C2 LES CHEVAUX DU^ SAHARA
Peu de temps après, il. sut que la femme avait été. sauvée par des amis qull avait dans le Tell , .
Mohamed-ben-Mokhtar et sa femme vivent encore, et les \ deux enfants qu'il a emportés sur sa selle sont aujourd'hui \ cités parmi les plus beaux cavaliers de la tribu.
Est-il une scène plus dramatique, plus digne du pinceau, que cette famille sauvée parun cheval au milieu du pillage et de Tardente mêlée?
Et pourquoi chercherais-je à prouver ces faits? Tous les anciens officiers de la. division d'Oran peuvent raconter qu'en 1837, un général, attachant la plus grande importance à obtenir des renseignements de Tlemcen, donna son propre cheval à un Arabe- pour aller les lui chercher. Celui-ci parti du Château-Neuf * à quatre heures du matin, y rentrait le lendemain à la même heuTe, après avoir fait soixante^dix lieues sur un terrain bien autrement accidenté que le désert.
L'un des meilleurs et des plus dangereux cavaliers de celte tribu des Arbâa est encore Èl-Arby-ben-Ouaregla. « Sa balle ne tombe jamais à terre. » H appartient à la fraction des Hadjadj, où il est connu autant par la réputation person-nelle qu'il s*est faite que par une aventure de son enfance:
Il était encore à la mamelle; son père, Moliamed-ben-Dakha, surpris également par les ennemis, le coula dans sa large habaya ^ et l'y maintint avec sa ceinture; puis, tandis que sa famille et ses troupeaux s'enfuyaient, monté sur une jument qui « airachait la larme de Vœil, » il lit le coup de fusil toute la journée à l'vârriérerf^arde, sauva ses richesses^^t tua sept hommes.
Voici comment les Arabes du Sahara résument la perfec* ti(m d'un dieval : Ibdoit porter «n homme lait, ses armes, SCS vêtements de rechange, des vivres pour tous deux, un
* Fort bâti par les Espagnob, résidence du général comniandanl It province.
• Espèce de chemise de laine qae portent souvent les Arabes.
drapeau, même au jour du vent, traîner au besoin un cadavre et courir toute la journée sans penser ni à boire ni à manger.
Dans Topinion des Arabes, le cbeval vit vtngtà vingt-<:inq ans, et la jument de vlngl-f.inq à trente. Quant à Fusage qu*on peut en fatre, un proverbe eyprinae leur idée.à cet égard.
Sebâa el Khrêuofa^ ^ept aat: pounaonufoère;
Sebâa lya, sept <aii9 «pour (moi; ,
Seiêa H adauya^ st^pt.-aue p^uo imtoi ensem».
C'est donc de.sept à ;qualofze ane^ que le cheval estle plus apte à supporter les fatiguesde la guerre.
J'ai eu plusieurs fois la curiosité de demander aux Arabes s'ils savaient d'où leur venaient ces chevaux dont ils étaient si fiers. A cette question, ils désignaient du doigt TOrient, et répondaient : a Ils viennenl de la patrie du premier homme, où ils ont été créés un jouct>udeux;a¥«Rl li»^ j»
Et ils ajoutaient à l'appuî de «ette croyante:
Dieu a dit:
« J'uiHîréé pourl'teomme tout^e-qm est sur. la terre. Je donne tout à Adam et à ses descendants. L'homme sera la plus noble des créatures, .comme 1q cbeyal Je.plu3 noblQ des animaux «
a Or, quand un chef doit venir comcjandeiri on. lui prépare la tente pour l'abriter, les tapis sur lesquels il doit s'asseoir, les aUm]enl&4]ut doivent satisfaire ses goûts, et surtout lés cavaliers qui doivenEile suivre pour exécuter «es ordres* Denc le cheval a dû être créé avant la venue d'Adai». .»
LE^ CHEf AL' NeBtD;
Où sont ces chQv8uxTDc4»les >' Dont la mère n'épau» jaiwwisîqut'tf a» cheval «oWb I L'clrier, c'est kuu vie ; l'inaolion; c'est leur mori.) 0 Père des cavaliers!. rjgTn)ï*QlfcCBtdéc«wrre parfewtç
Mais ils sont aussi rares que les vrais amis,
Et, quand ils meurent, on voit la selle verser des larmes.
t)ans rhippodrome de la valeur, ' Que Dieu bénisse le cheval noble !
Sj poitrine est d'acier et ses. flancs sont de fer :
H n'aime que la rapine, la gloire et les combats ;
n nourrit son maitre et sa famille.
Et, quand il court, il humilie la foudre.
Il passe, regardez : le voilà disparu ;
Femmes, ne lui ménagez pas le lait de nos chamelles.
Qu'est devenu le temps où je montais un nageur,
A rœil noir, auj naseaux larges,
Aux membres secs, au cœur fidèle?
C'était un épervier de carnage,
Et la vie ne valait alors rien pour moi
Dès que la bride n'était plus dans ma main.
J'étais jeune, je cherchais le péril.
Je me riais des corbeaux du malheur;
Le loin me paraissait toujours près.
Et ma tente regorgeait de butin.
En été, quand le sommeil a donné sa nourriture à mon corps.
Quand Tœil de la lumière a dissipe les ombres de la nuit,
Et quand la chaleur mord tout, jusqu'à la pierre.
Le chant de la tourterelle me remplit de désirs.
Au milieu des rameaux du palmier que le moindre vent agite,
«Sur la feuille qui se plaint et soupire,
La passion la dévore.
