‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désert (volume 2)Chapitre 19 sur 60 · DE LA CASTRATION DES CHEVAUX · texte numérisé non relu

DE LA CASTRATION DES CHEVAUX

blanchir au feu un instrument en fer, rond comme le canon d'un pistolet. On cautérise avec cet instrument Îles parties que le fer vient de frapper, en ayant soin, toutefois, de ne pas détruire les ligatures. Après la cautérisation, on prend un tampon fait avee du sel que l'on plonge dans l'huile chaude où l’on a mis dissoudre du beurre, et l'on tamponne la blessure.

Pendant les trois premiers jours qui suivent sa castration, le cheval doit boire très-peu. Pendant huit ou dix jours il doit porter une ceinture en cotonnade ou, à défaut de cotonnade, en laine. Cette ceinture, qui s'attache à ses reins, est destinée à préserver de tout contact avec l'air les parties où l'opération a été pratiquée. La nourriture doit rester la même, mais la fatigue doit être nulle. Pendant dix ou douze jours le cheval gardera un repos absolu. On ne le montera ensuite tout le premier mois qu'avec de grands ménagements.

Comme il faut qu'une superstition s'attache toujours à toutes les coutumes du désert, on a soin de pratiquer un trou dans le sable immédiatement après la castration, et d’y enterrer les testicules coupés.

Si quelque animal venait à manger, ou si quelque ennemi venait à voir ces débris sanglants, ce serait là un accident funeste, uné cause certaine de malheur.

On castre les chevaux depuis l'âge de deux ans jusqu’à celui de huit ans. Les accidents sont très-rares. Les chevaux dont on n'a pas su garantir la blessure de l’air sont les seuls qui meurent.

Dans certaines tribus, au lieu d'opérer la castration par instrument tranchant, on masse les testicules de manière à les annibiler complétement; mais cette opération ne peut être faite que chez les poulains de six mois à un an.

La castration est tellement en usage dans le désert, qu'on l'applique même aux chameaux. Le chameau castré supporte la fatigue avec plus d'énergie que le chameau entier, parce

qu'il ne s’épuise pas en continuels efforts avec les chamelles.

Il ne faudrait pas toutefois conclure de ces détails que le cheval entier ne reste pas le plus estimé par les Arabes. La castration est une nécessité de l’indigence dans le Sahara; mais là, comme dans toutes les autres parties de l'Afrique, le cheval par excellence, le compagnon du guerrier, l'hôte de la grande tente, est celui qui possède toute la plénitude et toute l'énergie de ses facultés.

OBSERVATIONS DE L'ÉMIR ABD-EL-KADER

Chez les Arabes, la castration des animaux est peu usitée, surtout par les grands, parce qu’elle nuit au cheval, à sa beauté, à son agilité, au brillant de sa robe ; quelquesuns prétendent, en outre, que la castration diminue la force en amollissant les chairs.

L'animal castré a d'ordinaire la vie plus longue, parce qu'il ne fait pas la monte; c’est pour cette raison également que les mulets vivent longtemps, et, pour la raison contraire, que les oiseaux vivent peu.

Un cheval castré perd de sa vitesse et de sa vigueur, ear il est réduit au degré de la jument, et 1l est reconnu que dans toutes les espèces d'animaux, la femelle est plus faible que le mâle. La femme est-elle aussi forte que l'homme ?

Les lois musulmanes défendent la castration des chevaux, parce qu’elle les affaiblit et réduit la nature mâle à la nature femelle, qui est un amoindrissement. On peut donc dire que si la castration est utile, ce n’est pas pour les chevaux que l’on monte en temps de guerre ou qui sont destinés à faire de grandes courses.

« Gloire a celui qui a créé l’homme et qui a créé à son profit tous les êtres, qui l'a doué de la raison, qui lui enseiqne les avantages qu'il peut tirer de toutes choses. »

Nous avons étudié jusqu’à présent le cheval entre les mains des indigènes, nous avons montré ce Compagnon du guerrier arabe tel qu'il est dans cette primitive et militante société où il occupe, de par la religion et de par les mœurs, une place si importante ; mais notre œuvre ne serait pas Complète si nous passions sous silence la carrière que notre domination ouvre en Afrique à la race chevaline. Maintenant tout ce qui appartient à une terre où notre drapeau a flotté doit être envisagé sous un rapport nouveau, celui de notre intérêt national. Dans le pays par excellence de la vie équestre, 1] faut que le cheval devienne notre instrument, qu'il passe du service arabe au service français, et que ce ne soit pas seulement notre colonie, mais notre patrie ellemême qui profite de cette précieuse conquête.

