LUI
Le 7 mai, après sept mois d'instruction, l'affaire Salomon Bigle, dite des Chercheurs d Idéals, venait devant la cour d'assises de Paris.
Salomon Bigle était inculpé d'enlèvement d'une mineure et comparaissait devant le jury en vertu de l'article suivant du code pénal :
« Quiconque aura, par fraude ou par violence, enlevé ou fait enlever des mineurs, ou les aura entraînés, détournés ou déplacés, ou les aura fait entraîner, détourner ou déplacer des lieux oti ils étaient mis par
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ceux à raulorit(^' ou à la direction desquels ils étaient soumis ou confiés, subira la peine de la réclusion. »
Cette affaire qui avait déjà, pendant des mois, tenu en haleine l'opinion publique, allait enfin se dénouer dans l'impatience fiévreuse des foules. Le public, comme dans toutes les affaires pour lesquelles il se passionne, était divisé en deux camps d'inégale importance, ce qui ajoutait à l'intérêt même de l'affaire, la fièvre de la lutte : quelques-uns, à la vérité très rares, d'un esprit attentif, avaient pris la défense de Salomon Bigle, qu'ils présentaient comme un homme supérieur, inaccessible à la masse, une sorte d'initiateur à une science nouvelle, un Messie formidable des temps prochains. Les autres, dominés par les apparences immédiates et défavorables, s'acharnaient sur lui et le poursuivaient d'une haine implacable.
Le 7 mai donc s'ouvrit la première audience de cette affaire mémorable.
F.ES CHERCHEURS d'iDÉALS 253
La salle crevait de monde, et, bien avant Touverture des débats, on y éeumait. C'était dans cette atmosphère surchauffée, viciée par tant d'haleines de fièvre, lourde de miasmes et puante, qu'allaient se dérouler les débats.
Et il y avait là, en abondance, des femmes, des femmes de tous les mondes, rapprochées pour la circonstance en une secrète sympathie, comme en une tacite et vicieuse complicité. Jeunes ou vieilles, elles se sentaient toutes frémir de curiosités malsaines, et, pour la plupart éléj^antes, elles en oubhaient, toutes, leurs ordinaires préoccupations d'élégance ; elles attendaient, haletantes. Et pour le moment, une crainte commune les étreignait toutes, la crainte de l'huis clos, dont on les menaçait depuis plusieurs jours.
Elles employaient leur attente anxieuse à se montrer et à dévisager une dame, assise au premier rang, et qui s'entretenait, avec exubérance, avec un avocat : c'était, disaiton, madame Duferblé, qui se portait partie
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civile. A côté d'elle, effaré et se recroquevillant, pour qu'on ne le vît point, gisait lamentablement M. Duferblé.
Enfin, après des heures d'une mortelle angoisse, où s'évertuaient les éventails à remuer l'atmosphère trouble, Salomon Bigle apparut, entre deux gardes. Il se fit, à son entrée, un large silence, et puis une rumeur de chuchotements :
— Le voilà!... Il n'est pas mal! — Vous trouvez! — Moi, je^^ne me le représentais pas comme ça! — Il a de beaux yeux! — Vous direz ce que vous voudrez, mais c'est un saligaud ! — Tout de même, on ne le dirait pas, à le voir! — Si l'on pouvait seulement savoir tout ce qu'il a fait I
Et la rumeur, d'abord légère, timide, s'enfla, et cela devint bientôt un tumulte. Le président des assises dut surgir du siège où s'écrasait son épaisse petite personne rouge pour, d'une voix en fausset, d'une voix d'eunuque, réclamer le silence et rappeler l'auditoire au respect de la cour.
Et alors commença l'interrog-atoire.
A la première question que lui avait posée le président, Salomon Bigle s'était levé. 11 déclina son nom, son âge, son lieu de naissance, et quand le président lui demanda :
— Votre profession ?
Il répondit :
— Vous ne la trouverez pas dans le bottin. Elle n'y est pas encore.
On rit.
Mais juste à ce moment il se fit, dans la salle, surgie de nulle part et de partout à la fois, une nouvelle rumeur.
— Quoi!... Qu'est-ce?... Qu'y a-t-il?...
s'informait-on de l'un à l'autre.
— On vient d'apprendre la mort du fumeur d'opium !
Alors, de l'auditoire de nouveau affolé, des cris s'échappèrent à l'adresse de Bigle :
— Assassin!... Assassin !... A mort!
Cette fois, le président dut menacer de
faire évacuer la salle. Il n'en fallut pas moins pour que le silence se rétablît.
256 LKS GHRRCHEURS d'idÉALS
Et il poursuivit l'interrogatoire de l'accusé.
Salomon Bigle ne niait aucun des faits matériels relevés contre lui par l'accusation, mais il s'élevait contre l'interprétation qu'on en donnait.
