LK TRIOMPHANT
Moi qui distribue l'erreur convenable aux faibles, j'ai atteint à la vérité. Et j'en suis là où il est possible de se passer de mensonges. Et demain quelques hommes pourront ainsi se passer de mensonges, et après-demain il y en aura davantage.
Car je suis l'homme qui s'est levé de bon matin et qui était dehors avant que le jour fût levé.
Et c'est pourquoi j'ai vu le premier la lumière du jour.
Or, j'avais été ce que sont beaucoup d'hommes.
C'est-à-dire obscurs et éblouis, les yeux trop éblouis de la lumière extérieure pour voir dans les ténèbres de leur intimité.
Car celui qui a longuement regardé le soleil et qui regarde ensuite une pièce obscure, celui-là n'y voit qu'une multitude échevelée de petits soleils, mais il ne voit rien de ce qui est effectivement dans la pièce obscure.
Or, j'avais été celui-là, et il m'advint de fermer les yeux, et ayant ainsi fermé les yeux, je me regardai.
Et je sus que j'étais distinct de tout ce dont je croyais jusqu'alors faire partie. Et j'en conçus une grande joie, et je m'aimai.
Et sur cet amour, j'édiliai ma félicité.
Et je connus le Bonheur, non point celui mystérieux que promettent les prêtres, ni
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celui vulgaire cl d'ailleurs impossible, que prétendent atteindre les vaniteux de ce monde, mais le Bonheur qui est et auquel on accède en accédant au Moi.
Et si jamais quelqu'un lit ces pages, et qu'il ne soit pas aveugle, il saura le chemin par oii je suis entré en ma demeure.
Et il connaîtra que je fus un sage.
Tantôt je suis allé dans mon jardin. Dans un ruissellement de soleil et parmi des fleurs, j'ai vu un papillon splendide. Et ce papillon tout frémissant était glorieux de la lumière du jour et de la joie des fleurs, mais il n'était point glorieux de sa propre gloire, car il ne s'était jamais vu.
Je me nommerai Y Inconnu jusqu'au jour oii je serai le Triomphant,
Et je demeurai l'Inconnu tout le temps que dura ma dissipation.
Et je devins le Trioiîiphant le jour oiî, m'étant groupé et m'étant aventuré parmi
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les régions ténébreuses de mon Moi, je m'atteignis.
Et je fus véritablement le Triomphant, car alors j'avais vaincu les obstacles extérieurs et je m'étais concentré, et je connus la souveraine récompense, le Bonheur auquel nous aspirons tous, que nous imaginons ici ou là, et qui est en nous, et qui est la possession de nous-mème>
Le soleil boit la rosée du matin : sous ses rayons elle s'évapore dans l'espace. Et ainsi nous nous dispersons à la chaleur de la vie. Et nous croyons vivre d'autant plus intensément que nous nous dispersons davantap;e et qu'ainsi nous nous évanouissons.
Pendant très longtemps, je vécus selon les hommes, m'appliquant à connaître d'eux le plus possible. Je m'imaginais m'augmenter ainsi d'acquisitions profitables.
J'étais ce que me faisait mon éducation sociale.
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Or, une éducation sociale est toujours fausse, puisque c'est une même formule s'appliquant à des tempéraments divers.
Elle est toujours fausse, non point qu'elle le soit, mais dans son rapport avec i^eux qu'elle prétend chausser sans avoir leur mesure.
Mon intelligence, ployée au rythme d'une logique ingénieuse, ne songeait pas à vérifier les éléments sur quoi elle opérait. Et son travail demeurait stérile.
Et jl convenait qu'il en fût ainsi, car autrement je n'aurais pas été selon la société.
Le jardinier est descendu ce matin de bonne heure dans le jardin, et il a tondu la pelouse. Et il a ensuite considéré son œuvre d'un œil satisfait, car il n'y avait plus un brin d'herbe qui dépassât les autres. Mais il aperçut une fleur échappée à son œuvre. Et il se précipita vers elle et il l'arracha.
