‹ Les Chevaliers du Lansquenet (volume 2)Chapitre 28 sur 33 · LE COMTE HEGTOB DE NAVAILLES · texte numérisé non relu

LE COMTE HEGTOB DE NAVAILLES

Et plus, bas, tracés au crayon, ces mots : Dijon, -^ kâtd du Pare.

2i6 LBS AMômtB d'iw fob.*

— C'est un gendlbonme ! pensa INétudiant, il doit être bi-ave... tant mieux !

Cependant Psyché avait ramassé sur ke plancher du théâtre deux objets qui pour elle acquéraient une valeur infinie. C'était d'abord le petit stylet tdang;ulaire. Puis ensuite l'élégante gaîne en peau de chagrin liestinée à recevoir la lani?e de ce bijou mortel. Elle avait caché dans son sein le stylet et la gafne, en se prêmettatit de les garder toujours.

Ceci fait, l'actrioe chercha Marc-Henry pour le remercier du servioe immense qu'il lui avait rendu. Mais elle ne le trouva nulle part; l'étudiant avait déjà quitté les

ai régisseur vint annoncer au public que te spectacle interrompu pendant près d'une h^ire, allait continuer, et l'opéra-oomique fut en effet repris et achevé au milieu des bravos unanimes.

Psyché, rappelée par trois fois et littéralement couverte d'une avalanche de bouquets et de fleurs, ne put supporter les émoticms de cette soirée, et^Ae même qu'elle s'était évanouie de Arayeur, elle s'évanomt de nouveau, mais cette fois écrasée par la joie du triomphe.

Marc-Henry démettrait pla^ d»s Cordeliers, non lein de l'école de droit. •

Son appartement, situé au deuxième étage <l'unevieîtie et sombre maison pourvue de fenêtres à guillotîne et d'un escalier en spirale, oonsiataît en deux petites pièces garnies de ce mobîHidr tutgtdre qui ae trouve presque

LES AMOtoS D'Vfï FOU. 267

sans variantes daoïs touB les logis è INftsag^ des étudiants de province.

Aucun tapis ne recouvrait le carrelage rouge et froid de la première chambre qu'omaieiit trois ou quatre vieux fauteuils aussi anguleux que peu élastiques, un canapé rembourré avec du foin et dévoré intérieurement par des myriades d'insectes rongeurs, et enfin un seoi^taire en marqueterie, décoré de figurines en cuivre vert-degrisé. Cette pièce était le nalande réception.

Dans la chambre à coucher qui suivait , on avait étendu luxueusement sur les briques qui tenaient lieu de plancher un fragment de tapisserie de haute lice, arra^ ché durant ia révolution aux murailles de quelo '^'*

teau, de telle sorte qu'on marchait sur les profils èfiaci de déesses flétries et de rois méconnus. Un lit» deux bergères, une commode ventrue et un petit bureau complétaient Tameublement.

Eh bien! tel que nous venons de le décrire, ce logis qui ne coûtait pas moins de vingt-cinq francs par moia^ jouissait dans la ville d'une prodigieuse réputation de confort et d'élégance, et faisait naître l'admiration et l'envie de toutes les' générations d'étudiants.

En quittant le théâtre, après la scène que nous avons racontée, Marc-Henry rentra chez lui l'esprit préoccupé par d'assez sombres réflexions.

La,situation n'était en effet que médiocrement réjouissante. 11 venait d'être mortellement insulté par un homme qu'il ne connaissait point. Il se trouvait dans la terrible nécessité de jouer sa vie , le lendemain , sans autre motif réel qu'une provocation brutale et insensée.

Enfin, la jeune fille pour laquelle il allait se battre lui était étrangère et parfaitement indifférente.

Bien plus, Psyché, à peine entrevue par lui pendant un instant, n*éveillait dans son cœur qu'une sorte de répulsion instinctive. Il la trouvait belle, mais cette beauté Teffrayait au lieu de l'attirer.

La soirée était glaciale, et cependant Marc-Henry ne songea point à faire du feu dans sa chambre. Il alluma les deux bougies de la cheminée, prit une pipe qu'il chargea machîna^pmeut, ouvrit la fenêtre qui donnait sur la place des Gordeliers, et, s'accoudant à l'appui de cette croisée, se mit à fumer en attendant l'arrivée des' deux étudiants qui s'étaient chargés d'accompagner jusque chez lui l'inconnu de l'avant-scène.

Au bout de dix minutes, un bruit de pas retentit dans l'escalier et la sonnette de la porte d'entrée fut agitée vigoureusement. — Marc-Henry courut ouvrir.

PCrfpéttes.

Les arrivants n'étaient autres que les deux jeunes gens attendus par Marc-Henry.

— Eh bien ? demanda-t-il après les avoir introduits.

— Eh bien! mon cher, répondit l'un d'eux, il s'appelle en effet le comte Hector de Navailles, et il demeure à l'hôtel du Parc.

— Que vous a-t-il dit en route ?

— Pas un mot qui fût relatif à la triste affaire de demain qu'il paraissait même avoir complètement oubliée. Il nous a parlé des choses les plus indifférentes, avec toute la liberté d'esprit d'un homme dn monde causant dans un salon. Il semblait très-calme , très-doux , et même singulièrement bienveillant. Nous n'en pouvions croire le témoignage de nos sens, et il nous était impossible de reconnaître, en cet homme aimable l'énergumène furieux qui, si peu de temps auparavant, levait le couteau sur une jeune femme et se conduisait avec toi de la façon la plus révoltante...

— - Gela eét, en e£tet, bien bizarre ! fît Marc-^Henry.

— fia nous ifHÎitant, il nous a salués courtoisement et nous a dit avec un charmant sckurire : A demain, Messieurs, j'aurai l'honneur de vous attendre jusqu'à midi.

— Et VOttt Alinéas répondu t^

292 h$B 4|iOUB8 0-011 FOU.

— Oh ! je doraûvai, £^t le jeune homme avec un soi rire.

Les étudiante partireAt, et notre Jhôros s*accoudant di nouveau à la fenêtre ouverte, se remit à fumer sans s'a percevoir que sa pipe était éteinte. Au bout d'une heure, engourdi de corps et d'esprit par l'air Racial du de hors, il se coucha, éteignit ses bougies et ne tarda poini à s'endormiiT, comipe il l'avait annoncé.

Quand il se réveilla il était grand jour. Il sauta en ba^ de son lit et courut regarder sa pendule. Elle indiquai! huit heures et demie.

— Je n'ai que le temps de m'habiller, se dit-il en commençant rapiden.. ^ sa toilette.

Neuf heures sonnèrent. Puis neuf heures et d *''». Marc-Henry était prêt depuis longtemps, et persouuc ne paraissait. q ,

— Voilà qui est inouï,|^ ,^isait-il avec un étonnement et une anxiété croissants de n;iinute en minute.

Enfin , n'y pouvant plus tenir, il prit son chapeau et se disposait à sortir, quand un coup de cloche retentit. Il courut à la porte; c'étaient les étudiants.

— Gomme vous venez tard ! s'écria-t-il d'un ton de reproche.

— Il y a du nouveau, répliqua Gustave.

— Quoi?

'^ Je vais te le dire; mais permets-moi de souffler, nous sommes venus vite. '

Gustave se laisf a tomber dans un fauteuil, et Marc* Henry put s'apercevoir alors, en le regardant avec atten^ tion, qu'il y avait sur son visage une double et singiH* hère expression, tout à la fois joyeuse et triste. I

LE8 AHOUm V'iTN FOU. 298

— Vous avez donc reculé le moment du duel ? de. manda-t-il avec une fiévreuse impatience.

— Tu ne le bats pas, répondit péremptowcment l'étudiant.

— Ceci est une plaisanterie, je pense?

— Non.

— Je n'ai point souvenir de vous avoir chargé d'arranger cette affaire ! s'écria Marc-Henry avec vivacité et presque avec colère.

— C'est vrai.

J'ai été insulté d'une manière infâme... j'ai reçu un soufflet ! . UN SOUFFLET ! vous le savez , répéta-t-il en pâlissant, et vous venez me dire qo«* je ne me bats pas !..

— Oui.

Gustave h Gustave! ajouta Marc-Henry en serrant violemment les poings, tu es mon ami... c'est vrai... mais prends garde... tu vas trop " * !

— Est-ce à moi que t^ ^erches maintenant querelle ?

— J'attends que tu t'expliques...

-> Et je l'aurais fait déjà si tu ne t'emportais comme une soupe au lait, sans savoir pourquoi...

— Au nom du ciol, parle donc! je suis sur des charbons ardents.

— Homme sans patience, écoute: Ce matin...

— Hâte-toi, mon ami.

— Sacredieu ! si tu veux que je me hâte , commence par ne pas m'interrompre! Je reprends : ce matin, à huit heures précises, Paul que voici , et moi , nous arrivions à Vhôtel du Parc , et nous montions chez M. de'Navailles. Deux de nos amis nous attendaient en bas, et nous nous

294 LSfi AMOUBfi d'un fou.

réservions, le cas échéant, de les présenter à ton adversaire et de les lui fiure agréer comme témoins. Le comte nous attendait. Il était vôtu de noir avec une cravate blanche, des bas de soie noire etde petits souliers, comme s*il se fût disposé à partir pour le bal. Nous n*avons pas besoin de te dire que cette tenue nous surprit quoique nous fussions prévenus déjà des singularités du personnage. Il nous reçut d'ailleurs à merveille, accepta Tarme que nous avions choisie , nous reoiercia d'avoir songé à lui procui*er des témoins, et nous dit qu'il ne^voyait aucune raison pour que le duel n'eût pas lieu aussitôt après cette entrevue...

— Tu vois bien, interrompit Mar^-Henry, tu vois bien que rien n'explique et que rien ne justifie tes paroles de tout-à*rheure \

— Patience! Déjà nous avions quitté nos sièges et nous nous disposions, Paul et moi, à venir te chercher, quand une chaise de poste, attelée de quatre chevaux , se précipita dans la cour de l'hi^tel, avec un grand fracas de grelots et de coups de ifouet. Je m'approchai de Tune des fenêtres, tandis que M. de Navailles s'approchait do Tautre. Je vis s'arrêter la voiture.Un valet de pied s^élança du siège de derrière, ouvrit la portière, et un viei]jl|rd à cheveux blancs descendit de la chaise de poste avec une vivacité qui, certes, n'était pas de sonlLge. Rien ne me semblait plus naturel que ce qui se passait sous mes yeux, lorsqu'un grand cri retentit à côté de moi. Je me retournai brusquement, et je vis...

— Que vis-tu donc ? demanda Marc-Henry , haletant d'impatience.

— Avant d'achever , poursuivît l'étudiant, je dois te

LES AH0UB8 d'uN FOU. 295

prévenir que ce qui me reste à te raconter dépasse, et de beaucoup, toutes les bornes de Finvraîsemblable... Je n*y croirais pas, si je ne l'avais vu... Je l'ai vu, et cependant je n'y crois guère... Jamais les romanciers Içs plus fantaisistes n'ont inventé une scène aussi étrange , tranchons le mot, aussi impossible... et cependant... enfin , tu vas voir.

Marc-Henry suait à grosses gouttes , et du talon de sa botte , écrasait convulsivement la gorge d'une Hébé qui se détachait parmi l'Olympe de la tapisserie de haute lice.

— Que vis-tu donc ? répétait-il d'une voix indistincte.

— Je vis M. de Navailles se jeter en arrière et reculer jusqu'au milieu de la chambre, le visage livide, les yeux égarés, la démarche ..saccadée et roidie...—- Les mèches de ses cheveux noirs se dressaient littéralement sur sa tête et prenaient de plus en plus l'apparence de cornes diaboliques. A force d'exprimer une profonde épouvante, son regard était effrayant.

» Rien ne justifiait, rien n'expliquait cette apparente terreur, aussi ma contenance témoignait-elle sans doute /un étonnement stupide, quand le mot de l'énigme me fut enfin révélé. La porte de la chambre s'ouvrit, et je vis entrer le vieillard à chevelure blanche qui, quelques minutes auparavant, descendait de la chaise de poste dans la cour de rhôtel. Il était très-pâle, il semblait singuHèrement ému, et de grosses larmes coulaient de ses paupières rougies. — Il alla droit au comte Hector et lui tendît les bras comme s'il voulait l'inviter à se jeter sur sa poitrine. Mais à l'aspect de l'arrivant, le comte recula de nouveau en poussant un second cri

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semblable au premier et seulement peut-être plus rauque et plus fkrouche — Puis, il' se mit à gambader, à gesticuler, à bondir, et fit dix fois le tour de la chambre avec des contorsions effroyables, des gémissmnents inarticulés, des chants interrompus, des bla^hèi&es, et des gémissements de bête fauve.

