‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désert (volume 2)Chapitre 8 sur 60 · PANSAGE, HYGIÈNE, MESURES, PROPORTIONS · texte numérisé non relu

PANSAGE, HYGIÈNE, MESURES, PROPORTIONS

On ne connaît pas le pansage dans le Sahara. On essuie seulement les chevaux avec des chiffons de laine et on les couvre de très-bons djellale (couvertures), qui enveloppent la eroupe et le poitrail. À vrai dire, on sent peu la nécessité de ce travail, les chevaux étant constamment placés dans des lieux sains, sur des terrains élevés et à l’abri des courants d'air. Les Arabes qui nous ont vus panser nos chevaux le matin et le soir avec un soin minutieux prétendent que ce frottement continuelde l’épiderme, avec l’étrille surtout, nuit à leur santé, les rend délicats, très-1mpressionnables, et, par suite, incapables de supporter les fatigues de la guerre, ou tout au moins plus sujets aux maladies.

Lorsqu'il fait chaud et qu’on en a la facilité, on les lave matin et soir. Souvent, en hiver, on les attache dans les tentes, qui sont très-vastes, pour les préserver du soleil et de la pluie.

Le principe est de les tenir propres. On conduisit un jour un cheval au prophète ; 1l l'examina, se leva, et, sans mot dire, il lui essuya la face, les yeux, et les naseaux avec les

PANSAGE, HYGIÈNE. 151 manches de sa chemise. — Quoi! avec vos vêtements ! lui dirent les assistants. — Certainement, répondit-il, et c’est l'ange Gabriel qui m'a plus d’une fois réprimandé et ordonné d'en agir ainsi.

En hiver, on met la couverture jour et nuit. En été, on la met à dix heures du matin pour l’ôter de trois à huit, instant où on la replace pour toute la nuit, afin de préserver le cheval du froid ou de la rosée, d'autant plus dangereux, disent les Arabes, que la peau a été échauffée toute la journée par un soleil ardent. Le proverbe suivant exprime combien ils redoutent le froid des nuits d’été.

Beurd es seif Ou la derba becif.

« Le froid de l'été, Ou bien un coup de sabre. »

Si les Arabes n’attachent pas, comme nous, de l'importance au pansage, ils sont en revanche très-attentifs et trèsscrupuleux dans le choix des aliments, et surtout de l’eau dont ils abreuvent leurs chevaux. Bien des fois, dans les premiers temps de la conquête, en expédition, j'ai vu, après de longues journées de marche par des chaleurs intolérables, par un vent du sud qui nous étouffait et nous soufflait le sable et la poussière au visage ; quand cavaliers et fantassins, tous haletants, inertes, épuisés, nous nous laissions aller, affaissés, à un repos fatigant encore et souvent troublé par les alertes que nous causait l'ennemi rôdant et taurnoyant aux environs, j ai vu, dis-je, des indigènes se rendre à une lieue du bivouac pour faire boire leurs chevaux à une source pure qui leur était connue. Ils aimaient mieux ainsi risquer leur vie que d’avoir la douleur d’abreuver leurs chevaux dans les ruisseaux souvent peu abondants du camp, ruisseaux dont le piétinement des hommes et des

bêtes de somme avait bientôt fait autant d’infects cloaques.

Je ne crois pas avoir besoin de m'étendre davantage sur l'hygiène du cheval chez les Arabes. Je ne pourrais, d’ailleurs, ajouter que des redites. Il me semble préférable de renvoyer le lecteur à tous les détails parsemés dans les pages précédentes, et surtout aux principes formulés dans le chapitre de l’ÉDUCATION Du PouLAIN.

Si je me suis bien fait comprendre, j'ai exposé comment tout propriétaire d’un cheval, chezles Arabes, est un maître attentif, vigilant, j'allais dire dévoué, qui suit et dirige les progrès, corrige les écarts, perfectionne les qualités de son élève depuis le premier jour. Cette éducation embrasse tout; aussi bien que ce que j'appellerais volontiers les facultés morales, elle augmente, modifie, améliore les facultés physiques. Tout est pesé, prévu, la boisson, les aliments, les exercices, la tenue au repos, tout est gradué et proportionné aux âges, aux lieux, aux saisons, tout est l'objet de soins incessants et soutenus.

Encore une fois, la question n’est pas de savoir si les soins sont bien entendus, s'ils ont tort ou si nous nous trompons ; mais, après avoir avancé que dans la vie de l’Arabe l'occupation dominante, à peu près unique, est l'éducation et l'entretien de son cheval, j'ai constaté que l’Arabe n’obéit pas au hasard, que sa passion n’est pas aveugle et 1rréfléchie, comme le croient ceux qui l’observent de loin et d'un rapide coup d'œil. Il est guidé, comme pourra s’en convaincre tout homme qui l’étudiera avec opiniàtreté, qui l’examinera au microscope, si je puis ainsi parler, qui analysera ses faits et gestes de chaque jour, il est guidé par un parti pris traditionnel et motivé. En un mot, cette éducation et cet entretien du cheval sont subordonnés à des règles constantes et certaines qui toutes ont pour hut de donner au cheval la vigueur, le fond, la santé.

Qu'est-ce autre chose que de l'hygiène?

Les Arabes, dit Ben-el-Ouardy, ont toujours préféré les beaux chevaux à leurs propres enfants, et ils aiment tant à en faire parade dans leurs jours de fête on de poudre, qu'ils se priveraient de toute nourriture plutôt que de les voir souffrir de la soif ou de la faim. Dans les circonstances pénibles et difficiles, dans les années de disette surtout, ils vont jusqu’à leur donner le pas sur leurs propres personnes et sur leurs familles. Les traits qu'on raconte à ce sujet le prouvent, ainsi que les chants composés par leurs poëtes.

Voici des vers adressés par le savant Ben-Sassa à la srande tribu des Beni-Aàmer. Nous les reproduisons dans toute leur originalité :

Beni-Aâûmer!, pourquoi vois-je vos chevaux Flétris, changés par la misère ?

Cet état ne peut leur convenir.

Quoique la mort ait une heure que nul ne peut retarder, Les chevaux sont votre sauvegarde, Donnez-leur les biens que vous préférez; D’orge pure remplissez leurs musettes Et de fer garnissez leurs sabots.

Aimez les chevaux, soignez-les :

En eux seuls git l'honneur et la beauté.

En les soignant, vous vous soignez vous-mêmes. L’Arabe qui n’a pas un bon cheval ne peut viser à la réputation. Pour moi, sur cette terre, je ne connais pas d'autre bonheur, Et, si j'avais force soulthanis d’or?, Je ne m'en réjouirais que pour les partager avec lui. J’en soutiendrais aussi ma famille, Et s'ils venaient à me manquer, Je saurais abaisser mon orgueil Jusqu'à demander fièrement l’aumône pour mon ami.

! Beni-Aümer. — Tribu très-importante située au nord-ouest d'Oran. ? Soulthanis d'or. — Pièces d'or frappées en pays musulman et qui valent de dix à douze francs,

Tous les trésors de Karoune!, sans cheval, Ne sauraient me rendre heureux.

Le vent du nord vient-il à souffler,

Et le ciel s’ouvre-t-il sur la terre,

Garantissez vos chevaux de la pluie froide, Réchauffez-les, ils méritent ces égards.

Pour Les jeux, pour la guerre,

Parez-les de vos selles les plus riches,

De brides brodées d’or, de vêtements superbes Et le prophète vous aimera.

Chagrinez-vous aussi pour les juments de vos serviteurs pauvres. Quand, malgré tous leurs labeurs, Is n’ont pu suffire à leurs besoins, Donnez-leur une hospitalité généreuse, Partagez avec elles la nourriture de tous les jours. Associez-les à vos familles ; Bien des péchés vous seront remis.

Les sabres sont tirés, Les guerriers se sont rangés, Le cheval va devenir plus précieux que l'épouse. Le feu des combats s’est allumé, Je le dirige au milieu des hasards, Il me protége de sa tête, de sa croupe, Et fait fuir mes ennemis.

Que Dieu préserve ce cheval à crinière Dont les yeux sont flamboyants !

Aimez les chevaux, soignez-les, En eux seuls sit l'honneur et la beauté.

On le voit, dans le Sahara, le cheval est la plus belle créature après l’homme; la plus noble occupation est de l'élever, le plus délicieux amusement de le monter, et la meilleure action domestique de le soigner.

1 Karoune. — Prince indien qui vivait avant da naissance du prophète, ét dont les richesses étaient proverbiales.

Les Arabes croient pouvoir déterminer à l'avance, par certains procédés, quelles seront la taille et les qualités du poulain quand il sera devenu cheval. Ces procédés varient avec les localités. Voiei les plus généralement reçus :

Pour la taille, on prend une corde, on la passe derrière les oreilles, sur la nuque, et on réunit les deux bouts sur la lèvre supérieure au-dessous des naseaux. Cette mesure ainsi établie, on l’applique à la distance qui sépare le pied du garrot; il est admis que le poulain grandira de toute la partie de la dernière mesure qui dépasse le garrot.

Quand on veut s'assurer par les proportions de la valeur d’un cheval, on mesure avec la main depuis l'extrémité du troncon de la queue jusqu'au milieu du garrot, et l’on compte le nombre de palmes, puis l’on recommence à compter depuis le milieu du garrot jusqu'à l'extrémité de la lèvre supérieure, en passant entre les oreilles.

Si dans les deux cas le nombre de palmes est égal, le cheval sera bon, mais d’une vitesse ordinaire.

Si l’on compte plus de palmes en arrière qu’en avant, l'animal est sans moyens.

Mais si le nombre des palmes qui se trouvent du garrot à l'extrémité de la lèvre supérieure est plus considérable que celui que l’on a compté en mesurant de la queue au garrot, oh! alors, l’animal, soyez-en sûr, aura de grandes qualités. Plus le nombre diffère à l'avantage de la partie antérieure, plus le cheval a de prix. On peut, disent les Arabes, avec un tel cheval « frapper au loin; » exprimant ainsi la vitesse et le fond qu’une telle conformation lui assure.

OBSERVATIONS DE L'ÉMIR ABD-EL-KADER

En passant devant un cheval, le prophète se mit à lui frotter la figure avec la manche de son vêtement en disant ;: « Dieu a été en colère contre moi à cause des chevaux. »

« Le bonheur est attaché au toupet des chevaux. » Et c’est à cause d'eux que leurs propriétaires peuvent compter sur le secours de Dieu; aussi 1 devez- -vous essuyer leurs toupets avec VOs Mains.

Un sage a dit :

« Le noble travaille de ses mains, sans rougir, en trois circonstances : pour son cheval, pour son père et pour son hôte. »

Une manière d'apprécier le cheval est de le mesurer en partant de la racine de la crinière près du garrot et de descendre jusqu’au bout de la lèvre supérieure entre les naseaux; on le mesure ensuite depuis la racine de la erinière jusqu'à l'extrémité de l'os de la queue; si la partie antérieure que l’on a mesurée est plus longue que la partie postérieure, on peut être sûr qu'il a d'excellentes qualités.

Pour savoir si un jeune cheval grandira encore ou non, les Arabes mesurent d’abord depuis le genou jusqu'au point le plus élevé, situé dans le prolongement du membre sur le garrot, puis du genou en descendant jusqu’à la naissance du poil de la couronne (jusqu’à la muraille du sabot), si ces deux mesures sont entre elles comme deux tiers sont à un tiers, le cheval ne grandira plus; si cette proportion n'existe pas, le cheval grandira encore, car 1l faut absolument que la hauteur, depuis le genou jusqu’au garrot, représente,

chez le cheval fait, le double de la partie de la jambe depuis le genou jusqu’au sabot.

Dans le désert, on ne connaît pas l’étrille, mais on nettoie les chevaux avec la musette qui est en erin, et on les lave souvent quand le temps le permet.

On les abreuve ordinairement avec du lait; s'il vient à manquer, on ne craint pas de franchir d'assez longues distances pour leur trouver de l’eau claire et pure.

On veut que l'orge soit pesante, très-propre, sans mauvaise odeur, et complétement dégagée de la terre qui s'y mêle forcément dans les silos, ainsi que de ces grains flétris et noirs qui ont été frappés par les vents du sud.