Et la pelouse, dès lors, fut d'une régularité magnifique.
Et j'en arrivai bien vite, parce que je me
développai régulièrement et complètement selon la méthode des hommes, à ce qu'euxmêmes reconnaissent déplorable, encore que ce soit l'aboutissant logique de leurs aspirations.
Celui que domine l'esprit religieux ou l'amour de la volupté — même sentiment diversement orienté — celui-là, si son développement n'est pas entravé parla pénurie de son imagination, connaîtra les pires excès.
Et c'est pourquoi je sombrai dans les excès.
Il y a un petit chemin qui part de la ferme et qui s'en va vers une mare boueuse. Et si vous prenez ce chemin et si vous allez jusqu'au bout, c'est à la mare que vous atteindrez.
Je pris donc la route qu'on m'indiqua.
Et je m'engageai dans la vie entre la double haie qui fait le chemin droit et sans
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alternatives, et qui tlissimule l'enivrante liberté des champs.
Mettez à votre cheval des œillière^ afin qu'il croie qu'il n'a qu'un chemin possible, celui où vous voulez qu'il aille.
Et tout au début de la route, mon enthousiasme, que n'avait pas encore étoulFé la contrainte, me grisait.
Et un peu plus tard, quand se fut éteint mon enthousiasme sous la cendre de l'Opinion, mon pas avait pris la cadence de celui des autres.
Et il y avait bien des hommes qui marchaient devant moi, et il y en avait beaucoup d'autres qui me suivaient.
Et j'avalais, sans songer à m'en plaindre, la poussière que soulevaient les pieds de ceux qui me précédaient.
Et mon pas devint soudain plus difficile, et je m'aperçus que ce n'était plus dans de
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la poussière que je marchais, mais dans la boue.
Il est une heure matinale où tout parait très lointain, où dans le vague de la brume s'étire la magnificence de l'aube. C'est une heure délicate où le silence ressemble à un grand chant d'espoir. — Il est une minute de l'enfance toute pareille en délicatesse et en virginité à cette heure matinale. Mais cette première heure ne porte jamais la journée qu'elle annonce, car elle est à peine éclose que les fumées des préjugés l'envahissent. Et la journée qui surgit dans un rayonnement d'aube s'achève dans des ténèbres de suie.
Il m'advint donc de me dégrader selon l'enseignement des hommes et les circonstances.
Il m'advint d'être logique, tel qu'on voulait que je fusse, et de m'abandonner à la société.
Mais mon individualité était jilus vivace
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qu'elle n'est communément chez les hommes, et elle s'insurgea contre l'anéantissement de l'être comme une flamme parmi de la cendre.
M'étant dilapidé, je me repliai, faute d'exubérances possibles, sur moi-même.
Et je vis quelqu'un que je ne connaissais pas et que je pris pour un étranger.
Et je fus surpris de trouver cet étranger assis à mon foyer.
Et cet étranger m'invita à entrer en ma propre demeure.
Et du dedans de ma demeure, quand je regardai l'extérieur, je fus frappé d'ahurissement, car rien ne m'apparut tel que je l'avais cru jusqu'alors.
Et je compris que rien n'existe de vrai que le rapport entre soi et l'extérieur.
Et pour que nous connaissions ce rapport, il faut que nous soyons d'abord qui nous sommes.
Et c'est pourquoi je me demandai : « Qui suis-je? »
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Et je me penchai sur l'abîme de mon Moi, et je fus saisi d'un grand, vertige.
Mais je n'eus point peur et/e me connus.
Sous un monceau de pierres, j'ai découvert un petit lézard, un tout petit lézard. Je l'ai découvert, parce que, une à une, j'ai enlevé les pierres. Mais beaucoup étaient passés avant moi sur la route où gisait le monceau de pierres et n'avaient pas vu le petit lézard. Et le petit lézard y était pourtant.
Chacun de nous devrait être un centre individuel.
