‹ Les Chevaliers du Lansquenet (volume 2)Chapitre 30 sur 33 · PSYCHÉ · texte numérisé non relu

PSYCHÉ

Six années s'étaient écoulées, et, durant cette période, aucun incident digne de captiver l'attention dé nos lecteurs n'avait apporté sa page heureuse ou fatale dans la vie de notre héros. Marc-Henry, écrasé à demi par la lecture de Thorrible lettre reproduite un peu plus haut, avait senti d'abord chanceler sa raison sous le coup du malheur inattendu qui le frappait. Mais, cette fois encore, la volonté avait été plus forte que la douleur, et le jeune homme était parvenu, non point à guérir là blessure profonde qu'il portait en lui-même, mais*1bir moins à la regarder d'un œil sec et à trouver dans ffk souffrance une sorte d'étrange volupté. Peu à peirT le temps avait mis son baume bienfaisant sur les bords de la plaie, et Marc-Henry s'était souvenu du remède souverain des maladies de Tâme : Le travail.

Donc, après l'abandon de Psyché comme après la mort de Marie, notre héros avait tourné vers l'étude tout ce qu'il y avait en lui de facultés brillantes et de vivace énergie. 11 avait fait six parts des six mille francs qui lui restaient, se disant que mille francs pouvaient et devaient suffire à une année de la vie de labeurs et de privations qu'il allait mener déaonnais.

Pour arriver à ce difficile résultat, Marc-Henry s'ins-

350 XilBS AKOORS 0*im FOU.

talla dans la plus humble chambre du plus misérable hôtel garni du quartier latin, il hanta ces gârgôlfeâ Idikdes où des alimenta probléàiatiques sont ùffettÀ pOUr quelques sous, aux estomacs affamés et Ant bôUrs^ mal fournies.

Ses journées entières et une partie de ses nuits furent consacrées à un incessant travail, et, au moment où il acheva son droit, Marc-Henry savait réellement ce que les étudiants vulgaires sont censés né point ]g:nôrer.

Une année de stage suivit les examens, dont il sortit d'une façon triomphante, et conuhe le vrai talent perce toujours, quoi qu'en disent les impuissants et les envieux, les clients ne tardèrent point à venir trouver le jeune avocat auquel un brillant avenir paraissait assuré désormais.

Pour se conformer aux exig^ces de sa position nouvelle, Marc-fienry dut se mettre en quête d*ttn k^s convenable. Il trodva, rue de TAbbaye au faukdui^ Saint- Germain, un «ppartement merveiHeusem^t Qp|>Fnrié à sa destinatioin luture. Cet appartement, situé au rez'é^ chaussée d'une vieille maison co&temp<H:«ine da q^n- .zième siède, se tompofiaii de quatre pièces^ un peu sma- . bres, il est vrsâ, «Rais n^en ayant que ^eut eet ^«pect sévère qu! soûdt «uxfktîdeurs et leur feiti»eo aitagifrer du «uccès de ^ur cause.

Lô^ ïeneti^eb du%ffl(>li ^ren^i^t joèlr s^t ub Hrifetë jtf^ din dont la }ëuissal^'é!t^uâiVë ëtiall i^è^vée aui 9^taires du présider ëla^. Msds, hu%H)hi^tM)ter6-RMtt7 s'installa dans la maison, ce "pt^itSët ôtJt^ *étaît ïrtA- Mtè, ot le Jeune ^oMûb lût %utbrfeé psdf le p^Iiriftlare

à parcourir les allées bmbreuèéô tiusirï soûf ent i[u*il le jugerait convenable.

Quelques mois se passèrent ainsi. La TÎé dé Marc-Henry était ulrîforme et noblement remplie, et il te reposait ianâ un calme profond des tourmenté de sa jeunesse. A force d^roir souffert^ soh boeur s*était engourdi, et si parfois la pensée de Tavôcat rémoûtaît vers un passé terrible, elle ne trouvait dans ^ isouvenirs <{u*\ihéitorte ie mélancdie douce ^i ne manquait point de charmes. — Mai&, hélas! il est quétquëS hommes que le destin marque au fnmt d*un sceau filtal et prédestiné à la douleur. Marc-Henry était un de dés hôtaimeÊ.