On couvre les chevaux avec de bons djelal, qui garantissent parfaitement les reins, le ventre et le poitrail. Ils sont confectionnés dans les tribus. Geux qui sont fabriqués avec soin sont imperméables.

Il est des robes que l’on doit préserver avec une égale persévérance du froid et de la chaleur. L'expérience a démontré que cela était nécessaire pour tous les chevaux de couteur claire, à commencer par le blanc, que la finesse de sa peau rend très-impressionnable.

Fe chemse: idoub ki dehane Ou fe cheta idoub ki el melhh.

« Au soleil il fond comme du beurre, À la pluie, il fond comme du sel. »

Les robes foncées ne demandent point autant de précautions.

Quand il fait très-froid ou très-chaud, on fait entrer les chevaux dans la tente.

Dans le Sahara les nuits sont toujours fraîches ; été comme hiver, il faut couvrir.

Rien n’est négligé pour éviter les arrêts de transpiration, Après une longue course, on ne desselle que quand le cheval est sec, on ne donne à manger que lorsqu'il a repris la régularité de sa respiration, et le plus souvent on fait boire avec la bride. |

Enfin, on s’étudie à ne choisir que de bons campements. On veut un terrain sec, débarrassé des pierres qui peuvent l’encombrer, sur lequel on puisse placer le cheval de manière que l’avant-main soit un peu plus élevé que l’arrièremain, et faisant face, autant que possible, au maïtre de la tente, qui le surveille nuit et jour comme un de ses enfants.

Placer un cheval le devant plus bas que Île derrière, c'est vouloir la ruine de ses épaules.

Le djelal doit toujours être bien entretenu. Un cavalier

est bien près d'être méprisé par les Arabes quand ils peuvent dire de lui : |

Aoudou iecherob ma ghebal Ou el kuetäa fel djelal.

«Son cheval boit de l’eau trouble, Et sa couverture est trouée. »

Coureurs. — Les robes les plus estimées sont :

Le blanc (el biod, el cheheub). — « Prenez le blanc comme un drapeau de soie, sans ladre, avec le tour des yeux noir.»

Le noir (el kahal, el deheam). — « H le faut noir comme une nuit sans lune et sans étoiles. »

Le bai (elameur.) — NH le faut presque noir (semm) ou doré (koummite).

ET hameur semm Igoul el bela ogood temm.

« Le rouge foncé Dit à la dispute : Reste là, »

L'alexan (el cheggeur).— « Désirez-le brûlé. Quand il fuit sous le soleil, c'est le vent. Le prophète affectionnait les alezans. »

Le gris foncé pommelé, qu'ils nomment gris de pigeon sauvage (xereug el goumery). — « S'il ressemble à la pierre de la rivière. »

Jemmela el merahh

Ida kan khraly

Ou iemenäa men eterad

Men in itkholiou el mekhal.

€ I remplira le douar

Quand il sera vide,

Et nous sauvera du combat ; Le jour où les fusils se touchent. »

Les gris sont, en général estimés quand la tête est moins foncée que la robe.

Le louvet (el khedeur), le vert. — On le veut foncé, la queue et les crins noirs.

Le blanc, c'est la couleur des princes, mais il ne supporte pas la chaleur.

Le noir porte bonheur, mais il craint les pays rocheux.

L'alezan est le plus léger. Si l’on vous assure avoir vu un cheval voler dans les airs, demandez de quelle couleur 1l était ; si l’on vous répond : alexan, croyez-le.

Le bai, c’est le plus dur et le plus sobre. Si l’on vous dit qu'un cheval a sauté dans le fond d'un précipice sans se faire de mal, demandez de quelle couleur ul était ; si l’on vous répond : bar, croyez-le.

Ben Dyab, chef renommé du désert, qui vivait en l’an 905 de l’hégire, se trouvant un jour poursuivi par Saad-el-Zanaty, cheikh des Oulad Yagoub, se retourna vers son fils et lui demanda : « Quels sont les chevaux en tête de l'ennemi? — Les chevaux blancs, répondit son fils. — C'est bien, dirigeons-nous du côté du soleil, ils y fondront comme du beurre. » Quelque temps après, Ben Dyab, se retournant encore vers son fils, lui demanda : « Quels sont les chevaux en tête de l’ennemi ? — Les chevaux noirs, lui cria son fils. — C'est bien, gagnons les pays pierreux et nous n'aurons

rien à en craindre ; ilsressemblent à la négresse du Soudan, qui ne peut marcher pieds nus sur les cailloux. » Il changea de route, et bientôt les chevaux noirs furent distancés.

Une troisième fois, Ben Dyab demanda : «Et maintenant, quels sont les chevaux en tête de l'ennemi? — Les alezans brûlés (meghlouqg, fermé), et les bai-bruns. — En ce cas, s'écria Ben Dyab, à la nage, mes enfants, à la nage, et du talon à nos chevaux, car ceux-e1 pourraient bien nous atteindre, si, pendant tout l'été, nous n’avions pas donné l'orge aux nôtres. »

Les robes méprisées sont :

Le Pie (el begäa) : — « Fuyez-le comme la peste, c'est le frère de la vache. » |

Jeib taam ky mecha Ou ycib el bela ghrèr ki necha.

«Le kouskoussou arrive quand il est parti, Et 1l trouve la dispute aussitôt qu’il arrive. »

L'isabelle à queue et crins blancs. — Un chef ne voudrait pas monter un pareil cheval, il y a même des tribus qui ne consentiraient pas à lui laisser passer la nuit chez elles. On l'appelle le jaune du juif (sefeur el ihoudy). Cette couleur porte malheur.

Zereug hadidi

Ou sefeur el ihoudy Ila moulah youlli Kueläa ly iddi.

« Le gris de fer

Et le jaune du juif

Si son maitre revient (du combat) Coupe-moi la main. »

Le Rouan (el hamary), on l'appelle megheredeur edeum,

une mare de sang, son maitre sera pris et ne prendra jamais. |

Estimez le cheval sans balzanes avec une pelote en tête. (ghora) ou une simple liste (syäla).

Il faut qu'elle descende jusqu'aux lèvres, son maître ne manquera jamais de lait. C’est un heureux indice. C'est l’1mage de l’aurore. — Si la pelote est tronquée et bordée 1rrégulièrement, elle déplait à tous, et si le cheval y ajoute une balzane antérieure hors montoir, aucun homme sensé ne doit monter ce cheval, aucun connaisseur ne veut même le tenir. Ce cheval tue comme un poison subtil.

Si le cheval a des balzanes, désirez trois balzanes, un pied droit exempt, celui de devant ou de derrière indifféremment.

Un bon signe est le pied droit de devant et le pied gauche de derrière blancs tous deux (bipède diagonal droit). On appelle cela :

Ide el kateb Ou ridjel erukeb.

«La main de l'écrivain Et le pied du cavalier. »

Le maître de ce cheval ne peut manquer d’être heureux, car il monte sur du blanc et descend sur du blanc. (On sait que les Arabes montent à droite et descendent pour la plupart à gauche.)

Deux balzanes postérieures sont un indice de bonheur :

Mhadjel etoualy Ma yebkache moulah khraly.

« Le balzané des derniers, Son maitre ne sera jamais ruiné. )

Il n’en est pas de même du balzané des premiers, son maitre aura toujours la figure jaune.

N'achetez jamais un cheval belle face avec quatre balzanes (el ghrechäa), car il porte son linceul avec lui.

Les idées des Arabes sur les balzanes sont résumées dans le petit conte suivant :

«Un Arabe avait une jument de race; d'avance on se disputait son poulain ; aussi, quand elle fut sur le point de mettre bas, convoqua-t-il tous ses amis. Le nouveau-né présenta d'abord la tête, elle portait une pelote, l’Arabe se réjouit, son cheval devancerait un jour l'aurore, il en avait la marque sur le front. Parut ensuite le pied gauche de devant, et le maître enthousiasmé demanda cent douros de son poulain. Le pied droit antérieur se montra ensuite, il avait une balzane, et le prix fut réduit à cinquante douros. Vint après le pied gauche de derrière ; il avait une balzane, et l’Arabe, au comble de la joie, jura qu'il ne donnerait pas son poulain pour tout au monde. Mais voici que le quatrième pied se présente aussi avec une balzane ; dans sa fureur l'habitant du Sahara fit jeter le poulain sur les ordures, il ne put se résoudre à garder un pareil animal. »

Épis. — Le cheval a quarante épis; de ces quarante, il y en a vingt-huit qui, en général, sont considérés comme n'étant ni de bon ni de mauvais augure, et douze auxquels on attribue une influence. On s'accorde à en regarder six comme augmentant les richesses, portant bonheur, et six autres comme causant la ruine, amenant l’adversité.

Épis qui sont d’un bon augure :

L’épi qui est entre les deux oreilles (nekhlet el dadar, l’épi de la têtière) : — le cheval est vite à la course.

L'épi qui règne sur les faces latérales de l’encolure Sebda Enneby (le doigt du prophète) : — son maïître meurt bon musulman, dans son lit.

L'épi du sultan (nekhlet essoultane), il règne le long de l’encolure, en suivant la trachée-artère : — amour, riches=

ses, prospérité. — Le cheval qui le porte fait trois vœux par jour :

« Dieu fasse que mon maître me considère comme ce qu'il possède de plus précieux au monde ;

« Que Dieu lui fasse un sort heureux, pour que le mien s’en ressentie ;

« Que Dieu fui accorde la faveur de mourir martyr sur mon dos. » |

L'épi du poitrail (xeradya) remplit la tente de butin.

L’épi du passage des sangles (nekhlet et hazame) augmente les troupeaux.

L’épi qui est au flanc (nekhlet echebour, l’épi des éperons); s il se dirige du côté du dos, il préserve le cavalier de tout accident à la guerre; s'il se dirige du côté du ventre et en bas, 1l est un signe de richesses pour son maître.

Épis qui portent malheur :

Netahyat, — épi qui se trouve au-dessus des sourcils, — son maître mourra frappé à la tête.

Nekhlet el näache, — l'épi du cercueil. Il se trouve auprès du garrot et va en descendant vers l'épaule. Le cavalier ne peut que périr sur le dos d’un pareil cheval.

Neddabyat, — les pleureurs. Épi qui se trouve sur les joues. Dettes, pleurs, ruine.

Nekhlet el khriana, — l'épi du vol. Il se trouve placé au boulet; matin et soir, 11 dit : ( Ü mon Dieu! fais que je sois volé, ou que mon maitre meure! »

L’épi que l’on trouve à côté de la queue : — il annonce le trouble, la misère et la famine.

L’épi qui règne à la partie interne des cuisses : — fem-

mes, enfants, troupeaux, tout doit disparaître.

J'ai donné la classification généralement adoptée; elle n’est pas absolue, elle varie suivant les localités; chaque tribu augmente ou diminue le nombre de ses épis heureux ou malheureux.

Comme on le voit, je n'ai parlé que des robes principales, sans vouloir entrer dans la dégradation des teintes, ce qui m'aurait conduit beaucoup trop loin. La part étant faite des préjugés et des superstitions, 1l restera établi que les Arabes aiment les robes franches, foncées, et regardent les robes claires et lavées, ainsi que les taches blanches à la tête, sur le corps et aux extrémités, quand elles sont longues et larges, comme des dégénérescences de races et des indices de faiblesse.

Chaque Arabe a sa robe de prédilection. Les uns veulent des chevaux noirs, les autres des chevaux gris, ceux-ci des bais, ceux-là des alezans, etc. Leurs affections ou leurs antipathies sont en général motivées par des souvenirs de famille : leurs ancêtres ont eu un grand succès avec telle robe, éprouvé de grands revers avec telle autre. On voit donc des Arabes refuser un bon cheval, donnant pour toute raison : « Ce n'est pas mon poil. »

OBSERVATIONS DE L'EMIR ABD-EL-KADER

Le cheval le plus estimé est le noir avec une étoile au front et des balzanes.

Vient ensuite l’alezan aux erins noirs (bai sanguin).

Puis l’alezan aux crins rouges (alexan cerise).