Un centre individuel de sensations : nos sensations, bien que provoquées par des objets qui sont dans la communauté, devraient nous être personnelles. — Elles le sont parfois : chez les simples où les sensations ne sont déflorées par aucun jugement les précédant ou les accompagnant.
Un centre individuel d'intelligence : et cela n'est pour ainsi dire jamais.
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Car ne croyez pas que nous sommes des centres individuels d'intelligence : notre intelligence, la société en a fait un rouage mécanique.
On ne devrait prendre parmi l'acquisition des hommes, dans le domaine de l'acquis, que des matériaux sur quoi s'exercerait notre intelligence libre, et qui seraient à nos jugements ce que sont les objets à nos sensations, quand par hasard nos sensations sont pures.
Or l'on procède tout autrement : l'éducation pétrit notre intelligence. On ne se contente pas de lui soumettre des connaissances acquises par d'autres, on lui donne et on lui ordonne une méthode pour les apprécier et en tirer parti, pour les assimiler.
Tel un estomac que l'on stimulerait à l'aide de poisons pour qu'il précipite une digestion.
Et ainsi ce n'est pas nous qui pensons^, mais l'individualité sociale par notre intelligence.
LES CHERCHEURS d'iDKALS 239
Et dans l'état de notre société, il y a quelques simples qui sont des individus parce qu'ils ne sont en rapport avec l'extérieur que par leurs sensations, et peut-être quelques privilégiés dont l'intelligence s'est dégagée du Joug social. A part ces êtres d'exception, tous les autres sont privés de sensations pures et de jugements propres, de personnalité.
Sur la grande route aux ornières profondes s'achemine la théorie des damnés traînant le fardeau, accru sans cesse, des préjugés. Et s'il est un des damnés qui s'échappe du troupeau pour s'élancer dans la plaine, aussitôt des clameurs s'élèvent, des insultes et des ricanements. Car celui-là appartenait aux autres et il s'est échappé !
Un enfant de pauvres «st bien misérable, mais nul n'est plus misérable qu'un enfant de riches.
C'est un petit terrain vague dont s'empa-
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rent immédiatfment les soins vigilants de tous ceux qui l'entourent.
Et sur ce petit terrain vague on étouffe bien vite sous les caresses les germes qui allaient pousser.
Et bien vite, pour qu'il soit à l'abri, on lui construit, à l'aide de vieux matériaux, préparés pour cela, très vieux et très solides, une demeure somptueuse.
Et le petit être est dans la demeure somptueuse.
Et la demeure somptueuse est pourvue d'une très belle façade, mais elle n'est qu'un cercueil qui abrite un cadavre.
Car le petit être n'est déjà plus qu'un cadavre.
Il y a ainsi, en certains pays, de riches monuments. Et le visiteur qui les admire demande à son guide : « Que sont ces monuments, si magnifiques? » Et le guide lui répond : « Ce sont des mausolées. » Et alors le visiteur songe : « Il y a un mort là-dedans : j'aimerais mieux qu'il n'y eût pas de mort! » Mais comme en ces pays-là le soleil est
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ardent, toute la nature exubérante, le voyageur oublie en sa joie superficielle de vivre que dans les mausolées il y a des morts.
Ma première enfance fut celle des enfants riches, et mon éducation fut établie sur les hases accoutumées.
On m'enveloppa, comme d'ouate, de précautions : et on me gouverna par l'appel it des jouissances et par la peur.
Et on me dissimula V Effort.
Et on étouffa ma Volonté.
On me disait : « Fais ceci et tu auras une récompense. Si tu ne le fais pas, le diahle t'emportera. » — On m'apprenait qu'un acte est nul ainsi, qu'il ne vaut que par le protit qu'on en peut tirer, -r- Et en même temps on introduisait dans ma petite cervelle l'esprit de crainte et de servage.