Plusieurs voitures, chargées de meublés et de tentures, s'ârrêtë^nt un matin devant la porte de la màisoli. En même temps il se fit au-dessus de la tôte déÂotré héros an bruit et un mouvement inaccoutumés. Enfin fe portier vint le prévenir que l'appartement du "pretiA^t étage adlait être ooeupé, et que par conséqueût le propriétaire se voyait forc^de lui retirer A l'^v^nir là fMteb^tie du jardin.

Cet interdit fit i«i>rouver ft Màrc-Ififtrry une èbiiltariété très'vive. il avait pris l*habitude d'aller tratraiflèr cha^é matin, pendant deux heures, dans l'allée de charmiHés [|ui se trouvait ht itmi de l^endos et longëàii; lé mur i'enceiilte. Il résolut, au bout de quelques sem^éè, de s'adresser au nouveau locataire et d'obtenir de sondbli- ^ance une très-légère faveur à laquelle il attistchait un ^and prix, c'est-à-dire l'autorisatiou dé ¥e](^rmd1re èes promenades quotidiennes.

352 LES AMOURS d'UN FOU.

Désirant avoir à Tinstant même une solution favorable ou négative, il monta au premier étage. Dans Tantichambre se trouvait une camérisie, coquettement vêtue, fine de taille et riche d'appas, pourvue de grands yeui noirs très-vifs et même un peu coquins, type exact en un mot des piquantes soubrettes de Tancienne comédie italienne. Cette camérisie, digne de se nommer Dorine ou Marinette, fît à Marc-Henry une révérence des plus lestes, et, tout en lui jetant un regard de connaisseuse, qui prouvait surabondamment qu'elle appréciait à sa juste valeur la beauté physique du jeune homme, elle lui dit d'une petite voix flûtée :

— Que demande monsieur?

— Ma belle enfant, répondit Tavocat, je voudrais parler à monsieur... monsieur...

More-Henry n'avait point pensé à s'informer du nom de celui qu'il venait voir.

— Monsieur le comte*^ fit la soubrette.

— Précisément.

— Je vais voir si monsieur le comte est visible. Qui aurai-je l'honneur d'annoncer?

— Monsieur le comte ne me connaît pas, même de nom> veuillez seulement le pru/e..\-, je vous prie, que le locataire du rez-de-chanssée aurait quelques mits à lui dire.

— Âh ! vous êtes notre voisin ! dit la jeune fille. Puis elle ajouta mentalement tout en quittant ranti-

chambre.

— Tant mieux!

Au bout d'un instant. Discrète reparut. — Lacamériete « se nommait Discrète.

LÉà AMÛuàs 0*UN FOÎJ. 9SJ

^— Monsieur le ôomte attend Monsieur dans son cabinet, fît-fellé ; je vais avoir Thonnéur de niontrer lé chémin à Monsieur...

Marc-Henri suivit la jeune fille. Ils traversèrent un immense salon, meublé avec une prodigieuse ricbesse, mais dans lequel tout pOrtàît un cachet de remarquable excentricité. lâ jolie conductrice souleva un pan dé velours noir, quî masquait uiïe petite porte, et, introduisant ravocat dans une pièce octogone parfaitement semblàl)le à rintérietir d'un logis chinois, car les nattes, les tentures, lés meubles, les paravents et les magots qui la garnissaient arrivaient en droite ligne des bords vénérés du fleuve Jaune, elle lui dit tout bas :

— Voilà monsieur le comte.

On touchait à peine à la fin de Tautomne et l'atmosphère extérieure était brûlante encore. Cependant un grand feu pétillait dàn^ la cheminée, comme si le mois de janvier eût amoncelé au dehors ses neiges et ses frimas. Auprès de ce feu, et chaudement enveloppé dans les longs plis d'une robe de chambre en lampas, était assis lé maître de la maison. 11 se leva pour accueillir Marc-Henri qui, à son aspect, resta cloué sur placé pai^ un sentimient de stupeur et presque d'effroi.

iï. le comté, puisque nous ne le connaissons jusqu'à présent que sous cette désignation, avait l'apparence d'un vieillard. Sa haute taille se courbait à demi. La prodigieuse maigreur de ses membres apparaissait à travers le tissu de ses vêtements. Il était absolument chauve, saut deux mèches de cheveut blancs qui se dressaient sur ses tempes comme deux cornes fantastiques. Ses yeux pâes^ aux prunelles mo&les, semblaient enfouis

dans des cavernes, tant étaient profondes leurs orbites, entourées d'un large cercle de bistre. On ne pouvait rêver une plus parfaite image de la débilité et de Tépuisement.