— Au surplus, dit-il, je vous dirai, quand le moment sera venu, c'est-à-dire à la fin des débats, je vous' dirai qui je suis : vous me comprendrez peut-être, et si vous ne me comprenez pas, je ne m'en affligerai pas autrement, car cela prouvera que j'avais devancé le temps, et alors il m'importera peu que mon œuvre mort-née, puisque avant terme, périsse avec moi.
Cette première journée d'audience, tout entière consacrée à l'interrogatoire de l'accusé, ne fit qu'accroître les colères accumulées contre lui : on lui en voulait de ne pas s'être, dès ce premier jour, expliqué : on lui en voulait surtout du mépris où il semblait bien qu'il tînt la cour et les jurés et les spectateurs. L'indifférence qu'il paraissait
LES CHERCHEURS d'iDKALS 257
porter à cette affaire dont il était le héros, et qui ne laissait personne indifférent, révoltait les gens « de bon sens », à qui il n'en fallait pas davantage pour qu'ils fussent persuadés que c'était un coquin.
— Un honnête homme, disait-on, se serait défendu, aurait énergiquement protesté contre les accusations dont on l'accablait ; celui-là, au contraire, très calme, presque indifférent, promettait seulement, pour la fin des débats, des explications qu'il soupçonnait ne pas devoir être très convaincantes. En vérité, c'était abuser de la patience des gens, et l'on était généralement d'avis que cet homme méritait Féchafaud, plus encore pour son cynisme et son mépris de l'opinion que pour ses crimes.
La seconde journée fut consacrée à l'audition des témoins à charge.
C'étaient, pour la plupart, des paysans de l'Abbaye des Combes. Ces braves gens, qui n'avaient jamais trouvé à se plaindre de Salomon Bigle, depuis six ans qu'il passait l'été parmi eux, étaient maintenant les plus acharnés après lui.
— Je me rappelle ben maintenant, attestait une vieille femme, que tout ce qui se fabriquait là n'était pas très catholique.
— Cependant, crut devoir remarquer le président, lors de votre première déposition
(lovant le juge d'instruction, vous avez dit ne rien savoir.
— C'est qu'à ce moment-là je ne savions pas encore si je devions parler. Mais je m'y sommes décidée.
On s'en aperçut bien : elle se lanra en un interminable discours d'une confusion extrême, d'où rien ne s'évadait de précis, amas d'accusations formidables, d'ineptes insinuations sans le moindre fondement : c'était toute la méchanceté de la race de la terre, du campagnard qui a d'abord bien regardé d'où soufflait le vent et qui est maintenant assuré de l'impunité, — l'accusé était entre deux gardes^ — c'était tout ce fiel qui crevait ainsi, immonde et puant.
^ Après cette femme, dont il fallut arrêter l'éloquence, vint le policier qui avait découvert la retraite de Jane Duferblé. Son apparition fit sensation. Bel homme, portant beau, très fier d'être l'un' des liéros les plus ^importants de l'affaire, bref ridicule et
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odieux, il vint se placer devant la barre ef, complaisammenl, d'une voix qu'il s'appliquait à composer, il prêta serment.
Et alors, avec des prétentions d'orateur, il raconta minutieusement, agrémenté d'appréciations personnelles, ce qu'il avait déjà mille fois raconté aux journaux, comment, grâce à son flair infaillible, il avait découvert l'Abbaye, la scène à laquelle il avait assisté : Med dans les bras de son amant, sous l'œil amusé de Salomon Bigle.
Arrivé à ce point de sa déposition, il se tourna vers l'accusé, et, les deux poings sur les hanches, rigolant, attentif à l'effet qu'il comptait produire, il lança : « Monsieur faisait le voyeur! »
On s'esclaffa.
— Voilà, certes, disait-on, une déposition écrasante. 11 ne s'en relèvera pas.
Après le policier, ce fut le tour des médecins qui avaient examiné Jane. Ils reconnurent tous que la jeune fille était intacte, mais ils prétendaient qu'étant donné le
sadique à qui l'on avait affaire, cela ne prouvait absolument rien en sa faveur, au contraire.
Sollicité d'expliquer cet « au contraire », l'un de ces messieurs déclara que Salomon Bigle en était à ce degré du vice, où les actes naturels n'ont plus aucun attrait pour celui qui en est l'auteur.
— « 11 lui fallait, dit-il, des exercices autrement raffinés que ceux qui nous viennent à l'esprit, il lui fallait du « contre nature ». Vous avez vu qu'au lieu de profiter de Med Merti, comme il lui eût été facile de le faire, étant donné l'autorité qu'il avait sur elle et les sentiments que la malheureuse elle-même vous a avoué avoir éprouvé pour lui, vous avez vu qu'au lieu de cela, il l'a livrée à un autre — d'ailleurs aussi inconscient qu'elle — et qu'il prenait son plaisir à assister aux épanchements de ce couple.