Et on me disait : « Les enfants hien sa^jcs ont tout ce qu'ils veulent, et ceux qui font et'
qu'on ne veut point qu'ils fassent sont punis. »
Et cela signifiait : Obéis, sois inerte et tu seras récompensé. Si tu as de l'initiative, tu te briseras. » Et par la voix de ma mère c'était déjà la société qui parlait.
Et mon initiative s'anémia peu à peu.
Un jour d'été, à la campagne, je tentai à la dérobée d'escalader un petit mur. Et je tombai et je me blessai. Et ma mère me dit : « Voilà ce que c'est que d'être désobéissant : le nuir t'a puni! » — Et elle aurait dû me dire : « Tu es tombé parce que tu t'y es mal pris. Peut-être aussi n'es-tu pas encore assez fort : tu recommenceras plus tard. Mais ne te désole pas. Courage, mon garçon! Tu as essayé, c'est déjà bien. »
Mais comme on m'avait dit que le mur m'avait puni, j'eus peur du mur. Et je no passai plus jamais devant lui sans effroi.
Et ainsi j'avais peur de beaucoup de choses à qui l'on prêtait, pour m'effrayer et que je fusse docile, une volonté supérieure à la mienne^ J'eus peur du mur, j'eus peur des
cheminées par où descendent les diables quand il fait du vent, j'eus peur du tonnerre qui est la voix irritée d'un ogre féroce, j'eus peur du noir, j'eus peur de tout. Et je doutai de moi.
Et pour calmer mes frayeurs on m'apprit à m'en remettre aveuglément à des forces auxquelles obéissaient celles qu'on m'avait signalées, à des forces toutes-puissantes.
Et on m'introduisit, sous une forme anecdotique, toute une religion.
Et dès lors, blotti dans la crainte de la vie et la confiance béate en des protecteurs supra-terrestres, je ne remuai plus.
Mon éducation d'homme était faite : je pouvais aborder la vie :
Le torrent qui anime la vallée roule avec lui des cailloux. Mais ces cailloux, qui sont des débris de roches, et qui furent anguleux, et qui eurent chacun une physionomie propre, et qui furent enfin ce que sont les pierres de la montagne, ne font pas mal au torrent : il les a polis, et elles sont toutes maintenant à peu près semblables.
Jusqu'à l'heure inouïe de la Révélation, ma vie tient toute en ce mot : vanité. C'est pourquoi je ne la relaterai pas : on perd son temps à raconter du temps perdu.
Mais un jour vint qu'accablé de lassitude, dégoûté de ce que je croyais être la vie, je m'arrêtai sur la route.
Et pour la première fois, n'entendant plus mon pas frapper le sol, j'ouvris l'oreille.
Et le silence qui m'enveloppait était tout nouveau pour moi.
Et le voyageur que je portais en moi et dont je n'entendais pas la voix, à cause du bruit de la route, du bruit de mes pas, et qui, las sans doute de m'appeler, s'était assoupi, se leva de son somme.
Et il me dit : « Pourquoi donc es-tu seul à faire la route? Ne suis-je pas ton compagnon? ))
Je lui demandai qui il était pour me parler ainsi, si familièrement.
Et il me répondit par un rire étrange que je n'avais jamais entendu et que je reconnus tout de suite : le mien.
Or cela se passa une nuit de printemps que, rentré chez moi, à peu près ruiné au jeu, lâché par une femme en qui j'avais mis toute ma raison de vivre, je ne songeais plus qu'à me débarrasser de la vie.
Ce fut comme un grand cri d'orgueil qui me monta des profondeurs de mbi-même jusqu'aux lèvres.
Et en une seconde de lucidité soudaine, radieuse, je pris conscience de moi, et je me dressai contre la vie — ce que j'avais cru être la vie — fort de tous mes accablements.
L'Orgueil de soi, l'Effort constant! Se suffire à soi-même, ne trouver dans l'adver-
site que des occasions d'efforts, c'est-à-dire d'épa,nouissement, de bonheur, être plus fort que tout! Je comprenais maintenant!
