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Nous avons précédemment indiqué comment Goossens
avait préparé, en 1886, un extrait alcoolique de processionnaire du chêne. Cet auteur rapporte qu'il a appliqué sur un
morceau de taffetas gommé la substance grasse, colorée en vert foncé, obtenue après évaporation de l'alcool. Il place cette préparation sur son bras et constate qu'après dix heures il y a « soulèvement de l’épiderme avec épanchement de sérosité ». Il se demande ensuite si une nouvelle substance vésicante serait la bienvenue: « en résumé, malgré leur nombre, les coléoptères n ‘offrent que le genre Cantharis avec ses dangers et on ne le remplace guère, jusqu’à présent, qu'avec le bois de garou avec ses inconvénients », et Goossens conclut en faveur de cette substance épispastique qui conserve longtemps ses propriétés, d'autant plus que la plupart des Cantharides nous viennent de l'étranger, alors que nous ne manquons pas en France de chenilles processionnaires.
J. H. Fabre, estimant que « l’acquisition d’une idée vaut bien le sacrifice d’un peu de sa peau », a fait sur lui-même de nombreuses expériences ; il a en particulier employé comme emplâtre un carré de papier buvard trempé dans un extrait préparé par macération de mues dans l’éther et concentré par évaporation. Après vingt-quatre heures l'appareil est levé: « la peau Se montre ruguleuse ainsi qu’un lambeau de peau de chagrin. Chacune de ces menues pustules pleure une larme de sérosité qui se concrète en une matière semblable de coloration à la gomme aräbique. Ce suintement se maintient une paire de Jours et au dela. Puis l’inflammation se calme, la douleur jusqu’ ici fort agaçante s'apaise… » et plus loin: « mon petit vésicatoire équivaut au contact de cinquante chenilles sur le même point. Il est hors de doute
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que, si la macération portait sur des quantités considérables, on arriverait à des extraits d’une redoutable énergie. Rien ne dit que la médecine ne tire un jour parti de ce puissant : révulsif, tout différent de la cantharidine ». Les cliniciens contemporains ont surtout proposé lutilisation des chenilles dans la médication urticante.
2° Urtication. — L'urtication par l’ortie était connue des anciens ; Celse (De re medica lib. 3, cap. 27) et Arétée (Curat. acut. Hb. 1, cap. 2) l’indiquent contre le coma et la paralysie. D'autres médecins l'ont pratiquée sur les cuisses pour rappeler le flux mensuel (Bul. de Ferussac, t. IX, p. 77); on l’a __encore conseillé pour l’anaphrodisie, etc... mais il ne semble pas que les processionnaires aient été employées comme suc- . cédanés des orties avant le x1x° siècle.
« En 1832, au moment du choléra, rapporte le docteur « Bois-Duval, lors de l'anarchie qui existait entre les méde- « cins, un praticien fort connu essaya, pendant la période « algide, des frictions avec les nids de processionnaires (du « chêne), afin d'obtenir une réaction à la peau: c'était au « mois d'avril et il ne put, à cette époque, se procurer que « quelques débris d’un vieux nid de l’année précédente dont « l'effet, autant qu’il nous en souvient, fut à peu près nul. » Mais un peu plus tard, en 1875, Trousseau écrit, en parlant de la processionnaire : « C’est nous qui avons introduit dans la matière médicale cet agent thérapeutique ». L’illustre clinicien rapporte avoir vu, chez un médecin de ses amis, un bocal contenant depuis plus de dix ans des morceaux d’un nid de processionnaires, que l’on ne pouvait ouvrir sans que peu d’heures après « les personnes qui étaient dans « la chambre ne commençassent à éprouver la singulière
« éruption. Des effets si immédiats et si constants met- « taient sur la voie des indications thérapeutiques. Ce médi- « cament devait être appliqué lorsqu'on avait à cœur de « rappeler à tout prix une éruption cutanée disparue par « délitescence, comme cela se voit si souvent dans les rou- « geoles, dans les scarlatines, dans l’érysipèle de cause e interne; lorsque dans une maladie les forces se sont con-: « centrées à l’intérieur et que le sang a abandonné la péri « phérie. ».
Cauvet (1877) ajoute qu'il faudrait alors déboucher dans le lit du malade le flacon renfermant le nid, pins le boucher après quelques instants et le retirer.
Rabuteau fait observer que le moyen est peu pratique, car il est dangereux pour l'entourage du malade, cependant, en 1887, Hayem mentionne encore les processionnaires avec l'ortie au chapitre de la médication antiphlogistique.
Manquat (1917) répète les indications données par Trousseau et ajoute que les processionnaires étaient employées, comme la flagellation par les orties, pour DÉATOQMEE le retour des règles.
Etat actuel de la question. — L’urtication par les processionnaires nous apparaît aujourd’hui comme un procédé suranné, mais il n’en est pas de même de la vésication par application sur la peau d’un extraïf de chenilles si réellement ce produit donne les mêmes effets que les cantharides sans en avoir les inconvénients. Lalesque fait remarquer. que, même dans les accidents les plus graves causés par les chenulles, il n’y à jamais aucune manifestation vésicale.