Eh bien ! Messieurs, nous sommes fondés à croire que le personnage, capable de pareilles saletés, se livrait sur la pauvre jeune fille
que nous avons examinée à des actes qui ne devaient laisser aucune trace.
C'est sur cette déposition que se termina la deuxième journée.
Le lendemain on entendit les témoins à décharg^e.
Uhomme qui se possède se présenta le premier à la barre.
Il se raconta lui-même. Il exposa ce qu'il avait été autrefois et ce qu'il était devenu depuis qu'il avait connu Salomon Bigle, et il conclut ainsi :
— En quoi suis-je, moi, l'œuvre d'un sadique?
11 parut bien que cette déclaration, faite froidement, émanant d'un homme d'une indiscutable honorabilité et grave, jetait
quelque peu la pani(jue parmi la meute de l'accusation. Personne ne doutait qu'il lut sincère quand il affirma qu'il devait à Taccusé d'avoir accédé à la plénitude de soi. Et le trouble qui se manifestait devint de la stupeur,, quand on entendit l'industriel s'adresser en ces termes à Salomon Bigle :
— On est en train de commettre, sur votre compte, une erreur colossale. Mais vous ne permettrez pas qu'elle soit consommée, et vous parlerez : et il ne vous sera pas difficile de montrer la sottise des accusations portées contre vous. J'ai vécu plusieurs mois à l'Abbaye et j'y ai appris quel homme vous ^tes, et je suis heureux que l'occasion me soit donnée de vous dire en public que vous avez, monsieur Bigle, tout mon respect et toute mon affection.
Il était évident que, provoqué par ces paroles, un vif mouvement de sympathie, en faveur de Bigle, se manifestait dans l'auditoire, surtout parmi les femmes.. Quant à ses irréductibles adversaires, ils n'en éprou-
LES CHERCHEURS d'iDÉALS 2(i5
valent que plus de haine à son égard. Ils lui concédaient seulement qu'il était, outre un saligaud, un malin, et qiîe, prévoyant de loin la catastrophe, il avait pris ses précautions et s'était ménagé des défenseurs influents.
Johelin parut ensuite. Dans son ardent désir de convaincre et son enthousiaste affection pour Bigle, il dissipa en quelques mots à peu près toute l'impression favorable qu'avait produite « l'Homme qui se possède. » Il s'égara dans son hypothèse d'un art futur, si bien que le président, après avoir deux fois tenté en vain de le ramener au sujet, le pria de quitter la barre.
— Il est fou ou saoul, ricana quelqu'un.
Briannes qui lui succéda ne fut pas plus heureux. D'abord il avait une légende : c'était, disait-on, un original, dont les aventures baroques ne se comptaient plus. Ne couchait-il pas dans un cercueil, côte à côte avec un squelette de femme ou d'évêque, on ne savait au juste !... En le voyant paraître, élégant, déconcertant un peu, on sourit :
dos lors tout ce qu'il pouvait dire ne pouvait avoir de poids. Au reste, ses déclarations, abondant en considérations précieuses, déplurent.
Mais le gros événement de la journée, ce fut la déposition de Med. Très franchement, crânement, elle se dénuda toute. Elle dit somment, ayant eurecours,-neurastliénique, à Salomon Bigle, il lui avait redonné la vie- Elle dit son amour pour lui, qu'il repoussa, et comment, par suite de la conformité de leurs tempéraments, révélée par les fiches, elle était devenue la maîtresse de Jacques Ardieu.
Le président l'interrompit :
— Ainsi, vous y croyez, à ces fiches ?
— 11 mè faudrait être aveugle pour n'y pas croire.
— Ça n'a pourtant rien de scientifique.
— Autant dire, monsieur le président, qu'une science qui débute n'est pas une science.
— C'est bon, continuez!... fit, rageur, le
magistrat qui avait pris conscience de sa stupidité.
Elle continua. Elle dit avoir elle-même proposé à Jane Duferblé, de l'emmener chez Bigle.
De nouveau le président l'interrompit.
— Savez-vous bien que si nous n'avions la preuve qu'à ce moment déjà vous étiez sous la domination de cet homme, vous seriez en ce moment assise à côté de lui. Regrettez- vous au moins d'avoir fait cela ?
Elle s'insurgea^ toute :
— Moi, mais j'en suis heureuse !
A ces mots, Mme Uuferblé qui jusqu'alors n'avait rien dit, se dressa.