Le vieillard se tordait les mains. — La porte était restée entr'ouverte. — Les domestiques de Thôtel, attirés par le bruit, s*y pressaient curieusemetit. — Pallai à cette porte et je la fermai. — Ceci n'écbappa point au vieillard. — Il me jeta un regard que je compris et qui voulait dire : merci t

» Cependant, M. de NavaiHes s^tait calmé peu à peu. Bientôt son front se rasséréna et son regvd reprit son expression habituelle. Il s'approcha du nouveau venu et lui tendit la main en disant :

» — Je vous reconnais.

» — Enfin ! s'écria le vieillard. Ah ! que Dieu soit béni!,..

» — Je suis bien heureux de vous voir, continua le comte Hector, car j'ai à vous dire des choses qui vous feront le plus grand plaisir et auxquelles vous ne vous attendez guère...

» Qu'est-ce donc, mon enfant? Parlez vite!

» Vous m'écoutez avec attention, n'est-ce pas ?

» Peux-tu me le demander?

» — Et vous me garderez le secret?

» — Sans doute !

» C'est que, voyez-vous, c'est très-grave !... ily va de ma tête !

» Un frémissement agita les membres du vieillard.

» Son interlocuteur se pencha vers lui d'un air confidentiel et poursuivit, mais sar.s abaisser le diapason de sa voix :

» — Vous venez de SA part...

» — Que dis-tu ?

» — Il est inutile de chercher à me tromper, je sais la vérité toute entière...

» La vérité!...

» — Oui. Elle vous a chargé de venir me trouver et de -- faire tous vos efforts pour me ramener à elle : elle vous a juré qu'ELLE se repentait; elle a fait des serments; elle a beaucoup promis ; mais tout ceci n'a plus de but, vous parleriez en vain ; mon suppliée est fini, je suis libre à présent : elle est mOi^t^,

» — Mortel^'''

» — Oui, morte? bien morte, et c'est moi qui l'ai tuée !

» Le comte Hector regarda autour de lui avec inquiétude et ajouta en s'adressant au vieillard :

» — Ghut ! chut! ne parlez pas de cela, car, si on le savait, on me prendrait et on me tuerait. . . »

» Puis il se remit à courir autour de la chambre, avec des gambades, des cris et des chants, jusqu'à ce qu'épuisé de fatigue, il se laissât tomber sur un siège, en sanglotant amèrement et en cachant sa tête dans ses mains.

— Mais, Gustave, ce que tu dis-là n'est pas possible! interrompit Marc-Henry.

— Je t'ai prévenu que moh, moi qui ai vu les faits, je n'y pouvais presque pas croire, répliqua l'étudiant; laissemoi donc achever.

298 LBS AMOUBB B'UM FOU.

— J*écoute.

— Et je poursuis :

« Le vieillard, profitant de rabattement momentané du comte Hector, m'entraîna dans Fembrasure d*une croisée et me dit :

B — Oserai-je vous demander^ Monsieur, quelles sont les raisons qui vous ont conduit ici ?

» *— Mais, répondis-je, assez surpris de cette interrogation, et cependant saisi d'un respect involontaire en lace des cheveux blancs et de la noble et digne apparence du vieillard, une question semblable...

» — Ëist bien naturelle, et vous allez le comprendre, je suis le marquis de Navaîlles, le père de Monsieur....

» Et du geste il désignait le comte Hector, qui sanglotait toujours.

> Je m*empressai de raconter au marquis la scène d'hier au soir, la provocation qui en avait été la suite, et je lui avouai franchement que nous nous trouvions chez son fils, afin de régler les préliminaires d'un duel.

» — Mon Dieu ! dit alors le marquis en levant les mains au ciel, mon Dieu! répéta-t-il. Puis il reprit : Mais ce duel est impossible !

» — Impossible? dis-je à mon tour.

» — Complètement!

» —Pourquoi?

» — Vous n'avez donc pas compris? ajouta-t-il avec un accent déchirant. Vous n'avez donc pas compris que mon malheureux fils est fou !

» — Fou ! m'écriai-je.

» — Oui, Monsieur, et c'est horrible! il était si bon,

IiB8 AMOUBS d'un FOU. 299

le pauvre enfant! si tendre! si généreux! Il y avait tant de clartés dans son intelligence! tant de noblefse dans son cœur! et c*est une femme!.. Oh! cette femme... cette feiçme, que Dieu qui m'entend la maudisse comme je la maudis, et daigne la punir !..

» Ces quelques mots m'avaient prodigieusement intrigué et je ne pus m'empécher de demander :

» — Quoi, c'est une femme?..

» — Une femme qu'il a aimée... éperdument aimée... malgré moi, malgré tout ! Elle était belle de corps et de visage, mais elle était hideuse au-dedans... Je le savais, je le lui ai dit, il n'a voulu ni m'écouter, ni me croire... il m'a abandonné pour elle, pour elle il a rompu sa carrière militaire brillamment, glorieusement commencée., avec elle il a vécu d'une vie honteuse et presque déshonorante... Regardez-le, la tête chauve, les yeux caves; il semble vieux, et pourtant il est jeune... Forces vitales et intelligence, la misérable a tout usé chez lui ; puis un jour elle l'a trompé honteusement, elle l'a quitté lâchement... J'ai béni le ciel et je me suis réjoui... Ah ! j'aurais dû pleurer, au contraire, et me désespérer... 11 l'aimait encore, il l'aimait plus que jamais... Elle avait emporté son cœur et sa pensée... il était fou!..

» Depuis ce temp^, Monsieur, je ne l'ai point quitté d'une heure, car sa folie est terrible et dangereuse. Souvent, et sans autre cause qu'une bizarre hallucination, il croit reconnaître en des femmes inconnues la femme qu'il cherche et qu'il maudit ; alors, saisi d'une démence furieuse, il se jette sur elles et chei:che à les frapper mortellement...

300 LES AMOUiis D'mr fou.

» Mais depuis six mois, sa raison semblait revenue... il oubliait et moi j'espérais...

» Ma surveillance de tous les instants se renHa peu à peu, et, il y a de cela huit jours, mon malheureux fils m'échappa.

* Dès le lendemain, je me mis à sa poursuite, mais une indication trompeuse me jeta dans une fausse voie et je perdis beaucoup de temps sur la trace d'un inconnu.

» Tout-à-l'heure seulement, j'ai pu le rejoindre et je le retrouve... hélas! voua voyez comment. .

» Je vais repartir avec lui et le mener à Londres. On m'a beaucoup parlé d'un médecin célèbre.. Je vai& essayer, essayer encore... essayer toujours... mais je n'espère plus !

» Oh ! cette femme ! cette femme !

» — Espérez, Monsieur, répondis-je au triste vieillard. Dieu est bien bon et la science a des secrets sublimes !

» Pour toute réponse, il secoua tristement la tète.

Tandis que cet entretien s'achevait, le comte Hector s'avança vers nous. Sa contenance était digne et froide, son regard assuré.

» — Je suis à vos ordres, me dit-il, je serais désolé de faire attendre mon adversaire sur le terrain, ce qui d'ailleurs serait contraire à toiites mes habitudes, je vous prie de le croire. Messieurs.

» Que répondre?

» Je saluai le pauvre père et le malheureux fils ; je quittai la chambre avec Paul, puis l'hôtel, et nous voici.

I^ fils' d'Ësther garda le silence. Les deux étudiants

LB9 AMOURS d'UN FOU. 301

compritent qu'il avait le désir de r^ter seul et se retirèrent, ^

A peine avaient-ils franchi la seuil que Miarc-Henry s'éeria :

— Fou d'amour j G'^t donc bien vr^ ! on peut donc devenir fou d'amour !

Et, pendant deux heures, il s'absorba profondément dans cette pensée.

Vingt-quatre heures s'étaient écoulées depuis les événements que nous venons de mettre sous les yeux de nos lecteurs.

Marc-Henry, nonchalamment étendu sur deux chaises, dans l'un des angles du Café des mille colonnes^ parcourait distraitement un journal, en attendant le jeune souslieutenant avec lequel il faisait*) chaque matin sa partie de dominos.— En ce moment Philidor entra dans l'estaminet et vint s'asseoir à côté de l'étudiant.

L'allure du comédien n'était point comme d'habitude, joyeuse et excentrique. — Son entrée fut modeste et peu bruyante. — 11 avait l'oreille basse et la mine piteuse.

Marc-Henry remarqua ces symptômes inaccoutumés, et tout en rendant à Philidor sa poignée de main, il lui dit :

— Ah ça ! mon cher, d'où te vient cette figure à porter le diable enterre?

— Ah ! mon ami ! répondit l'acteur avec un gros soupir.

— Qu'est-ce que tuas?

— D'abord je n'ai rien, — et ^ci contribue à me. désoler, mais ce n'est pas tout...

302 LBg AMOYRS D'im FOU.

— Qu*y a-t-il encore?..

— ^ Mais... je ne sais si je dois...

— Tu dois, et beaucoup ! répondit Marc-Henry en riant.

— Ne raille point ma grande infortune, fit le comédien avec un sérieux tomique. Ce qui m'arrive est grave, trèsgrave! — J'ai des peines de cœur!

--Toi?

— En personne... je sais bien que c'est invraisemblable, mais qu'est-ce que tu veux ?

— Ainsi donc, à la fin, l'irrésistible Philidor a rencontré une cruelle!

— Une tigresse, mon cher, une véritable tigresse! et le plus terrible, c'est que la belle pour qui je soupire et qui m'a ri au nez en écoutant Yaveu de ma flamme, en idolâtre un autre...

— Oh ! ob ! ça se complique !

— Plus que tu ne le penses...

— Gomment?

— Voici. — C'est moi, moi Philidor! qu'elle a choisi pour faire entendre à cet autre...

— Qu'il était aimé, peut-être?

— Juste!

— Âh ! ah ! ah ! mon pauvre garçon !

— Tu ris, sans cœur!

— Il y a de quoi. C'est fort original de tavoir chargé de cette mission singulière... que rien d'ailleurs ne te force à accepter.

— Erreur, mon cher! La sirène me fiiscine, je suis sous le charme, et malgré moi j'obéirai.

— C'est triste! — dit Marc-Henry en souriant. ^ Une chose cependant me console un peu.

LES AMOURS d'un FOU. 303

— Laquelle ?

— C'est que je veux du bien à mon heureux rival... car ce mortel favorisé, c'est toi...

-Moi!

— Toi-même.

— Allons donc!

— Je savais bien que tu te récrierais ! Ce que je me fais l'honneur de te dire est cependant la vérité dans son costume le plus indécent !

— Une femme m'aime et t*a chargé de me le dire !... mais c'est un conte bleu que tu me fais là !

— Marc-Henry, mon ami, tu m'affliges en doutant de ma parole!..

— Nomme-moi du moins cette beauté mystérieuse.

— Eh ! c'est Psyché.

— Psyché ! répéta l'étudiant qui ressentit au cœur, en entendant ce nom , une sorte de commotion électrique. Elle ne me connatt pas, c'est à peine si elle m'a entrevu l'autre soir...

— Il parait que ça lui a suffi. Du reste, si tu veux me faire^le plaisir de demander un petit déjeuner pour moi, je m'empresserai de te raconter, avec détails , comment les choses se sont passées.

Marc-Henry fit apporter au comédien une large tranche de pâté de foie gras, et pendant quelques minutes Philidor ne fut occupé qu'à avaler de copieux morceaux et à les suTOser d'un nombre indéterminé de rasades d'un vieux vin de Nuits.

Cette collation substantielle produisit un effet rapide. La mélancolie insolite qui avait fait élection de domicile jsur le front de Philidor disparut comme par enchanta-

304 t£S AtfOURS d'un fou.

ment. Les yeux du jeune homme redevinrent brillants et joyeux, il passa deux ou trois fois ses doigts entre les boucles luxuriantes de ses cheveux trop Msés. D fit claquer sa langue contre son palais avec l'air de béatitude d'un gourmet rassasié et satisfait. Ensuite se renversant sur sa chaise et croisant les jambes, il s'écria :

— Âh ! ma foi ! nargue le souci ! C'est stupide de se mettre martel en tête à propos de ce sexe trompeur! Une femme perdue , dix de retrouvées l Vqgue ma galère et vivent les amours !