Le cheval originaire de nos possesions africaines appartent à la race barbe ‘. Le cheval barbe était celui que montaient ces intrépides cavaliers qui furént pour les Romains

! Sil’on veut nous permettre de produire notre opinion personnelle, nous avancerons qu’on est disposé à établir une ligne de démarcation trop tranchée entre le cheval barbe et le cheval arabe. 11 est un nom plus gé-

de si rudes adversaires : s’il n’a pas les contours arrondis, l'harmonieuse beauté, l'élégance plastique du cheval arabe, on peut dire que ses lignes arrêtées et vigoureuses révèlent d'incontestables qualités. Il y a entre le barbe et l'arabe la différence qui sépare un verre taillé dans le cristal par la main humaine, d'un verre coulé dans un moule. L'un a des formes abruptes, tandis que les formes de l’autre offrent un fini, un poli, une perfection qui ne laisse rien à désirer à l'œil. Mais tous deux sont de merveilleux chevaux de guerre. Le cheval barbe mérite encore mieux peut-être que le cheval arabe qu’on lui applique ces fières et concises paroles d’un chant arabe que nous avons déjà cité : Il peut la faim, à peut la soif. Les expéditions d’Annibal en Italie, où la cavalerie numide fit si bien contre la cavalerie romaine, prou-

vent qu'il n’a pas besoin du ciel sous lequel il est né pour

développer toute sa vigueur. Les conquêtes faites par les disciples de Mahomet ont régénéré, bien loin de l’affaiblir, le sang qui coule dans ses veines. La race chevaline, telle qu’elle existe aujourd'hui en Afrique, offre un heureux mélange de tous les dons qui sont l’apanage du cheval dans les pays de vastes espaces et d'ardent soleil.

Toutefois les destinées de cette noble et utile race ont failli être un instant compromises par la guerre, qui, après

néral qui nous semble devoir être appliqué à tous deux, c’est celui de race or entale; c’est une même grande famille qui se confond dans l’origine, qui se modifie, en s'étendant et se déplaçant, sous l'influence des variations de climat, peu sensibles d’ailleurs.

Force, agilité, vigueur, dans la conformation comme dans l’action, c’est l'apanage du cheval, du moment où :l se trouve en deçà de lEuphrate, et au delà de la Méditerranée et du Caucase, où 1l reste sur la terre de lislamisme; c’est toujours le cheval nerveux, sobre, invincible à la privation et aux fatigues, vivant entre ciel et sable. Appelez-le maintenant persan, numide, barbe, arabe de Syrie, nedji, peu importe, toutes ces dénominations ne sont que des prénoms, si l’on peut parler ainsi, le nom de famille est un : cheval d'Orient. L'autre famille en deçà de la Méditerranée, c’est la race d'Europe.

ns die pt rs

la prise d'Alger, a sévi sans interruption et avec tant de violence sur tous les points de l'Afrique. Les chevaux devenaient rares en Algérie, et leur sang avait quelque chose d’appauvri. Puis les Arabes croyaient commettre une offense envers la loi musulmane en amenant sur les marchés chrétiens l’animal dont le prophète lui-même a recommandé l'amour et le respect. Aujourd'hui, les maux de la guerre se réparent, et le préjugé religieux s’affaiblit. Les indigènes prennent l'habitude de sacrifier leur fanatisme de sectaires à leur instinet de trafiquants ; on voit nombre d’entre eux échanger contre notre argent quelques-uns de leurs coursiers d'élite. Le cheval européen a disparu de notre armée d'Afrique, dont il ne pouvait seconder ni les charges impétueuses, ni les marches incessantes ; 11 a été remplacé par le cheval du pays. Qu'un officier arrive du continent en Algérie, pour prendre part à quelque expédition, et son premier soin sera de se procurer des chevaux indigènes. Il se gardera bien de s’aventurer dans le désert, et encore moins dans la montagne, avec les chevaux qui seraient les plus applaudis sur les turfs de Chantilly, du Champ de-Mars et de Satory.

I ne s’agit done plus à présent de discuter, mais de régler et de développer l'emploi du cheval de nos possessions africaines. [Il y a une vérité qui malheureusement n’est pas connue encore, et dont la démonstration est bien évidente cependant : c’est qu'aucun établissement situé en France ne peut réunir les conditions de croisement, de production et d'élevage que présenteraient des établissements algériens. L'administration des haras va chercher à grands frais jusqu'au fond de la Syrie des étalons dont un acquéreur intelligent trouverait souvent le modèle parmi les types si variés de l'Algérie ‘. Puis ce n’est pas le plus grand inconvénient

? Cette assertion soulèvera bien des contradictions, elle choque les idées reçues, mais c’est par des faits seulement que je répondrai. Ainsi au haras-dépôt d’étalons de Mostaganem, M. de Nabat, ancien

qu'elle ait à subir. Le ciel de Pompadour et du Limousin n'est pas certainemeni celui que réclament, aux années délicates de leur croissance, les produits d’une brülante con-

directeur des haras, a trouvé un cheval qu'il qualifie ainsi : « d’une trèsgrande beauté, irréprochable, » et qu'il estime valoir 40,000 fr. Get étalon nommé El Azedji, vient des Azedj, fraction de la grande tribu des Beni-Amer, province d'Oran.