A dater de cette nuit-là, nuit d'effondrement et de résurrection, je commençai d'être. Et je cessai d'être l'Inconnu pour devenir le Triomphant.
Et je connus la science du Bonheur.
Et je vécus, parmi les infortunes, dans de la joie.
Et je vécus selon moi : selon Tinstinct de la conservation qui veut l'effort, et selon l'instinct de la reproduction, dénudé de toute volupté.
Car la volupté, sous toutes ses formes, la volupté que cherchent les hommes et que beaucoup ont raison de chercher, puisqu'ils ne peuvent s'élever plus haut, est un mensonge : elle est l'Erreur.
Elle épuise l'homme et le distrait de soimême, et le voyageur qui s'arrête sur la route à cueiUir des fleurs n'atteindra pas l'auberge avant la nuit.
LKS CHERCHEURS d'iDÉALS 247
Et je vivais tout droit comme pousse un peuplier.
Et je vivais dans la plénitude de l'être.
Et mon bonheur était d'être un effort permanent, un épanouissement d'orgueil.
Mais je suis un accident.
Mais la première g^outte d'eau qui tomba des nuages fut un accident, et maintenant la pluie n'est plus un accident.
Et peut-être qu'un jour les Triomphants seront comme les gouttes d'eau de pluie.
Et les premiers seront plus particulièren^ent les Triomphants, car ils auront à triompher de l'hérédité dont ils débarrasseront les autres.
Et la vie des hommes ne sera plus qu'un triomphe.
Mais la vie de l'Humanité est longue, et vous n'en savez pas le commencement et ce n'est pas vous qui en verrez la fin.
248 LES i:iii:rcheurs d'idéals
La plaine est immense. L'ombre descend.
Le Triomphant, d'un cri rude, vient d'arrêter les bœufs de la charrue qu'il pousse. Il s'essuie la sueur du front. Et il regarde.
Et la splendeur du soir l'émeut. Et il aime l'odeur qui monte de la terre que le soc a ouverte, et il aime le cri des courlis qui se plaignent, et il aime la brume qui se pose sur la terre au loin. Et il se dresse avec orgueil, car ce sont ses sensations qu'il aime, et si le soir est beau, c'est qu'il le sent beau.
Et alors, centre de tout, le Triomphant étend ses deux bras, aux muscles tendus, en un geste large de possession.
Et d'une église il s'échappe un angélus.
Etle Triomphant demeure, et il l'accueille, cet angélus qui sonne, et il l'accueille, car c'est pour lui qu'il sonne, puisque c'est lui qui l'entend, car c'est pour lui qu'il sonne, puisqu'il est dieu !
LES CHERCHEURS m'iDÉALS 240
Or, cette nuit, j'ai vu, en songe, le Triomphant brisé par l'âg'e.
Il «^tait assis paisiblement sur le seuil de sa demeure.
Et sa vie — sa vie de triomphe — n'ayant été qu'un effort permanent, de toutes les minutes, il était maintenant fatigué, et il aspirait aii repos.
Et c'était dans l'ordre des choses.
Donc, ayant lutté, il aspirait au repos, c'est-à-dire à la mort.
Et il n'était point comme ceux pour qui la vie a été de la volupté et qui ont peur de la Mort.
Il aspirait au Repos et il aspirait à la Mort.
Et sur le seuil de sa demeure, il l'attendait patiemment et il lui souriait.
Et c'était dans l'ordre des choses.
Car la vie, c'est l'effort, et après Teilort
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c'est, avec l'affaiblissement des facultés et des org-anes, le besoin de repos, le besoin de mourir que ne connaissent point les voluptueux, ceux pour qui la vie n'a pas été FEffort.
Le destin de l'homme est d'aimer la vie, et, ayant vécu, de désirer la Mort. Mais ceux-là seuls connaissent le bonheur de mourir qui auront connu le bonbeur de vivre.
Et ainsi j'ai vu cette nuit, en songe, le Triomphant brisé par l'âge.
Et il était assis paisiblement sur le seuil sa demeure.