— Malheureuse!... Mais c'est vous qui êtes la cause de tout!... Vous avez abusé de mon amitié, vous avez abusé de la crédulité de ma fille!,.. Vous êtes une misérable. Songez qu'aujourd'hui la pauvre enfant est au plus mal, en Suisse, dans une maison de santé!... Et vo-us dites que vous êtes heureuse d'avoir fait cela !
208 LIÎS CHERCHEURS d'iDÉALS
Vainement, son mari s'employait à la tirer par sa robe.
— Madame, s'écria Med, Jane ne serait pas aujourd'hui dans un pareil état si vous ne l'y aviez mise. A l'Abbaye des Combes, elle était heureuse, infiniment heureuse!... Vous auriez dû le comprendre!...
— Taisez-vous!
— C'est une mystique...
— Encore cette histoire de mysticisme!
éclata le président qui, de parti pris, ne vou. lait pas envisager celte hypothèse qu'il trouvait stupide.
Et il ajouta, solennel et ridicule :
— La cour ne permettra pas qu'on se moque d'elle avec de pareilles inepties.
— Alors, s'écria Med, ce n'était pas la peine de me dire de venir, si c'est pour m'empècher de parler comme je l'entends!
Elle était superbe d'indignation. Elle s'adressa aux jurés.
— Mais vous, messieurs, vous qui n'êtes pas de parti pris, écoutez-moi, je vous en
supplie! Vous Reconnaissez rien de l'affaire. On a tout faussé! C'est un roman qu'on a échafaudé de toutes pièces ! Ça ne tient pas debout!... Cet homme, messieurs, qu'on vous représente comme an immonde personnage, que vous allez condamner, que l'on traite devant vous comme le dernier des derniers, mais il a déjà fait plus pour l'humanité que bien d'autres à qui vous réservez votre reconnaissance! Oui, tous les chercheurs d'idéals, tous ceux qui ont soif de bonheur, tous ceux qui se mouraient de n'en pas avoir, tous ceux-là qui sont allés à lui, savent quel maître généreux il fut, lui qui dispensait le bonheur et la joie! Et ceux-là mêmes qui l'insultent aujourd'hui, qui le traînent ignominieusement dans la boue, le salueraient du nom de Rédempteur, s'ils l'avaient connu !
Épuisée, elle s'abattit, la face contre terre.
Et alors Salomon Bigle, que rien jusqu'ici n'avait pu émouvoir, qu'aucune attaque
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n'avait dérangé de son impénétrable impassibilité, murmura d'une voix tremblante :
— Merci!
On s'était empressé auprès de Med; on l'emporta, évanouie.
Après ce dramatique épisode, les autres dépositions passèrent à peu près inaperçues, môme celle du docteur Rabutin qui, seul parmi ses confrères, affirmait que Jane Duferblé était une mystique et que Salomon Bigle n'avait jamais abusé d'elle.
La quatrième journée devait être la dernière.
Dès le début de Taudience l'avocat général se leva. Toute sa physionomie était imprégnée de joie. Encore jeune, bel homme, il savait que du dénouement de cette affaire dépendait son avanciement. Et comme il se sentait l'opinion acquise, et qu'il avait longuement préparé son discours qu'il estimait remarquable et dont il attendait une grosse impression sur la salle, iLprenait grand soin de son attitude et de ses gestes.
M sourit aux femmes, se passa la main dans les cheveux.
Tout d'abord il fut coquet, malicieux : il s'arrêtait complaisamment chaque fois qu'il jugeait avoir montré de l'esprit. Peu à peu il devint grave, et puis sa voix, précieuse au début, prit du volume, et alors se déroulèrent, comme des vagues, de longues périodes.
— Cet homme, s'exclamait-il, que nous avons sous les yeux, inerte, accablé sous le poids de ses crimes, il convient qu'il soit un exemple salutaire à tous les esprits pervertis qui n'attendent que son acquittement pour l'imiter. Il importe, messieurs, il importe que nous débarrassions la société de ce criminel redoutable, dont vous avez vu — quel meilleur argument saurions-nous invoquer contre lui — lespires victimes venir lamentablement déposer en sa faveur ! Ne nous dissimulons pas la vérité : cet individu, à qui nous devons reconnaître une incroyable puissance, une troublante séduction, est un danger public. Aussi, messieurs, et quelque dure que puisse être cette nécessité, sachez
LES CHERCHEURS d'iDKALS 273
être impitoyables. Pas de faiblesse, je vous en conjure ! Pour nous, nous penserions manquer à notre devoir et à la haute mission qui nous fut confiée, si nous ne requérions pas contre cet homme le maximum d'une peine que nous voudrions décupler pour la circonstance !
M. l'avocat général se rassit, Toreille agréablement caressée d'un murmure favorable.
L'avocat des Duferblé se leva. Son plaidoyer fut d'ordre sentimental. Il exposa à la pitié du jury cette malheureuse jeune iille que le bandit avait réduite ^à la dernière extrémité. Et il lut une dépêche envoyée par le docteur qui soignait Jane à Genève; l'état de la malade s'aggravait.