Dans ce même dépôt est le Pacha; ses notes sont celles-ci : cheva. d'une force et d’une taille énormes, vraie monture des anciens chevaliers, bon producteur, race à trouver dans le pays.

Ilest né dans la riche plaine de la Mina.

DÉPOT DE COLÉAH.

Le Pacha, né dans les environs de Teniet-el-Had. Il a été donné au dépôt par le maréchal Bugeaud. Voici comment 1l est signalé : très-beau, très-bon, a le plus de race et de cachet, étalon très-rare, d’une valeur incomparable.

Le Saharien, né chez les Oulad-Naïl, a beaucoup de sang et de race, d'une grande valeur.

Boghar, né dans les environs de Boghar : très-beau, étalon remarquable. beaucoup de distinction, d’une valeur inappréciable, donne de très-beaux produits.

DÉPOT DE L'ALELIK.

Dans ce dépôt, on cite, entre autres, l’Émir, né dans la plaine de Bone, vigoureux élalon, ses produits sont magnifiques.

Quant aux juments, je déclare, et je pourrais citer de nombreux témoionages à l’appui, que, dans nos razzias sur les tribus du Sud, nous avons pris souveñt des juments, maigres, décharnées, blessées, ruinées en apparence par la guerre, lesquelles, après quelques mois de som dans des mains françaises, excitaient l'admiration des plus habiles connaisseurs. On lrouvait chez elles distinction, taille, garrot, épaules horizontales, lignes admirables du dos et du rein, largeur des hanches, sécheresse des membres.

Quelques-unes de ces juments ont été placées dans le 5° régiment de chasseurs, alors caserné à Hussein-Dey, près d'Alger, et de savants amateurs, venus de France, m'ont affirmé que, parmi ces juments, il en “lait qui, en Angleterre, seraient estimées quinze et vingt nulle franes.

Ces nobles animaux ne viendront pas nous trouver sur le littoral ; il faut aller les chercher dans l'intérieur des terres, souvent au loin.

trée. Enfin le croisement rencontre en France d’innombrables difficultés, parce que l'élevage chez nous est rare, hésitant, considéré par les uns comme une spéculation hasardeuse et par les autres comme un jeu rumeux. En Afrique, au contraire, l’industrie chevaline est facile, car tout Arabe est éleveur; le penchant naturel, la foi religieuse, la tradition nationale, l'intérêt privé poussent les maitres de grandes et petites tentes à ia production comme à l'élevage.

C'est done en Afrique qu'il faudrait créer les établissements destinés à améliorer notre race chevaline. Pour cela la direction des haras et dépôts d’étalons, comme celle des remontes, doit rester placée sous une même administration, celle du ministère de la guerre. Quand, par la nécessité de notre conquête, l’armée possède déjà dans notre colonie tant et de si vastes attributions, tout ce qui regarde le cheval doit être, sans conteste, de son ressort. Il ne faut pas oublier cet ‘axiome, que celui qui récolte est intéressé à bien semer. Cherchons à réunir dans les mêmés mains la consommation et la production, et puisqu’en Algérie c'est l’armée qui consomme, confions-lui le soin de produire.

Au reste, les germes existent déjà. Trois dépôts d’étalons, dont l'organisation est toute militaire, ont été créés dès 1844. Is sont placés : à Coléah, dans la province d'Alger, à Mostaganem, dans la province d'Oran, et à l'Alélik près Bone, province de Constantine.

Le dépôt de Coléah *, était précédemment placé à Bouffa: rick ; 1] possède vingt-cinq étalons, dont deux surtout sout remarquables.

Le Kabyle, Le Pacha.

J'ai déjà parlé de ce dernier.

1 Le dépôt de Coléah est une des nombreuses améhoratioiis que l'AIcérie doit à l’illustre maréchal Bugeaud.

Une dizaine d’autres réunissent toutes les qualités nécessaires pour donner des produits énergiques et de valeur. Le dépôt de Coléah

en 1846 a donné 645 saillies.

Pendant la monte, ce dépôt fournit des stations à Blidah, Médéah, Aumale et Milianah.

Le plus important des trois dépôts est celui de Mostaganem !; c'est même un haras dans de petites proportions : il renferme vingt-six étalons, seize juments poulinières, trente-quatre poulains ou pouliches et six baudets étalons.

Ces étalons sont en général de bons reproducteurs. Il en est d'excellents :

Biscuit,

Le Barde,

Jupiter,

L'Haamenu,

Auguste,

Bordyi,

Djin,

Massoul,

Salem.

