‹ Les chercheuses d'or folievaudeville en un acteChapitre 3 sur 22 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

PAMPHILE, GROSLAY

croslay, omoanl par la colline wn fusil à la mai».* ** Air : Tonton.

Poursuivant chevreuil et bécasse,

J’ai parcouru tout le canton,

Ton ton, ton ton,

Tontaine, ton ton.

Il dépote son fusil prêt du kiosque.

paupjiii.f, san* te déranger .

Que rapportez-vous de la chasse,

Pour mettre dans le pot-au-feu ?

ENSEMBLE

Ton ton,

Tontaine, ton ton !

groslay. Encore couché , paresseux ?

(/I Ale sa gibecière qu’il accroche au fond.)

PAMPHILE. Je me dorlolte, monsieur. ..

c’est mon seul bonheur... et ça ne regarde personne... Répondez-moi plutôt... est-ce que tous êtes fou de me faire attendre des éternités pour déjeuner?... Voyons, qu'avez-vous tué?

GROSLAY, tirant de ta gibecière un oiseaumouche. Cet oiseau-mouche.. . regarde le joli plumage.

pampdile. En voilà nn rôti!... Comment, monsieur, vous n’avez pas de hon'e de vous présenter devant moi avec ce volatile lilliputien !...

groslay. Ah! mais, dis donc... si tu voulais bien me recevoir mieux que ça... Au lieu de te goberger, il fallait chasser, toi. .. tu aurais peut-être été plus adroit.

pamphile. Moi, m’éreinter, me briller le sang! en v'ià une naïveté!... je me borne à tuer des singes, sans sortir a’ici... quand ees maudits jockos viennent nous chiper nos provisions... Pourquoi n 'avez-vous pas tué un singe?... ça nous aurait fait une peau de plus.

GROSLAY. Ah ! bah ! nous avons déjà douze peaux au dépôt des peaux.

pamphile. En attendant, ftous n'avons rien pour déjeuner.

GROSLAY, allant à la table." Mais si.. . j’ai tout préparé avant de partir. (7/ apporte la table au milieu du théâtre et place la deux tabourets à chaque bout.)

pamphile. Qu’est-ce qu’il y a?...

groslay. Un lézard au court bouillon, des

* Groslay, Pamphile.

** Pamphile, Groslay,

œufs de tortue en chemise, une compote de sautcrelhs, et des chauves-souris à la crapaudine.

pamphile, se levant. J’aimerais mieux du fromage d'Italie.

| groslay. Bégueule!

pamphile , rrn«n< s'asseoir à la table.

! Tiens, pardinc... manger, c'est mon seul I bonheur... Y a-t-il du champagne, au moins?

GROSLAY, prenant une bouteille dans un coin contre lu maison et la mettant sur la table. Oui. gourmand.... en voilé... [S’asseyant en facede Pamphile.) Voyons, dounemordonedu lézard...

pamphile. Abl mais, si vous vouliez me parler plus gcntim< nt, vous... il est as-ez pénible pour moi de n'élre pas le maître ici.

GROSLAY, serrant et ne gardant presque rien pour lui. Encore lc< jérémiades.... Voyons, de quoi te p'ains-tu finalement? oe vivons-nous pas comme deux amis, comme deux frères?...

pamphile, mangeant. Je sais bien que vous n’ètcs pas lier... mais c’est égal, voyezvous, c’est dur d'étre traité en subordonné, quand on a la conscience de sa supériorité morale et physique.... car je vous suis supérieur en tout.

groslay, timidement. Oh! en tout!...