Eh bien! dans ce vieillard chancelant, dans cette momie vivante, Marc-Henry croyait reconnaître l'étrange personnage de Pavant scène de Dijon, le pauvre fou avec lequel il avait failli se battre, le comte Hector de Navailles, enfin!!

Rien dans le regard que le comte arrêta sur Tavocat ne put faire présager qu'il eût conservé quelque souvenir d'une rencontre antérieure. D'un geste poli il invita Marc-Henri à prendre un siège à côté de la cheminée, et il lui dit avec un ton de politesse exquise et une voix dont la sonorité s'était conservée toute entière :

— Vous avez désiré me voir, Monsieur, je serais heureux d'apprendre qu'il est en mon pouvoir de faire quelque chose qui vous soit agréable.

Marc-Henry domina rapidement sa première émotion, et, par degrés, il en arriva presque à se croire le jouet de quelque illusion bizarre et de quelque ressemblance impossible. Il formula sa requête, qui fut accueillie par une gracieuse adhésion, et, songeant qu'il lui serait facile d'éclaircir tous ses doutes en demandant au concierge le nom du personnage qui l'intriguait si vivement, il allait prendre congé de M. le comte quand une péripétie nouvelle et des plus étranges vint compliquer la situation. A l'angle opposé de la pièce dans laquelle se trouvait Marc-Henry, et précisément en face de lui, une portière d'étoffe bizarre, toute bariolée de pagodes, de ^ mandarins et d'oiseaux fabuleux, se souleva sans bruit.

Une jeune femme parut, fît deux pas en avant, puis à Taspect d'un étranger elle hésita pendant une seconde et son regard s'ai'rèta avec indifférence sur Tavocat qui la saluait. Mais soudain une pâleur mortelle envahit son visage et elle ne put retenir un faible cri, tandis que de son côté Marc-Henry chancelait comme un homme foudroyé. C'est que lui et cette femme venaient de se reconnaître ! C'est que cette femme était Psyché !

Au cri de la nouvelle venue, au trouble évident du visiteur, M. le conUe sembla tout d'un coup rajeunir de dix ans. Sa taille voûtée se redressa, l'éclair du soupçon brilla dans ses yeux caves, il regarda successivement la jeune femme et l'avocat, comme s'il eût voulu pénétrer au plus profond de leur âme, et il murmura d'une voix lente :

— Ah! vous vous connaissez ?...

— Mais... non., je vous assure... balbutia Marc-Henry, du moins je...

Psyché lui coupa la parole, pour dire vivement et avec une complète assurance :

— Je ne me souviens pas d'avoir eu le plaisir de rencontrer... Monsieur...

— En effet, reprit l'avocat, essayant de voiler son émotion avec une galanterie banale, j'ai la certitude de n'avoir jamais vu Madame, et je ne puis me tromper, car Madame est trop belle pour qu»'il soit possible de l'oublier quand on a eu le bonheur de la voir une seule fois.

A ce compliment banal, Psyché s'inclina en souriant.

M. le comte n'insista paS; mais la contraction furieuse qui vint crisper ses traits et mettre en relief les innom-

356 Ln Avotmff n^oii fot.

bnbks rides dont sa figure était siUennê^, dééâA ùÀ terrible orage intérieur.

Marc-Henry était debout. — Il ne put se résoudre à affronter plus longtemps une sâtuatioh singulièrement febsse et pénible. — n sidna te comte, êludiiia deVant Psyebé et sortit. Mais, avant qu'il eûtfî^nêhî le âétiil, la jeune femme avait trouvé le temps d'appuyer un doigt sur ses lèvres; et ce geste, accompagné d'unregard impérieux, éloignait à notre héros le silence et la disiarétion.

M, le comte ne reconduisit pas Marc^-Henry. Tatidis que ce dernier traversait le grand salon qui précédait le cabinet chinois, il entendit de violents éclats de voiir retentir dans la pièce qu'il ven^t de quitter.

Dans Tantichambré il retrouva Discrète.

— Gomment donc s'appelle votre maître? lui demanda-t-il, cédant ainsi è Fardente curiosité qui le pressait d'éclaircir ses doutes.

— Ne le savez- vous pas ? s'écria la femme de chambre étonnée.