Les chevaux d’autres robes sont mis sur la même ligne, à l’exception du cheval pie, dontles Arabes ne veulent point.

Le prophète a dit : « Si tu veux aller à la querre, achète un cheval avec une pelote au front et des balzanes à toutes les jambes, la droite de devant exceptée. »

Le cheval balzané, à la jambe droite unie, ressemble à

un homme qui se balance gracieusement en marchant, la manche de son manteau flottant à l’air.

Le prophète a dit : « Si après avoir rassemblé au même endroit tous les chevaux des Arabes, je les faisais courir ensemble, c'est l'alexan qui les devuncerait tous. »

D'après ces traditions, le cheval noir a la supériorité pour la beauté des formes et les qualités, l'alezan pour la vitesse.

Les Arabes ont ce proverbe : « Si tu as un alezan, amènele; situ n'as qu'un chétif alezan, amène-le encore. »

Dans une vaste arène destinée aux courses, promène tes regards sur la réunion des nobles coursiers.

Tu verras celui qui, arrivant le premuer au but, a dissipé les chagrins de son maitre.

Puis le second qui l’a suivi de près, tous deux ont atteint le but sans ralentir leur course.

Chaque cheval de race noble captive les veux et enchaine les resards du spectateur enthousiaste.

Un de couleur rose : sa peau ressemble à la temte rouge que le soleil couchant laisse à l'horizon ; un autre de couleur blanche, comme une étoile filante lancée contre les mauvais génies.

Un troisième, alezan aux crins noirs, incomparable de beauté, d'une tulle élevée, On reconnait en lui les traces de ses oncles paternels et maternels célèbres dans les annales des courses.

On voit aussi un bai cerise dont la peau ressemble à l'or. Puis un alezan qui plait par sa crinière resplendissante.

Ou un autre noir comme la nuit, orné seulement d’une pelote blanche au frout qui brille comme la première lueur de l'aurore. Oh! qu'ilest béni le cheval à pelote et à balzanes !

mat Arabe a: ve

DES ROBES. DTA 147 Le prophète détestait le cheval qui a des balzanes à toutes les jambes.

Le cheval avec une pelote allongée qui ne descend pas jusqu’au bout de la lèvre supérieure, accompagnée d'une balzane à la jambe droite de devant, porte les signes du plus mauvais augure; aussi quiconque l'aperçoit prie Dieu d’écarter de lui le malheur qu'il annonce ; 1l est comme le poison de l’heure (celui qui emporte sa victime sur l'heure).

Le plus excellent des chevaux est lalezan ; Le plus rapide le bat;

Le plus énergique le noir ;

Le plus béni celui qui a le front blanc.

Epis. — Les Arabes distinguent quarante palmiers ou épis dans le cheval. Il en est vingt-huit qui sont sans importance à leurs yeux, et ne sont dès lors n1 de bon ni de mauvais augure, Ge n'est qu à douze de ces épis qu'ils attribuent une influence admise par tradition et confirmée à leurs yeux par l'observation,

« Les chevaux sont des aigles montés pur des cavaliers ; longs comme des lances, ils arrivent en fendant l'air comme le faucon qui fond sur sa proie, »

Dans le Sahara, les chevaux renommés par leur sang et leur vitesse se vendent bien et se vendent cher.

Il est des causes qui font totalement SxcIUre un cheval du service de guerre. Les voici :

(ET maateuk.) Le poitrail étroit et enfoncé accompagnant des épaules maigres et perpendiculaires. On ne peut se faire une idée de l'importance que les Arabes attachent au développement des muscles du poitrail (zebayat).

Le garrot gras et peu protubérant. Jamais vous ne pouvez fixer convenablement la selle sur un pareil cheval, ni vous en servir hardiment pour courir en descendant;

La jarde (bou-chiba), le père du blanchiment, de la barbe sous-entendu.

La courbe, quand elle est prononcée ;

Les vessigons chevillés (beidat).

L'éparvin, surtout quand il avoisine la saphène (djereud).

La forme nommée louze (l'amande) sur les côtés et fekroune (la tortue) sur le devant;

L'exostose (adom) quand elle est près des tendons ;

Le paturon allongé et fléchi ;

Le paturon court et droit (terrekuib el ghrexal, le redressement de la gazelle);

Les molettes soufflées et remontant le long des tendons (menafeuss);

Le dos long et concave (maaoudje, ensellé) :

Le cheval qui ne voit pas la nuit (mebouheur) où quand il y a de la neige. On le reconnait à la manière dont il lève les pieds dès que l'obscurité commence. On peut encore s'en assurer en lui présentant, pendant le jour, une surface noire; sil marche dessus sans inquiétude, le cas est constant. La vie de l’Arabe se passant à faire des marches de nuit pour surprendre l'ennemi ou Île fuir, que ferait-1l d’un pareil animal ?

Nehabe. — Les épaules chevillées.

Maintenant voici les défauts ou tares qui, pour être redoutés généralement, n empêchent pas un cheval d'entrer en circulation :

Les naseaux étroits, 1l vous laissera dans la peine ;

Les oreilles longues, molles et pendantes ;

L'encolure roide et courte ;

Faites peu de cas d’un cheval qui ne se couche point ;

Estimez peu les chevaux qui fouettent avec leur queue en courant ;

Les chevaux qui se grattent l'encolure avec leurs pieds, ceux qui se reposent sur la pince, ceux qui atteignent leurs pieds de devant avec leurs pieds de derrière, ceux qui « battent le briquet » (se touchent, se coupent), méprisez-les.

Pour reconnaître si un cheval se coupe, passez les deux poignets réunis entre les avant-bras et placez-les au-dessous du poitrail; s'ils sont touchés par la partie interne des avant-bras, soyez sûrs que l'animal a la poitrine trop étroite et ne peut manquer de se couper.

Méfiez-vous du cheval qui mouille sa musette en mangeant

l'orge, qui a l'air de goûter l’eau du bout des lèvres, dont l'anus est béant et venteux, signes de mollesse, ou dont les crottins ne sont pas égaux.

Un ambleur ne peut convenir à un chef, c'est le cheval de ceux qui « frappent les éperons » (montent) pour porter des messages.

Garez-vous du cheval qui « nie les éperons » (rue à la botte), mord, « se sauve des étriers » (difficile au montoir), ou fuit son cavalier qui a mis pied à terre. Ce sont de graves défauts pour la guerre.

Laissez pour le bât le cheval sourd, vousle connaîtrez à ses oreilles pendantes, sans expression et rejetées en arrière, et encore à ce qu'il ne répond à aucun appel de langue.

Par la vue, par l'odorat, par l’ouïe, le cheval peut sinon sauver son maître d'un grand péril, du moins l’en avertir.

Il dit :

Heureux ni men el gouddam N'heureux lek men loura.

« Préserve-moi de ce qui est en avant.

Je te préserverai de ce qui sera en arrière. »

« Le lion et le cheval se disputaient pour savoir celui qui avait la meilleure vue. Le lion vit, pendant une nuit obseure, un poil blanc dans du lait, le cheval un poil noir dans du goudron; les témoins se prononcèrent en faveur de ce dernier. »

La meilleure vertu chez le cheval est « la résignation ; » un cheval parfait, à cette qualité, joint la force. Un cheval est fort quand on peut compter à partir de ses jambes de derrière douze à quatorze semelles dans son premier élan. S'il a franchi davantage, il est de force supérieure; celui qui ne franchit qu'une distance de huit à dix pieds est un cheval lourd.

LA

Un cheval très-ardent ne peut pas avoir de résignation contre la fatigue ; ainsi sera celui dont les jambes sont hautes, le col trop long et les cuisses trop fortes pour être en harmonie avec les autres parties du corps, ou bien celui dont les talons manquent de force; ce cheval, après une longue course, sera fatigué des jambes ; 1l ne sait pas s’arrêter à la volonté du cavalier ; il fait encore quelques pas comme malgré lui.

Le cheval qui n’a ni résignation ni ardeur se reconnaît facilement : la forme de son corps n’est point réglée, son poitrail est étroit ; il manque d’haleine. La force et l’haleime sont les deux premières qualités du cheval; le manque de l’une d'elles influe sur sa résignation et peut diminuer son ardeur.

« Monte toujours, pour le combat, un traineur avec sa queue {cheval de huit ans au moins; — j'ai expliqué d’où vient ce nom de traineur); le jour où les cavaliers seront tellement pressés que les étriers se heurteront, lui seul pourra te sortir de la mêlée et te ramener dans ta tente, fût-il traversé d’une balle. »

Mais surtout ne vous chargez jamais d'un cheval malade ou blessé, vint-on vous dire que ce n’est qu’un accident passager. Souvenez-vous du proverbe de vos pères :

Khaoui bel khaoui Elli icheri ou idaoui.

€ Ruiné fils de rumé Celui qui achète pour guérir. »

Il n’est pas rare de voir des Arabes acheter des juments de moitié. Voici les conditions les plus ordinaires de ces sortes de marchés :

Un Arabe vend une jument à un autre cent douros, par exemple ; 1l n’en recoit que cinquante douros et entre lui-

même dans le marché pour les cinquante autres. L'acheteur monte la jument, s’en sert pour son usage, la guerre, la chasse, les voyages, et la fait couvrir. S'il fait une razzia, trois quarts du butin lui appartiennent : l'autre quart est donné à son associé.

Si la jument est tuée dans une action de guerre, une expédition faite de l’assentiment des deux associés, la perte est également supportée ; mais si la mort arrive dans une fantasia, une noce, une fête, l'acheteur la supporte seul : il rembourse cinquante douros au vendeur.

Si l'animal est tué devant la tente, à l'improviste ou sous le cavalier, quand celui-e1 défend sa femme, ses enfants et ses troupeaux, 1! y a cas de force majeure, il n'y a plus lieu à remboursement.

Si la jument met bas un poulain, celui-ci est élevé jusqu'à l’âge d’un an; il est alors vendu, et l'argent qui en provient est partagé également.

Si la jument a produit une pouliche, à l’âge d’un an celle-ci est estimée, le vendeur a droit de choisir la mère ou la fille, en recevant ou rendant le surplus de l'estimation.

Ces sortes de marchés ne se font pas pour les chevaux. L'Arabe qui veut vendre un cheval ne consent jamais à en fixer le prix le premier ; celui qui se présente dit :

— Vends, tu gagneras.

Le vendeur répond :

— Achète, tu gagneras.

— Parle le premier.

— Non; parle, toi.

— Est-il acheté ou élevé?

— Élevé dans ma tente, comme l’un de mes enfants.

— (Qu'est-ce qu’on t'en a offert?

— On m'en a offert cent douros.

— Vends-le-moi pour ce prix, tu gagneras. Dis-moi done ce que tu en veux ?

Qt

— Vois ce qui est écrit chez Dieu.

— Allons, chassons ce premier acheteur, et prends dix douros en sus.

— J'accepte. Emmène ton cheval, et fasse Dieu que tu sois heureux sur lui autant de fois qu'il a de poils sur le dos.

Quand on veut éviter l'action des cas rédhibitoires, on ajoute en présence de témoins :

— Et la séparation entre nous dès à présent : tu ne me connais pas, et Je ne t'ai jamais vu.

— Ou El ferak men erahba, ma téarfeni, ma cheuftekche.

On ne peut monter un cheval pour l'essayer que quand on est tombé d'accord sur le prix. Toutefois, avant de conclure complétement le marché, on essaye l'animal contre un cheval qui a de la réputation dans le pays. Cette épreuve à une sorte de singularité : les coureurs doivent monter pieds nus et ne pas talonner leurs chevaux pendant la course.

Les chevaux dont la réputation est bien établie dans la contrée ne se vendent jamais sur le marché.

C'est une injure grave à faire à un Arabe que de lui demander : « Veux-tu vendre ton cheval? » avant qu'il ait fait connaitre ses intentions. « Ün me croit donc bien dans la misère, se dit-il, qu'on ose me faire une pareille proposition ! »

Quelques tribus s’adonnent spécialement au commerce des chevaux; on cite surtout les Beni-Addus, les plus renommés des maquignons arabes. On .dit à leur sujet :

Aand en nass feruïss Aand houm aaraïiss, Aand ennass inaâfsou Aand houm yergousou.