Puis, reprenante la fois toutes ses vieilles habitudes, il se mit à fredonner :

Reviens, reviens, ma compagne chérie, Reviens, reviens, mon aimable gaieté 1

Sans un peu de légèreté,

Et môme un peu d'étourderie,

On ne pourrait en vérité.

Supporter les maux de la vie i

— Voyons, fit Marc-Henry en souriant à ces nouvelles dispositions de son convive, tu disais donc '^

— Je disais que tu es un heureux coquin :

Le myrthe va ceindre ta tête.

L'amour va couronner tes feux !

Ce dieu, par ma voix, dans ces lieux T'annonce ta conquête!

Voici l'histoire : — Hier matin, à la répétition, notre nouvelle camarade Psyché me fait signe de la suivre entre deux coulisses.

« — Bon ! me dis-je, ça va bien ! J'ai doni^ dans l'œil de la jeune personne ! Du reste, ça jie m'étotni^e pas, ie n'en fais jamais d'autres !

» Je m'illusionnais d'une façon lamentable ! Tu vas voir.

» Je suivis la belle, et me souvenant d'avoir pratiqué maintes fois la morale de ce refrain :

D'un peu d'étourderie Empruntons le secours, On sait que la folie Sert de guide aux amours ! !

» J'enlaçai cavalièrement la taille de mon idole et je lui glissai dans l'oreille une déclaration d'un joli style.

» Psyché partit d'un grand éclat de rire, se dégagea "de mon étreinte et s'écria :

« — A bas les mains, je suis très-chatouilleuse 1 »

» Puis elle ajouta :

» — D'ailleurs ce n'est pas décela qu'il s'agit !

» — De quoi donc, ô la plus charmante de toutes les femmes ?

» — ^Vous connaissez ce jeune homme qui, l'autre soir, tandis que vous m'abandonniez comme des poules mouillées, a sauté si bravement sur le théâtre et m'a sauvée de cet abominable fou qui voulait me tuer? • » Je le connais, et j'ai le plaisir d'être admis dans sa flatteuse intimité. ^

» — Que fait-il ?

» — C'est un étudiant.

» Gomment se nomme-t-il *^

» — Marc-Henry.

9 — A-t-il une maîtresse ?

» — Non, ou s'il en a une, il la cache si bien que personne ne s'en doute.

> -^ N'est-'Ce pas qu'il est beau ?

306 tSS AlfOQBS S%N FOV.

» •— Il est fort remarquable sans ooi^pedk, mais je ne suis pas mal non plus, du moins quelques femmes ont la bonté de me le laisser croire.

» —Eh .'pour l'amour de Dieu, se parlons pas de vous, mon cher!..

» - Ah!

» — Monsieur Philidor, poursuivit Psyché, vous me faites Teifet d'être un bon garçon, et c'est parce que vous m'avez plu tout de suite, que je m'adresse à vous... pour vous demander un service.

» — Mais comment donc! je suis trop diarmé*.. trop flatté...

» — Veuillez dire de ma part à M. Marc-Henry que je l'ai cherché vainement au théâtre pour lui témoigner toute ma reconnaissance... ajoutez que je désire vivement le voir... et que j'espère qu'il voudra bien me faire l'honneur de venir chez moi... le plus tût possible...

» — Diable ! répondis-je, cette conmiission ne me parait pas prodigieusement agréable !

» Refusez- vous ? me demanda la sirène avec im sourire et un regard si charmants et si diaboliques que je sentis ma tète à l'envers et que mon cœur battit la breloque.

» — Non, non, je ne refuse pas! m'écrîai-je, je ferai ce que vous vouloz, mais c'est dur !

1 -^ Merci, mon ami, dit alors Psyché en xdb prenant la main.

J'ai touché dans ma vie bien des mains de fenune, eh bien ! m9n cher Marc-Henry, tu me croiias si tu veux, jamais je n'éprouvai une paveiila sensatioa. Cette peau

si douce me brûla, cette main tiède et parfumée eut une pression si enivrante qu'une fièvre de cent quarante pulsations à la minute m'empoigna comme un coup de fusi), et que je me dis qu'un baiser des lèvres de cette créature devait être à iui seul une volupté plus grande que le bonheur complet avec toute autre femme.

n — Donc je compte sur vous ? ajouta Psyché.

» — À la vie, à la mort !

» -^ Bt... poursuivit-elle d'une voix presque tremblante, croyez-vous qu'il vienne ?

» — Il y a cent à parier !..

» — Eh bien ! mon ami, faites que ce soit bientôt, et vous m'aurez rendue heureuse, oh ! bien heureuse !

» Là-dessus, elle me serra de nouveau la main, toujours de la même &çon infemalement déhcieuse, et elle me quitta.

» Maintenant j'ai accompli ma mission, ou plutôt ma corvée ; tu sais tout, Marc-Henry, que dis-tu de cela ?

— Je dis, répondit l'étudiant, je dis que je n'aime point cette femme, qu'elle me déplaît, qu'elle m'épouvante, et que je n'irai pas chez elle !

— Est-ce possible ?

— Tu l'avoues toi-même, il y a dans Psyché un charme étrange et diabolique qui doit être fatal. Je te le répète, cette femme m'épouvante.

— Cependant tu Tas protégée, tu l'as défendue.

— J'ai fait pour elle ce que j'aurais fait pour toute autre ; mais, de la défendre à l'aimer, il y a bien loin.

— Ainsi, tu lui tiendras rigueur ?

— L'expression est ridicule, mais la pensée est juste. Si, comme tu le supposes, Psyché éprouve un caprice

\ pour moi, ce capnce passera comme il est venu, car je

ne serai jamais l'amant de Psyché.

— Tu erres totalement, mon cher : Psyché t*aime, je l'ai bien vu, elle veut t'avoir, et elle t'aura.

— Voilà qui est fort !

— Je le soutiens et je le prouve.

— Par quels arguments, je te prie ?

— Par ceux-ci, qui sont irrécusables : d'abord le vieux proverbe : ce que femme veut, Dieu le veut ; ensuite un couplet que j'ai chanté plus de soixante-quatre fois, et que je vais roucouler une soixante-cinquième.

Et Philidor fredonna :

En vain la ruse et la prudence Font sentinelle nuit et jour 1 Tout doit céder à la puissance De la jeunesse et de Tamour !

— Le fait est , dit Marc-Henry en riant, qu'à des raisons comme celles-ci il n'y a rien à répondre. Ah ! que tu connais bien le cœur humain, Philidor ! ^

— Mais pas trop mal I pas trop mal ! riposta le comédien. Raillez à cette heure, jeune homme, raillez, farouche insensible! plus tôt que vous ne le croyez nou^ vous verrons moins cruel ! oh I mais beaucoup, beaucoup moins! Souvenez- vous de ceci, mon cher, souvenezvous-en, je ne vous dis que ça. ^

Vous m'opposez en vain et rigueurs et courroux,

D'amour ici je suis parlementaire 1 Par ma voix il vous dit : à l'instant rendez-vous,

Ou craignez les lois de la guerre !

Puis Philidor prit son chapeau , l'inclina sur Toreille droite d'un air agréablement tapageur, et sortit du café en sifflotant une ariette.

PS7Cli«.

Pourquoi Psyché avec sa beauté souveraine et sa voix de fauvette, ce double et merveilleux trésor , pourquoi Psyché venait-elle chanter Topéra-comique sur le théâtre de Dijon , aux modestes appointements de deux cent cinquante francs par mois ?

Nos lecteurs ont le droit de nous adresser cette question. Nous y répondrons en quelques lignes.

D*abord, et à notre grand regret, nous sommes obligés de dépoétiser quelijue peu le personnage de la jeune artiste que nous mettons en scène. Nous aurions voulu laisser dans une sorte de brume germanique la blonde fille aux sourcils noirs et au regard de serpent.

A travers le crépuscule des premières pages des Souvenirs de Marc-Henry , Psyché nous apparaissait semblable aux bizarres conceptions d'Hoffmann le Berlinois. Mais à mesure que nous avancions dans la lecture de ces pages intimes, le prisme se dissipait, le fantastique cédait la place à la réalité. Le fantôme se faisait femme.

. Or, puisque nous avons accepté cette tâche ingrate et ardue de fouiller les récits d'un mort pour en donner dans ces pages une rapide analyse , allons droit au but , et, quoi qu'il en coûte, déchirons le voile dont nous aimons la mystérieuse épaisseur. Aussi bien l'espace nous fait défaut, le terme de notre labeur approche, le papier

310 LES AMOURS D'TJN tOXJ,

va bientôt manquer sous notre plume, et nous jouerons peut-être le rôle ridicule de ces acteurs attardés qui s'obstinent à rester en face du public , alors que la toile vient de se baisser derrière eux.

Psyché, qui sur les registres de l'état civil se trouvait inscrite sous le nom vulgaire de Catherine Pitois , avait vu le jour à Paris, dans la mansarde la plus sale d'une vieille maison de la rue Saint-Nicolas.

Elle était, comme on dit, un en£suit de l'amour.

Sa mère, ouvreuse de loges au théâtre des Nouveautés^ se fut trouvée dans une perplexité étrange s'il lui avait fallu désigner de façon positive, l'auteur de cette naissance. Elle n'aurait eu cependant que l'embarras du choix. Par malheur , aucun des membres favorisés qui pouvaient réclamer les honneurs de cette paternité de hasard, n'était en position d'assurer un sort à la nouvelle venue. La pauvre petite fille fit donc dans le monde une entrée fort triste et sqrtout très-mal accueillie. Mais comme dès l'âge de deux ou trois ans elle annonça devoir être charmante , madame Pitois se consola et bâtit d'infâmes espérances sur la beauté future de sa fille.

A cinq ans, Catherine était en effet jolie comme les amours.

L'ouvreuse de loges la menait chaque soir an théâtre avec elle. Le directeur, en passant dans les couloirs, remarqua les grâces naïves de l'enfant , et lui fit jouer le rôle du malin Gupidôn dans uhe grande féerie mythologique. La petite fille déploya sur la scène le plus étourdissant aplomb et obtint un immense succès de bravos et de dra-

gées. A partir de ce moment elle fut choyée par sa mère autant qu'elle m avait été détestée jusque-là. — Joujoux et petits soins, sucreries et fraîches toilettes lui furent prodiges à outrance.

Madame Pitois parait Fidole qui devait Tenrichir.

C'est une chose bien abominable et cependant bien commune que ces honteux calculs maternels. Dans la démoralisation humaine, rien ne nous épouvante davantage que cette corruption inouïe qui pousse une mère , dans un but de féroce égoïsme, à élever pour le vico la pauvre petite créature blanche et rose, fraîche et naïve , qu'elle a portée dans son sein, et dont elle devrait, aux dépens même de sa vie, sauvegarder la pudeur. — Et de tout temps cela s'est vu, et cela se verra toujours. Le monde est ainsi fait.

Cath^ne grandit et passa de l'enfance à la puberté sous l'obsession de cette idée unique, que la beauté était un capital, et que bien sotte serait celle qui ne tirerait point de ce capital tout le parti possible.

Sa mère lui répétait sans cesse que la beauté devait battre monnaie. Elle lui dénombrait les résultats métalliques qu'une femme habile pouvait obtenir, seulement avec une œillade. Elle établissait pour elle une sorte de tarif amoureux où toutes les faveurs possibles se trouvaient évaluées, depuis les plus minimes jusqu'aux plus absolues.

Pour un sourire tant.

Pour un baiser tant.

Etc... etc... etc... jiv-x, v^^ t*^-^ . , , «. ^ h>^^.

Le reste de la nomenclature nous en tratnerdt beaucoup trop loin.

Quant au cœur, ajoutait madame Pitois, c'était un conseiller détestable qu'il fallait bien se garder d'écouter. Quant à l'amour, c'était le plus nuisible et surtout le plus absurde des sentiments ! Et Catherine trouvait cela tout simple, et promettait de ne se jamais départir de la ligne de conduite que lui traçait sa mère.

Cependant la jeune fille atteignait sa quinzième année .

— C'était l'âge ûxé par madame Pitois. — La fleur était épanouie, bonne à cueillir et prête à vendre. 11 ne s'agissait plus que de trouver des acheteurs. — Madame Pitois se mit en quête.

