DEUXIÈME PARTIE
Le TRÈS-HAUT a dit :
« Mettez donc sur pied toutes les forces dont vous disposez et tenez préts des chevaux en grand nombre pour en intimider les ennemis de Dieu et les vôtres, et d'autres encore que vous ne connaissez pas et que Dieu connaît. Tout ce que vous aurez dépensé dans la voie de Dieu vous sera payé, et vous ne serez point « laissés. »
Et le prophète n'a cessé de répéter:
« Celui qui possède un cheval arabe et l'honore, Dieu l'honorer«. | |
« Celui qui possède un cheval arabe et le méprise, Dieu le méprisera. »
LES RAZZTAS
Le fait le plus fréquent et presque quotidien de la vie arabe, c’est la razxia. La gloire est une belle chose sans doute, et à laquelle dans le Sahara on a le cœur sensible, comme partout ailleurs. Mais là, on met la gloire à faire du mal à l'ennemi, à détruire ses ressources, en augmentant les siennes propres. La gloire n’est pas de la fumée, c’est du butin. Le désir de la vengence est aussi un mobile; mais estil une plus belle vengeance que celle de s'enrichir des dépouilles de l'ennemi ?
Ce triple besoin de gloire, de vengeance et de butin ne pouvait trouver pour se satisfaire un plus expéditif ni plus efficace procédé que la raxxia (incursion), envahissement par la force, ou la ruse, du lieu occupé par l'ennemi, du dépôt de tout ce qui lui est cher, famille et fortune.
Les razzias dans le désert sont de trois sortes :
Il y a d'abord la féhha (proprement le tombement, du verbe tuhh, il est tombé), elle se fait au point du jour (fedjeur). Dans une téhha, on n’est pas venu pour piller, on s’est rué pour massacrer; on ne s'enrichit pas, on se venge.
Puis la (khrotefa), qui a lieu à el àasseur, deux ou trois heures de l’après-midi. C'est la rapine.
Et enfin la (ferbigue), ce n’est pas la guerre, ce n’est pas un coup de bandit ni de brigand, ce n’est guère qu’un tour de voleur tout au plus. La ferbique se fait à nous el leil, à minuit.
Quand une razzia est décidée, ceux qui doivent en faire partie se disent entre eux : Rana akeud, nous sommes #œud; une entreprise est arrangée, l'association est formée, le pacte est conclu, pacte de vie et de mort.
LA TÉHHA.
La téhha est projetée, le chikh donne l’ordre de ferrer les chevaux, de préparer les vivres,, de faire la provision d'orge pour cinq ou six jours, plus ou moins. Ces provisions sont mises dans des besaces (semate), chacun la sienne.
Avant de se mettre en marche on envoie deux ou quatre cavaliers chouafin (voyeurs) pour reconnaitre l’emplacement de la tribu qu'on doit attaquer. Ces éclaireurs sont des hommes bien montés, intelligents, connaissant le pays, circonspects. Îls marchent avec précaution et font un grand détour, en cas de surprise 1ls se présenteront du côté par où les gens à combattre ne voient d'ordinaire paraître que des amis. Arrivés près du but, ils s'embusquent : l’un d’eux se détache à pied et pénètre jusqu’au milieu des douars sans exciter le moindre soupeon. Une fois renseignés sur les forces et les dispositions de l’ennemi, ils retournent sur leurs pas, et vont rejoindre le goum, qui les attend dans un lieu déterminé à l'avance, et qui, ainsi que les chouafin, a suivi une direction de nature à n’inspirer aucune crainte à ceux que l'on veut surprendre.
Tous les renseignements sont recueillis. la tribu à en-
vabir est tout près, 1l faut tomber sur elle à la pointe du jour, ear à cette heure on trouve :
EL mera bela hazame, Ou el aouda belu ledjame.