PAMPHILE. Oui, en tout. Je suis plus fort que vous, moi, je vous passerais la jambe que vous n’y verriez que du feu. .. j’ai de l'esprit, moi.... je vous fais des calembours toute la journée et vous n'en trouvez pas la queue d'un; je suis adroit, je jongle avec quatre oranges... je chante, je danse, je suis veu'riloque... j’imite le cri des oiseaux... je fais des nougats ..je sais arracher des dents... je suis une cncj rlopédie, enfin!,.. Et vous, qu’est-cc que vous savez faire? .. vous v’Ià collé? ( Pendant le repos. Pamphile, gui s'est emparé de la bouteille, se verte coup sur coup jusqu’à ce quelle soit vide. Groslay, après avoir plusieurs fois tendu *on verre inutilement , finit de guerre loue par se verser un verre d’eau qu'il avale en ioupirant.)

groslay. Mon Dieu ! je ne me donne pas pour uu phénix.. . mais je suis riche, je possède une tonne d'or.

pamphile. Ah I voilà le grand mot lâché!...

de l’or !... de l’or 1 la fortune, cette ca-

pricieuse déesse , vous a comblé de ses faveurs, l’aveugle quelle est.... tandis que moi...

| groslay. Crois-tu donc que ça m’est venu en donnant?... J'ai eu du bonheur, c’est vrai ; mais j'ai mangé aussi de la vache enragée. Rendant six ans, j’ai été commis-

LES CHERCHAS U’OR. 4

voyàguur. .. j’élajs parvenu Si gagner un petit pécule dans le commerce des blondes, quand une bruue uie mangea tout en sjx semaines.

Pamphile , portant on cornichon à ta bouche. Quel bon cornichon I

groslay. Si tu l'avais connu, mon Ophanasie,... tu l'aurais été comme moi, cornichon!

PAMPHILE, Pourquoi m'appelez-vous cornichon ?

groslay. Je ne t’appelle pas cornichon. ..

je te réponds.

PAMPHILE. Vous ne répondez pas. Je vous fais observer que vous m'appcf z cornichon, saus raison... et notre familiarité, quelque grande qu'elle soit , n 'autorise pas celle expression...

groslay. Nous ne nous comprenons pas.

Pamphile. : je crains de vous comprendre.. . mais n’ayez plus le mot cornichon li la bouche... (// mange qn autre cornichon que Groslay voit. )

groslay. Ah! cornichon!

pamphile. Encore !

groslay. Non, moi, moi, cornichon, parce que je viens de voir que tu en manges un.. .

c’était un quiproquo.,, pardonne-moi...

PAMPHILE. Continuez vos mémoires d'outre-mer.

groslay. Après mon événement avec ma brune, je me jetai dans les biberons Darbo et dans les bouts de sein perfectionnés.... je parcourus l' Europe , cette industrie à la main; mais on ne mordait pas beaucoup aux bouts de sein, on ne se les arrachait pas... Loisque le hasard me conduisit sur les côtes de la Californie. ... les premiers filons d'or venaient d’étre découverts. .. je piochai jour et nuit, et quand tout les aventuriers du globe arrivaient en foule, moi, j'avais fait ma pelote et je retournais dans ma pairie. .. Mais le mal de mer m’ayant forcé de relâcher, j e pie fis débarquer sur cetle côte avec mes bagages et Mistigi i, mon superbe chat noir, qui est mort de la nostalgie...

Pamphile. Oui, je l'ai empaillé.. .. et il est là... (Il ijcsigne le kiosque.)

groslay. J’achetai alors d'un vieil Inca en retraite celte maison isolée et ses dépendances. Nouveau Robinson Crusoé, je pris possession de la contrée... plus tard, je fis la rencontre, un dimanche, ce qui me donne l’envie de t'appeler Vendredi.... Tes bottes accusaient des jours de souffrance. .. tu boutonnais ta redingote avec des épingles . . je fus touché de ta débine... je te proposai de me servir de...

pamphile. De secrétaire.

groslay. Ont, m exigeas cette qua'ificatiop.,. assea baroque, VU que tq n’as rien à écrire. . .

pamphile. pnfin, j’acceptai.