Beaucoup se présentèrent, mais nul ne réunissait toutes les conditions requises par la prudente matrone.

— Celui-ci était trop jeune , celui-là n'était pas assez riche, cet autre enfin ne pouvait se décider à dénouer assez largement les cordons de sa bourse de millionnaire.

— Enfin un haut personnage, dont nous tairons le nom par- des motifs de convenances, se mit sur les rangs et fut agréé. On discuta longuement les articles du contrai, puis on tomba d'accord. 11 ne s'agissait plus que d'effectuer la livraison de la chose vendue. — Madame Pitois rayonnait de joie et d'orgueil.

Son triomphe fut de courte durée. Une maladie subite et terrible a int briser cet avenir qu'elle comptait dorer avec de la boue. Elle mourut en atteignant le but.

Ses dernières paroles continuèrent à sa fille les enseignements de toute sa vie. — Ses yeux se fermèrent, elle rendit son âme au diable , et Catherine pleura sincèrement sur le cadavre de cette bonne mère. A défaut des prières qu'elle ne savait point. Psyché, nous le répétons, donna des larmes à la mort de sa mère. Mais le cadavre

LSB AMOURS d'LN FOU. 313

de cette dernière était à peine refroidi, que déjà le grand personnage dont nous avons parlé précédemment venait réclamer l'exécution du marché consenti par madame Pitois.

Obéissant aux derniers conseils de l'agonisante , la jeune fille se livra avec la plus conscienceuse loyauté à l'acheteur qui la payait comptant, et qui, plus heureux en cela que la plupart des libertins hors d'âge, ses dignes collègues, put salir à son aise de ses baisers impurs une réelle virginité.

Nous n'avons pas besoin d'ajouter que la nouvelle maîtresse du vieux roué fut entourée immédiatement de toutes les jouissances du luxe le plus complet et le plus rafiné. — L'orpheline porta son deuil en robes roses.

Grâce aux enseignements maternels , Catherine Pitois était à quinze ans aussi profondément corrompue qu'une courtisane émérite. Sous une apparence de candeur, elle cachait une rouerie précoce et consommée , et , sans aucun doute, elle aurait pu fournir parmi l'élite de la galanterie vénale, une carrière brillante et fructueuse, si dans sa nature même ne se fût rencontré un insurmontable obstacle. Nous voulons parler de l'ardeur de ses sens.

La courtisane, en efifet, doit être froide de corps comme les statues de marbre dont elle a la beauté. Ses constants efforts doivent tendre à inspirer et à attiser sans cesse des feux qu'elle ne partagera pas. Pour elle, les caprices amoureux ne doivent point exister. Sans cela elle est perdue. — Son cœur (et nous prions nos lecteurs de donner à ce mot la signification que lui attribuait le chevalier de Boufflers, d'erotique mémoire), son camr disons-'

314 LB8 AXOUBS d'UM FOU.

nous, la conduira d'écueils en écueils, de sottises en sottises, et durant toute sa vie se mettra entre elle et la fortune, comme une infranchissable barrière.

Or, Catherine Pitois avait une âme de Messaline dans un corps de Bacchante. Joignez à cela quelques instincts vaguement artistiques, bien différents de ce positivisme indispensable à toute créature qui trafique de ses charmes, et il deviendra évident que la jeune fille ne pouvait point être , et surtout demeurer ce qu*on est convenu d'appeler une femme entretenue.

Le sang riche et généreux qui bouillonnait dans ses veines {je révolta sous les caresses caduques, sous les étreintes presque impuissantes de son premier amant. Et à cette répulsion profonde et pleine de dégoûts so mêlaient d*ardentes aspirations vers des délices inconnues.

Aussi, deux mois à peine s'étaient-ils écoulés, que déjà Catherine songeait à tromper son vieux protecteur.

De la pensée au fait matériel il n'y avait que la main , et quelle main ! une main d'enfant.

Catherine n'était pas fille à reculer devant l'exécution. — Elle se donna. — A un, d'abord, puis à deux, puis à dix. — Le scandale devint si grand, que le haut personnage, quoique aveuglé comme tous ses pai*eils, dût cependant ouvrir les yeux à la flagrante évidence. En homme de bonne compagnie, il se retira sans bruit, laissant à la jeune folle les riches présents qu'elle avait reçus de lui. Mais au bout de quelques semaines tout était englouti. Catherine se trouva sur le pavé, ou à peu près.

Nous ne chercherons point à la suivre dans le dédale de ses amours obscures. Les pages précédentes n*ont déjà

LB8 AlfOURS D'im WO. 315

remué que trop de fange. Disons tout de suite qu'après mille et une aventuTes , elle devtnt la maîtresse d'un ehanteur d*op6ra , qui s'aperçût que sa conquête avait une Yoix ravissante. Guidée par ce chanteur, elle cultiva les dispositions dont la nature l'avait douée, et, après de courtes études, elle parut avec succès sur un théâtre de la banlieue.

C'est à cette époque qu'elle jugea convenable d'échanger son vrai nom contre le charmant pseudonyme de Psyché, sous lequel nous la connaissons.

Ënooiuragée par la réussite de ses premiers essais, elle ambitionna des succès d'un ordre plus élevé, et voulut débuter à l'Opéra-Gomique.

Is directeur du théâtre Feydeau fut frappé de la beauté de la jeune fille, et, après l'avoir entendue, il crut à son avenir artistique. 11 lui conseilla de chercher un engagement en provi^ice et de travailler pendant un an. Si, au bout de ce temps elle avait acquis Vhabitude des planches et un degré suffisant de science musicale, il promettait de l'engager.

Sur ces entrefaites, un agent dramatique proposa à Psyché un emploi de seconde chanteuse au théâtre de Dijon. Elle accepta et partit. Nos lecteurs savent le reste.

Nous avons quitté Philidor au moment où il sortait du Café des mille colonneSy après avoir eu avec Marc- Henry une très-longue conversation, mêlée de couplets comme un vaudeville. Transportons-nous dans un petit logement garni de la rue Chancelier de rHospital, voisine du vieux théâtre.

316 LB8 AMOURS d'DN FOU.

G^est là que Psyché s'était établie proyisoirement.

La jeune fille était seule et semblait vivement préoccupée. Assise auprès du feu sur une chaise basse recouverte en vieille tapisserie, tantôt elle croisait cavalièrement les jambes ; tantôt, avec une impatience nerveuse, elle faisait danser sa babouche orientale au bout de son joli pied. Par instants, le regard de ses grands yeux verts s'attachait au plafond bruni par la fumée, puis ce regard revenait se fixer sur les charbons du foyer et suivait distraitement les étincelles dans leiu* vol capricieux. La main gauche de Psyché jouait avec les boucles de ses beaux cheveux en désordre. Sa main droite chiffonnait une lettre déchirée à demi et dont le large cachet de cire rouge était splendidement blasonné.

 mesure que les minutes s'écoulaient Timpatience de la jeune fille augmentait.

Tout-à-coup elle se leva. Elle jeta sur la cheminée la lettre qu'elle tenait, et (chose des plus bizarres, si l'on veut bien se T«|prter à l'époque où se passent les faits que nous m4mLms) elle massa entre ses doigts agiles quelques brins delaiakié, les roula dans une bandelette de papier et alluma cette cigarette improvisée, dont elle aspira avec sensualité la vapeur odorante. Mais bientôt la cigarette, abandonnée et jetée comme la lettre, acheva de se consumer parmi les braises du foyer. — Un bruit de pas se fit entendre au dehors. ( A Dijon, les passants sont rares, surtout dans la rue Chancelier de VHoqnial!) Psyché courut à la fenêtre , l'ouvrit et regarda avidement. Mais elle la referma bientôt et revint s'asseoir d'un air morose et désappointé. Puis soudain son regard redevint brillant et son front se rasséréna. C'est qu'une

LES AMOURS d'un FOU. 317

voix joyeuse et bien timbrée fredonnait dans Fescalier une chansonnette alors en vogue, empnmtée à Topera du PelU Maidot :

Contre les chagrins de la vie, On crie, et abhooeiàb hae î Pour moi, j'étais digne d'envie Avec ma pipe de tabac !

Aujourd'hui changeant de folie Et de boussole et d*ahnanach, Je préfère fille jolie.

Môme à ma pipe de tabac !

Ge couplet était à peine achevé que déjà on frappait discrètement à la porte.

— Entrez ! cria Psyché, entrez vite !

Philidor parut, la bouche en cœur, le jarret tendu, le chapeau sous le bras, tout-à-fait semblable enfin au fameux César des Rendez-vous bourgeois. La jeune fille se leva, fit deux ou trois pas au-devant du nouveau venu et lui tendit la main en lui demandant avec vivacité :

— Eh bien ! mon ami ? Eh bien ! l'avez-vous vu ! Mais Philidor ne répondit pas, et ses "f^às subitement

allumés, ne se purent détacher de la comédienne. Le désordre excentrique et provoquant du costume de Psyché expliquait la stupeur admirative du jeune homme • Un peignoir de cachemire blanc, que ne retenaient plus les tresses dénouées de la cordehère, flottait à Taventure autour de la taille fine et souple, dont Tabsence de tout corset permettait d'apprécier à leur juste valeur les incroyables perfections. Sous ce peignoir, nul autre vêtement qu'une chemise de très-fine batiste garnie de dentelles. Deux des petits boutons de nacre qui devaient croiser sur la poitrine le léger tissu de cette che-

318 LES AMOURS d'^W FOUs

mise avaient été déUehés daiw un flaouyem^'iit d'impa. tience, et rentre-baiilemânt exceesif de Tétofie indiscrète laissait apercevoir, beaucoup plus que de raison, les rondeurs blanches et satinées d'une gorge de déesse.

Ce trop de beauté produisait sur riuMaromable Philidor Fefifet de la tôte de Méduse.

Étonnée de ne pas recevoir de réponse et remarquant l'expression flamboyn? W prunelles de Facteur, Psyché jeta un regard b s'apençut de sa quasi* nudité;^ourit, maii^ 'y ' ajusta son peignoir, puis, désignant unsiét- ésappointé, elle lui dit : « ' '5ii'

— Allons, * '*I<]toBye3-vous et causons. ,o "'l • jrneti

Philidoi's'enipnt. . .tfOûélr % l'injonction de la sirène qui lui parlait et donties ^g/'^n^ yeux verts exerçaient sur lui une véritable &8cinatiûn.

Ébloui par les cba^Aues qu'il avait vus, exalté outre mesure par ceux qu'il avait devinés, le jeune acteur chancela pendant deu * ou t ois minutes sur sa chaise, conune un homme ivre, et i^syché ne put s'empêcher de sourire de nouveau à ce triomphe si complet et si flatteur de samerveilljiise beauté.

£Ue donna donc à Philidor le temps de se remettre à peu près, puis elle réitéra sa question :

— L'avez-vous vu ?

— Je l'ai vu — balbutia Philidor.

— Vous i oz causé avec lui... f

-^ Sans ' aie, puisqu'il m'a invité à dé^uner.

— Mk, **♦' Savez parlé... de moi?

-^ Gertaint^dnt.

— Voaslui avez dit... que je déBiraule... remercier...?

— Je le lui ai dit.

— Et il a répondu?

— n a répondu que ça ne valait pas Ift peine d*un remerdment, et qu'il n'avait &it pour vous que ce qu'il aurait fait pour toute auire...

— Ah ! dit Psyché en pâlissant, ce soni là ses pannes?

— Ses propres paroloF

— Cependant il v-

reprit la ^mé-

dienne, un homme

.ais

à une femme la

visite qu'elj'* '

ipvés tout,

qu'un actit

Psyché s 1*

-^ Parlez donc! fa

me fiUe.

— Que voulez- vous

.uû ^àSe

— Il viendra, n'est-c ^ pas ? demanda-t-eUe de nouveau et d'un ton presque suppliant. ^'«^

La question était nette et précise; Philidor prit son parti en hrave et répliqua : t.. z^

— Eh bien ! non, il ne vif ndra pas. -^ Il vous l'a dit ?

— Et plutôt dix fois qu'une. ^t

— Mais enfin, pourquoi ? Oui., pourquoi ?

— Ah! dame!...

— Il vous a donné quelques raisons, sans doute ?

— Et de très-catégoriques.

— lipsquelles?

— - D'abord, il ne vou& aime pas...!