« La femme sans ceinture Et la jument sans bride. »
Avant de se lancer dans cette mêlée, les chefs adressent à leurs cavaliers une chaleureuse allocution : « Faites attention: qu'aucun de vous ne s'avise de dépouiller des femmes, d'enlever des chevaux, d'entrer dans les tentes. de mettre pied à terre pour faire du butin, avant d’avoir beaucoup tué; rappelez-vous que nous avons à faire à des enfants du péché, qui se défendront vigoureusement. Ces gens ont massacré nos frères, pas de grâce... tuez!... tuez'.. si vous voulez à la fois et la vengeance et les biens de l'ennemi ; car, je vous le répète, 1ls ne vous céderons pas ceux-ci à bon marché. »
Puis le goum se divise en trois ou quatre corps, pour jeter l’épouvante dans la tribu par plusieurs côtés à la fois. Dés qu’on est à portée, on commence le feu; aucun eri, tant que la poudre ne s’est pas fait entendre.
Ces razzias deviennent, pour la plupart du temps, d’épouvantables carnages. Les hommes surpris à l'improviste sont presque tous mis à mort, on se contente de dépouiller les femmes de leurs vêtements.
Si le temps le permet, les vainqueurs emportent les tentes, emmènent les nègres, les chevaux, les troupeaux, etc.: les femmes et les enfants sont abandonnés. Dans le désert on ne se charge jamais de prisonniers.
Au retour, on met les troupeaux sous la garde de quelques cavaliers, et l'on forme une forte réserve, chargée de parer à toutes les éventualités de la retraite.
Pentrés dans le douar, les combattants partagent entre
eux les troupeaux et tout le butin fait sans risque de la vie; ils donnent en sus au chikh trente ou quarante brebis ou trois ou quatre chamelles, suivant le cas, et ils gratifient d'une manière spéciale les cavaliers qui ont été lancés en éclaireurs.
Avant de tenter une entreprise de ce genre, chaque tribu se place sous la protection d’un marabout particulier, à qui elle s'adresse dans les circonstances difficiles. Ce que j'ai dit en tête de ee chapitre faitcomprendre que, pour le Saharien, le pillage d’un ennemi est une circonstance qui, malgré ce qu’elle a d’habituel, ne manque pas de solennité. — C'est ainsi que la tribu des Arbäa a pour marabout attitré Sidi-Hamed-ben-Salem-Ould-Tedjiny.
Le succés d'une razzia est l’occasion de grandes réjouissances; dans chaque tente, on prépare une ouadüäa (fête) en l'honneur des marabouts, et on -y invite les pauvres, les tolbas (lettrés), les veuves, les maréchaux ferrants et les nèores libres.
La téhha se fait habituellement avec cinq ou six cents chevaux ; souvent s’y joignent des fantassins transportés à dos de chameau.
Parfois la tribu que l’on veut attaquer a été prévenue à temps, alors elle prend ses mesures; les chevaux sont sellés, les armes prêtes, 11 y a combat, et non boucherie ; — Leaucoup de cavalters sont tués de part et d'autre, mais presque toujours les assaillants ont l'avantage, ils ne sont pas embarrassés de femmes et d’enfants comme leurs ennemis: il est rare qu'ils reviennent sans butin.
Je crois devoir reproduire ici l’un de ces chants populaires qui peignent si bien l’ardeur et les péripéties de ces luttes sanglantes, dont l’amour et la jalousie dans le Sahara ne sont que trop souvent les mobiles:
Mon cheval est plus blanc que la neige,
Plus blanc que le linceul des homines:
Il bondira comme la gazelle, Et me portera vers la tente de ton père,
O Yamina 1, fous sont ceux qui nourrissent ton orgueil, Plus fous encore ceux qui me disent de t'oublier! Je voudrais être l’épingle de ton haïk ? ; Une boucle de tes noirs cheveux, Le meroueud qui te noircit les yeux, Ou mieux encore le tapis que tu foules à tes pieds.
J'ai fait boire mon cheval à la tête de la source 4, Puis j'ai sauté légèrement sur son dos ; Mes chabir sont collés à ses flancs 5,
Et j'ai foi dans mes armes comme j'ai foi dans mon cœur: Ils m'ont trahi pour la lune de mon âme 5 Les jours les trahiront aussi.
Par Dieu, à les vautours!
Pourquoi nagez-vous * dans les airs?
Je demande à Dieu qu'il nous donne l’un de ces combats sanglants Où chacun puisse mourir avec sa chair $ et non de maladie,
1 Yamina, nom de femme très-commun chez les Arabes. ? Épingle de ton haïk. — Grosse épingle en argent dont se servent les ° femmes pour attacher leur haïk, longue pièce d’étoffe en laine avec laquelle elles se drapent. Cette épingle, dans le désert, portent le nom de khelala.