— Vous voyez bien que non, puisque je vous le demande...

— Eh bien 1 mon maître se noinnie le comte Hector de.Navailles.

Ainsi M^rc-ïïenry né s^était point trompé. L'homme qui venait dte le refcevoir, et le fou de Dijon, n'étaient qtf une sêul^ et mènïe personne, quoique en un laps dp fAx ânô il eût vieilli de vingt années.

— Et, reprît Marc-Henry, il est marié sans doute?.. — - Gertarnement ! répliqua la soubrette.

— Depuis longt^np^ ?

— Depuis énq ans.

h»» ÂXûUBë ù*im vov. S57

— Et ç^te... dame... qm j'ai vue touM^rheure... est... sa fenraifi?

— Oui, Monsieur ; mais en vérité je ne devine pas PQurquQÎ vous jae faites toutes ces questions...

— Curiosité pure, ma Mie enfant, répondit l'avocat en mettant un louis dans la main do la camériste.

Cette dernière prit la pièce d'or et fit étinceler dans un charmant sourire les deux rangées de perles qui lui serv^ent àe dents, mais le regard, demi-baisse, demiprovocaU;eur de ses grands yeux fripons, indiqua de façon trèa^claire qu'un baiser du beau garçon qui lui parlait lui eût semblé de beaucoup préférable à l'argent qu'elle venait de recevoir.

Nous devons à no^ lecteurs i.ne explication, ijette explica^on nécessiterait un volume ; nous allons cependant la donner en quatre pages.

Après Tétrange scène du théâtre de Dijon, le comte Sector de Na vailles avait été, nous le savons, conduit à Londres par son père et confié aux sojnà d'un médecin célèbre qui s^était acquis une gloire légi<^pie par cent cures, toutes miraculeuses, et obtenues dans lèi ca^ d'alié^ niQtion mentale les plï^ graves et les plus désespéi^i Ce médecin ^udia la^ maladie du con^te Qeetor et la combattit avec^^l^^ence telle et un bonheur jsi grand„ qu'en peu de temps tous les syn^tômes fatals avaient disparu successivement, à la joie immense du paavre père qui n'osait espérer un résultat aussi prompt et ausgi compjet, et à qui il ne fut pas donné du reste de jouir longtemps de oe dernier bonheur, car, peu de joiues

358 LB8 ÀM0I7RB D'DN FOU.

avant Tépoque fixée pour son retour en France, il tomba malade dans Tbôtellerie qu'il habitait avec le comte Hector, et il mourut après une courte maladie, emportant au moins dans la tombe cette consolation suprême de voir Tintelligence de son fils débarrassée à tout jamais des nuages qui Tavalent obscurcie.

C'est alors que le hasard, ce grand arrangeur des choses invraisemblables d'ici-bas, mit en présence pour la seconde fois \ji comte Hector et Psyché. La jeune fille, on le devine, avait été amenée à Londres par le bel Irlandais pour lequel .elle avait quitté Marc-Henry. En revoyant le comte, Psyché se souvint et elle eut peur. Mais quand elle apprit la complète guérison de Eon presque fssassin, quand elle sutqu^mé des conséquences de cette cure avait été d'enlever aé convalescent la niémoire >?*^ du passé, elle se dit qu'il serait prodigieusement original de se faire aimer de cet homme par qui elle avait failli mourir, et, lassée déjà d'ailleurs de son nouvel amant, elle tira de son arsenal, à l'endroit du comte Hector, les plus irrésistibles de ses armes féminines.

Il n'en fallait pas tant , la victoire ne fut point disputée et le pauvre Français s'éprit en un instant de la plus ardente passion pour la jolie compatriote qu'il retrouvait ainsi sur le sol de l'hospitalière A^lbion.

Ceci fait. Psyché, toujours dans un bu^ d'originalité . jugea convenable de ne point coumnnet aussitôt les feui qu'elle avait fait naître^ comme disaient les romanciers du dix-huitième siècle. Elle voulut se faire désirer. Elle joua la vertu, et quoique ce rôle fut complètement eOr^ dehors de ses habitudes , elle s'en acquitta de façon si triomphante, que le comte Hector, plein de respect pour

LES AVOUBS d'un FOU. 359

les scrupules de sa chaste amie , lui proposa, de guerre lasse, un pèlerinage à Gretna-Green et une séance conju« gale devant le forgeron classique. — Psyché avait dépassé le hut.