« Chez les autres, ce sont (les chevaux) des charognes, Chez eux ce sont de jeunes fiancées ;

Chez les autres, ils dorment, Chez eux, ils dansent, »

Au reste, l’Arabe n'est pas maquignon à la manière des Européens : 1l ne se sert pas de gingembre, il n’emploie pas de ruses pour cacher les tares de son cheval ; il le présente tout simplement. Mais 1l remplace la fraude qu'il dédaigne par un luxe de paroles qui peut séduire. Son intarissable éloquence s'épanche en métaphores et en hyperboles.

Ainsi, en vous montrant son cheval, il dira : « Découvre son dos et rassasie ton œil ! »

Il ajoutera :

« Ne dis pas que c’est mon cheval ; dis que c’est mon fils.

«Il devance l'amorce, le coup d'œil.

«Il est pur comme de l'or.

« Il a la vue si bonne, qu’il voit un cheveu pendant la nuit.

« Au jour de la poudre, il se réjouit du sifflement des balles.

« I atteint la gazelle.

« I dit à l'aigle : « Descends, ou je monte vers toi! »

« Quand il entend les cris des jeunes filles, il se met à hennir de joie.

« Quand il court, il arrache la larme de l'œil.

« Quand il paraît devant les jeunes filles, 11 mendie avec sa Man.

« C’est un cheval des jours noirs, quand la fumée de la poudre vient à obscureir le soleil.

« C’est un cheval de race, la tête des chevaux!

« Personne n’a jamais possédé son pareil. Je compte sur lui comme sur mon Cœur.

«A n'a pas de frère dans ce monde: c'est une hirondelle.

« Il écoute ses flancs et observe toujours les talons de son maitre. |

« Il comprend aussi bien qu’un fils d'Adam; il ne lui manque que la parole.

« Il a le pas si doux, que, sur lui, tu porterais une tasse de café sans la renverser.

. « Une musette le rassasie, un sac le couvre.

« ILest si léger, qu’il danserait sur le sein de ta maîtresse

sans le froisser.

Moul zin essah ibeaa Moul sebok ihalef.

« Le maitre du beau véritable vend.

Le maitre du vite fait des serments. »

Ben Yousseuf, ayant un jour donné vingt chamelles suivies de leurs petits pour une jument du désert, répondit à son père, qui lui en faisait de vifs reproches :

« Et pourquoi vous fàcher, monseigneur ? Cette jument ne ma-t-elle pas apporté :

« De la gerboise, la prestesse du demi-tour et la douceur du poil ?

« Du lièvre, le mouvement de l’encolure ?

« De l’autruche, la vitesse et la vue?

« Du lévrier, le défaut de ventre ainsi que la sécheresse des membres?

« Et du taureau le courage et la largeur de la tête?

« Elle ne peut que jaunir la figure de nos ennemis. Quand je les poursuivrai, elle pillera sans cesse la croupe de leurs chevaux, et, si jen suis poursuivi, l'œil ne saura bientôt plus où } aurai passé! »

On le voit, et je l'avais déjà indiqué en retraçant le portrait que les Arabes font du cheval de race, ils tiennent beaucoup à ce qu'il ait quelques rapports, par les formes, avec

certains animaux. Îl doit réunir en lui toutes les qualités que l’on remarque séparément chez la gazelle, le lévrier, le taureau, l’autruche, le chameau, le lièvre et le renard. Ainsi il convient qu'il ait la longueur et la sécheresse des jambes de la gazelle, la finesse et la force de ses hanches, la convexité de ses côtes, les jambes de devant courtes comme elle, le noir de ses yeux, l’étroit de ses aisselles.

Il doit rappeler la longueur des lèvres et de la langue du chien, l'abondance de sa salive, la longueur du bas de ses pattes de devant.

Ils vont jusqu'à regarder cette assimilation du cheval au lévrier comme un moyen de guider les acheteurs inexpérimentés ; c'est du moins ce que me semble prouver une dermère anecdote très-répandue chez eux.

«Meslem-ben-Abou-Omar, ayant appris qu'un de ses parents voyageait du côté de l'Egypte, voulut profiter de cetie circonstance pour se procurer l'un des chevaux renommés de ce pays. Son parent ne se connaissait pas en chevaux, mais il était grand chasseur, et avait dès lors beaucoup de chiens, tous très-beaux. — Meslem, en lui envoyant son serviteur chargé de ses ordres, faisait dire à son parent que les formes du cheval qu’il désirait devaient répondre à celles du meilleur de ses lévriers. On amena un animal dont les Arabe, ne purent jamais trouver le pareil. »

Merou -ben-el-Keyss répondit un jour à des amis qui l’accusaient de ne rien entendre ni en chevaux ni en femmes :

« Oui, j'ai monté des chevaux Sobres, forts et légers à la course, Dont les cuisses étaient sohdes, Les tendons secs et la croupe arrondie, Formant comme un ruisseau vers la queue :

Leurs sabots étaient durs, ils pouvaient marcher sans fers. Par Dieu ! je me croyais sur une autruche,

Pour trouver l'herbe haute Qui croit dans les solitudes dangereuses à parcourir, Dans les solitudes défendues par la pointe des lances Et par le parcours des torrents, J'ai bien souvent couru Quand les oiseaux étaient encore endormis dans leurs nids.

Pour chasser le zèbre à la peau blanche Dont les jambes sont rayées comme une étoffe des Indes, Ou pour atteindre l’antilope qui vit dans les pays sauvages, J'ai monté des chevaux aux chairs rendues fermes par les courses. C’est Dieu qui les créa pour le bonheur des croyants!

Combien de fois n’ai-je point appuyé mon cœur Sur celui d'une jeune femme à la gorge naissante, Aux jambes ornées de bracelets d’or.

Dans nos invasions de cavalerie, Quand l'œil devait rencontrer l'œil, Combien de fois n’ai-je pas dit aussi :

Cours, cours, à mon cheval chéri !

Et poursuis l'ennemi en déroute.

Un poëte, à un roi qui lui demandait son cheval, appelé Sakab, répondit : « Sakab ne se vend pas, il ne s'échange pas non plus; je le rachèterais au prix de la vie : ma famaille mourrait de faim qu'il n'en souffrirait pas. »

Un Arabe disait :

« Mes compatriotes me bläment d'avoir des dettes, et ce-

pendant je les ai contructées pour un cheval de noble race et de formes arrondies, qui leur fait honneur, qui sert de talisman à mon goum, et auquel jai donné pour domestique un esclave. »

Un Arabe envoya un jour son fils acheter un cheval au marché ; avant de partir, il demanda à son père quelles qualités le cheval devait avoir. Le père répondit : « Ses oreilles doivent être sans cesse en mouvement, se tournant tantôt en avant tantôt en arrière, comme s'il écoutait quelque chose ; ses yeux doivent étre mobiles et hagards, comme s'il s'occupait de quelque objet; ses membres doivent être bien emmanchés et bien proportionnés.

— Un cheval pareil, répondit le fils, ne sera jamais vendu par son maître. »

… Beaucoup d’Arabes ont des tables généalogiques dans lesquelles ils font constater et confirmer par des témoignages faisant foi en justice la naissance et la filiation du poulain, de facon que lorsqu'un propriétaire veut vendre un cheval, il n'a qu'à produire sa table généalogique pour prouver à l'acheteur qu'il ne lé trompe pas.

J'ai vu chez les Amaza, tribu qui s’étend depuis Bagdad jusqu’à la Syrie, des chevaux tellement hors de prix, qu’il devient presque impossible de les acheter et surtout de les payer comptant. Ces chevaux sont ordinairement vendus à de hauts personnages ou à de grands négociants qui soldent en trente ou cinquante échéances d’un an chacune le prix presque fabuleux d’un cheval pareil, ou bien ils s'engagent à payer une rente perpétuelle au vendeur et à ses descendants.

«Je les surprends le matin, quand l'oiseau est encore dans son nid et quand l'eau de la rosée se fraye un chemin vers les ruisseaux.

«Je les surprends avec mon coursier au poil lisse, qui,

par sa rapidité, atteint les bêtes fauves et chasse sans cesse les gaxelles dans toutes les saisons et loin de notre demeure.

«Il a les flancs de la gaxelle, les jambes de l'autruche femelle, Le dos droit de l'âne sauvage en vedette sur un mamelon.

« Sa croupe, ressemblant à un tas de sable que l'humidité a rendu compact, correspond à un garrot s'élevant au dessus du dos, comme le bät du chameau qui retient la litière.

« Les éminences derrière ses oreilles sont arrondies comme des sphères, les courroies et la litière semblent attachées à l'extrémité d'un tronc de palmier dépourvu de ses feuilles.

« Attaché à côté d'autres chevaux, il mord et se démène dans sa jalousie, comme s'il était poussé par un démon. »

Contrairement à l'opinion admise, les Arabes du Sahara ferrent généralement leurs chevaux, soit des deux pieds de devant, soit des quatre pieds, suivant la nature du terrain qu'ils habitent. Ceux qui les ferrent des quatre pieds sont les habitants des pays pierreux, c’est le plus grand nombre. On cite principalement les Arbäa, Mekhadema, Aghrazelia, Said -Mekhalif- Oulad-Yagoub, Oulad-Nayl, Oulad - Sidi- Chikh, Hamyane, ete. , etc.

Il est d'usage universellement recu de déferrer les chevaux au printemps, quand on les met au vert dans les pàturages. Les Arabes prétendent qu'on doit alors se garder de contrarier le renouvellement du sang qui s'opère en cette SAISON.

Il existe dans chaque tribu du désert un douar séparé, nommé le douar des maitres (douar el madllemin); ce douar est celui des maréchaux-ferrants. Une profession entièrement et spécialement consacrée à ce complément indispensable de l’Arabe, le cheval, devait être l’objet d’une estime toute particulière ; aussi des priviléges nombreux et inap-

préciables leur sont-ils accordés ; mais je ne sais si dans la concession de ces priviléges on doit voir seulement un hommage rendu à un art tout équestre, ou si, dans le cas que l’on fait du seul art qui subsiste au désert, il n'y a pas le souvenir des encouragements donnés aux habiles et savants artistes de l'Arabie, de l'Égypte, de l'Afrique et de l'Espaone, par les Arabes d'autrefois, les brillants vainqueurs des Goths, les contemporains d’Araoun-el-Raschid.

Les Arabes du Sahara disent que les premiers maréchaux leur sont venus des villes du littoral, ainsi que de Fuass, de Tunis, de Mascara, de Tlemsan et de Constantine, et puis que leur profession et leur savoir se sont perpétués dans les familles, de génération en génération.

Le maréchal doit être quelque peu armurier et taillandier, seulement pour raccommoder les mors, éperons, couteaux, fusils, sabres et pistolets. Il fabrique les fers à cheval, les aiguilles à passer, les faueilles, les petites haches, les pioches.

Ils jouissent des immunités suivantes :

Le maréchal ne paye pas de contributions ; quand la tribu vient dans le Teull pour y acheter des grains, on se cotise pour lui. — Il partage au reste cette immunité avec l’ouvrier en chaussures ; Sanaä el hadide ou sanaû etemmague ma ibexeurche : l'ouvrier en fer et l'ouvrier en bottes ne payent pas d'impôts.

Il ne doit à personne le kouskoussou ni l'abri, c’est àdire qu'il est exempt de l'hospitalité (diffa) qui, dans certains cas, pèse sur tous.

Le travail soutenu qu’exige sa profession, les éventualités inévitables auxquelles le soumettent jour et nuit les besoins urgents de ses frèrés, les veilles qu'il supporte, lui donnent droit à un bénéfice que l’on appelle aädet el maällem, (la coutume du maître). Au retour des achats de grains dans le Teull, chaque tente lui fait abandon d’une feutra de blé et

d'orge et d’une feutra de beurre. Au printemps il recoit encore une toison de brebis. |

Si l'on tue un chameau pour la boucherie, il prélève la partie comprise entre le garrot et la queue, moins la bosse, ordinairement chargée de graisse, qui est très-recherchée. .