La matière médicale dispose, il est vrai, d’autres vésicants : le garou, l’iodure de méthyle, l’'ammoniaque, l'huile de croton,
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la résine d’ 'euphorbes, 1 mais Pen de ces produits! est géné-
ralement considéré comme trop douloureux. La solution
éthérée essayée par J. H. Fabre présente le même inconvénient, mais l'extrait préparé par Goossens paraît beaucoup - ‘plus facile à supporter et on pourrait sans doute aboutir à une préparation à la se acceptable et efficace, c’est-à-dire agissant sur la fonction hématopoïétique. :
+ L’acide formique fabriqué par les hyménoptères a d’ailleurs été souvent employé comme révulsif: Decollard (1). mentionne l'emploi du cataplasme de fourmis, contre la pleurodynie, dans la médecine populaire provençale et, âctuelle-
ment encore, les moujicks, au moins ceux des environs de
Moscou, traitent leurs douleurs ans par les bains
de fourmis. :
Un médecin de Bordeaux, vers 1855, prescrivait aux rhumatisants dix à douze guêpes, comme d autres eussent ordonné des sangsues (Phisalix). ï
Le docteur Terc, en vingt- -trois ans, traita plus de 500 cas de rhumatisme articulaire aigu par ‘les piqüres d’abeilles provoquées au voisinage de l'articulation malade (2). :
On sait d’ailleurs que l'acide formique est quelquefois
prescrit à l’état de dilution pour l’usage interne et, depuis
longtemps, cet acide est utilisé en Provence contre la rétention d’urines, sous forme d’infusion d’abeilles.
En 1902, Garrigue a essayé l’acide formique sur lui-même et il le préconise dans le traitement des maladies infectieuses et chroniques, même dans celui de la tuberculose et du
cancer.
ra à (1) Thèse de médecine, Toulouse, 1906-1007.
(2) Société de médecine de Vienne, 1903.
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Hachette et Clément G) ont obtenu de bons résultats par
cet agent thérapeutique dans la grippe, la pneumonie « et tax
tuberculose. En 1905. (2), le docteur Clément a montré l'ac- tion remarquable de cet acide dans les maladies à tremble-
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En un mot l'acide formique a une action diurétique et toni-musculaire non négligeable.
Il serait peu pratique d'extraire l'acide formique des pro- .cessionnaires, mais On pourrait. employer le sang des chenulles, assez facile à isoler. Les substances venimeuses élaborées par l'animal, se déversent dans le sang et sont fixées par les tissus; ainsi s'explique l’activité considérable des hyménoptères, qui nous apparaît comme étant en relation étroite avec leur venin (Phisalix).
Pour que l'emploi du sang de chenilles soit justifié, il faut qu’il présente une efficacité supérieure à l'acide formique: préparé dans les laboratoires. On n’a pas trouvé jusqu'ici d’antitoxines dans le sang des insectes et les invertébrés paraissent pour la plupart inaptes à produire des anticorps, mais le sang des chenilles renferme des ferments digestifs très actifs. | |
Metalnikow, étudiant la chenille du Galleria melonella (mite de la ruche d’abeilles), a montré que, si on lui injecte des bacilles tuberculeux, elle ne tarde pas à les phagocyter (3).
Dublet (4), a cherché qu’elle DAS être l’action, dans un organisme tuberculeux, -d' un extrait glycéré du corps de
(1) C. R. Acad. médecine, 1004.
(2) C. R. Acad. sciences, 1°° mai 10054 p. 1100.
(3) Annales de l’Institut Pasteur (1920, p. 888 et 1921, p. 363). (4) C. R. Soc. biol., 22 janvier et 26 février 1021.
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ces chenilles, additionné de manganèse et de la lipase de ‘64 l’hépato-pancréas de T'escargot. Cette préparation aurait une action dissolvante sur l'enveloppe cireuse du bacille de Koch qui, privé de son enveloppe, ne serait plus protégé contre les. . substances nocives habituellement pour les germes acido- | * ; résistants.
PA À l’heureux effet de l'acide formique dans la tuberculose,
A constaté d’abord par Garrigue, puis par Huchard et Clé-
ment, il faut donc ajouter celui des ferments du sang.
On s'explique facilement le choix, fait par Dublet, d’une larve qui se nourrit de cire, bien que la membrane épider- À mdiue de la plupart des plantes terrestres soit incrustée de à produits cireux et que beaucoup de chenilles soient sans ; doute capables de les digérer.
On peut d’ailleurs se demander si les faits ne sont pas plus complexes. On n’a pu, il est vrai, déceler aucune antitoxine chez les insectes, mais cependant le venin des insectes peut immuniser contre celui des serpents ; le venin de frelon immunise le cobaye contre le venin de vipère, de plus les venins peuvent aboutir à l’immunité contre une toxine microbienne ou un virus: Calmette a montré que les lapins vaccinés contre le venin de cobra résistent au virus rabbique et le venin de crotale a donné des résultats contre la lèpre. :
Sans donc mettre en doute l’hypothèse des auteurs que nous venons de citer, on peut se demander si l’acide formique et peut-être d’autres acides non déterminés ne viennent pas ajouter leurs effets à celui des sucs capables de digérer le revêtement du bacille. Il serait en tout cas intéressant de rechercher si d’autres chenilles, et spécialement les processionnaires, ne donneraient pas les même résultats expérimentaux que la mite des ruches. Si en effet la sérothérapie
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érucique entrait un jour dans la. pratique, il serait facile Le récolter un nombre considérable de chenilles du pin. 5 Jarre 428 EN Nous n avons entrepris aucune expérience sur cette ques- “528
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tion étrangère à l'objet principal de notre étude, aussi ne « DEN VAS s'agit-il que d’hypothèses que nous nous permettons de for- PER . muler en nous demandant si les processionnaires, qui ont si. a. | longtemps fait partie de la pharmacopée, ne figureront pas. F0 ed nouveau dans le Codex de l'avenir. Il est déjà remarquable que des savants de l'Ecole de Pasteur, s'appuyant sur de rigoureuses expériences, soient. amenés à donner une place | aux chenilles dans la matière médicale, comme l'avaient fait
les empiriques de l'Antiquité. si jé ET Eh Se k
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