3 Meroueud. — Petit morceau de bois poli, avec lequel les femmes se mettent sur les paupières cet antimoine (koheul) qu’elles estiment tant.
* A la tête de la source. — Cette expression peint le soin avec lequel les Arabes choisissent les eaux dont ils abreuvent leurs chevaux. On concoit que l’eau est toujours plus pure à la tête d’une source que dans le bas, où elle à déjà pu être troublée.
# À ses flancs. — Les éperons arabes, à cause de leur longueur, ne peuvent être placés que le long du ventre ou des flancs du cheval.
$ La lune de mon äme. — Les poëtes arabes ont pour habitude de comparer les femmes dont ils parlent à la lune. La lune, disentils, éclaire d'une clarté plus douce que le soleil; elle annonce le calme, la fraicheur, et dispose aux rêveries amoureuses.
7 Nagez. — Expression qui veut, là, représenter celle de planer.
* Mourir avec sa chair. — Ve poëte a voulu dire : mourir dans un com-
Vous passerez les jours et les nuits à vous repaitre: Notre vie et celle de nos chevaux N'appartiennent-elles pas aux jeunes filles”?
Dehors les étrangers, dehors!
Laissez les fleurs de nos prairies Aux abeilles de notre pays.
Dehors les étrangers, dehors!
O le généreux ! la voici donc cette nuit Où nos goums pourront lancer la poudre Jusqu'auprès du douar de Yamina,
Pendant que les femmes y seront encore sans ceinture t, Et les chevaux entravés dans du fer ?,
Avant qu'on ait posé les añtatouche 5 sur le dos des chameaux, Et que les cavaliers aient chaussé leurs temagues *. Faites que je reçoive sept balles dans mon bornous,
Sept balles dans mon cheval.
Et que j'en aie placé sept dans le corps de mon rival5,
bat, plein de force et de santé, et non décharné par la misère ou la vicillesse.
1 Sans ceinture. — Les femmes arabes porteut loutes la ceinture. Elles l'ôtent pendant la nuit pour la remettre au pomt du jour.
* Dans du fer. — Dans le Sahara, les vols sont si fréquents, que, pendant la nuit, on met à tous les chevaux des entraves en fer.
5 Adtatouche. — Espèces de siéges plus où moins ornés suivant Ja fortune des individus, et que l’on place sur le dos des chameaux, et sur lesquels les femmes arabes s’assoient quand elles doivent voyager.
Temagues.— Bottes en maroquin rouge appelées filaly.
5 Sept balles dans le corps de mon rival. — 11 y a beaucoup d’Arabes qui pour le combat chargent leurs fusils avec sept balles ou chevrotines, d'hamous; mais, leurs armes étant en général mauvaises et mal tenues, cette habitude devient la source d’une fouie d'accidents. — La quantité de gens estropiés par des cahons de fusils éclatés dans leurs mains esl considérable. — J'ai connu dans la province d'Oran un chef des Bordjias, nommé Kaddour-Beh-Mokhfy, qui avait la réputation d’avoir tué dans sa vie un grand nombre d'individus. Admirable cavalier, et toujours supérieurement monté, il chargeait son fusil avec sept balles ou chevrotines, et quand, dans une ligne de tirailleurs, il avait, d’un œil d’aigle, aperçu
Le meilleur des amours est celui qui fait grincer les dents.
A la nage, les jeunes gens, à la nage! !
Les balles ne tuent pas;
Il n’y a que la destinée qui tue.
À la nage, les jeunes gens, à la nage!
Le cheval de Kaddour est mort, le cheval de Kaddour est mort ; Publiez-le dans vos tribus, elles s’en réjouiront ; Mais, si vous n'êtes pas des juifs ?, Ajoutez que, sanglant et blessé, IL a pu sauver son maitre et le tirer de la mêlée : C’est qu'il n’a pas voulu mentir à ses aïeux”, Celui qui n’avait pas été dressé pour la fuite, Celui qui ne savait courir que pour heurter.
Merouan est mort pour Yamina, ses jours étaient comptés!
O mon cœur ! pourquoi t’obstiner A faire remonter les eaux vers les montagnes? Tu es l’insensé qui poursuit le soleil!