Dans les razzias et les expéditions, qu'il ait ou non assisté à l’entreprise, 1l à droit à une part du butin. C'est habituellement une brebis, un chameau, plus ou moins, suivant l'importance des prises. On appelle cette coutume la brebis du cavalier.

Enfin, le plus important privilége des maréchaux, le signe irrécusable de la protection dont ils jouissaient autrefois, de l'estime dont ils jouissent encore aujourd'hui, c'est le don de la vie dans les combats. Si le maréchal est à cheval. les armes à la main, il s'expose à être tué comme tous les cavaliers du goum ; mais, s’il met pied à terre et, s'agenouillant, imite avec les deux coins de son bornous, qu'il élève et baisse alternativement, le mouvement de son soufflet de forge, 1l sera épargné.

Des cavaliers ont plus d’une fois sauvé leur vie au moyen de ce stratagème.

Le maréchal ne peut jouir de cette faveur qu'autant qu'il vit inoffensif, absorbé par les devoirs de sa profession ; mais, s’il se fait connaître par ses prouesses guerrières, 1l renonce aux priviléges de son métier et rentre dans la classe commune.

Ce privilége est compensé par un inconvénient très-grand. Quand il s’est enrichi, on lui cherche une mauvaise querelle et on lui enlève, d’une manière ou d’une autre, une partie de sa fortune pour l'empêcher de quitter le pays.

Un maréchal dont la tribu a été rasée va trouver les vainqueurs, et, sur la seule preuve de sa profession, se fait rendre sa tente, ses outils. ses fers, ses ustensiles.

Son attirail se compose d’un soufflet (menafeukh); c’est simplement une peau de boue, avee trois orifices, dont deux supérieurs sur la même ligne, et le troisième à la partie opposée ; par ce dernier sort un canon de fusil ou de pistolet qui doit conduire le vent sur le feu. La femme est chargée de manœuvrer ce soufflet; elle se met à genoux devant le charbon placé dans un trou, et prend dans chaque main un de ces orifices supérieurs qu’elle bouche en ramassant les parois de la peau qui les forment; puis, baissant et étendant alternativement ses mains, elle obtient un mouvement de va et vient qui établit un courant suffisant, sinon expéditif. Les Arabes du Sahara préfèrent, à tout autre plus perfectionné, ce soufflet d’un volume peu embarrassant et plus facile à transporter dans leurs courses nomades.

Au soufflet il joint une enclume (xebra), un marteau (meterka), des limes (mebared), des tenailles (leggate), et un étau (ar). Ces instruments, pour la plupart, ieur viennent du littoral ; il en est cependant qu’ils font euxmêmes. A

Ils se proeuraient autrefois le fer dans les grands marchés du désert central, à Tougourt, chez les Beni- Mexabe, à Timimoun, suivant le plus ou moins de rapprochement de ces points par rapport à leur localité. Ils commencent à nous l'acheter.

Ils font eux-mêmes le charbon avec l'arar, le remit, le senoubeur et le djedary. Ce dernier est le plus estimé.

Les fers sont préparés à l’avance ; le débit en est certain, les Arabes faisant toujours leur provision de l’année, qui consiste en quatre paires de fers pour les pieds de devant et quatre paires pour les pieds de derrière.

Les clous sont aussi forgés par les maréchaux.

Lorsqu'un cavalier va chez le maréchal, il apporte ou n'apporte point ses fers. Dans le premier cas, le maréchal est pavé par ses priviléges ; le cheval ferré, son maïtre le monte

et dit tout simplement : « Que Dieu fasse miséricorde à tes pères, — Allah ierham oualdik, » et s’en va; le maréchal retourne à son ouvrage.

Si le cavalier n'apporte point les fers, il donne deux boudjous au maréchal qui a ferré les quatre pieds, et le remerciment est la plus simple des formules de la politesse arabe: « Alah yaatik saha, Dieu te donne la force, » dit-il ; et 1] part.

On ferre à froid dans le Sahara. Il y a dans le pied du cheval, disent les Arabes, des parties vides, telles que la fourchette, les talons, etc., qu'il est toujours dangereux d’échauffer, füt-ce seulement par l'approche du fer rouge. Cet éloignement pour le fer chaud, motivé par l’action funeste de la chaleur sur les parties délicates du pied, est tellement prononcé chez eux, que, dans les bivacs, quand ils nous voient ferrer nos chevaux, ils disent : « Voilà les chrétiens qui mettent de l'huile sur du feu. » En un mot, ils ne peuvent concevoir comment, dans les marches surtout, où le mouvement amène le sang dans les pieds du cheval, on peut augmenter par l'approche du feu cette chaleur naturelle.

La ferrure est très-légère, d'un fer doux et liant. Les fers sont à éponges réunies. On ne met pour ceux de devant que trois clous de chaque côté, les pinces sont libres, jamais on n'y pose de clous ; suivant les Arabes des clous en pince gêneraient l’élasticité du pied et feraient éprouver au cheval, au moment où il poserait sur le sol, absolument la même sensation qu’à l’homme une chaussure trop courte. De là une foule d'accidents.

On ne pare pas les pieds, on ne les raccoureit pas non plus, La corne du cheval pousse librement; le terrain, fort pierreux, et le travail incessant suffisent à l’user naturellement à mesure qu’elle pousse et dépasse le fer. On ne sent la nécessité de parer les pieds que quand les chevaux ont été longtemps attachés devant la tente, sanstravailler, ou quand

FERRURE. 165 on est resté dans le Teull. Les Arabes se servent alors tout simplement des couteaux affilés qui ne les quittent pas. Cette méthode a’ encore cet avantage qu'un cheval déferré peut continuer sa route, parce que la sole est dure et résistante. «Chez vous, disent-ils, avec votre habitude de parer le pied, si le cheval se déferre, 1l faut s'arrêter ou le voir en sang, boiter, souffrir, ete. »

Les fers sont à éponges réunies, parce que le cheval ne pouvant souffrir que de la partie vive et non de la partie dure, c’est la fourchette qu'il faut préserver de tout accident. Les éponges doivent suivre la courbure de la fourchette.

Ils donnent aux têtes de clous la forme d’une tête de sauterelle, seule forme, prétendent-ils, qui permette aux clous de s’user jusqu’à la fin sans se casser. Ils approuvent notre méthode de faire entrer les clous dans les étampures et de les river extérieurement, ce qui empêche les chevaux de se couper ; mais leur pauvreté en fer les force à se contenter, eux, de rabattre les clous sur la corne, afin de pouvoir les faire servir une deuxième fois en refaisant la tête.

Quand un cheval forge, on lui raccoureit les talons, on donne des fers légers aux pieds de devant, les fers de derrière sont plus lourds.

Ils se gardent bien de laisser à leurs chevaux un pied ferré et l’autre dégarni. Si, dans une course, un cheval se déferre d'un des pieds de devant, et si le cavalier n’a pas de fers avec lui, il met au pied dégarni l’un des fers de derrière et dégarnit l’autre.

Si le cheval n’est déferré que du devant, on lui déferre l’autre pied plutôt que de le laisser dans cette position.

Quand un cheval, après une longue course, telle que savent en faire les cavaliers du désert, a besoin d’être ferré, il n est pas rare de lui voir placer un morceau de feutre entre le fer et le pied.

Cette urgence, causée soit par la nature du terrain, soit par la longueur des courses, de ferrer les chevaux du Sahara, a fait sentir la nécessité d’accoutumér le poulain à se laisser ferrer facilement.

On lui donne du kouskoussou, de la galette, des dattes, il laisse lever son pied, on frappe dessus, puis on lui caresse l’encolure et les joues en lui parlant toujours à voix basse. bientôt 1l lève de Jui-même les pieds quand on les lui touche. Le peu de difficulté qu’on rencontre plus tard, grâce à cette éducation, a probablement inspiré cette hyperbole arabe : « L’instinet du cheval de race est si merveilleux, qu’à peine déferré 11 limdique lui-même en montrant son pied. »

Cette exagération prouve au moins combien les chevaux sont faciles à ferrer; elle explique aussi comment, dans le désert, tout cavalier doit en route pouvoir et savoir ferrer son cheval, Ce point est d’une haute importance; être trèshabile en équitation, instruire parfaitement un cheval, tout cela ne suffit pas pour être réputé cavalier : il faut, en outre, savoir le ferrer au besom. Aussi, quand on part pour uñe expédition lointaine, chaque cavalier emporte dans sa djebira des fers, des clous, un marteau, une tenaille, quelques lanières pour réparer son harnachement et une aiguille à passer. Son cheval vient-il à se déferrer, 1l met pied à terre, défait sa corde de chameau, la passe d’un côté au kerbouss de la selle, de l’autre au pâturon, et noue les deux bouts à la longueur voulue pour que le cheval présente le pied. Le cheval ne bouge pas et le cavalier le ferre seul ; si c'est un fer de derrière qui manque, 1l soutient le pied sur son genou et ferre encore sans aide.

Pour ne pas se tromper, 1l passe son alêne dans les étampures afin de s'assurer à l’avance de la véritable place où se trouvera le clou.

Quand, par hasard, le cheval est difficile, on se fait aider, pour les pieds de derrière, par un camarade, qui pincera le

nez ou les oreilles de l'animal. Pour les pieds de devant, on lui met simplement la croupe vis-à-vis d’un gros buisson épineux, ou bien encore on lui fait un torche-nez avec une musette remplie de terre. |

Les Sahariens trouvent notre ferrure beaucoup trop lourde, et prétendent que dans les courses longues et rapides elle doit fatiguer horriblement les articulations du cheval ou devenir la cause d’une foule de tares du boulet. « Regardez nos chevaux, disent-ils, comme ils font sauter la terre ou le sable derrière eux, comme ils sont légers ? comme ils lèvent leurs pieds avec aisance! comme ils étendent ou contractent leurs muscles! Ils seraient lourds et gênés comme les vôtres, si nous ne leur donnions des fer: légers qui ne leur chargent pas les pieds, dont la matière, quand ils s'amincissent, vient se fondre avec la corne et forme un seul corps avec elle. »

Et quand je leur disais que nous n'avions pas remarqué dans notre ferrure les inconvénients signalés par eux, ils me répondaient : « Comment pouvez-vous le savoir? Franchissez comme nous, dans une journée, la distance qui vous demande cinq ou six jours de marche, et puis vous verrez. Belles marches que vous faites, vous autres chrétiens, avec vos chevaux! »

J'ai avancé que la selle arabe donnait au cavalier une solidité telle, qu'il ne se chagrinait nullement de certains vices du cheval, dont nous avons l'habitude de nous inquiéter. J'en dirai done un mot, quoiqu'elle soit aujourd’hui bien connue de tous.

La selle arabe consiste en un arcon de bois, surmonté, en avant, d'un long kerbouss ou pommeau et d'un large troussequin par derrière, assez haut pour défendre les reins. Le tout est recouvert et réuni, sans clous n1 chevilles, par une simple peau de chameau qui lui donne une grande solidité. Les bandes reposent sur le dos du cheval; elles sont plates et larges, les libertés du garrot et du rein bien entendues, et le siége vaste et commode. Ce dernier est trèsdur ; il faut une grande habitude pour le supporter ; Îles chefs le recouvrent d'un coussin de laine, mais les simples cavaliers tiennent à honneur de monter sur Île bois nu, prétendant que l'usage des coussins est un excès de mollesse qui, tout en diminuant leurs points de contact, ne peut que les inviter au sommeil pendant les longues courses, et par

HARNACHEMENT. 169 conséquent les exposer à blesser leurs chevaux. Ceci est d’autant plus méritoire, que, le plus souvent, en été surtout, ils montent sans culotte.

L'arcon est caché par une stara, couverture en maroquin rouge, sans aucun ornement pour les gens pauvres ou peu aisés, et par une ghrebaria, couverture en drap ou en velours écarlate, brodée en fil d'or ou d'argent et ornée de franges, pour les chefs et les riches.

Le poitrail (deir) est très-large et se place comme celui de notre selle à la française ; ses extrémités sont pourvues de deux fortes boucles en fer ou en argent ciselé; et se joignent à l’arcon par de petits contre-sanglons placés avec intelligence pour maintenir la selle bien d'aplomb.