En présence de Tavenir inattendu qui s'ouvrait ainsi devant elle, qui le croirait ? elle hésita. Il lui en coûtait de rompre pour jamais avec cette liberté complète qu'elle métamorphosait bien souvent en licence. Il lui en coûtait de congédier le joyeux cortège des amours vagabondes. Il lui en coûtait enfin d'échanger son joli nom de Psyché contre une appellation maritale.

Cependant son hésitation fut courte, et, au bout de vingt-quatre heures , .la comédienne courtisane était comtesse de Navailles, de par les rites solennels du forgeron déjà nommé. .^ j -

Deux mois ne s'ataient pas écoulés , d'ailleurs, ou^ déjà la jeune femme regrettait amèren^dUt d'avoir «"âti^ ceptô ce que tant d'autres eussent envié. Les chaînes du mariage pesaient ^ur elle de tout leur poids et froissaient sans cesse les instincts de sa nature indépendante. Alors même que jadis son cœur semblait avoir parlé , à l'occasion de sa liaison avep Marc-Henry p» exemple, ses amours n'étaient que des caprices et n'eussent point résisté huit jours à cette idée , qu'au nom de la loi il fallait obéir et rester fidèle. Or, Psyché n'avait pas même eu un caprice cour le comte Hector, et elle se trouvait sa femme pour toujours !

Une pensée abominable traversa alors l'esprit de l'ex-comédienne. Voici comment se formulait^ cette pensée :

« Si j'étais veuve , je serais riche, je serais libre; ma

360 u» AMùvt^ d'uk kou«

lieauté, rebaossée du double édat d'ime grande fortune et d'un grand nom, ipe^xait Funivers à mes pieds...

» La fortune et la liberté, ranKwr judant, ce saraît le bonbeur!

» Qui, sans doute... Hais je nesuis pas veuve... !

Un entretien avee soi-même ,-ooiQmencié dans les termes précéd^its, n'avait qu'une conclusion possible. OeUe-oi:

» Je ne suis pas veuve. Bh bien! il &ut le devenir ! ■

Bt, sans perdre de temps, Psycbé se mit à Tœavre.

Mais elle n'était pas de ces lemmes bardies qui s'arpnei^t du poignard comme h/ij Madietb» ou qui sui^nt de la tisaoe avec de l'arseuip, cpmoie nos modernes |iéroïnes du Ql^^dier ou d'ailleurs. la prudente Psycbé savait à merveille que pour jouir du boQbçur convmté , il ne {allait point se icréer avep la justice, à propos d'un veuvage anticipé, de terribles dé^t^. J^e fer et |e poison l^seot des traces Irrécusables, et puis ce sont des moyens vulgaires. Psycbé, r^o})ie à tuer son mari, voulut le tuer légalenmi. Oui, légalement, nous allons le prqaver, et, si borribles que soient la conception et surtout la réalisation d'un projet semblafile, nous ne eiv> glions ps^ d'affîrmer que cbaque jour voit s'accomplir quelqu'un de ces assassinatsdon^estiques, lesplvs inHunes

4a1touii.

Le comte Heictor, uous l'ayons dit, dans If s premiers cbapitres de cetie bistoire où il est question de lui, était vieux avant Tftgf , et physiquement afifaibb par les souf- Iranceis iporales d'une passiou poussée j]il^qu'à la folie. C'est sur cet épuisement précoce que compta Psycbé. -- ^le 60 ^vai^ aimée ^rdument. — l^'amour fut le ^eul

LES AMOUIIS D'im FOU. 361

poison dont elle se servit. Sous ses inépuisables caresses, elle cachait la mort. Chacun de ses insatiables baisers arrachait une heure de vie à son débile époux. — Aussi, peu à peu, la mifP^vat du csi^eQt^ se fiaisait plus ef- ^ayante. Sa taille se courbait. Ses rares cheveux dévoilaient blancs. Il prenait Tapparenoe d'un cadavre. Et ^cependant il pe mourfût pas. Psyché ne se lassait point, mais elle s'ir^iti^t de l'obstination étrange avec laquelle M. deNaViûlles se cramponnait à la vie, et de jour en jour elle se répétait avec plus d'amertume:

— Cqmmje c'est long ! mon Dieu ! comme c'est long î Ajoutçps que le comte Hector , par les inconcevab^3 bizarreries de son caractère et surtout par ses violents et continuelles jçilousiçs, caijLtribuait à alourdir le joug que la jeune femme ports^t ,^ imp^tiemmenJt.