— SstHse que je vous ai prié de lui i»w' ^e l'amour ^ s'^ria Psyché avec hauteur.

Mais elle s'apaisa soudain et ajouta :

— Continuez... «

— Ensuite, reprit Philidor, ensuite, il a peur de vous.

— Peur de moi ! 1 1

— Marc-Henry prétend que votre regard Tépouvante, et que TOUS devez être un démon...

— Un démon ! répéta Psyché, qui bondit sur sa chaise et qui donna à son regard une expression véritablement infernale.

Philidor se fît petit. Psyché se tourna vers lui, Vœi\ en feu, la bouche menaçante. Une idée subite venait d« lui traverser l'esprit.

— Tenez, Philidor, s'écria-t-elle, je ne crois pas un mot de ce que vous venez de me dire... Je sais tout... je devine tout maintenant... Vous êtes jaloux de Mire- Henry... vous ne lui avez point parlé, et, pour me détourner de lui, vous venez m'insulter gratuitement en son nom I Avouez cela ! avouez donc !

— Non, de par tous les diables ! riposta Philidor avec feu ! je ne peux pas avouer cela ! Depuis la première syl* labe jusqu'à la dernière, je vous ai dit la plus vraie de toutes les vérités, il n'y a pas à en retrancher une panse d'AU!

La colère qui bouillonnait dans le cœur et dans les veines de l'actrice se fit jour en ce moment par tous les pores et déborda dans son geste, dans sa voix , dans ses trépignements furieux.

— Âh ! fît-elle en phrases interrompues et saccadées, ah ! il me dédaigne 1 ah ! il me méprise ! ah je lui &is peur ! Il ne veut pas venir ici ! Pardieu ! voilà qui est plaisant, et j'en rirai bien tout-à-l'heure ! -^ Se figuie-t«

LM t^^q\^^ j?,'gjy F9U, m

» Non je ne Taim^ j^^ !

M Eh bien ! si ! je Taimais L.* JÇ ^*3J.?ais pour une heure.. Un caprice... une folie! Oui, une folie ! J'étais folle ! Mars, maintenant, je suis cahne! très-calme... ^'estrce p^, Pl^^lid^f ?

— Oui... oui... cert^neioijftj;.,. roupa^i^ r^ei^ff, stupéfait de ce qu'il ypyajt e( ^ qe qu'i,l ei;itei]iA9jti.

— Un étudiant ! poursuivit Psychyô avec une Cireur crissante, quelque chose de précieux, ma foi ! E^ pour lui... pour cet écolier ridicule, j'allais rejeter une position brillante... repousser des offres sérieuses... C'est à ne pas le croire... Tenez, PhiMor, hsez ! lisez ceci !

Psyché, en prononçant ces paroles, reprit sur la cheminée et mit sdus les yeux du coraédseB la lettre au large oa<^et roufje blasonné.

KiilidQr défripâ le papier et lut les lignes suivantes :

Mademoiselle,

» Je vous ai vu le jour de vos débuts et Je ne sais lequel on doit admirer davantage de votre beauté ou de votre talent.

» Tlûus deuQ^ onA fait tur mon emir une impression

pttofw4^.

» J*ai cinquante ans, je suis ga^^ên et je possède une grande fof^iun^ » Si vous étiez libre de tout engagement da MM/^, mon

322 l'Bs AMOURS d'un fou.

plus vif désir serait de vous voir aeeepier ce que je suis heureux de pouvoir vous offrir, c'est-à-dire, un appariement digne de vous, une voiture, et une pension de deux miUe francs par mqis, dont le premier trimestre serait mis immédiatement à votre dispoiition,

» J'attends votre réponse aujouréChui, mademoiseUe : — puiMeA-dlè être favorable à celui qui se dit le plus dévoué de vos adorateurs.

« Le marquis de S*** G***. »

Or, le marquis en question était sans contredit le plus considérable personnage de la ville. Philidor rendit la lettre à Psyché. "— Vous voyez ! lui dit-elle avec un accent orgueilleux.

— Je vois, répondit-il.

— Voilà ce que m'offre un homme du bionde, un grand seigneur ! Et lui*! lui ! un étudiant... il me dédaigne... il me refuse.,, oh ! ! !

Psyché se posa devant sa glace : d'un mouvement brusque elle écarta son peignoir, déchira les dentelles et la batiste de sa chemise, et, sans souci de la présence de Philidor, elle dévoila complètement ses épaules et son sein, en s'écriant :

— Et cependant je suis belle! belle à tsm damner un saint I...

Puis la comédienne s'enveloppa brusquement dans un châle, s'assit devant une table, prit une feuille de papier, de l'encre et une plume.

— Qu'allez-vous foire? lui demanda Philidor.

— Ecrire ceci :

« Monsieur,

» Je vous attends ce soir, après le spectacle. J'accepte » le souper que vous m' offrirez.

» Psyché. »

Tout en parlant, la jeune fille avait rapidement tracé sur le papier les quelques mots que nous venons de reproduire.

Elle plia et cacheta ce billet laconique.

Ensuite elle ouvrit la porte de sa chambre et dit à Philidor :

— Je ne vous retiens pas, mon cher. Vous pouvez vous en aller ; j*ai besoin d'être seule.

Le comédien salua, sortit, et, tout en descendant l'escalier, ne put s'empêcher de se dire :

— Tudieu I quelle gaillarde ! Ma foi, je suis comme Marc-Henry, et je crois qu'elle me fait peur ! Évidemment, c'est un démon ! Mais qu'elle est belle ! Brout ! ne pensons plus à cela ! je ne suis déjà que trop sûr de n'en pas dormir la nuit prochaine !

ce %mt femme vent.

Dès le lendemain, Psyché était la maîtresse du marquis de S*** G***, et huit jours ne s'étaient par écoulés que déjà, par le luxe de ses toilettes et le décolleté de ses allures, elle faisait tout à la fois Tadmiration et le scandale de la hpnne ville de Dijon.

Mais dans ses yeux rayonnants 11 y avait des kumes secrètes. Sous le velours et le satin de ses ajustements splendides, elle portait un cœur profondément blessé. Pour la première lois de sa vie^ elle aimait. Elle aimait d'un amour tout sensuel, il est vrai, mais enfin sincère et brûlant. Et pour la première fois de sa vie, elle se voyait dédaignée, repoussée, méprisée. Aussi elle souffrait doublement, et dans son amour méconnu, et dans son amour-propre froissé.

Son caprice pour Marc-Henry était devenu une passion véritable, en raison même des obstacles qui en entravaient le dénouement, et, après s'être répété cent fois et sous cent formes différentes qu'elle haïssait Têtudiant et qu'à tout prix elle voulait tirer de ses dédains une vengeance éclatante, Psyché en était arrivée, malgré elle à cette conclusion inattendue que ce qu'elle s'efforçait de prendre pour de la haine était bel et bien de l'amour, et que, pareille à la Phèdre antique, elle ne reculerait devant rien pour attirer dans ses bras l'insensible Hippolyte.

mm tii^oiii fiés leëtëùt^ diè ^Mm hm ttm (Àr-

ûmûë^ <3éttè cbnipàraigôti Stitiéhhée, (jtie M^ dotiti^ ândtli jtiK^'â un cè^taitt iJoinf , eii empi*utitàiil âti Çd^é? de PMdfè eé beau vers qtfi expiée miéuï qÛê titm iië }é âàuHoîiâ Mte Fêtât nioràl de nbti-e hiéi'dlltté :

C'est Vénus, toute entière, à sa proie attachée !

C!ëj[^etlââht, tùà\(^ réittêihé éiatmhû ûë sèfS ôéiX8 et la violence de ses désirs, là 60»iéclietiiië tte pdiii^ùMH poitft ostensiblement MaroHékury. Douée d'un tttôt exquiS; côirnnie toutes les ûàttitds d'élite qui, pMf lé bien» emilfiie peut le mal^ mtteàt dé \û M^ (^oâiuiufie, Psy^ebé îéâout&it le ridicule et savait â merveille qu'il ti'ëti m pdlut de plus complet et de plus iuèffa^blé qilë cë^ lui qui é'dtlâche à une femme jeune et belle bffirant ttVeè obstination un amour dout on ne veut pas. Aussi elle atte&dait tout du hasard et des irrésistibles séductions ddnt elle n'était que trop amplement pourvue.

Qeci, du reste, ne l'empêchait pas de faire JtDuér lêè mille et une batteries de la ruse et de la coquetterie f§^ minliles.

Ainsi, lorsqu'on traversant la place d'Armcrs, éUé eti^ trevoyalt Marc-Henry derrière les vitrages du Cufê (M mille colonnes, elle passait légère^ et même bMàit Uft peu le pas j mais d'une main adroite elle seirait plus étroitement le châle de cachemire qui dessinait sa taille caib^ brëe, oU bien^ sous le prétexte d'une boue absetïtë, elle dévoilait la naissance de sa jambe irréprochsJble. SâVàtite manœuvre imitée de la GalcUéedie Yirgiie :

.... fugit ad salices M cupit aùté nâêri 1

326 LE8 AMOiJBS D*.UN,FOU.

Ainsi enccure, lorsqu'en scène, au théâtre, elle apetrevait Tétudiant assis à l'orchestre à sa place accoutmnôe, un changement subît se faisait en elle, elle semblait se transfigurer, et ne jouant plus que pour celui qu'elle aimait, elle savait, d'un regard à la fois humble et brûlant, mettre à ses pieds les bravos du public et lui dire :

«— C'est pour vous seulement que je veux être belle! pour vous seul adorée ! pour vous seul applaudie !

Tout ceci n'échappait pas à Màrc-Henry, qui certes ne péchait, point par excès de naïveté. Mais, chose étrange, plus il se sentait aimé par cette femme si enviée, si charmante et si désirable, plus il s'épouvantait d'un semblable amour, et plus il fermait son cœur à ces enchantemœts. Pourquoi ? nous l'ignorons, et Marc-Henry ne le savait pas lui-même. — Notons en passant, je vous en prie, que certaines répulsions bizarres ne se peuvent expliquer que par cette prescience '^que tout homme porte au dedans de soi, mais dont la voix prophétique est si rarement écoutée.

Cependant l'occasion que Psyché attendait se présenta enfin. Le carnaval était arrivé et le théâtre de Dijon annonçait trois grands bals parés, masqués, costumés ei dansants. Les bals masqués en province ont ce puissant attrait que la rareté donne au plaisir. Us tranchent, par leurs courtes heures de joyeuse folie avec la monotonie insupportable de l'existence habituelle. Enfin, dans les petites villes, tout le monde se connaît, les maisons sont de verre, et plus d'un œil indiscret épie clandestinement les mystères les mieux défendus de la vie privée de chacun; aussi l'intrigue, morte aujourd'hui d^ffff ce

^ LIS AicouiiB d'un fou. 327

pandoemonium que fait bondir le bâton de Husard, se retrouve vivace et mordante parmi les festivals carnavalesques départementaux.

Ged nous explique pourquoi certains provinciaux, arrivés à Paris depuis vingt-quatre heures, courent à l'Opéra embossés dans un costume de brigand calahrais et pourvus d'une fausse barbe et d'un nez de carton, puis consacrent la totalité de leur nuit à fendre à grands renforts de coups de coude les vagues humaines de débardeurs et de iilis qui mugissent autour d'eux, fo. lâtre passe-temps qu'ils varient en se répétant toutes les dnq minutes :

— Je vais être intrigué!

Revenons à nos moutons.

Chaque hiver, les bals du théâtre étaient hantés assidûment par la population toute entière des officiers, des étudiants et des grisettes de Dijon. Les connaissances amoureuses se bâclaient là de façon charmante. Les liaisons galantes y marchaient d'un train de poste. Législes et sous-lieutenants y conquéraient bien des cœurs entre la pastourelle et la chaîne des dames. C'est dans l'un de ces bals que nous allons pénétrer, si nos lecteurs le permettent.

Il était deux heures du matin. La joie et le tumulte arrivaient à leur apogée. Les étudiants de troisième année, conjointement avec les candides blanchisseuses de la place du Morimont, préludaient, par la hardiesse originale de leurs pas et la désinvolture de leurs gestes, aux poses illicites de cette danse gracieuse qui devait naître quelques années plus tard et recevoir l'appellation cabalistique de cancan.

3zD iJÊt JÔ9Ù%1Ê %*^ #W.