Les Arabes ne veulent pas de eroupière; elle s'oppose, disent-1ls, aux mouvements de progression par la gêne qu’elle impose au cheval; ils en mettent seulement aux mulets et aux ânes qui portent le bàt; encore ne passe-t-elle pas sous la queue.

Les étriers sont larges et lourds, leurs faces latérales vont en diminuant de manière à se Joindre à la branche supérieure qui supporte l'anneau des étrivières. On les porte très-courts, et on y chausse tout le pied, qui se trouve ainsi garanti des balles et des chutes. Ces étriers sont extrêmement douloureux pour ceux qui n’en ont pas l'habitude, parce que, quand on s'élève sur eux, l'œil vient à porter contre l'os de la jambe. À la longue, la peau se dureit, et il se forme une exostose (mdaxia) qui Ôte toute sensibilité. L'est à ces exostoses qu'on distingue le cavalier du fantassin, à ce point que, dans la province d'Oran, un bey, voulant infliger un châtiment exemplaire à une tribu qui s'était révoltée, fit mettre à mort tous ceux qui lui tombèrent dans les mains, signalés par des madxias. Il savait ne frapper ainsi que des cavaliers. Chez les riches, les étriers sont dorés

ou argentés; les chefs tures les portaient autrefois en or ou en argent massif.

Ces étriers sont soutenus par des étrivières placées en arrière de la sangle, et qui ne sont autre chose que des lanières tressées soit en maroquin, soiten poil de chameau ; doublées sept ou huit fois, elles sont d’une grande solidité. Les nobles font confectionner leurs étrivières avec des cordonnets de sole; mais, si solides qu'elles puissent être, comme elles pourraient ne pas suffire avec une équitation où l’on ne connaît que l'appui sur les ctriers, aux allures vives, on y Joint des maoune ou soutiens d'étriers.

En guise de la couverture à cheval, les Arabes se servent de feutres qui sont fixés à la selle afin de seller promptement : 1ls sont au nombre de sept, teints en bleu, jaune et rouge. Le bleu doit couvrir tous les autres. On leur en adjoint un huitième, mais blanc et mobile, qu'on puisse laver ou faire sécher au soleil, si le cheval a transpiré. Quand ces feutres sont bien coupés, les différentes nuances qui s'étagent en se dépassant légèrement forment un ornement d'assez bon goût, tout en préservant le cheval des blessures. On tient à ce qu'ils couvrent un peu les reins.

La sangle se place en avantdes étriers, elle est plus étroite que la nôtre. Les Arabes ont pour principe de peu sangler leurs chevaux, 1ls le peuvent sans inconvénient avec leurs selles qui sont toujours d'aplomb.

La bride est à montants très-larges, à œillères, quelquefois, mais très-rarement, avec une sous-gorge. La sous-gorge est lâche, liée à la têtière. L’Arabe du Sahara ne l'aime point, parce que si, dans le combat, son cheval venait à être saisi par la bride, ce qui arrive quelquefois, 1l n'aurait pas la ressource habituelle de passer les rênes par-dessus sa tête et d'échapper ainsi à l'ennemi, lui laissant une bride pour toute capture. Les œillères, elles, ont cet avantage qu'elles empêchent le cheval d'être distrait par les objets extérieurs,

et peut-être sont-elles une des raisons pour lesquelles le cheval n’a peur de rien.

Les montants et la têtière de la bride sont brodés en soie pour la elasse ordinaire, et, pour les riches, en or ou en argent.

Le mors tient à la bride et ne se nettoie jamais. Les branches sont larges, courtes sur la ligne et faconnés à la Condé. Les canons sont plats et la gourmette est un anneau circulaire fixé à la partie supérieure de l'embouchure. Le mors arabe n'a pas de liberté de langue, et son bras de levier est beaucoup plus court que dans le mors français; il est donc bien moins dur qu’on ne l’a eru jusqu'ici. L'avantage qu'il offre pour la guerre, d’être exempt de ces gourmettes et de ces crochets que l'on est souvent fort embarrassé de remplacer, ne saurait aussi être trop apprécié.

Les rênes sont longues ; on y fait deux nœuds, l’un à l’endroit d'où l’on peut maintenir son cheval au pas sans gêner la liberté de ses mouvements, et l’autre à la place où l'on a reconnu que le cheval, après avoir raccourci les muscles de son encolure au galop, vient à donner dans la main. On les tient à pleine main, au besoin on s’en sert comme de fouet pour exciter son cheval.

Les Arabes repoussent le filet, qui nesert, disent-ils, qu'à embrouiller les aides du cheval; combattant rarement avec le sabre, ils n’en ont jamais senti la nécessité.

Les Arabes du Sahara se servent d’un fouet pour corriger le cheval quand ils le dressent, ou pour l’exciter à la chasse ou à la guerre. Ils le nomment soudte. Ge fouet se compose de cinq ou six lanières tressées, supportées par un anneau fixé à une branche de fer de six à sept pouces de longueur, laquelle est terminée encore par un autre anneau. A ce dernier s'attache le petit cordon de cuir que l’on se passe au poignet. Autour du morceau de fer, mais moins long que lui d’un pouce, est un cylindre creux, en fer également,

dont le diamètre lui permet un jeu facile. On se sert du souâte à tour de bras; 1l a une telle puissance, qu’au bout d'un certain temps il suffit de l’agiter seulement pour que le cheval s’élance de toute sa vitesse, le bruit produit par le contact du cylindre soit avec les anneaux, soit avec la branche qui les unit, lui ayant rappelé un bruit à peu près semblable à celui du fekerbeäa, dont nous avons parlé en son lieu.

Dans le désert on porte au kerbouss de la selle un bâton long d’une coudée et terminé par une assez grosse tête garnie de clous, et que l’on passe au poignet au moyen d’un morceau de cuir. à

Quelques-uns le remplacent par un bâton plus long terminé par un crochet, afin de pouvoir relever le butin à terre, sans descendre de cheval. Ils appellent ce dernier el adraya, la dépouilleuse.

Les Arbä et les Harrars ne sauraient monter à cheval sans avoir un de ces bâtons.

Les éperons sont à une seule branche, lourds, solides et longs. Ils sont maintenus par une simple courroie croisée et se chaussent très-larges. Nous en avons donné les motifs. On ne peut les garder étant à pied.

Chaque Arabe porte comme complément de harnachement, pendu au kerbouss de la selle, une espèce de sabretache nommée djebira ou guerab. Cette djebira contient plusieurs compartiments, ce qui permet d'emporter du pain, du biscuit, un miroir, du savon, des cartouches, des savates, des pierres à feu, uneécritoire et du papier, suivant les professions. Il y a des djebira excessivement riches. Je suis convaineu que c'est de l'Orient que nous sont venues les sabretaches de nos hussards.

Les hommes du peuple en expédition portent aussi, suspendues au troussequin de leur selle, des espèces de besaces

qu'ils appellent semmäte. Elles sont plus courtes que les nôtres, afin de ne pas fatiguer les flanes du cheval.

Les Arabes, excepté les grands seigneurs, n'ont point de fontes à leur selle. Ils portent leurs pistolets à la ceinture ({mhazema) où dans un étui en forme de cœur (kuebouräte), qui repose sur le côté gauche, bien maintenus par une courroie d'épaule et une de corps. L’Arabe préfère ce dernier mode de porter les pistolets, parce qu’il v trouve l'avantage de les avoir encore sur lui quand il lui arrive d'être séparé de son cheval tué.

Ceux qui ne mettent pas de sous-gorge à leur bride ornent ordinairement leurs chevaux de dents de lion, de sanglier, ou de talismans qu'ils leur pendent au cou au moyen de cordons de soie ou de laine.

Dans nos idées, il est généralement reçu que plus un cheval de race est nu, mieux il fait ressortir la beauté ou l’élégance de ses formes. Les Arabes ne sont pas de notre avis ; ils disent, eux :

EL koheul! ixyen el oulya Où enedjäa 1zyen tenya Ou serdj 1zyen el metya.

« Le koheul embelhit la faiseuse d'enfant, Une tribu embelht un défilé, Et la selle embellit les chevaux. »

Pendant mon séjour en Afrique, j ai vu tant de chevaux, qu'on n'avait pu vendre munis d’une selle anglaise, être enlevés avec fureur revêtus du harnachement arabe, que je suis bien près d'adopter le préjugé Imdigène. Bien des fois

1 Koheul, sulfure d’antimoine qui sert à teindre les paupières.

Quand une femme s’est ornée es veux de koheul, parée de henna et qu'elle a mâché la branche de souak qui par‘ume l'haleine, fait les dents blanches et les lèvres pourpres, elle est plus agréable aux veux de Dieu, car elle est plus aimée de son mari.

également, j'ai pu m'en convaincre, un Arabe venant d’acheter un cheval à un Européen, et l'ayant couvert de sa selle, a laissé des regrets au vendeur, s’apercevant trop tard d’une beauté jusqu'alors méconnue.

Il est vrai de dire que tout le luxe des Arabes est dans le harnachement. Car, sile prophète a sévèrement défendu l'or dans les habits, il l’a, par contre, autorisé, prescrit même pour les armes et les chevaux. Il a dit : « Celui qui ne craint pas de dépenser pour l'entretien des chevaux de guerre sainte (djehad) sera considéré, après sa mort, à l’égal de celui dont la main aura toujours été ouverte (qui aura fait beaucoup d’aumônes). Aussi n'est-il pas rare de voir, même . par ce temps de perturbations et de misère, un chef arabe se donner une selle de deux à trois mille franes.

Si le harnachement arabe n’est pas irréprochable dans tous ses détails, 1] a cependant une supériorité incontestable sur notre selle de cavalerie légère, la selle dite à la hongroise.

En effet, le siége de la selle arabe n'est-il pas mieux entendu que le loup de la nôtre? Ge dernier est incommode, fatigant, 1l éloigne le cavalier du cheval et l'empêche d’avoir une bonne assiette. L'autre, au contraire, rapproche le cavalier du cheval, ce dont tout le monde doit ecmprendre l'importance. Il lui permet de bien s'asseoir ; par sa structure il lui fait gagner de nombreux points de contaet, car il lui donne la facilité d’embrasser d’en haut, c’est-àdire avec la partie supérieure des cuisses.

La sangle n'est-elle pas mieux placée sur les côtes sternales ou vraies que sur les fausses côtes, ou asternales, qui jouent un si grand rôle dans l'acte de la respiration ? Le jeu des poumons n'en est-il pas plus libre?

Les étriers courts et placés en arrière de la sangle n'ontils pas l'avantage dont manquent les nôtres, celui de forcer le cavalier, quelle que soit sa conformation, à tenir les jam-

bes près de son cheval? Ne donnent-ils pas aussi une plus grande solidité, en permettant de s'élever sur eux tant pour se servir des armes que pour faciliter les allures vives du cheval.

Leur poitrail se place facilement et sans perte de temps, il ne gêne pas les épaules et ne cause pas de blessures au garrot, comme le nôtre, dont l'éternelle tension sur la partie inférieure du pommeau est si funeste à nos che- Vaux.

Tout ce qui est inutile et fatigue le cheval sans raison est exclu de leur harnachement ; aussi les Arabes ne comprennent-ils pas du tout notre schabraque. Ils demandent si le cheval n’a déjà pas assez à porter à la guerre sans qu’on l'en surcharge encore.

Je ne sais si ces observations sont Judicieuses, mais je sais que les Arabes acquièrent très-promptement la tenue et la confiance à cheval, tandis qu'il nous faut plusieurs années pour obtenir un médiocre cavalier. Nos hommes sont cependant vigoureux et bien constitués. D’où peut donc venir un tel état d'infériorité? Suivant moi, de notre harnachement, qui veut des bassins larges, des reins souples, des conformations privilégiées, en un mot, quand le leur convient à tous les bassins, à tous les reins, à tous les ventres, à toutes les cuisses imaginables, sert aux vieillards comme aux jeunes gens, et obtient de tous ce que nous ne saurions, nous, exiger que d'un petit nombre.