Cette dépêche alarmante venait en ellet d'être remise à Mme Duferblé, qui, sanglotante, quitta aussitôt la salle avec son mari. Elle partait pour Genève.
En passant devant Salomon Biglc^ elle s'écria :
— Assassin !
274 LHS CHERGHKURS d'iUKALS
Comme il se faisait tard, le président dut lever la séance, et l'on remit au lendemain le dénoùment de l'affaire qu'on avait espéré pour ce jour là.
— Vous avez la parole! dit, dès qu'il se fut assis, le président à l'avocat de Salomon Bigle.
— Messieurs, commença-t-il, je vais un peu vous surprendre en vous annonrant que si je me suis levé, c'est pour me rasseoir aussitôt. Ce n'est pas dans les habitudes de notre corporation. Mais mon client a l'intention de dire quelques mots, et tout ce que je pourrais dire en sa faveur serait inutile à côté de ce que vous allez entendre. Qu'il me soit pourtant permis de vous demander, messieurs, avant d'abandonner la parole.
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non pas de la clémence — nous n'en avons pas besoin -r- mais du sang-froid. On vous a . présenté l'affaire sous un faux jour. Veuillez, alors qu'il en est temps encore, vous recueillir et vous assimiler la personnalité — étrange, Je suis le premier à le reconnaître — que vous avez devant vous. Cet homme est un donneur d'idéal, un semeur d'espoirs. Sa tâche fut généreuse. Il subit en ce moment le sort de tous les christs, ses devanciers. Mais plus clairvoyants que leurs juges, vous saurez ne pas les imiter; vous plaçant au-dessus de l'opinion, si haut que ne vous atteindront plus les rumeurs de la foule, vous serez justes envers cet homme et c'est vous-mêmes, ses juges, qui tresserez sa couronne de gloire. Et ce sera la vôtre aussi !
Sur ces paroles Salomon Bigle se leva : Tous les regards se tendirent vers lui ; ceux des femmes, encore que la plupart le jugeassent coupable, l'assaillirent en offrande. Il se fit un léger murmure de mots échangés
à voix basse, de « chut » nerveux, d'un bruit sourd de pieds qu'on accommode pour n'avoir plus à les bouger pendant deux heures. Et puis le silence tomba, avide de recueillir les paroles de l'homme.
Il parlait déjà :
— Messieurs, il a été dit en ces quatre jours d'audience bien des absurdités. Et cela provient .du parti pris malencontreux qui présida à l'examen de cette affaire. S'il vous plaisait de l'abandonner un instant, ce parti pris, d'oublier tout ce que vous avez entendu, de changer de place enfin pour voir les événements sous un autre angle, vous auriez plus de chances, messieurs, d'atteindre, à la vérité. Un principe est établi, indiscutable : je suis un sadique, et toutes mes actions, vous vous appliquez impérieusement à les interpréter comme les manifestations d'un sadique.
Mais si par hasard, messieurs, je n'étais pas un sadique?
Voulez-vous m'accorder cette hypothèse^
quitte à retourner à votre opinion dès que j'aurai parlé.
En vérité, la question qui vous est soumise n'est point banale : et c'est par là qu'elle risque de vous déconcerter. Vous l'avez regardée d'où vous êtes, d'en bas : il eût fallu l'aborder de plain-pied, ce qui, étant donné son altitude, n'est pas à la portée de tout le monde. On s'est arrêté à des faits constatés, indéniables et que je n'ai jamais niés : le fait d'avoir favorisé la fuite d'une mineure; le fait de me l'être appropriée et de l'avoir transformée ; cet autre fait d'avoir été présent lors d'entretiens intimes entre une jeune femme et son amant ; et ce fait encore d'avoir enseigné l'opium à un malheureux et de l'avoir ainsi conduit à la mort. Tous ces faitslà, je le répète, sont exacts, et c'est pourquoi je n'ai pas voulu prendre la parole tandis qu'on les exposait à cette barre. Mais un fait, messieurs, n'a par lui-même aucun intérêt : il est de plus inintelligible. Ce qu'il importe ce n'est pas de le contrôler, c'est de l'expli-
LKS CHERCHEURS d'iDKALS 271)
quer, de savoir dans quelles circonstances il a été commis, l'état d'esprit de ceux qui y ont participé et ses conséquences.
Or, c'est en toute santé morale et pour le bien des intéressés qu'ont été commis les actes qui me sont reprochés.
En présence de ce couple amoureux que je venais de faire, je n'ai connu, messieurs, que la joie de l'avoir fait. Qui me le reprochera ?
