‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désert (volume 2)Chapitre 20 sur 60 · PROVINCE D'ALGER · texte numérisé non relu

PROVINCE D'ALGER

On établirait dans les environs d’Alger, soit à Pest, soit à l’ouest de la Mitidja, un baras central qui réunirait les plus beaux produits de toutes nos possessions. C’est là qu'une administration intelligente chercherait à former quelques sujets capables de rivaliser avec ses rares et dispendieux étalons qui, jusqu'à présent, ont seuls représenté la race arabe dans nos haras. C’est là encore que l’on placerait les plus beaux types de reproduction qu'il serait possible de se procurer dans les tribus du Teull et du Sahara, où la race s’est conservée avec plus de pureté. De cet établissement seraient tirés plus tard, non-seulement les reproducteurs les plus propres à améliorer la race indigène, mais encore des étalons aptes à régénérer nos espèces méridionales et qui, à cet effet, seraient placés dans les dépôts d'étalons de Pau, Tarbes, Arles, etc., etc. Les étrangers pourraient y constater l'amélioration apportée à la race chevaline par les efforts de notre gouvernement.

! Cette importante et capitale amélioration a été réalisée, le 7 jantier 1855, par une décision de M. le maréchal de Saint-Arnaud, ministre de la guerre;

Un dépôt de remonte et un dépôt d’étalons seraient placés en même temps à Médéah ou à Milianah .

Dans la première de ces localités, on pourrait tirer avantage des traditions et des habitudes qui rattachaient à cette capitale du bevylik de Tittery des populations arabes nombreuses et riches. Les tribus groupées dans un rayon de vingt kilomètres autour de Médéah sont signalées comme possédant environ mille chevaux?, parmi lesquels il faut citer l'excellente race des chevaux de montagnes, élevés chez les Righa. Au delà de cette première sphère, on rencontre dans la direction du sud et de l'est des tribus qui, bien que se livrant à la culture, font chaque année un mouvement de migration vers le petit désert, et qui ont beaucoup de chevaux. Tels sont les Ouled-Alan, les Adaoura, les Sahari, les Zenakhera, les Mouïadat, qui réunissent plus de mille chevaux. Enfin, les Douaïrs et les Abid, composant sous les Turcs le makhzen (cavalerie irrégulière qui était chargée spécialement d'appuyer la perception de l’impôtet les expéditions du bey), ont encore plus de cinq cents chevaux, parmi lesquels de très-bons choix peuvent être faits. Les prairies situées sur le plateau de Berouaguia ou dans la vallée de lOued-el-Hakoum offrent d'excellents paturages pour l'entretien des juments et l'élève des poulains.

A Milianah les ressources ne seraient pas moins précieuses. De tous temps les chevaux élevés dans la vallée du Chélif ont été renommés, et particulièrement ceux de Djendel; la chaîne de l’Guarsenis fournit des chevaux de montagnes. Les tribus

‘ Celle de ces deux localités qui ne serait pas désignée recevrait une succursale de remonte et une station d'élalons.

2 Nous employons ici le mot cheval dans le sens absolu pour indiquer l'espèce tout entière. Lorsque nous disons d’une tribu qu’elle possède inille chevaux, nous formons un seul chifire des chevaux, poulans, juments el chevaux inférieurs: mais nous n’entendens nullement dire qu’elle peut mettre un millier de cavaliers sur pied.— Celte observation s'applique à tout le reste du chapitre.

composant l’aghalik des Djendel possèdent plus de 1,500 chevaux : celles de l’aghalik des Beni-Zougzoug, qui comprend une grande partie de l'Ouarsenis, en ont un millier environ. De ce côté, la vallée du Chélif, sous Milianah, dont les fourrages sont si fort appréciés, semble tout naturellement appeler les progrès.

Teniet el Had, Boghar, Aumale, c'est-à-dire les points les plus rapprochés du désert, partant les plus voisins des grands éleveurs, recevraient des succursales et des stations d’étalons. On sait que Teniet el Had, situé sur la limite du petit désert, est pour ainsi dire la porte par laquelle les tribus du sud de la subdivision de Milianah pénètrent dans le Teull. Les Ouled-Aïad, les Ouled-Bessam et les Beni-Maïdah. les plus à portée de cette suceursale, possèdent de 8 à 900 chevaux.

Boghar se trouve en relation avec des populations plus importantes : les Ouled-Chaïb, les Rahman, les Bou-Aïch, les Abadlia ont à eux seuls plus de 2,000 chevaux. En outre. chaque année, les tribus nomades (nedjooeu) viennent aux environs de Boghar pour faire leurs approvisionnements de grains. Ce sont les Arbäa, les Aghazelia, les Ouled-Saad-ben- Salem, les Mekhalif, qui comptent plus de 1,000 chevaux.

Aumale ne serait pas moins bien situé pour tirer parti des richesses qu'offre l’est de la province d'Alger. Le plateau du Hamza et les hautes terres qui s'étendent autour d'Aumale sont on ne peut plus favorabies à l'élève. Là on trouve les Aribs, qui possèdent 1,800 chevaux; les Beni- Seliman, plus de 2,000 ; les Beni-Djaad, 500. Ces derniers appartiennent à la race des montasnes. Les tribus de la vallée de Sidi-Hadjères au sud d’Aumale, la grande confédération des Ouled-Naïl, qui ontplus de 2,000 chevaux, et les populations de l'Ouad-Sahel, seraient en relation avec cette succursale.

Il serait sans doute opportum d'établir dans la province

d'Alger un second dépôt de remonte, ou tout au moins une station d'étalons à Orléansville, pour ne pas perdre les avantages de la position de cette localité dans la vallée du Chélif et les ressources des tribus environnantes. Ainsi on cite les Ouled-Kosseir, comme possédant 800 chevaux; les Ouled-Farès, 400; les Heumis, 300; les Medjadja, 250 ; les Beni-Rached, 200 ; les Sbéah, plus de 1,000; les Sendjès, 800. Dans aucune contrée de la province d'Alger la proportion n'est aussi élevée entre le chiffre de la population et celui des chevaux. On évalue le nombre des chevaux à 5,000 pour une population qui atteint à peine 50,000 âmes. Cette particularité ne saurait être attribuée qu'aux faeilités qu'offre le pays, traversé par le Chélif, pour l'élève des chevaux.

On appliquerait aux deux autres provineées les mêmes règles qu’à la province d'Alger : sur la ligne médiane du Teull, les dépôts d'étalons et de remonte ; sur la limite du désert, les succursales de remonte et les stations d’étalons.

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