VoiÙi oti en ét^ent le» chqses au moment ovi Xe^ troi^ personnages principaux de cette hiçtojre se tFPUveiat réupis da^s une même defpeure. 3ans dout^ un dran^e se prépare. Quel en sera le dénoûmeQt?

5^^xi ^c^-^^ -^^-^^^

rv-s'n'N^^'^^- ^-^^'^

vu

vn piège et un dénoomest.

Marc-Henry ignorait tous les faits que nous venons de narrer brièvement. On peut donc facilement se rendre compte de l'excessif désordre de ses pensées après sa courte visite au comte de Navailles. Il lui semblait que des rêves revêtus de formes palpables venaient dépasser devant ses regards abusés. Il ne pouvait croire à la réalité de ce qu'il avait vu, et cependant il sentait une sorte de vertige s'emparer de son esprit. Il sentait se raviver au fond de son cœur une flamme plus vivace et plus dévoilante que jamais pour cette Psyché , qui , plus belle encore et plus enchanteresse qu'autrefois, revenait fatalement prendre une place dans sa vie.

Il ]utta contre ce délire renaissant. II lutta avec toutes les forces de son âme, avec tout le courage et toute l'énergie de son caractère. Il voulut éviter le danger, quitter Paris, abandonner sa carrière s'il le allait, mais fuir cette femme. Il voulut .. mais il ne put pas... Tous ses efforts n'aboutirent qu'à lui prouver que son cœur, qrf lui semblait mort , n avaif jamais été qu'engourdi, et qu'une étincelle suffisait pour rallumer l'incendie qui consumait sa raison et qu'il avait cru vainement éteindre par de longues années de travail et de réflexions.

Bref, il sortit de la lutte tellement brisé et tellement vaincu , qu'il ne songea même plus à résister au courant qui l'entraînait, et qu'il résolut de tout mettre en œuvre pour pos8(éder de nouveau Psyché.

Mais comment fisdre ? Une observation de tous les instants lui démontrait qu'un constant espionnage environnait la jeune femme. Elle sortait rarement et toujours accompagnée du comte, dont la défiance avait été excitée outre mesure par les détails de l'entrevue que nous avons racontée.

Quels moyens mettre en œuvre pour déjourr la surveillance de l'argus?

Soudain une idée, vint à Marc-Henry. Il pensa à Discrète, l'égrillarde camériste, et il résolut de la mettre, à tout prix, dans ses intérêts. Pendant plusieurs jours il épia son passage, et la voyant enfin un matin franchir, seule et légère les derniers degrés du grand escalier , il l'appela doucement.

-— Hein? dit-elle en se retournant.

— Mademoitielle... répéta Marc-Henry.

— Qui m'appelle?

— Moi.

— Ah! c'est vous, Monsieur... et... qu'est-ce que vous voulez ?

— Entrez un moment, je vous prie.

— Chez vous?

— Oui. ^

— Mais... je ne sais... fit la soubrette avec un petit air de pruderie.

— Je vous en supplie.

— Allons, soit... mais pas longtemps... Je suis trèspressée...

Et, tout en rajustant coquettement les plis de son fichu, la jeune fille suivit Marc-Henry.

A peine entrée, l'avocat qui sentait le besoin de con-

8« ms àttçVfH ^'W> Fi^.

quérir par tous les poyeos p9^8Îbles la bleAVAmance de lUscràte, reiK^wm^a 4eux lois et fort viveoaeQt.

•^ Ceci n'est pas convenu, s'écna-t-elle en lusant aenir biant de se débattre, et je m'en vais si c'est pour çaifUB vous m'avez fait venir,*.

— Rassurez-vous, répondit Marc-Henry, ce n'est pas peur ça...

•— Ah ! fit la soubrette d'un ton qui annonçait un œrtain étonpement : de quoi s*agit-il donc ?

— D'abord, ma chère fille, dites-moi, je vous prie, si vous vous sentez disposée à me rendre service ?

— DameJ c'est selon...

— Gomment?

— Oui, il y a des choses que je suis très-disposép à faire pour vous...