Dans cette sorte d'enlèvement d'une mineure, je n'ai vu que le bonheur de cette enfant qui, de tempérament extatique, ne pouvait plus vivre de la vie du monde. Et je lui avais donné le bonheur, et c'est vous qui l'avez mortellement frappée, en me l'arrachant.
Où est le coupable ?
Et cet infortuné qui traînait une vie dont chaque minute était une grilfe qui lui labourait le cœur, ai-je eu tort de lui faire croire au bonheur et de l'acheminer parmi les fumées paradisiaques de l'opium à une mort
280 LES CHERCHEURS b'iDËALS
dont il fêtait la venue comme celle d'une maîtresse aimée !
A côté de ceux-là, des malades, des inférieurs, voyez lés autres, les sains ! Voyez ce que j'ai fait d'eux. L'homme qui se pofisèdc est venu lui-même, exemple vivant, vous le dire : mais vous ne lui avez accordé qu'une oreille distraite : ça n'était pas dans vos vues.
Mais quittons les faits, et pénétrons ensemble, messieurs, en ce domaine vertigineux d'où vous apparaîtra peut-être la question sous son véritable aspect.
Je vous dirai tout à l'heure, en terminant, qui je suis et ma conception de l'homme tel qu'il doit être un jour. Pour Finstant je ne vous parlerai que du système que j'ai employé à l'égard de ceux qu'il vous plaît de considérer comme mes victimes. Ce systètne, prenez-y garde, n'a rien d'une panacée sociale : je n'ai point la prétention d'avoir trouve le moyen immédiat de rendre tous les hommes lieureux ; je n'ai que la certitude d'avoir
sauvé du naufrage moral quelques individus . C'est moins colossal, mais c'est plus certain .
Nous ne sommes, messieurs, pris individuellement, que des minutes, que des secondes de l'humanité. 11 est donc utile de connaître l'Humanité, si l'on veut connaître les hommes.
Or, vous pouvez, messieurs, vous en convaincre en parcourant l'histoire des jpeuples, l'Humanité n'est pas libre en tant que société : elle est perpétuellement aspirée par des besoins, dont la marche et les répétitions sont régulières.
Certaines étapes de cette route où chemine l'Homme, sont des étapes heureuses, quelque pitoyables qu'elles nous puissent paraître, parce que les individus ont l'àme de leur époque : une religion commune, un art commun, une morale qui leur semble absolue, tels sont les caractères évidents de ces temps-là.
Mais à côté de ces époques normales, il y
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a les époques de transition, de génération, les époques désemparées qui tiennent encore un peu à hier et qui appartiennent déjà à demain. Ce sont les époques douloureuses et de neurasthénie.
Je vous ai dit en commençant que, hien quecertainde posséder la science du bonheur, je n'ai pas pensé donner à notre époque un remède souverain. La raison en est simple : c'est que nous ne sommes pas encore à l'heure de cet idéal dont je vous parlerai tout à l'heure : nous n'en sommes qu'aux idéals individuels, qu'aux idéals provisoires.
Nous n'avons plus ni religion, ni art, ni morale, c'est-à-dire plus d'idéal. Nous sommes tous, plus ou moins, des neurasthéniques. Non seulement nous, mais nos enfants ; il s'en est suicidé 13 l'année dernière au collège.
Une voix. — Et le remède que vous proposez, c'est l'opium, le sadisme...
Ces paroles se perdirent dans le tumulte qui emplit le prétoire.
LES CHERGHKURS DIDKALS 283
Invulnérable, Salomon Bigle reprit :
— Demain se lèvera des ruines oii nous gémissons l'Idéal nécessaire à la vie. 11 viendra H son heure, sans que nous l'ayons ni avancé ni retardé. Il viendra comme le maître qui pénètre dans sa demeure, au moment qu'il lui plaît. Car ce ne sont pas les sociétés qui font leur chemin : elles le suivent. Un homme n'est grand que s'il exprime son époque. Une époque est faite d'idées éparpillées dans l'air, que recueillent tous ceux qui ne lui sont pas hostiles par tempérament.
Une voix. • — Et les précurseurs, qu'est-ce que vous en faites ?
— Il n'y a pas de précurseurs, au sens où vous l'entendez. Les idées s'engendrent ; il y a des gens qui, plus attentifs et plus subtils, surprennent avant les autres cette génération. L'homme qui aurait une idée à lui est inconcevable : il serait en tout cas inintelligible.
U/ie voix. — C'est vous qui l'êtes, inintelligible !