Crois-moi, cesse d'aimer une femme Qui ne te dira Jamais oui.
Le grain semé dans un sebkha #
Ne produira jamais d’épis.
un ennemi téméraire qui, en s’avançant, avail commis la faute de se dégarnir de son feu, 1l se précipitait sur lui d'une vitesse telle, qu'il l'avait ordinairement atteint et jeté par terre, lui ou son cheval, avant que ses camarades eussent pu lui porter secours.
Ce Kaddour-beu-Mokhfy est encore. à l'heure où j'écris, notre agha des Bordjias.
1 A la nage. — Celle expression, dans celte circonstance, veut dire : lancez vos chevaux de toute leur vitesse.
? Des juifs. — Expression de dédain dont se servent journellement les Arabes pour piquer l’amour-propre de leurs interlocuteurs.
5 Mentir à ses aïeux. — À tort ou à raison, les Arabes sont convaincus que le cheval de race, füt-1l blessé à mort, trouvera encore des forces pour ne pas laisser son maitre au pouvoir de l’ennemi.
# Sebkha. — Terrain salé qui peut fournir du sel, mais qui résiste à toutc espèce de culture.
EL KROTEFA (LA RAPINE)
Le but de la razzia appelée el krotefa est l'enlèvement d'un troupeau de chameaux qui pait à sept ou huit lieues de la tribu. Cent cinquante à deux cents cavaliers se réunissent en akeud, et se mettent en route; la reconnaissance a lieu comme dans la téhha, mais les dispositions sont prises en vue d'arriver à l'endroit où doit se faire le coup vers el aasseur (trois ou quatre heures de l'après-midi) et non vers le fedjer (point du Jour). |
La razzia faite, trois, quatre ou six ybal (troupeau de cent chamelles) enlevés, on se divise en deux partis, l’un, composé des chevaux les plus faibles, prend les devants avec le butin, l’autre forme une sorte d'arrière-garde chargée au besoin de tenir tête à l'ennemi. On se sépare après s être donné rendez-vous le lendemain sur un point déterminé. Mais pour mieux dépister les poursuites, le parti qui doit arrêter l'ennemi suit un chemin différent de celui des conducteurs des troupeaux enlevés.
Dans ces coups de main, on épargne généralement les
bergers. Il est rare, du reste, qu’ils défendent un bien qui + ne leur appartient pas.
Mais bientôt le bruit, les cris de toute sorte ont donné l’alarme, chacun selle son cheval et s’élance ; puis on s’arrête, il faut se rallier, et enfin on se présente en nombre sur le terrain. — Cette fois encore les assaillants ont pour eux toutes les chances favorables ; ils sont aux aguets, prêts à recevoir l'ennemi, leurs chevaux ont eu le temps de se reposer; ceux de la tribu dépouillée sont harassés, hors d'haleine ; la fusillade s'engage toutefois, mais la nuit vient : aussitôt qu'elle s’épaissit, «que l'œil commence à se noircir, » les ravisseurs détalent, et vont rejoindre au galop l’autre parti qu'ils retrouvent au lever du soleil.
Ils ont été poursuivis, mais peu de temps. La conviction que ses chameaux sont hors d'atteinte, la crainte des embuscades, ont bientôt fait rentrer la tribu dans ses tentes.
Quoique le combat qui accompagne ces sortes d'expédilions soit en général peu animé et bien vite interrompu par la nuit, Ceux qui y prennent part courent cependant des dangers. Un cavalier peut recevoir une blessure grave qui le mette hors d'état de continuer la route. Il est perdu, si toutefois il n’est pas un personnage de distinction, car alors on ne l’abandonne jamais ; ur cavalier vigoureux se charge de lui, l'enlève, le prend en travers de sa selle et le ramène mort ou vif. Quant aux blessures légères, avec la selle arabe, elles n’ont pas de grands inconvénients, et n empêchent pas de rejoindre le goum.
Au retour dans la tribu, le butin se partage entre ceux qui ont pris part à la krotefa.
EL TERBIGUE.
Pour la terbigue, quinze ou vingt cavaliers seulement,
EL KROTEFA, — LA RAPINE. 295
- qui se font «keud, se proposent d'enlever les troupeaux au milieu même du douar.
