‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désert (volume 2)Chapitre 29 sur 60 · CHANT DES OULAD-YAKOUL · texte numérisé non relu

CHANT DES OULAD-YAKOUL

En décrivant avec une scrupuleuse exactitude les soins dont les Arabes entouratent leurs chevaux, les qualités qu'ils cherchaient à développer en eux, J'ai nettement indiqué Île but qu'ils se proposaient. Ce que veut l’homme du désert, ce qu'il obtient le plus souvent, grâce à sa vigilante sollicitude, c'est un cheval vite et fort, endurci, comme ils disent, le vrai chevalde guerre; ce n’est pour lui ni un Jouet, ni, malgré son amour du faste, un objet de luxe coûteux et fragile; c'est un utile instrument, un indispensable compagnon dans cette vie de mouvement, de lutte et d'aventure qu'il aime, parce qu'elle est indépendante, «bénie de Dieu et loin des sultans. »

On conçoit que cette seconde partie de mon étude, tout en ayant le cheval pour but, doit cependant différer essentiellement de la première. Maintenant le cheval a atteint tout son développement, tous ses moyens sont en œuvre, il a reçu son complément obligé, le cavalier; à partur de ce moment, 1ls vivent d'une vie si étroitement unie, que je ne puis négliger l’un en m'occupant de l’autre.

Je suis donc forcément introduit en pleines mœurs arabes.

Dans ces attaques, ces incursions, ces pillages, ces vengeances, ces amours, ces fêtes et ces chasses, le cheval joue son rôle, rôle le plus brillant quelquefois, le plus utile toujours. « Les chameaux appartiennent à ceux qui savent les dé- Jendre, dit le chant populaire, « et aussi le cœur des jeunes filles à ceux qui savent manier un cheval. »

Je n'ai pas hésité à décrire les péripéties de la vie du Sahara, à propos des chevaux. Quand je n'y aurais pas été naturellement amené par cette intimité de l’homme et de l’animal, j'aurais trouvé, je l’avoue, une excuse suffisante dans l'attrait de curiosité qu’inspirent ces mœurs singulières à quiconque en est le témoin, et aussi dans l'intérêt qu'offrira, je le pense, cette observation à ceux qui regardent l’étude d’un peuple comme une condition indispensable de sa conquète.

Les nomades du Sahara ne sont pas sans doute les Arabes mêmes sur lesquels nous prétendons établir une stricte domination. Notre autorité ne s'exerce sur eux qu'à distance, et les gens du Teull nous donnent assez d’affaires pour que nous nous contentions de ce pouvoir un peu relàché que le ventre nous attribue sur leurs compatriotes du sud. Déjà pouriant notre influence se fait sentir d'une manière plus efficace que celle des Turcs ; non-seulement les tribus du désert nous payent l'impôt, mais encore nous parvenons à empêcher les guerres entre elles, à régler leurs différends.

Et puis, à vrai dire, le Saharien est le prototype de l’Arabe en Afrique, il diffère de lui, seulement en ce qu'il est plus Arabe. L’éloignement de la domination, l'absence d'un véritable gouvernement, lui ont permis de garder avec trèspeu d’altération les mœurs et les coutumes de ses pères, vuerrières, aventureuses, chevaleresques. L'habitant du Teull est le frère du Saharien, frère dégénéré, abâtardi, si l'on en croit le dédain de ce dernier, mais conservant un air de famille.

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