Sans contredit, nous avons de grandes améliorations à introduire dans notre harnachement. Un peuple ne peut se condamner à ne pas monter à cheval par la seule raison que la selle dont 1l fait usage n’est PRE qu'aux exeeptions.

nm

Je n'ai pas cru devoir terminer la partie la plus réellement spéciale de ce livre sans donner un aperçu des connaissances des Arabes en médecine vétérinaire. Tel est le but que je me suis proposé dans les quelques pages qui vont suivre. — C'est répéter que je ne fais qu'exposer sans nullement prétendre enseigner.

De même que j'avais demandé sur l’œuvre entière l'avis des autorités compétentes, j'ai voulu appeler sur la question spéciale de la médecine vétérinaire l'appréciation d’un homme d’un savoir éprouvé, M. Riquet, vétérinaire prineipal, secrétaire de la commission d'hygiène hippique.

En publiant l'avis de ce praticien distingué, je n’ai, cette fois encore, pour but, que d'offrir, en quelque sorte, une garantie de la conscience qui a présidé à mes études.

« Paris, le 17 février 1851.

«Mon général, j'ai lu avec intérêt les documents que vous m'avez fait l'honneur de me confier et qui sont relatifs aux principales maladies dont les chevaux barbes sont le plus ordinairement atteints.

« Je vous dirai que j'ai été frappé de l'esprit d'observation dont les Arabes font preuve pour ce qui concerne les tares des membres, et de la simplicité des moyens curatifs auxquels ils ont recours pour les guérir. Mais il n'en est pas de même pour les maladies internes: leur ignorance de l'anatomie et des différentes fonetions vitales leur fait croire à une foule de causes imaginaires et faire usage de moyens de traitement que repousse la science.

« Cependant, comme rien n a encore paru sur cette matière, et que dans la liste des maladies que contiennent vos notes il y en a plusieurs qui ne se trouvent pas dans notre cadre nosologique vétérinaire, je suis persuadé que la publicité des documents que vous avez recueillis chez les tribus nomades de l'Algérie offrira de l'intérêt aux personnes qui s'occupent de science hippique.

« J'ai l'honneur d’être avec respect, mon général, votre bien dévoué serviteur.

Le vétérinaire principal, secrétaire de la commission d'hygiène hippique, « RIQUET. »

Avant d'indiquer les différents remèdes qu’on applique dans le désert aux maladies des chevaux, disons quelques mots sur l’art des vétérinaires chez les Arabes. Ce qui est chez nous une science complète, s’enseignant dans les écoles et engendrant une profession spéciale, est, parmi eux, une tradition multiple dont on ne peut réunir les parties qu’en consultant un grand nombre d'hommes placés dans les conditions les plus variées. Autrefois il existait sur cette importante matière des traités soigneusement conservés par les Tolbas ; maintenant les livres ont à peu près disparu, mais leur esprit subsiste encore. Ge qui se lisait se raconte, et ceux

qu'une pareille aptitude pousse vers l'hippiatrique trouvent auprès des lettrés des documents précieux.

Ces documents sont un bien dont ils-doivent compte, en quelque sorte, à leur nation tout entière. Tel est l’amour religieux qui entoure le cheval chez les Arabes, qu’on n’aurait pas de paroles assez amères pour flétrir l'homme qui ferait tourner à son profit ses connaissances de vétérinaire. Celui qui possède l’art de guérir les chevaux doit à tous ses coreligionnaires la complète et continuelle jouissance du don qu’il a reçu. Investi d’une fonction sacrée, il sera toujours à la disposition de qui requerra sa science. Si la pensée lui venait de mettre un prix aux soins qu il donne, on l'apellerait un quémandeur ou un usurier. Son premier devoir est le désintéressement le plus absolu.

Une obligation non moins rigoureuse pour qui sait traiter les maladies du cheval, c’est de ne pas cacher sa science. On ne saurait trop le dire, l’art du vétérinaire est un bien qui n'appartient à personne; cest un véritable trésor national réparti entre plusieurs à titre de dépôt. Quand on songe au rôle que joue le cheval dans Ja vie des Arabes, il n'y a rien là qui puisse être une source d’étonnement. Pour les diseiples de Mahomet, le cheval est un instrument de guerre, et la guerre elle-même est un instrument de propagande religieuse. Celui-là porterait donc une véritable atteinte au culte de sa patrie, qui voudrait ou enfouir ou exploiter des connaissances étroitement liées aux intérêts de la foi.

La seule récompense qu’on puisse offrir à un vétérinaire (tebib el kheil), c'est une généreuse hospitalité. I trouve sous la tente où1l a été appelé une nourriture abondante pour lui et son cheval. Lorsqu'il s’en va, on doit lui dire : Que Dieu se souvienne de tes pères. I répondra : Restez avec le bien.

Loin d’être une source de lucre, cette noble industrie devient souvent onéreuse pour celui qui est tenu de la pratiquer, car le vétérinaire ne se transporte pas toujours sous

la tente de ses coreligionnaires ; souvent c'est chez lui qu'on va le consulter. Il faut, dans ce cas, qu 1l exerce l'hospitalité. Cet homme, renommé par son habileté à soulager la race chevaline, est ruiné par les, frais continuels que cette habileté lui impose.

Malgré l'absence de toute école vétérinaire, 1l n’est pas rare cependant qu’on envoie dans le désert, chez un homme renommé par sa science, des jeunes gens destinés à répandre dans les tribus ce qu'ils ont appris sur les maladies des chevaux. Celui qui forme ainsi des disciples ne recevra aucune rétribution en argent, mais 1l pourra recevoir des cadeaux en blé, en moutons ou en vêtements ; ses écoliers ne seront pas à ses frais, et contracteront envers lui une dette de reconnaissance dont ils ne se croiront jamais libérés.

Il y a un seul cas où le vétérinaire peut recevoir un véritable témoignage de munificence, le voici: quand un Arabe, élevé en dignité ou en fortune, voit un cheval pour lequel 1l a une particulière affection atteint d'une maladie grave, 1l appelle à une consultation sous sa tente quatre ou cinq des vétérinaires les plus renommés. Après qu'on est convenu du traitement à adopter, les hommes que l’on a appelés confient à l'un d'entre eux le soin d’exécuter leur prescription. Celui qui a été choisi reste sous la tente du personnage important jusqu à la guérison ou jusqu'à la mort du cheval malade. Quand il part, on lui donne un chameau, un cheval ou des vêtements.

Il y a, si je ne me trompe, dans les détails exacts que je viens de donner, un enseignement plus haut que la matière même dont je m'occupe. Dans ces relations simples, dignes, prescrites d'avance jusqu'en leurs moindres détails entre le vétérinaire et ses coreligionnaires, on peut saisir tout nn côté de la vie arabe. On retrouve là le peuple qui rapporte à une pensée religieuse tous les actes de sa calme et périlleuse vie. Cela dit, revenons à notre sujet.

BLeimEs (Rahsa.) — Parer le pied, arriver à la blerme, la mettre à nu, ne pas craindre de la faire saigner, et puru-

lente, suppurée ou non, y introduire de la résine, de la graisse rance et du goudron que l’on fera fondre par l’application d’un fer rouge. Ensuite ferrer en recouvrant toute la sole et la fourchette avec un cuir placé sous le fer. Le lendemain le cheval peut marcher.

ArTeINTEs (Jelhag el djerida) (proprement il atteint la liste). — Pour les atteintes en talon, on applique sur la partie contuse une espèce de pommade faite avec du henna! et du sadje pilés, et réunis par du beurre rance.

1 Henna. — Les Arabes appellent henna le lawsonia inermis. Le benna est un joli arbrisseau qui a une grande ressemblance avec le troëne, et qui s'élève à la hauteur de trois à quatre mètres; ses feuilles sont d'un beau vert luisant.

On cueille les feuilles dans le mois de juillet; on les fait sécher au soleil, puis on les réduit en poudre très-fine. Les indigènes, et surtout les femmes. s’en servent pour teindre leurs ongles, l'extrémité des doigts,

On regarde comme très-dangereuses les atteintes sur les tendons, surtout lorsqu'elles ont amené un engorgement. Le moyen euratif est l'application d'un emplètre de fine fleur de froment délayée dans des blancs d'œufs. Cet emplâtre, étendu sur une bande de toile de trois ou quatre pouces de largeur, doit être maintenu en haut et en bas par un ruban plat, jusqu'à ce qu'il soit de lui-même devenu adhérent. Cet effet ne tarde pas à se produire, si bien que, le temps venu de l’ôter, on ne doit le faire qu'avec précaution etau moyen de l’eau tiède.

Crevasses (seurr). — Éloigner avec soin la boue, l'urine, la malpropreté enfin.

Faire des applications de son bouilli dans l’eau à laquelle on aura ajouté un peu de vinaigre.

Ou bien mettre sur la crevasse une espèce de pâte faite soit avec du henna et du xadje pilé, soit avec du beurre frais et du foutya ‘ réduit en poudre. |

Avant de renouveler les applications, 1l faut toujours nettoyer les parties malades avec du savon et de l’eau tiède.

FourBure. — On appeile le cheval fourbu medroube be chair — (frappé par l'orge). — Quand on a commis l'imprudence de faire boire un cheval qui a mangé beaucoup d'orge, 1l devient medroube be chair, — frappé par l'orge.

la paume des mains, les orteils, les cheveux ; elles sont employées pour teindre la crinière, le dos, les jambes des chevaux, surtout lorsqu'ils sont d'une couleur blanche. :

Dans la médecine arabe, on emploie le henna contre les contusions, les blessures, les gonflements, les abcès, etc., pour endurcir les parties, les cicatrices récentes; on l’applique encore sur les muqueuses, dans la bouche, contre le mal de dents, ele , pour diminuer la trop grande transpiration d’une partie du corps.

! Toutya. — Sous ce nom, les indigènes désignent le sulfate de cuivre (vitrwl bleu, couperose bleue) et le sulfate de zinc (couperose blanche).

Il faut se hâter de le saigner aux avant bras et aux saphénes. Ensuite, chaque matin, pendant plusieurs jours, on lui fait prendre un bain d’eau fraîche. On l'y tiendra depuis la pointe du jour jusqu’à ce que le soleil commence à devenir chaud.

Pour compléter ce traitement, on diminue la nourriture du cheval et on le purge en mêlant à sa boisson du jus d'oignon.

Coups DE pixb. — Pour les coups de pied avec ou sans plaie, voici les moyens curatifs que l'on emploie :

Prendre de la racine de bou nafäa *, débarrassée de son écorce, la couper par morceaux et la faire bouillir dans l'huile jusqu'à ce que cette dernière se soit imprégnée de ses principes au point de devenir rougeàtre. Tremper dans l'huile ainsi préparée un chiffon renfermant du gros sel, et bassiner la partie lésée. Elle se gonflera d'abord pour revenir ensuite à son état naturel. |

Faute de bou nafäia, appliquer sur la plaie un cataplasme composé de graisse, de résine et de goudron qu'on aura fait bouillir ensemble.

! Bou nafäu. — Le père de l'utilité, la chose utile par excellence. Ce non est encore synonyie de drias. Ces deux mots sont indistinctement cmployés pour désigner deux ou trois espèces de plantes ombellifères du senre {hapsia.

Les Arabes font un grand usage du bou nafäa. On l'emploie contre les engorgements, les maladies chroniques de la poitrme, de labdomen, etc., etc. (Voir lé Grand Désert, p. 387.)

Capezer (kherradja). — Quand le capelei est récent et peu prononcé, on rase les poils qui le recouvrent, on fait de légères scarifications sur la peau, puis on v met le feu au moyen d'un petit sachet rempli de sel et trempé dans l'huile bouillante imprégnée du bou nafäa dégagé de son écorce.

Ainsi que je l'ai dit en indiquant la méthode curative emplovée pour les coups de pied, on reconnait que le bou nafüa à cédé tous ses principes à l'huile, lorsqu'elle est devenue rouge.

On doit se garder de respirer la vapeur du bou nafüa, qui peut faire mal aux veux.

Quand les capelets sont anciens, très-prononcés, et que Île ussu cellulaire sous-cutané est passé à l’état d'induration, il faut raser les poils qui les recouvrent, y faire une incision longitudinale, disséquer la peau des deux côtés, enlever le üssu induré qui recouvre la pointe du calcaneum, et rejoindre les bords de la plaie ; on termine en appliquant de la graisse rance, de la résine et du goudron qu'on fait fondre par l'application d'un fer chaud. La suppuration s'établit,

cesse bientôt, et au bout de quinze à vingt jours le cheval est guéri. Il faut éviter le contact de l’eau.