— Toutes les fois qu'un homme blesse l'amour-propre de ses semblables, il est traité d'insensé. Et c'est blesser profondément les hommes dans leur amour-propre que de leur dire : vous prétendez que vos cerveaux sont dès laboratoires d'idées : c'est faux. Lés idées existent, en dehors de vous, elles se développent, s'engendrent en dehors de vous et malgré vous. Et vous ne pouvez, vous, que les recueiUir, que vous les assimiler. Et les meilleurs d'entre vous sont ceux qui assimilent le mieux les idées actuellement en circulation et pouf cela du domaine commun. Le génie, ce n'est que d'arriver à point, d'être de son époque. Tel apache, en d'autres temps, eut été un Napoléon ! Et c'est pourquoi, en ces heures troubles où nous vivons, dépourvus d'idées communes, vous ne trouverez point de génies !
Par malheur les Idées, dont il importerait de connaître le mécanisme, sont soumises à des lois d'évolution qui nous échappent complètement. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'àcer-
tains états de leur croissance elles sont plus vigoureuses, ou plus condensées, bref, qu'elles s'imposent plus aisément à nous. A d'autres époques — au moment sans doute de leur gestation — elles sont plus faibles, plus endormies. A ces époques, correspondent nos époques de désarroi intellectuel, nos époques de lassitude et de neurasthénie.
Nous vivons, messieurs, une de ces , époques-là.
Salomon Bigle se tut un instant, jpour reprendre du souffle.
— Messieurs, ce trop long exposé que j'ai fait aussi bref que possible, vous était nécessaire pour comprendre mes intentions. — Vous voyez que nous sommes très loin du sadisme ! — Privés de l'idéal social qui fait l'harmonie des sociétés, les individus n'ont plus, au lieu de s'évader librement et dans la joie, qu'à se recueillir. Dans ce recueillement ils se découvriront des aspirations pour des idéals intimes, divers, des idéals éteints parfois, réminiscences d'hérédité.
qu'importe! puisque, quels qu'ils soient, ces idéals leur permettront de vivre.
Car on ne saurait vivre sans idéal.
Parmi les personnes, traitées par moi, il en est qui appartiennent nettement à des temps périmés. Elles eussent en vain cherché dans notre temps une raison de vivre. Je leur en ai donné une, en les éloignant des contingences et en leur soumettant un idéal convenable : tel est précisément le cas de Mlle Duferblé.
Il en est d'autres, d'un tempérament moins dessiné, qui n'eussent été bonnes en d'autres temps qu'à recueillir l'idéal s'imposant dont je vous ai parlé. Celles-là, je les ai acheminées du mieux que j'ai pu vers l'anéantissement.
Quant à celles, valides, qui pouvaient vivre selon l'époque, je me suis contenté de les mettre en possession d'elles-mêmes.
Toutes, je les ai délivrées du mal épouvantable qui les rongeait; le mal de vivre, ^la neurasthénie.
Pour atteindre à ces résultats, vous savez, messieurs, quelle fut ma méthode, à laquelle on reprocha de n'être pas scientifique, A l'aide de renseignements que me donnaient les intéressés eux-mêmes sur leur tempérament, leurs goûts, leur hérédité, et par la connaissance de leur tlième astral, c'est-àdire des positions d'astres qui présidèrent è^ leur venue, — nous oublions trop volontiers que nous faisons partie du Grand-Tout et des phénomènes qui le constituent — àl'aide donc de tous ces éléments attentivement groupés, je parvenais à identifier les malades qui voulaient bien recourir à moi. Cette science, sur laquelle repose tout mon système, est expérimentale : elle est le résultat d'un grand nombre d'observations et je crois qu'on peut la pousser très loin.
Salomon Bigle s'arrêta : il parut se recueillir et reprit en ces termes :
— Je viens de vous dire, messieurs, quelles furent mes intentions, si étrangement interprétées, à l'égard de ceux qui eurent recours
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à moi, ce que pas un ne m'a paru regretter. Mais je n'insisterai pas sur cette constatation, M. l'avocat général, dont les vues me dépassent, ayant fait remarquer que cela constituait contre moi la charge la plus accablante. Et maintenant, si vous me le permettez, je vais vous donner quelques aperçus sur ma doctrine générale, dont, je le répète, je ne crois pas la réalisation immédiate.
J'ai dans l'idée, messieurs, que, rien n'étant définitif, notre morale actuelle, quand elle aura fait son temps, dont je ne fixerai pas le terme, croulera ainsi qu'un vieil édifice hors d'usage. Elle croulera le jour où l'individu se dressera, et où il aura le culte de soi-même. Les hommes n'ont pas encore songé à cela : qu'il n'y a pas un acte qui soit bon ou mauvais en soi, qu'un acte n'est bon ou mauvais que selon les circonstances et l'individu. Et que le même acte, exactement le même, peut être magnifique ou infâme!
Et qu'il devrait y avoir autant de codes que d'individus.