Dix des élèves du dépôt donnent de grandes espérances. Parmi les juments poulinières, on cite particulière-

ment :

Diane, L’Arba,

1 C’est M. le général de Lamoricière qui, pendant son commandement de la province d'Oran, a fondé le dépôt de Mostaganem.

< tel LTÉE Sd. SR

PARTI A TIRER DU CHEVAL INDIGÈNE. 217 La Oulassa, Daia, Volonté.

Elles sont originaires de la province d'Oran ou du Maroc.

L'utilité de cet établissement est chaque jour mieux appréciée par les Arabes; aussi le nombre des saillies n'a-t-il cessé de s'accroitre d’année en année.

En 1844 le nombre a été de 12 — 1845 Le? es 360 — 1816 = sAs 450 — 1847 He — 602 — 1848 ne — 960 — 1849 — — 1,800 = 4850 — — 2.501

À l’époque de la monte, les stations se répartissent entre Oran, le Sig, Mascara, Tiaret et Orléansville.

Le dépôt de l’Alélick! possède vingt-trois étalons.

Les plus beaux sont :

Saptaaba, Kamissa, Et Lutin.

Là aussi les indigènes apprécient l'importance de cet établissement pour l'amélioration et la conservation de la race ; ils amènent chaque année, en plus grand nombre, leurs juments au dépôt.

Le chiffre des saillies opérées depuis la création du dépôt est de 5,125. Il fournit trois stations, à Constantine, à Sétif et à Batna.

Ces établissements, comme on le voit, ont déjà produit d'excellents résultats, mais ces résultats seraient plus appré-

1 L'initiative de la création de ce dépôt appartient à M. le général Ran don, alors commandant la subdivision de Bone.

ciables encore, si les dépôts d’étalons avaient été plus nombreux, les stations multipliées, plus rapprochées des tribus qui élèvent, et si le chiffre des étalons avait été plus considérable.

Je crois qu’au lieu de soixante-quatorze étalons que nous possédons aujourd'hui, il en faudrait, pour satisfaire à toutes les exigences, au moins de cent quarante à cent cinquante. Qu'on ne s’effraye pas de ce chiffre : si l’on veut, on amenera facilement les Arabes à contribuer pour une part à l’acquisition de ces reproducteurs. Ils comprendront bien vite que cette dépense ne serait pas infructueuse pour eux, puisque, en définitive, elle tendrait à augmenter leurs richesses comme les nôtres. Des tribus n'ont-elles point déjà, sous notre impulsion, coopéré, par des impositions volonjaires, à des constructions de mosquées, de ponts, de caravansérails et de moulins?

Ce serait là de l'argent placé à gros intérêts : armée, colons et indigènes, tous puiseraient à cette source élargie‘.

Loin de moi la pensée de blämer ; je sais, au contraire,

1 Depuis la publication des Chevaux du Sahara, grâce à l'habileté et à la persévérance de M. le général Randon, gouverneur général de l’Algérie, les Arabes sont entrés dans cette voie. Ils ont parfaitement compris qu'il était de leur intérêt de seconder nos idées pour la régénération de leurs races chevalines, et, faisant aussitôt la part des sacrifices qui leur incombe dans cette utile et noble entreprise, ils nous ont, de leur plem gré, offert dans les trois provinces plus de deux cents étalons, sur lesquels quatre-vingt-seize améliorateurs ou producteurs distingués on été reçus et approuvés.

Ces quatre-vingt-seize étalons , joints à ceux qui appartiennent à l'État, signalent, dès aujourd’hui, un progrès incontestable; mais que ce progrès ne nous endorme pas, car dans certains provinces, celle d'Oran par exemple, le nombre des juménts est tel, que cent étalons suffiraient à peine à tous les besoins.

Il faut donc s’ingénier pour augmenter encore considérablement le nombre des géniteurs.

On apprendra aussi avec plaisir que, par un bon mode d'inscripuion, ainsi que par l'établissement judicieux de primes accordées aux poulains suités, nous pourrons, dans l'avenir, constater sûrement et régulièrement les progrès qui ne manqueront pas de se mañifester,

qu'eu égard aux temps, à la pénurie des moyens, aux difticultés de tous genres, difficultés qu’il serait trop long d'énumérer, le gouvernement à fait beaucoup déjà, a fait, jusqu'ici, tout ce qu'il a pu faire. Je ne critique donc pas, je dis seulement que le moment est venu de développer la constitution de nos dépôts d’étalons, d'étendre au loin leur action, tant pour améliorer encore la race chevaline de nos possessions algériennes qu'en vue de la consolidation de notre puissance.

La direction des remontes, des haras et des dépôts d'étalons une fois réunie, voici quels seratent les établissements qu'on pourrait utilement fonder * :

Page 1