Vessicons (beida). — Les Arabes attribuent aux vessigons et aux molettes deux causes principales :

Si le cheval est Jeune, 1l a été surmené ou arrêté trop violemment; s'il est vieux, on l'aura fait souvent boire après une course rapide, tout en sueur, et l’estomac plein.

Suivant eux encore, le vessigon a trois veux, l’un à la face externe du jarret, l’autre à la face interne, et enfin le troisième également à la face interne au-dessous et en dehors du tibia. C’est le plus redouté.

Quand le vessigon est simple, on y applique le feu avec un fer dont la tête représente une circonférence d’une pièce de vingt-cinq centimes, et, bien qu'il ne soit pas apparent à la face interne, comme il ne tarderait pas, disent les Arabes, à s'y dénoncer, on applique par mesure de précaution une autre pointe de feu à l'endroit correspondant, que l’on nomme adyn (l'œil).

Si le vessigon est chevillé, l’Arabe s’y prend d'une autre manière : il ne met qu'une pointe de feu à la partie externe, puis il en applique une au centre de la tumeur interne, qu’il finit par enceindre d’autres pointes très-rapprochées les unes des autres et dont le nombre est en raison de la dimension de la tumeur.

Après cette opération, on met du goudron liquide sur les pointes de feu, puis on applique de nouveau Île feu sur les mêmes pointes, mais plus légèrement, et afin seulement de faire pénétrer le goudron. Il faut toujours terminer par une application de goudron et éviter le contact de l'eau.

En hiver et au printemps, le miel remplace le goudron.

Il est un autre moyen curatif très-fréquemment employé contre les vessigons, et que, presque toujours, j'ai vu réussir.

Raser la place des vessigons tant à la partie interne qu'à la partie externe ; faire, au moyen de scarifications, sortir le

liquide roussätre qu'ils renferment, et puis ensuite lotionner la plaie avec ce que les Arabes nomment ras saboun (la tête du savon), qui n’est autre chose, je crois, qu’üne dissolution de potasse. — Ou bien encore, après les scarifications, on applique le feu avec un petit sachet de sel trempé dans l'huile bouillante.

Il se produit une grande inflammation, puis la suppuration vient, et la guérison arrive bientôt sans laisser de traces.

J'ai vu, lorsque j'étais consul à Mascara, le vétérinaire de lP’émir Abd-el-Kader obtenir, par cette méthode, une cure radicale sur le cheval d’un spahi qui m'avait accompagné.

L'animal avait pourtant les jarrets dans un état tel qu’on en avait désespéré !.

1! OPÉRATION DES VESSsIGOxs. — Le cheval est entravé des quatre pieds, ‘abattu et couché sur la litière et toutes les précautions sont prises afin qu'il ne fasse aucun mouvement qui puisse gêner l'opération.

On rase aiors avec soin l’évidement du jarret, on dépouille entièrement de poils, non-seulement toute la partie malade, mais encore toute la peau placée à quelques millimètres du pourtour.

Ceci fait, une légère incision cruciale est pratiquée sur le vessigon, et les bords de cette plaie artificielle sont relevés afin de faciliter la sortie de la matière qui s’en échappe ; cette matière est jaunâtre, mêlée d’un peu de sang.

Lorsque la tumeur a disparu, l’incision est frottée avec de la graisse de mouton que l’on saupoudre de deux ou trois pincées de résine de sapin pulvérisée ; ensuite on cautérise la plie, au moyen d’une barre ronde de fer, chauffée à blanc; de cette façon, la résine, en fondant, se mélange avec la graisse et se répand avec elle sur les ouvertures pratiquées.

Il est nécessaire que la barre de fer dont on se sert pour la cautérisa-

tion soit ronde, afin qu’elle ne déchire pas les tissus avec lesquels elle se trouve en contact.

Le cheval est alors remis sur ses p'eds et entravé de manière qu'il ne puisse pas se gratter les parties lésées, qui sont recouvertes d’un morceau de rate de mouton maintenu par un linge; cet appareil est laissé sur la plaie jusqu’à ce que les vers s’y meltent, ce qui a lieu ordinairement au bout de quatre ou cinq jours ; ce délai expiré, on laisse les vers dévorer toute la matière caillée dans le fond de la plaie.

Les vers doivent être laissés jusqu'à ce que l’on soit assuré qu'il ne

MoeTTEs (menafeuss). — Quand les molettes sont petites et qu'elles n'augmentent pas de volume, on s’en inquiète peu; on dit même d'elles : Yedemenou el aayoub, « elles préservent des défauts. »

Mais quand elles sont volumineuses, chevillées, ou qu'elles remontent le long des tendons. les Arabes emploient contre elles des moyens énergiques.

Voiei le plus usité :

Paser le poil qui recouvre les molettes, faire ensuite une ouverture longitudinale en prenant bien garde de laisser pénétrer l'instrument trop avant; puis, quand le liquide roussatre que contenait la tumeur s'est entièrement écoulé, mettre sur l'ouverture de la plaie de la résine (œulk senouber), de la graisse rance et du goudron que l’on fera fondre ensemble par application d'une faueille rougie au feu. Vient inflammation d’abord, puis la suppuration, et l'animal est guéri au bout de quinze ou vingt jours. Si la suppuration durait trop longtemps, il suffirait pour l'arrêter de mettre du goudron liquide sur Ja plaie.

reste plus rien de la matière synoviale qui existait dans la tumeur, et que les tissus organiques qui en ont été altérés soient rendus à leur état naturel; cinq ou six jours suffisent ordinairement pour cela : après quoi, on frictionne la plaie avec du goudron, et le cheval est guéri.

Pendant le cours du traitement on ne change rien dans la nouftiture de l'animal, à moins que des circonstances particulières ne lexigent; on à seulement soin de le garantir, autant que possible, des mouches et de tous les accidents qui pourraient le faire se tourmenter.

[l'est préférable à tout égard de faire l'opération des vessigons dans la saison froide, afin qu'il n'en résulte pas une gangrène qui pourrait devenir incurable.

Si les vessigons sont chevillés, on pratique l opération des deux côtés du arret malade.

Les Arabes pensent qu'il vaudrait mieux que le cheval pût être maintenu debout pendant l'opération; de cette façon la matière sortirait plus facilement et ne risquerait pas de fluer en dedans, ce qui peut avoir leu lorsque le cheval est couché.

Note communiquée pur le general Yüsuf.)

On recommande d'empêcher soigneusement l'animal de se mettre les pieds dans l’eau pendant tout le temps que dure le traitement.

S'agit-il d’atténuer les dangers des molettes soufflées qui remontent le long des tendons, on y met le feu sur deux lignes verticales parallèles et réunies par des lignes perpendiculaires. Le dessin tracé représente une échelle.

Le feu se met avec la pointe d’une faucille, avec application successive et en dernier ressort de miel ou de goudron, suivant les saisons. Le miel est, dit-on, préférable en hiver

et au printemps, parce qu'il préserve les blessures de toute humidité.

Éparvin (el djeurde). — L'éparvin, quel que soit son emplacement, est toujours très-dangereux, mais 1l devient, aux veux des Arabes, une cause invincible d'exclusion de tout service, quand il est placé sous la saphène ou que même il l’avoisine.

Is y appliquent le feu de manière à l'enceindre par des pointes assez rapprochées. Le cautère est passé trois fois, et chaque fois les traces de feu sont recouvertes d’une couche de goudron. Au centre de la circonférence et sur l'éparvin même on à soin d'appliquer également une pointe de feu, plus profonde que les autres.

Les Arabes ont renoncé à guérir l'éparvin sec. [ls repoussent, pour la guerre, l'animal qui en est affecté.

Suros (aadom chiche). — Le suros n'est dangereux que suivant la place qu'il oceupe; le cas le plus grave est celui où il avoisine les tendons.

Les Arabes croient que les suros partent du genou pour descendre progressivement et successivement vers les extré-

mites. Il faut, disent-ils, les arrêter dès leur début, parce que cette maladie de l'os finirait par atteindre le boulet et mettre l'animal hors de service.

Ils essayent de le faire en prenant un pain rond, sortant du four, le coupant en deux et l'appliquant sur la partie malade.

Si ce moyen n'a pas réussi, ils bassinent le suros avec un petit sachet plein de sel qu'ils trempent dans l'huile bouillante imprégnée de bou nafüa.

Le poil repoussera, et le cheval ne sera pas déprécié.

Ils préfèrent ce mode à celui du feu appliqué par le fer.

Formes (/ouzxe, amandes). — Les formes, suivant les Arabes, proviennent de l'accumulation et du séjour du sang dans la partie du pied où elles se manifestent. Des entraves trop serrées peuvent les occasionner.

Dès qu'elles paraissent, 1l faut se hâter de saigner l'animal aux veines du pâturon. Cette simple opération suffit souvent pour en arrêter le développement ou même les faire disparaitre.

On nomme fekroune (la tortue) la forme placée en avant de la couronne. Elle est regardée comme la moins dangereuse. On y met le feu de manière à l'enceindre par des pointes assez rapprochées.

On nomme louxze, amande, la forme qui se montre sur l'os de la couronne, elle est très-dangereuse à cause des tendons qui sont dans son voisinage. Pour la guérir on y fait trois applications de feu alterné de goudron, en ayant, en outre, l'attention de placer une autre pointe de feu trèsprofonde à la partie interne de la fourchette. On regarde cette dernière opération comme indispensable.

Quoi qu'il en soit, les formes sont très-redoutées et font exclure un cheval du service de guerre.

BOITERIES DES ARTICULATIONS

JOITERIE. — Toutes les boiteries dont la cause est apparente, disent les Arabes, peuvent se guérir plus ou moins facilement. [l n'en est pas ainsi de celles qui partent des artieulations scapulo-humérale et coxo-fémorale.

Porter DE L'ÉPAULE (djebda, tiraillement). — Pour reconnaître la boiterie de l'épaule, il faut se mettre devant le poitrail du cheval, prendre dans la main le pied du membre qu'on eroit malade et le tirer fortement à soi. Si l'animal, pour éviter la douleur, cède, se porte ou même s’élance en avant, soyez assuré que le mal est dans l’articulation scapulo-humérale. Si, au contraire, il recule, cherchez le mal ailleurs.

La boiterie provenant de l'articulation seapulo-humérale se nomme djebda (tiraillement,.

Voiei le traitement employé dans ce cas :

Depuis le tiers de l’encolure jusqu à l'articulation, pincer la peau, la traverser avee une aiguille à passer et de dix li-

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gnes en dix lignes y faire un nœud bien serré avec de la soie. Il en résulte une irritation favorable à la guérison.

BoITERIE DE LA GUISSE. -— (On reconnaitra toujours que le siége de la boiterie est dans l'articulation coxo-fémorale, lorsque, ayant forcé le cheval de gravir une montée très-rapide, on le voit souffrir horriblement et manifester ses douleurs par de violents efforts.

Alors de deux choses l’une : ou il n'y a que tiraillement du ligament rond (medila), et 1] suffira de mettre le feu sur l'articulation coxo-fémorale; ou la tête du fémur est sortie de sa cavité, et alors, avant de mettre le feu, on devra s'appliquer à l'y faire rentrer.

Pour obtenir ce résultat, les Arabes placent le cheval sur un terrain incliné, ils le maintiennent attaché à un piquet par une entrave placée au paturon du membre affecté, puis le forcent à grands coups de fouet à s’élancer en avant. Les efforts que fait l'animal, se trouvant à chaque instant contenus, suffisent à rétablir l'articulation. Ils arrivent encore à leur but en contraignant Panimal à ne prendre son point d'appui que sur le membre malade, pendant une journée entière.

Dans ce dernier cas, le moyen qu'ils emploient est celui-ci:

Prendre une corde de laine et serrer fortement au-dessus du jarret le membre opposé au membre malade, sur lequel l'animal est inévitablement forcé de se reposer par la vive douleur que lui occasionne la ligature.

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