Béh fitiégéd de pouâsiè^è, éàm&m M ^im^^ «^

voilaient les pâles clartés. La vieille di^è tirè^fat^ sur ^ëë ffifiefaâneelatitâ éft tes ({tilnqmts ^nâUqueBseâsblâifeiit, tiAiit \ë«t iAtiiiii» était YtfëHttntie) n*êol&itër qu*à i^ët

Haifè-Hëbit, faille d^àvaii" ââdâê l)ébâ^lit^, éliiïh tout beatic6ti|i crié, ëè ré^ibs^ éé^^id uii iÀstàiit &tnr rttné û^ éWài^ liànqtiëtteS à^portééÀ ^ur cette solènniiê dans le cdrrîdor dé& premiêt^fe îogfes: Il véttôff d'dtè^ lé M^ë chapeati de feiitf e ^ui ikmiplétaH sèn costume breton, et d'une main il essuyait avëé soà iilcruchoîr les grosses gouttes de sùëtBr ^\ii fcâsëëlMiâéit sur son front, tandis que de Tauttë il t^eMi en àsrflM^ les niasses épbleètes de sèë Beaux (ilieVeui tioirs. En ce nidmëtit \xte feùMè vint s'âëdëéir à cdtd dé lui.

Cette fëhlitiè, Irètueàveb uùë simplicité ravissante d*un vaste dbmihb de s6fé ^is-périe, était si pàf&itement éîànîitôufléë dâiis ion dapucLoix, iàà toUp de vëloûrê stoil* était iiiuni d*hne bài^M dé dëhtëllë si épaisse, son pied et SSL main dis|)â)^iësàlèni de telle so^te âdiis les plig flottaiitk dé stm costuiiië, qu'il ëtah itiiî^ossiblè de h reconnaître à quelque signe extérieur. Cependant on là deviiiàât jeune, et Voîtmtiërs on eut offert dé pariéi* qu'elle était jblfé.

C'est qîie, déë ^étëÉhénts qui dissimulaient ^ Ibrmëë s'èihiailaiit une suave séntëtlir de jëuné^. C'est qti*à éon approche lihe sorte dé fluide magnétique , jailfissant dû regaiid par les Mii ti'dus dû masque, rétélait la prééènéé de charmes itérés.

Marc-Henry n'échappa point à cetièoeéùlte ftsciimtion.

Umààn imm m lonthi i^^mmï 1â mm et en môiiië téndjife fl feéntîi dotirit ^r èoîi épîdertte tifa pelît fA^ÈôfH assë^ gèmbliible à une Mble âéthtitge d'élëèti^- Cîté. 11 6é l^Ciilà ^crr Ik Bàût[uéttë, de fàt^n à &ire de M {jlâce â sa noùteine Vbifelûe, et etby^fii tdr tinte iproVd^ catidn ihditecte dans ce fdit A^iï^ irehtke s'assoit* à ôôté de lui, il se disposa à entamer la convei^atittn.

St^à attéime dé cei^ bâliiaHtés ti^lvidës , àticilh de ces lieux toihhiuhl^ de islëilë gdlaùtéHë, tnomiaië (^)rànté deà hâte masqués, hé Hé pi*ééèittôreht & sa nlêtllôbe et n'arrîtèréiit à seà léYi'és. Il dëinèura ihUët, einbàY^ ràssè, éi, éë âëntëlit ridicUlte, il ^(m^l J^^<iu'att ifdnë des yeiM;

L'JàéèilttUë; dé doti édté, si eH efE^t dlë iibùrrïteàît à l'endroit de Marc-Henr^ deè projeta de ebii^liêtê, nte s^bldt peint sànplemiBnt pourVue de o^^tte hânlièssd qui va d'habitude jufcqii'à TeAt^nteri^d et qne dofisvent le nlftâ^ que et \n céHitudé dé Tincd^ito. Un léger t^èâibi^lUéâi agitât d'ttii» fâ^oû presque impétcèptible là bâtbé de son tôup,

DetJtt m trotë sëOoildès dbffltieiit à Miffc-Hébry po«# tnomphèr de èoû éin<^cfn intempestive, il verulut sàikytit le ri^eulè de dà fti^uasCion ëti la tournant au comique, él il s'écria avec un édat de rire, iàaîs ëé^s &np\èhfét lé tutoiemerU d'ufti^e en péerëil cas :

— En vérité, Madame, on nous prendrait pour déut jfeunes atiloui^ii*, bien êprîié, itiaîs bien tibiidë^, qui, réunis par le hasard, n'osent point ^ flairé ëOnfidéflûe de leur flamme réciproque !..

Le rire de l'étudiant resta sans écho, sâi question demexit^ sans réponse.

330 LBs AMOinui b'uk fou.

Surpris du silence obstiné et de Fimmobilité complète de sa voisine inconnue. Marc Henry se tourna vivement vers elle et attacha son regard sur les prunelles étincelantes qui rayonnaient à travers les ouvertures du masque, n ressentit alors pour la seconde fois cette vibration magnétique, physiquement perceptible, et dpnt nous avons déjà parlé.

Afin de se donner une contenance, il chercha la main de sa compagne sous la manche soyeuse du domino qui l'enveloppait, et cette main en touchant la sienne ébranla toutes les fibres de son corps, comme Tauraientpu &ire le contact d*une torpille ou de la pile de Volta. Il sentait son étonnement croître et son embarras redoubler. Toute présence d'esprit lui faisait àéhut et sa langue refusait d'articuler une parole quelconque.

On n'eut pas manqué', dans la superstitieuse Italie, d'attribuer une fascination semblable à l'influence du mauvais œil ! Marc-Henry ne pensa pas au jeitaiore, mais désolé de jouer en présence d'une femme un à sot personnage, il songeait à quitter la place, quand l'inconnue, triomphant la première de l'émotion commune, le retint auprès d'elle en lui touchant légèrement le poignet, et lui dit d'une voix douce et tremblante quoique évidemment contrefaite :

— Vous vous éloignez de moi. Monsieur, est-ce que je vous effraie?..

— Non, certes. Madame ; mais j'éprouve à côté de vous une sensation indéfinissable...

' Et pénible, n'est-ce pas ?

— Oh I Madame...

— Soyez franc! Vous souffrez, je le sais, je le vois.

— Eh bien! c*est Trai, mais Une tiendrait qu'à vous de dissiper cet inexplicable malaise.

— Que &udrait-il faire?

— Otet> pendant une seconde, le masque jaloux qui me cache des traits charmants...

— Ghftrmants! qu'en savez-vous?

— Je le devine.

— Vous vous trompez , Monsieur, car si je me démasquais, comme vous me le demandez par pure galanterie, un geste ne suffirait plus pour vous retenir, mes prières même seraient impuissantes...

Je ne vous comprends pas.

— Tout-à-rbeure je m'expliquerai, mais d'abord écoutez-moi, et consentez à me répondre...

— De grand cœur ! à une condition, cependant.

— Laquelle?

— C'est qu'après avoir satisfait à ce que vous demandez de moi, j'obtiendrai la faveur de voir votre visage.

— Vous l'exigez ?

— Je n'exige point. Madame, j'implore.

*— Eh bien! soit!

-— Alors, je suis prôt. Parlez, interrogez, j'attends.

— Àvez-vous jamais aimé ? demanda l'inconnue.

Cet étrange début et les souvenirs qu'il évoquait remuèrent des abtmes de douleurs dans l'âme de Marc- Henry.

— Oui, répondit-il en pâlissant, oh! oui, j'ai aimé!

— - Et sans doute vous aimez encore? dit avec vivacité le mystérieux domino.

— Non, fit l'étudiant, je n'aime plus.

-^ VdoB ft*l-«tts déhc «Hifflpé?..

— Ellb n'a jamais su tûdb attlbnt.

— Mais Yous espérez en l'avenif^.

Marc^fténry sêcdtia tnëtetneût là tôté.

— Vous ne parlez pas fratlÉhèiÔëiu! t^prii huedhtitie, vous espérez toujoui'â... *

— Quoi donc?

— Que ton cœût comprëtiâralë tâlh^.

— Elle tôt morte, réfpotiâit Mài'c-Hëlifjr d'titie voit sourde.

— Morte! répéta Tinconniiê, àtor» tbUë ttët beaùtiôût) souffert?

— Oiii, beau^up.

— Et c'est pour cela, h*ei3t-«cé {)aîj, qtlë ittéftltenaiit fdUS avez pettf dé Taihotli'^

— Peur de Tamour! Qui vous a dit cette foHè ^

— Une femme qui vous aiitoe... et (jiW voirè dédaignez...

— En vérité, Madame, plus je vous écoute et mùtùS je devine le sens de vos, paroles...

— Si en effet voue rie dcfinplfenët pad, hitwrtga à votre tour et je vous promets de réponfti'fe.

— Utie fetntWé, âitèa-vdiis?..

-Oui.

— Une fèmmë qui m'aime et que je dédéfgfiêl. Si vous me ccmnaissièfz mîeul. Madame, Vtos âàuriêt qw personne ne m'aime et que je n'ai point eu le triste t&érite de reffôUsI^t* ufl amour qu'on ne tri'a jAmuë offert!

— Cbmttt^t pouvez*VDU8 me pài'ter altwi, à moî... L'inconnue s'interrompit, mais tiié' fépiîî âli bout

d'une seconde :

femme?

— Vous i^ cQpduige^ 4'étpnn^mep,t6 en étom^^epts! S je fiçuv^îs Tovys croire, vq\w goi^^riefl mpo çœij^ c|e j^e «it 4'or9ueU!.. Ët^^ ^io>éî„ abl ç>b^ un rèv^ bieq beaM« mjiifi ^ ne n^ porie pas bonheur I

~ Groyez-moi donc et soyez heureui... On vonft 9m», je vous le jure, on vous aime d'un profond et d*nn ardent anoui*.

-r Je TOUX vous c»rûire, je vou» croie; mais 99U noQi! éàÈM^mçi le Bom de œftte femme...

— Psyché... balbutia l'inconnue; ne le savjez-vous point?..

• — Psyché ! répéta Marc-Henry avec un sourire de dédain. Ah ! je me doutais bien, Madame, que malgré son ippasepoe iséfieuse tout ceci n'était qu'une pliajsenterio dsoavna^aL..

-r Une plaisanierifil... qm 4itee-vQU8?

TTTt L'aiBDUf de Peyclié ! continua l'étudiant d'un ton saUileiiir; l'amûurde cette belle ^^o^iMiçpiieqj^i bft 4«ax paiifts de ioa tee, l'une qu'elle vie^ et Vw^m <m'eU0 donne! Ah ! mndame, j/e ne s^is qui vm^ Aies et «Â YiMiA veneiB réeUement me parler m nmxi i» P^yehé... J'i9^ p^i» feut vo]ii.qpe voua ne me &ite^ p$i$ séviç^^i^e^eM ortta offirci h6i]||;eAse 4'oj|»tf oir &mf ïim ce ({ue p^fie ui^ vieiHard; vpïs » je iQA H^op^fe, si vw^ êt^ en fijOTet x^ qae «ouf piwaifise»^ 4iteç. ^ Ppyché que, gujï^i q»j'il «:f ive, je se «ew ^mw rw9a«,t d^e 1^ p^AÎtro^^^ ^\ xq^fqm de St** iJc* !

TT- MuTihHeiiryl e'è5rial'ii^flP.\ieî oUI pe 4i* p^ç, ne dis pas cela! Je t*aime... je t'aimerai toujours, fAhfff^

334 LES AMOURS d'un FOU.

tant, qu'il faudra bien que tu me pardonnes... et que tu finiras par m'aimer !

Et, tout en prononçant ces mots d'une yoix haletante et passionnée, la jeune femme avait arraché son masque etmonti:ait à l'étudiant son doux visage baigné de pleurs, son beau regard suppliant et plein de flammes malgré ses larmes ! — Marc-Henry reconnut Psyché.

-- Si j'avais su!... murmura-t-il.

Mais Psyché ne l'écoutait pas. Elle prit sa main, la serra avec ardeur entre les siennes, puis elle 6*enfuit comme une biche effarouchée ; mais avant de disparaître elle lui jeta ces mots :

— Je te dis que tu m'aimeras !