groslay. Et depuis, noqs vivons comme deux coqs en pâte. ( Pamphile te lire son verre d la main; Groslay range la table et les deux tabourets dans Le coin, d droite , contre la maison.)

pamphile. Et moi, je vous crie chaque jour : pourquoi vous a coquinez-vous dans ce pays sauvage!.,. Pourquoi ne pas retourner à Paris, ce paradis terrestre des gens cosms?... Pour ma part, je vous déclare que j’ep ai assez, et qu’à la première occasiun... je décampe...

groslay. Toi ! Pamphile, tu me quitterais?

pamphile. Certainement (Il lui donne son verre. )

GROSLAY, allant porter le verre sur la table. Ingrat!... Puisqu'il faut tont te dire.., (Il remonte.) Je ne veux plus rien te cacher... ( Redescendant àyauche.) Apprends donc, mon ami, qq’un secret me retient ici. ..

pamphile.* Un secret groslay. Oui, d’un mot je vgis faire cesccr tes plaiuies et le fixer sur ce sol que tu veux abandonner.

pamphile. Je voudrais être fixé là-dcssus.

groslay. Apprends que j’ai découvert, non loin de cette habitation, un filon d’or d'une riéhesse sans égale.

pamphile. Un filon d'or!

groslay. 11 .n’y a qu’a se baisser et A en prendre.

pamphile. Eh bien I monsieur , faisons main basse sur votre filon. .. et filons !

groslay. Et où irions-nous, mon pauvre Pamphile!... Je ne vois partout que démoralisation, perturbation, spoliation !. . . Ecoute, nous exploiterons mon filon de compte à demi, et quand le gjolie aura repris son équilibre social, nous retournerons eu fiance, où tu auras des millions, des billions !. ..

Pamphile. Je seiaisbillioniiaire !... Oh!...

( Il te laisse aller dans les bras de Groslay.)

grosi.ay, le soutenant. Voyons , Pamphile, spis fort dans le bonheur, comme tu as été philosophe dans l'adversité.

pamphile, se relevant. Ça va se remettre...

Mais recevoir ça dans l’estomac... à brûlepourpoint!.. . it'n étendant les bras, il donne une bourrade à Groslay.)

groslay, a part en s'éloignant. Quel vilain domestique I

* Groalay, Pamphile.

PAMPHILE, continuant. Ça étourdit, ça grise!... Je suis comme un notaire qui danserait sur la corde !

groslay. Jusqu’au jour convenable pour l’opération, sachons i mbcllir notre existence.

Pamphile. Ah! c’est là le hic... Embellissez donc votre existence sans la moindre lithographie de femme!... Ah! monsieur, si je vous racontais les rêves voluptueux que je faisais tout à l’heure!...

GRaslay. Tais-toi ! oh! tais-toil... Je t'ai compris. Ah! Pamphile, pourquoi as-tu fait vibrer cette corde ?

Pamphile. Avec de l'or on a tout... Nous pourrions faire fréter un bâtiment de Sylphides!...

groslay. Tais-loi, tentateur!... Tu me donnes des idées de Parc-aux-Cerfs.. . Et je ne suis pas un Louis XV ! .. Nous penserons à tout cela... Mais le ménage n'est pas fait. ..

Pamphile, d'un ton doucereux. Eh bien!.. .

allez le faire!... (Panant à gauche.) Moi, j’ai besoin de me promener, de calmer mes émotions... Je vais errer sur la plage.

groslay.* Ah ! Pamphile !... (Il pousse un gros soupir. )

PAMPHILE, l’imitant. Ah! monsieur... que vous êtes laid quand vous soupirez!...

ENSEMBLE

An : Alton», partons pour la Californie. ( Foire aux Idées, 2 m * numéro.)

Allons, allons, oublions ce beau rêve :

Sur cetle terre où le sort nous jeta,

M’espérons pas que jamais il s’achève...

L’amour, hélas 1 pour toujours nous fuira !

Pamphile tort par le fond à droite.

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