ecailles) à longues soies molles. Dans ce groupe, nous avons pu examiner l’Arctia caja L.: les poils piquent un peu s: on serre fortement la chenille, mais ils ne déterminent pas d’inflammation sensible. \

Nous avons aussi observé l’Acronycta Aceris Ochs., cette larve possède. des cellules hypodermiques secrétantes, maïs ses longues soies jaunes sont un très mauvais instrument d’inoculation.

Chez d’autres espèces, l’arme vulnérante existe, mais le venin fait défaut; c’est ainsi que les chenilles des Vanesses sont armées d’épines aigues, mais il n’y a pas de glandes venimeuses à la base de ces appendices. Les cellules secrétrices peuvent même coexister avec des poils rigides sans que l’on observe aucun accident : la chenille du petit Paon de nuit (Saturnia Carpini) présente de nombreux tubercules ; chacun est surmonté de sept poils noirs, roides et courts, munis de cellules glandulaires; lorsqu'on saisit l’insecte il

Page 1