' La scène que nous venons de daguerréotyper se passait entre deux et trois heures du matin dans un corridor du théâtre, nous le rappelons à nos lecteurs. En quittant le bal, Psyché rentra chez elle, c'est-à-dire dans l'appartement luxueux qu'elle tenait de la munificence de €on vieux protecteur. Elle passa le reste de la nuit à emballer ses costumes de théâtre et tous les autres objets qu'elle possédait avant de devenir la maîtresse du marquis. Puis, dés le point du jour, eUe envoya chercher des commissionnaires et fit transporter ses bagages dans l'humble logement garni qu'elle avait occupé précédemment rue Chancelier de VHospiieU, où elle retourna s'installer elle-même après avoir écrit une lettre à M. de S*** G'**, lettre par laquelle elle le priait de vouloir bien désormais la considérer comme une étrangère.

LES AMOURS d'UN FOU. 335

. A midi, Psyché s'en fut comme de coutmne à la répétition, où elle ne parla à personne de ce qui venait de se passer. Aussi, qu'on juge de Tétonnement de tout le personnel du théâtre, quand, au milieu d'un morceau d'ensemble, on vit arriver le vieux marquis, essouflé et effaré, demandant à grands cris la cause d'une rupture si brusque, si désolante et si imprévue. Psyché le reçut fort mal, et, de dépit, M. de S*** G*** s'arrangea séance tenante avec une petite ingénue qui n'était vraiment point mal, et qu'il installa dans les meubles de son exmaîtresse.

Au bout d'une heure, l'escapade de la comédienne défrayait les conversations de la ville entière, et Philidor en fusait le narré avec force commentaires et fioritures aux étudiants habitués du afé des mille colonnes . Marc- Henry garda le silence pendant ce récit et se contenta de hausser les épaules.

— Cette fille est folle ! pensa-t-il, quand Philidor eut achevé.

« Désir de fenmie est un feu qui dévore... » dit un poète.

Jamais vers devenu proverbe n'exprima une plus incontestable vérité. Un désir de femme, en effet, pour peu qu'il soit ardent et vigoureusement constitué, trouve moyen, quand même, d'arriver à son but, dût-il, pour cela, renverser dès montagnes ou fairg battre deux nations amies. Au besoin, les grands exemples historiques ne nous manqueraient pas.

Or, de jour en jour, d'heure en heure, de minute en

3lf^ L^^ Amv^ j>'rw F9Ç.

ffllPH^., «i IWtt? W»? «»« IW+e;;, le 4^ dç P^ché gfapcll^it ej. atti^t l^ io^xtiQjjqiWpç a^rt^urs 4e sa t^te et; de ses seo^. pix fois déijà depuis rb^utile sacrifice fu*ell^ ^v^( fait ^ M^rc-Hei^ryi d* la s^ite de Teixtretien 4u b^l gia3C|[iiô, la jeijLii^e fill^, foul^lit ^ pied Tamourprpprç et }p resp^t hiimaii^, avait c];ierphé l^ mpyen de ç*^^troj4we ehe^ Tétud^a^, car elle peçQfoptait plus que ç^r ]j|. sijorpri^^ 4^s séduction^ sei^uçll/^ pourçnarri?er 4 sesfift^. îfois Marc-Hejwy, effrayé de plus ei;i plq^par rpj^sljp^tipn effrputée d'm semblatUe aiQûvir, se tenait sur ses gardes et une consigne sévère interdisait Tribord d^ ^ou ]f>^ de garçon 4 tout ceiUlon suspect. S^^ cont^ç4^t le cjiaste fo^ph^ de puritaii^ ];ciéip/^re, ne diéfendait poii^ a.yec p).us 4^^iJ^ sa yer^u coi^tre les lubriques ewb^ljçç de piad^me Putiphar,

Tp4^ q^ fut en vain. Dan§ cette litf te bizarre «aire la flamme et la glace, la flamme devait réimporter e^ l'emporta m eSét.

Un soir, Marc-Henry, confortablement installé devant un bon feu dans sa chambre à coucher, ajoutait quelques pages, selon son habitude de chaque jour, au livre déjà ^ rei^li de ses ^uvenirs, iQrsqu^n go^na douceinent à la porte extérieure.

— Qfti Q9t li?pria-t-il sang ^P dé^^^^gç^.

— Pm, réifOT^p]^ vpix qiji'il i^ içpQWUt point. Qfyjeivtoï^t i| Çiç Içva, et, irs^yersapt çon petit salon, il

alla o^yjsr. l^ viçi^eur, autant qu'en put jugpr ifarc- IJjçpry dftn§ la preçqve pbçpurité 4^ la première pièce , é$#it ^f). très-jeuQe honiine dont les yèten^ients njt^irs jSùsaient ressortir la tournure élj^gai\\p et q,^i portait son <^9»m WïjttlièffiWift eiç\(9Rç|§ puf 1^ ye^x.

hBB AMOURS B UN FOU. 337

Ce jeune homme passa rapidement devant l'étudiant, et, tandis que ce dernier refermait la porte, il pénétra dans la chambre à coucher. Marc-Henry Ty suivit, tout en se demandant quel pouvait être cet ami qu'il n avait jamais vu.

Cet ami était Psyché, Psyché, qui venait d*ôter son chapeau d'homme et dont les longs cheveux dénoués flottaient jusqu'à ses pieds. — Psyché qui tenait à la main le petit stylet triangulaire arraché par Marc-Henry au comte de Navailles, le soir des débuts de la chanteuse. Psyché, enfin, qui s'écria à l'aspect de l'étudiant et en appuyant sur son propre cœur la pointe de l'arme acérée:

— Si tu fais un pas pour sortir, si tu me chasses , si tu refuses de m'entendre, aussi vrai que je t'aime, je me tue & l'instant!

L'accent de la jeune femme exprimait une détermination si ferme et si énergique, que Marc-Henry ne supposa point qu'il pût être spectateur et dupe d'une scène de mélodrame jouée à son intention.

D'ailleurs, il était dans le vrai. Psyché n'aurait pas hésité à accomplir jusqu'au bout son étrange programme.

L'étudiant s'approcha d'elle tout ému. Il y avait dans son regard de l'étonnement et de l'effroi, mais point de colère ni de dédain. La comédienne comprit ce regard et se dit que désormais elle était sûre du succès. Elle lâcha donc son poignard, et, dans un élan de couleuvre et de chatte, ou plutôt de femme amoureuse, car ce mot dit tout, elle enlaça Marc-Henry de ses bras caressants et ses lèvres avides cherchèrent les lèvres du jeune homme.

338 LES AMOUBfi D'im POU. ^ \

La partie «tait eagnée; 5'7ft>'^^*'

PBjrbhé resU jusqu'à» matin. ^ ^

Oh! oui, c'était un pressentiment Tenu du deî qui détournait Harc-flënry du fetal dtoou^ de Psjlîhé I C'était oUe roist inspirée ^Ûi Itti triait dé «é ^rer de la sirène dai^reuse i •— Mais une irrésistible fottie le ponsèiât eu ayant et le jetidt', nraSgr^ lui-méine, au plus fott du péril.

Ëei^ultat de la scène ^é hôus vèÉôns de raconter est {^vû p&ft* nos lecteucs^ A rinstinctii éliiâgneinent qu'il avait éprouvé jusqu'alors pour la comédienne, suc* eéda une j^ssion profond!»!, âttè autito trantftion qu'une nt]dt àe voluptés.

Et si nous avons su faire comprendre le c(êiii*'dé liatc- Henï^r ; SI, dans !é tHëte épisode de Maris de Vhâlans, nous fitvon^ t^cmti*é sons mvré ^lume qudtqnès pages brûlante», on devinera "SStBi pbitSb xiiMïk dût être Tardeur de cette flamme nôuirlglle, ameutée tOut % ta fds et par les romanesques prédispositions d'niiè tèteexaltée, et par le délire des tons, délite excessif dans tu» taature preSquie vim'ge, douée patr (iénséquent d'une sève exubérante et d'une athlétiques vi^gueur.

Devmis^nouS entrer danë les détails de ià lune Us vM de Marc-Henry et de Psyché? Ntm-, cotes. D^idiord, le temps et la place noués manquent; ensuite, les beaux jours de la tendresse sont comme les peuples heureux qui ne peuvent point aymr d'his^SHenè^, parée que le bonheur est unifprmeet se reçs^dible partout. Bomonsrnous donc à la succincte analyse des faits les plus marquants.

LEM àMOUtm O'mi FOU. 3^

qui doiTeot, par une ligne drdte et eeurte, nout amoier au dénoûment de ce rédt.

Un Bcnr^ deux Bode environr après le début de la Uaî» Mm de è'étttdiaBt et de Taetrioe, au moment où le apecla(4ê allait commencer, les habitués déjà réusis dans la salle Tit«nt avec eTioi le rideau se lever «t le régisseur apparaître 9 porteur 4e œtt* figure sinistre et désolée présage certain de ifuelque déplorable BouTelle, telle que le subit «trouaient d*mi ténor ou renterse malencontreuse d'un premier sujet.

U a'agisssîi, en effet, d'une catastrophe. Seulement la gravité de cette annonce dépassait, et de beaucoup, les prévisions d'^s pessimistes. Durant toute la journée on avait vainement attendu et vainement cherché le directeur du théâtre » et l'on venait enfin d'aoquérir la triste certitude que cet industriel av«it pris la fuite le matin même , en emportant avec lui le fonds de roule ment 4e l'entreprise. Le spectacle ne put avoir lieu. L'abus de oonfînnce de Vimpressario suspendait forcémentée cours des représentations, condamnait le théâtre à 4a «léture, jusqu'au renouvellement «de la prochaine année théâtrale, et ^mettait sur le .pavé ies pauvres artistes, sans ressources et sans pain.

Dans une extrémité semblable, il fallait aviser promptement aux moyens de conjurer la mauvaise fortune. Les fortes têtes de la troupe se réunirent en un congrès solennel et décidèrent à l'unanimité que le seul parti à prendre était de se mettre en route aussitôt, et d'aller jusqu'à nouvel ordre à l'exemple des bateleurs forains , exploiter les petites villes, les bourgs , et même les villages de la Franche-Comté et de la Bourgogne. Il n'y

340 LBfi AMOURS d'un FOU.

avait aucune objection à faire, aussi cette déterminationi fut-elle adoptée sans conteste.

Marc-Henry proposa à sanaaîtiresse de la gaffer auprès de lui et de vivre ensemble d'une vie toimune. Mais Psyché r^ondit que l'existence eirante des comédiens nomades convenait à merveilli^ .à«e àatike amoureuse du changement, et que d'ailleurs ce qui constituait pour un seul une véritable aisance, ne serait que la misère à deux. Ces raisons parurent bonnes à Marc-Henry. Psythé refusait de rester avec lui , il résolut de partir avec elle, et, pendant trois mois, il s'associa joyeusement à cette nouvelle mise en scène du vieux Homan cominut: de Scarron.

Au bout de ces trois mois la troupe se désorganisa, et Marc-Henry ramena sa maîtresse à Dijon.

Le mois d'août était arrivé, et avec lui l'époque de la majorité de l'étudiant. Olaiis David, devait, on s'en souvient, remettre à Marc-Henry, le jour où ce dernier atteindrait sa vingt et unième année, d'abord une somme de cinquante mille francs, puis une lettre écrite au jeune homme par le baron de Ghâlans peu de jours avant la catastrophe terrible qui ne devait lui laisser ni l'intelligence ni la vie. Marc-Henry partit pour Besançon et reçut le double dép6t.

Miavent femnc varie...

en peu de temps avant cette époque, la lettre du baeut ravivé et remis à nu dans le cœur de Marcy des plaies à peine cicatrisées. Cette lettre, en effet, ait à l'étudiant le triste hasard de sa naissance et ro'ivait que les liens du sang s*unissaient à ceux mour dans sa tendresse pour Marie de Ch&lans. — désormais il y avilit un abtme entre le passé et le Qt. — Cet abîme , c'était l'amour de Psyché. — louleurs d'autrefois n'apparaissaient à Marc-Henry acées à demi à travers les brumes du souvenir, présent, avec ses voluptés divines, le présent eut.

si le sentiment qu'éprouva notre héros en accueils posthumes révélations du vieillard, fut presque différence. Certes , il eut un moment d'orgueil à )ensée que le sang qui coulait dans ses veines n sang de gentilhomme. — Certes , il donna quelirmes à la mémoire de cette jeune mère à qui sa ice avait coûté la vie. — Certes , ce drame î, et dont le dénouement lugubre s'entourait d'un e mystère, assombrit un instant son front. — Mais enir radieux de Psyché l'enchanteresse chassa ces ^s fantômes , comme un souffle de brise dissipe ges du matin.