Ils envoient reconnaitre la tribu, et arrivent près des tentes par une nuit des plus obscures.
On choisit un douar isolé, on s’en approche jusqu'à la distance de deux ou trois cents pas. — Trois hommes descendent de chevalets arrêtent; ils détachent l’un d'eux, qui se dirige du côté opposé et fait du bruit pour attirer les chiens. « C’est une hyène ou un chacal qui passe, » se figurent les gens du douar, 1ls n'y prennent pas garde. Les deux autres voleurs entrent pendant ce temps dans l'intérieur du douar, délient les entraves de dix, quinze ou vingt chameaux, selon le plus ou moins de sécurité, prennent leurs savates, les frappent l’une contre l'autre, épouvantent et font fuir les animaux mis en liberté.
Les partisans qui ont fait le coup s’éloignent au plus vite ; on leur amène leurs chevaux, et tous rassemblent les chameaux dispersés.
Puis on se sépare en deux bandes, l'une se charge de conduire la prise, tandis que l’autre, s'attardant un peu, se fait poursuivre dans une direction différente.
Si l’on est parvenu à détacher le faäle (létalon), le coup est des plus heureux, toutes les femelles cherchent à suivre leur mâle.
Le secret dans ces coups de main est d'habitude bien gardé, il est rare qu'ils échouent. Les accidents ne sont pas fréquents ; lorsque le douar ést sur ses gardes, on se retire.
Ceux qui se hasardent dans de telles entreprises ont généralement de bons chevaux, et se dérobent bien vite à une poursuite, d’ailleurs à peu près impossible la nuit, où les traces se perdent facilement, où les embuscades sont à craindre.
Pour une razzia de ce genre on ne craint pas de faire irente ou quarante lieues. K
Quelquefois el terbique se complique d'incidents grotesques. Un parti de cavaliers ne veut pas laisser de réserve pour combattre l'ennemi en cas de besoin ; 1l s'embusque à sept ou huit cents pas du douar; le plus déluré voleur se met à nu, garde son sabre seulement, lie ses souliers autour de sa tête, en guise d'énormes creilles. Ainsi accoutré, il se lance dans le douar, tenant à la main un mauvais arçon de selle qu'il agite en tous sens, et dont il frappe la terre de temps en temps. À ce bruit sourd, 1l joint des cris d’alarme et d'effroi : « Voilà le goum ! voilà le goum! debout! à nous ! nous sommes vendus. » Les clameurs, les gambades, l'étrange aspect du personnage, le mouvement et le bruit de cette selle qu'il agite, jettent l'épouvante dans le troupeau ; chevaux, moutons, chameaux se ruent au dehors et sont recueillis par les cavaliers embusqués.
On s’élance hors des tentes, on prend les fusils, on monte à cheval, mais le voleur est en selle, troupeaux et pillards sont loin, fuyant à toute vitesse et protégés par la nuit.
KRIANA (VOLS)
El terbique est un vol, mais encore est-ce à peu près la guerre, Cest la razzia. Le nombre des hommes qui exécutent l’entreprise, l’importance du vol exécuté sur une fraction de tribu tout entière, la qualité des partisans qui se sont mis en campagne, et qui, après tout, sont des cavaliers, c'est-à-dire des guerriers, toutes ces circonstances, si elles ne sont pas des excuses à nos yeux, à nous, scrupuleux Européens, sont des motifs extrêmement plausibles, dans Île désert. De braves enfants perdus se sont exposés pour nuire à une tribu ennemie. Il ne peut y avoir que Joie et triomphe dans celle dont ils font partie.
Nous descendons un degré plus bas, nous arrivons à la pure maraude exécutée par des voleurs de profession.
Ce n'est plus là la guerre, même amoindrie, c'est le vol tout simple. Ce n’est pas un sujet de réjouissances pour toute une tribu, mais c'est encore matière à éloges et à félicitations entre amis, à la condition toutefois que le vol n'aura pas été commis dans la tribu même ou dans une
tribu alliée, ce qui serait une honte, mais bien chez l'ennemi ; On dit :
Q Un tel est un brave : il vole l'ennemi. »
Comme on le pense bien, tous les vols ne s'exécutent pas de la même facon, et les expédients sont appropriés au genre de capture qu’on se propose.