Et que cela est nécessaire si l'on admet que l'individu est à lui seul une république dont il est maître et qu'il n'a, visà-vis des autres, que le devoir de ne point leur nuire.
Ce devoir, il repose sur l'intérêt même de l'individu : en renonçant à nuire aux autres, l'individu achète sa propre sécurité.
Mais cette conception ne sera intelligible que le jour où les hommes seront des individus.
Ce jour-là, ils se connaîtront, ils sauront que les intérêts de la société^ avec lesquels on confond actuellement les leurs, sont nécessairement vulgaires etbas, que l'homme social ne tire sa force que du préjugé et de la fourberie, dont il doit s'armer s'il ne veut être écrasé, qu'au contraire l'homme individuel, se développant pour son propre compte, trouvera en lui tout ce qu'il contient d'éléments de jouissance et qu'il en usera.
Car le bonheur n'est pas dans la société, il est en la connaissance de soi et dans le développement harmonieux et normal de ce Moi primitif.
Vous objecterez en vain ces hommes qui vous paraissent vivre hors la société et qui donnent libre cours à leurs instincts. Car leurs instincts, si vous y prenez garde, ne sont que de l'atavisme : ils sont le résultat de la société et de l'éducation.
L'homme naturel est une disponibilité de forces et non un agrégat d'instincts.
Une morale solide et sans hypocrisie n'a qu'une base possible : l'intérêt. Et l'intérêt de l'homme c'est son bonheur. Et son bonheur est en lui.
Certes, des conditions matérielles sont nécessaires à cette connaissance de soimême, à cette auto-éducation, mais ces conditions seront réalisées le jour oii les hommes en auront compris la nécessité.
Ce jour-là, bien des préjugés apparaîtront qui sont à peine soupçonnés. On verra que
la richesse, dont nous faisons l'objet de tous nos vœux, est un facteur d'anéantissement moral, que l'oisiveté, c'est-à-dire la non jouissance de soi, est le pire de tous les maux; qu'au contraire l'effort, que nous nous représentons comme redoutable, et dont nous tâchons de nous affranchir, est la condition essentielle du bonheur.
On verra alors que l'orgueil de soi est un idéal suffisant, et que l'on peut édifier sur lui une religion.
Et chaque individu sera une initiative.
Mais ces temps-là, messieurs^ comme je vous le disais en commençant, ne sont point proches. Ils seront précédés d'une ère de solidarité et d'égahté, qui permettra aux hommes des améliorations d'ordre matériel et surtout de prendre conscience de leur dignité.
Ils seront en condition de se connaître.
Mais après s'être ainsi solidarisés, ils se différencieront. Car l'individualisme, c'est la culture des différences.
Et ce sera le règne équitable de l'Inégalité. C'est-à-dire que chacun aura des droits en proportion de sa valeur individuelle.
En ces temps-là, où seront abolies les conventions, tous ceux qui sont capables d'effort pourront donner leur effort, et, hormis les faibles, chacun connaîtra le bonheur dont il est capable, puisque le bonheur c'est l'épanouissement de l'être, et que tous les êtres s'épanouiront dans l'Effort.
Salomon Bigle conclut :
— En attendant qu'éclate cette vérité, il nous faut vivre dans le mensonge. Que chacun du moins ait le mensonge qui lui convient. Par malheur de pauvres êtres se traînent misérablement sur la route, qui n'ont pas leur mensonge salutaire. C'est pour avoir voulu le leur donner, messieurs, que je suis ici devant vous. C'est pour avoir tenté de les mystifier, qu'on m'accuse de crimes. Prononcez-vous sur moi comme il vous semblera juste : pour ma part votre décision m'importe peu, car je porte en
moi la souveraine appréciation de mes actes.
Cette péroraison s'anéantit au milieu d'un silence interdit. Le jury se retira pour délibérer, tandis qu'on emmenait SalomonBigle.
A ce moment parvint dans le prétoire la nouvelle de la mort de Jane Duferblé, à Genève. Gela acheva de soulever contre Bigle l'opinion qu'avaient déjà indisposée ses dernières paroles.
Et des cris de haine, des cris de mort saillirent de la rumeur qui emplissait la salle, grondait, débordante, dans les couloirs.
Quand revinrent les jurés le calme se rétablit soudainement.
Le président du jury lut le verdict. Il était affirmatif sur tous les points, sans circonstances atténuantes. G'était le maximum de la peine : 10 ans de réclusion.
Des acclamations éclatèrent, furieuses.
On introduisit Salomon Bigle. Impassible il écouta l'arrêt.
— Tout est dans l'ordre des choses : les temps ne sont pas arrivés, prononça-t-il.
Mais personne n'entendit ses paroles, car une tempête déchaînée couvrait sa voix.
La société, par ces huées, exprimait qu'elle était satisfaite.