342 LB8 AMOURS d'IÏN FOU.

Marc-Henry se hâta de changer en or la somme considérable qu*il venait de recevoir, et sans perdre une minute il repartit pour Dijon. Une joie immense gonflait son cœur. Depuis le jour où Psyché avait quitté le marquis de S*** G***, il avait souffert bien souvent en songeant qu'il ne pouvait rendre à la jeune fille tout le luxe qu'elle avait abandonné pour lui. — L'obstacle disparaissait enfin. — Grâce au ciel, il était riche ! il allait remettre aux pieds de son idole ce splendide entourage qui double la beauté, ces superfiuités charmantes et coûteuses dont Psyché ne parlait jamais, mais qu'elle regrettait peutrétre.

CinquanU mUl» franei / / — Toutes les jouissances de la terre ne se trouvent-eUos point dans ces trois moU; magiques? ^ Aux y^ux d£ Marc-Henry, c'était une fortune, un Bklorado, un inépuisable Pjou^tofe.

Mais Dijon n'était pas un théâtre convenable pour la féerique existence qui s'ouvrait devant le couple amoureux. — Les jolies femmes sont comme les diamants. — A l'éclat des yeux charmants, comme à celui des pierres précieuses, il £siut de nombreux spectateurs, c'est-i^re beaucoup d'admiration et beaucoup d'envieux. — Aussi, vingt-quatre heures après le retour de l'étudiant à Dijon, une chaise de poste attelée de quatre chevaux l'entralnajt r^ypidement^vec Psyché vers Paris la grimd'vUley qu'il ne connaissait pqipt «icore.

Voilà (tene ce qm Tamour i^ait fait de Mare-Henry ! Lui, le sauvage enfant des montagnes , im dont l'âme ^ vibrait à tous les nobles sentiments , lui l'ardoUet in&*

V^ AlfOUBB D'm FOU.' 343

igable trtyailleur, qui j^ç 9Qp3b]ai| youloir 4^^^' •ar Tétudç lei| SfK^ets de la science, main|eQ§^t ^fi|i^{^6 112 pieds d'une courtisane, il avait abandonné tout ^ (eux labeur, tqutQ pensée d^avenir honprablp; il ^tait evenii Xv^ de peç âtre| i^utile^, er^s pour le yIp^ ^ t idébf^uche dpr^, ^\ qui ^e ^oup les points 4u n^onde x:oure9t à l^^f , parce qu'ils savent que le vice ^| ]a ébauche y trôi^ent eQ çquyerain^.

l||(arc-Heary, du re^^» était bieii loin d'aypir ^tciint *n but. ^1^ lieu des joies rêvées, il allait prouver la mleur. Il vens^it d'échapger son ps|radi$ cpntrç VlÇ^ enr... M^p n'^ticipons pa^ §ur le reçoit des faits. Les dfiUfjeuneçg^pç étaient flescendus d(^i8 Tup des is brillants h|^|^ls ^p }^ rue de fliyoli, prestigieux cara-

Qserailçha;n,t^p4*^^^]^^^ W^ ^^P ^^^^9 depes gentilsmmes d'outre l^^nchp, inillionnaires ci sple^eijiques, i veulje^t publier ^ouB 1^ ^Içil p^aien les b^uillards mels 4p ]^^ y^^^'^i ^^ fspmparer lef joli^ pieds de } Françi^i£|e^ dv^c Içs inélégfuites exirétp^i^^ 4p? AU^ »oreu$eçde fing^l. En ce moment, une df;xni-dou« le de c)8s gçfUlfrr^n^ eniiuyés habitaient l'bOtçl choisi ^l^rc-IIenry, çt prodiguaient leuf^ bfuicknotçs et s g^iné^s anjj;jtaises à t^ut^^ ^9f t^ d'e^t^vagmcys, 2 uiji Sérieux britannique. *^^ ^"-^ ^^^^^ ous i^'ayonç pa9 besoin d'ajouter qi^ jces hpnprables >onnages, actionnaires iiçportaAts i^ 1^ Com^agnip fndes, s'entoursppnt dç cp comfort €^orl)ita|at ^t» de recherches i^danapalçsq^ef que nç spld^jrait qu'à id'peine la li^ civile xlç ce^rt^ns monarqu^^, ^t qjup,

* 3/d di9traire, il^ ,^4)?AÇtt^ent cloaque ^our ^ l'bpn*

* de leur intimité quelqu'une de ces trompeuses Z?a*

344 LMB AMOmS D'un FOU.

naés que la pluie d'or émeut pour tous les Jupiters. Ces visiteuses étaient parées en vraies maîtresses de nababs.

Or, MaroHenry ne jugea point convenable de se laisser écraser, sous quelque rapport que ce pût être, par ses luxueux voisins. Il eut, au premier étage, un pelii appartement du prix modeste de cinquante louis par mois. — Il eut des chevaux anglais. — Il eut un groom microscopique, etc. Il voulut de plus que Psyché éclipsât, par Télégance de ses toilettes, les galantes amies des lords su&-désignés. La jeune femme acquiesça de grand cœur à ce désir si naturel, et les premières ouvrières de Paris furent mises en prompte réquisition.

A ce jeu, les cinquante mille francs fondaient comme une cire jetée dans un brasier ; mais Marc-Henry ne s*en inquiétait guère, et nous ne parlerions point, comme d*un sérieux malheur, de cette ruine inévitable et rapide, si, en même temps que son argent s*évaporait, le démon de la jalousie ne fut entré dans son cœur.

Au nombre des commensaux de Thôtel se trouvait un jeune irlandais, noble comme un Montmorency, riche comme un Rotschild, et beau comme un Apollon. Cet Irlandais, âgé de vingt-cinq ans environ, mais blond et rose comme une jeune fille de dix-huit, ne manquait jamais de se trouver sur le grand escalier quand Marc- Henry descendait avec Psyché, ou dans la cour lorsque les deux amants y montaient en voiture.

Marc-Henry attribua d*abord au hasard ces fréquentes rencontres. — Mais bientôt il crut surprendre un mysté* rieux échange de coups d*œil clandestins. — Dlusoire ou réelle, cette découverte lui ti*aversa le cerveau comme

LES AMOURS d'uN FOU. 345

un fer rouge. — Il n*eut plus une minute de repos. Il n'eut plus une heure de sommeil tranquille. — Uavare qui veille sur son trésor, la mère qui tremble pour son en£ïnt, ne souffrent pas d'aussi cruelles angoisses. — Il changea d'hôtel.

Psyché se laissa emmener sans résistance, et même, en apparence, sans la moindre arrière pensée. — Mais le supplice de Marc-Henry ne devait point finir ainsi. Aux théâtres, aux Champs-Elysées, sur les boulevards, partout enfin il se trouvait face à face plus que jamais avec rirlandais maudit, qui semblait renseigné par une télégraphie occulte, ou servi par une police merveilleuse, tant il arrivait à point nommé là où Psyché allait passer.

Marc-Henry, presque fou de jalousie , proposa à sa maîtresse de quitter Paris. — ■ Psyché répondit qu'elle ne demandait pas mieux. — L'étudiant ne possédait plus que six mille francs. — On fixa le jour du départ.

La veille, et tandis que les deux amants déjeunaient dans une chambre encombrée de paquets commencés et de malles en désoi*dre, la jeune fille se montra d'une gaieté si folle et si expansive, que Marc-Henry la questionna à ce sujet.

— Que signifient tous ces transports? lui demanda-t-il, et qui donc te rend si joyeuse ?

— La pensée que nous quittons enfin ce Paris que je déteste, et que nous allons nous retrouver, comme autrefois, seuls avec notre bonheur...

— Tu m'aimes donc encore! s'écria Marc-Henry, transporté dans le ciel de l'extase par ces tendres paroles.

— Si je t'aime ? fit la jeune fille avec un ton de boude-

rie charmante; cette yilaine question mérite un ch&tim^at... et ce pb^îm^nt, le ypici !

fit 4ei^ g^ bai^^4 fermèrent la bouche de T^di^nt ravi. Ceci bit. Psyché quitta sa place, ç'^pfoclm 4*m^e console, et remplit de vin du Rhin dem( cougeç en verres de Bohème. Puis elle revint à la tahl^, tendit Tune de qQ§ coupef 4 spn amant, e^ lui dit :

— Marc-Henry, })uyons 4 nos an^QU|^ !

Les deux coupes se choquèrent, ^t 4*un seul trait l'étudiant vida la sienne. Psyché ne ^t que tremper ses lèvres dans le précieux liquide des cQteaijLX de Johan. nisherg;.

Une heure après ce déjeuner, Marc-Henry éprouvait une sensation étrange. 11 lui semblait qu'un sang plus lourd circulait lentement dans ses veines. Un engourdissement progressif s'emparait de tout son être. Enfin, un invi^jcible soznmeil courbait son front et fermait ses yeu|:. |1 youlut résister, ce fut en vain. Ses jambes amdliejs ploy^ent sous son corps énervé. Il tomba daas un fauteuil, B9t tète se pencha et roula d'une épaule à l'autre, ses paupières descendirent lentement sur ses prunelles vitrifiées. — Il donnait.

Quand Marc-Hen^y ^ réveilla, U était entouré de ténèbres opaques.

Il appela Psyché. PersonpiB ne réppndit. 11 se leya en chancelant et agit^ à plusieurs reprises le cordon d'une sonnette. Au bout de quelques secondes arriva un valet de l'hâtel, portant deux flambeau^ allumés.

LE» AMOUBS d'un FOU. (^47

-- Monsieur a sonné ^ demanda 09 domesti([ue. -Oui.

— Quo id^pire monsieur?

— Je voulais de la lumière.

Le valet déposa ses flambeaux sur la chemin^ 9t ajouta :

-r- C'est tout ce dont monsieur a besoi^i ?

— Absolument.

Le valet allait sortir, Mare-Hepry l'arrêt^, et, après une minute d'hésitation, il lui 4emapda avec une indifférence affectée que démentait sa voix émue :

— Savez-vous si madaipe 4 chargé quelqi^'uQ de me âireoùeile allait...?

— Noa, moDsidujp, r^pon4it le 4ope8tique. J'ai vu sortir madame, il y a très-longtemps ; je la orpyi^ r^^tr^e.

^ C'est bien! Qu'elle heure est-il?

— Minuit.

Ces dfQjOY moits firent bojtidir jtlarprfiltgry comme une piquer dç serpent.

•y^iNuiT ! s'écria^tril, mai^ p'est ipppf^^ble I yi— Dame ! répliqua le vale^, si ^onsieujr veut voir...

£4 du doigt il désignait la pendule placée sur la cheminée. Les deux aiguilles se réunis^eat s^u* le chiffre douze.

Chose bizarre ! Le sommeil du jeune homme avait duré douze heures, et Psyché, sortie depuis le matin, Psyché ne rentrait pas !

— Jen*^ plus besoin de vous ! l^i^se^-;^i! dit alors Mar&'Qenry au valet qui le regardait avep étonnement et qui .9^ retira aussitôt.

Torturé par un horrible pressentiment, le jeune homme

revint s'asseoir à côté de la tafile sur laquelle se trouvaient encore les débris du déjeuner. Un papier, plié en quatre et attaché à la nappe avec une épingle, attira ses regards. II le saisit d'une main convulsive, le déploya et le lut.

Voici ce que contenait ce papier :

« Mon bon chéri,

> 3 6 t'ai beaucoup f beaucoup aiiné!

■ Malheureusement les meilleures choses passent vile en ce monde, et la plus charmante de toutes, Vamour, n*est point éternelle,

» Ceci veut dire que je ne Vaime plus.

» J^ai voulu te sauver, grâce à quelques goutta âeT^h danum, les scènes pénibles d'une rupture larmoyante, ti je pars sans te prévenir.

» Mon compagnon de voyage est ce délicieux Irlandais que tu connais bien et dont tu étais si jaloux f

» J'en ai ri de bon cœur, de ta jalousie y pauvre ûmiî

* Tu conviendras d'ailleurs, du moins je Vespèt^^ que je te donne un successeur digne de toi ! n

M Nons avons passé ensemble de bien beaux jours et êe bien belles nuits, mo7i chéri ; rnais que veuX'tu ? comme le disait le feu roi Daaobert à ses chiens en les menant noyer : Il n'est si bonne compagnie qu'il ne faille

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