‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désert (volume 2)Chapitre 30 sur 60 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Adoucissez les traits trop accusés, effacez un peu les couleurs trop vives, et un tableau du Sahara représentera le Teull assez fidèlement. Je ne parle pas des villes, bien entendu.

Ces couleurs éelatantes me dispensaient de m'évertuer à étaler de pittoresques splendeurs; je me suis étudié à être net et précis; J'ai rassemblé dans un cadre rétréei quelques groupes fidèlement esquissés.

De cette absence de gouvernement dont souffrent ou jouissent les tribus du Sahara, il ne faut pas induire chez elles l'absence de toute société ; elles n’ont pas seulement l'unité de eroyance consacrée par le livre, le Koran, elles ont aussi les traditions, les usages, les règles qui constituent une société plus intime, Cette société y existe comme y existe la science équestre, sans lois ni principes écrits, ee qui ne veut pas dire sans lois ni principes respectés. Au contraire, chez un peuple où les fractions et les individualités, pour assurer leurs droits et pour redresser leurs griefs, tirent des moyens violents une sanction qu'elles ne peuvent attendre d'une charte régulière, il s’est formé un code, un ensemble d’usages traditionnels, auxquels il est ordinaire et prudent de se soumettre, sous peine d'être hors la loi parmi les hors la loi.

Ge code, il faut bien le dire, est à peu près la régularisation et la réglementation du brigandage; mais 1isuffit à prévenir, le coup fait, les querelles entre frères, amis ou assoclés. Il est, de plus, sanctionné par la religion, qui, chez les Arabes, intervient là comme partout ailleurs, et est ouvertement invoquée comme nous invoquons le dieu des batailles.

Bref, ces mœurs sont plutôt étranges qu'atroces; il serait facile de les expliquer et de les excuser par leur analogie avee une époque de notre histoire où les excès de la force n'empêchaient pas plus d’une noble et touchante pratique de dévotion, de bravoure et de courtoisie.

La chevalerie, dans la complète acception du mot, avec toutes ses aventures, telle est la vie normale de l’Arabe du désert, j'entends du noble, du maître de la tente. Tout le reste est accident où n'est que le lot de celui qui loge dans les Æsours, du citadin de basse classe, du mercenaire, eultivateur de palmiers, marchand, domestique ou berger.

Cest de cette vie d'aventures que je vais donner une esquisse.

OBSERVAT:ONS DE L'ÉMR ABD-EL-KADER

Il est certain que les Arabes ont été les cavaliers les plus expérimentés du monde, connaissant le cheval dans ses moindres détails, et sachant l’élever et le dresser mieux qu’aueun autre peuple, Il est certain aussi que les chevaux arabes sont meilleurs coureurs que tous les chevaux des autres nations. Une preuve suffisante à cet égard, c’est qu'ils finissent par atteindre la gazelle, l’autruche, l'âne sauvage, qu’ils chassent quelquefois de très-loin.

Il a chassé l'onagre, le buffle et l'autruche, dans une seule course, sans qu'une goutte de sueur eût mouillé son poil.

La nature des chevaux du Sahara est une conséquence de la vie de leurs maitres ; 1l faut bien que les Sahariens habituent leurs chevaux à supporter la faim par la rareté de nourriture, la soif par la rareté de l’eau, qui ne se trouve souvent qu à un jour ou deux de marche de leur campement. La résistance à la fatigue et la vitesse proviennent des querelles sans nombre de ces Arabes, de leurs excursions de guerre incessante, de leur goût pour la chasse des animaux les plus rapides, l’autruche, la gazelle, l’onagre, chasse que certains d'entre eux font pendant toute l’année sans Interruption. |

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