Et un regard intraduisible compléta cette phcaiv plus que leste dont Marc-Henry, préoccupé conuoe il l'était, ne comprit point le sens et l'intention.

— Aimez-vous beaucoup vxAre maître, le comte de Navailles? poursuivit-il.

— Je le déteste, répondit nettement OisGrète.

— Pourquoi ?

— Pour beaucoup d'excellentes raisons.

— Et votre maîtresse?...

— Heu ! fit la camériste en accompagnant œs mots d'une petite moue, je ne dis pas ; madame est assez banne enfant,,,

Marc-Henry n'attribua point aux paroles que nous avons souUgnées le si^s qu'elles avaient réellement, et n'y voyant qu'une disposition hîenvaillaate de la jeune fille pour Psyché, il Jieprit ; .

iM Atfdûkr ô^^ Fdû. 9è&

*^ Le service qùé je veux tous demander înféréëse TOti^ inàitreBsé autant que moi-même.

— Ah ! fil de nbuvëatt Discrète, rtmt arec une expressioti toute différente dé celle qu'elle arsilt donnée ^êcédemnieiit à ce même monosyllabe.

Màrc-Bénr}' ouvrît un des tiroirs de son secrétaire, et dans ce tiroir il prit deut objets, tltië bourse et une lettre. La bourse contenait dix louis. La lettre ne portait pas d*adresse. Il mit l'épître dans la main droite de Discrèté et la bourse daiië la main gauche en Itu diéànt :

Gardez cette bagatelle pour Tamour de moi, et chargez-vous de remettre ce biîlèt à Votre maîtresse... à ellef seule. . . vous m'entendez bien ?. . .

Cette liiême moue que noue coiinaisgons se remontra alors sur les charmantes lèvfes de Discrète. Elle jeta la bourse sur le' tapis. Ensuite elle Sciîsit la lettre, la déchira en deux d'aboM, puî^ en quatre, puis à firidiii, et en -éparpilla les fragtiieiits antour d'elle.

— Oue fàitës-voxis? s'écria Itarc-Henry.

— Dame ! vous le voyez bien.

— Maïs... pourquoi ?..

— Ah! pourquoi? parce que vous vous êtes trompé. Monsïétir... Je suis beaucoup trop jeun^ et beaucoup trop jolie pour servir à qui que ce soit de messager d'alûôtrr, et je ne reçois de billets doux que pour mon propre compte.

MarC'Hènry coth]^rît' qu*îl avait fait fîmsse route. Il devina le dépit jaloux qui perçait dans les itttonàtions courroucées de Discrète ; mille petites circonstances lui' i*éviïlr^ht eh niéteerre, prouvant jusqu'à l'évidehbe la dMnpIète boime ti^otité dé la jélië fiile àBon^ëiiditiU/ et,

366 LES AMOURS d'UM FOC

comme il lui importait plus que jamais de l'avoir pour alliée maintenant qu'elle possédait une partie de son secret, comme d'ailleurs elle était jeune et charmante, comme enfin lui-même avait vingt-six ans, et qu'à cet âge les sens ne perdent point leurs droits, quoique le cœur sois pris ailleiu^, il se mit en devoir de réparer ses torts, et la réparation fut complète.

La camériste de Psyché appartenait, on le voit, à cette école de soubrettes chères aux écrivains licencieux du dix-huitième siècle, fines mouches égrillardes, peiites bonnes agaçantes et jolies, types gracieux, mais immoraux, qui ne sont point aussi complètement perdus que le supposent certains optimistes.

Or, tandis que Discrète s'applaudissait fort de la victoire qu'elle venait de remporter sur la comtesse de Navailles, Marc-Henry déplorait l'entraînementjrréfléchi qui l'avait fait agir. Ce n'est pas qu'il se reprochât l'infidélité purement matérielle dont il venait de se rendre coupable, mais la réflexion lui disait, quoique un peu tard, qu'au lieu de se faire une alliée dans le camp ennemi, il n'avait réussi qu'à se créer une espionne personnellement intéressée à surveiller tous ses mouvements.

Le problème que Marc-Henry se posait au commencement de ce chapitre : Comment faire ^ problème qu'il avait cru résoudre facilement, non-seulement subsistait tout entier, mais se compliquait encore de difficultés nouvelles.

Un matin, Marc-Henry rêveur appuyait contre la vitre de l'une des fenêtres qui donnaient sur le jardin, son

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