Par ma tête ! elle réveille en moi les ardeurs des jours passés.
On m'a dit : c Ah! tu veux encore celles qui mettent du noir à
leurs paupières? »
Et j'ai répondu ; • Non, devant mes yeux Rien n'égale à présent mon cheval de race. Avec lui, je suis fier; je chasse et j'augmente mes richesses ; Avec lui, je lutte, et je prçtége le pauvre et l'orphelin; Avec lui, je punis les injures et j'épouvante mes rivaux; Il hennit comme le lion rugit dans la montagne; C'est un aigle qui plane dans les airs. »
Mais retirez-vous, isouvenirs de ce monde!
Le plus puissant n'en a jamais emporté qu'un linceul.
Je suis connu par le buveur d'air, la nuit et les combats ;
Je suis connu par le sabre, le cboc, la plume et le papier ;
Je suis plus aigu que la lance, et je supporte la faim comme lô
loup.
C*est égal, aujourd'hui je désire la solitude : La solitude, c'est le bonheur, le temps m'en a instruit. Jamais on ne me verra plus rechercher ni le cheval, ni les femmes,
ni la cour d'un émir.
OBSERVATIONS DE UÉMÎP» AED-EL-KADER.
Les chevaux, bien qu'ils soient d'une même famille, sont de deux espèces différentes : la première est la race arabe, Taulre la race des Beradm. — C'est ainsi que les bœufs, bien que d'une seule famille, sont d'espèces diverses : la première, celle des bœufs, qui est la plus connue ; la seconde, celle des buffles, toutes deux aussi différentes par leur agilité et leur pesanteur que les chevaux arabes le sont des chevaux beradin. — C'est encore ainsi que la famille des chameaux est une et compte cependant plusreurs espèces : lal'ace arabe et la race bakhati * .
Si le poulain a pour père un cheval arabe et pour mère une jument arabe, il est incontestablement noble, Hoor.
S'il a pour père un cheval arabe et pour mère une jument Leradi, on l'appelle: Hadjin.
S'il a pour mère une jument arabe et pour père un cheval beradi on le nomme Meghrif, et il est inférieur au Hadjin,
* Race du Khorazan qui a deux bosses et qui est plus grande que l'autre.
CG LES CllEVAUX DU SAHARA.
On voie par là qu'an père appartient toujours le rele le plus important.
Suivant nous, s'il est impossible, dé Mre d'une race où le sang est mêlé.unarace pure, il est, au, contraire, reconnu que Ton peut toujours faire remonter à la noblesse primitive une race pure qui aurait été app^iuivrie,; soil par^la privation de nourriture,. SQbi par des t^v^ux:ex«essife et non appropriés à la nature da cheval,' soit par le man<|ue de se^ns, dont, en un mot, la dégénérescence n'a pas pour cause un mélange de sang.
Quand il n'y a pas de notoriété publique, c'est par l'épreuve, par la vitesse unie au fond, que les Arabes jugent les chevaux, qu'ils en reconnaissent la noblesse, la pureté de sang ; mats les formes révèlent aussi leurs qualités.
Un cheval de raqe est celui qui a :
Trois choses longue^, — Trois choses courtes. — Trois ^ choses larges. — Ttpis choses pures. .
Les trois choses longues sont : les oreilles^ Téncolare et les membres antérieurs;
Les trois choses courtes sont : l'os de la quetuo, les memr bres postérieurs et le dos;
Les trois choses larges sont : le front, le poitrail et la croupq.
Les trois choses pures sont : la peau, les yeux et le sabot.
11 doit avoir le garrot élevé, les flancs évidés, dépourvus de chair.
« Est'Çe que tu exécutes la course.de grande vitesse avec des chevaux hauts de garrot et minces de flancs ? i
La queue doit être très-fournie à sa racine aftn qu'elle remplisse l'espace entre les cuisses.
€ La queue ressemble au voile de la fiancée. »
L'œil du cheval doit s'incliner paraissant regarder le nez, comme l'œil de l'homme qui louche.
« Semblable à vne.bçlle coquette qui louche à travers san^ voile, son regard tourné vers le coin de Vœilperceà tr4iver$
la crinière, qui, comme un vaik, lui couvre le front, h
Les oreilles, *- elles ressemblent à celles de Tantilope ef< frayée au milieu de son troupeau.
Les narines : — larges.
f Chacune de ses narines ressemble à V antre du lion, U vent en sort quand il est haletant, n
Les boulets : — petits,
« Les boulets deleursjambes de derrière serU petits et les musdes des djeupp côtés de la mmailk sontpr^minenâsiks ' parties interne et externe M paturm) • . » i
Le toupet : — fourni.,
f Au temps de la peur, monte une cavahMgère dont le front est couvert par une crinière épaisse. »
Les cavités dans l'intérieur des narines entièrement noires;, si e]l^s sojit partie noires £\ |)arUe blanehss/ le cheval est de médiocre valeur.
Le sabot ; — arrondi..
t.l^.s(AQtress$véleàh£ovfeiAXeseime^^ '•
Les fourchettes :-- doues «t âècbesv
fLes fourchettes cachées som le^ssabots sedécomreni. qui%ndilJève.kspieds^et:resse»Mm^,,par leur dureté, à de» nafiavxd4i^da1i^ s^éekaj^f^nii^ sm^ s^^btiseri sous lecowp dun. pilm^ » .
Les fanons : -* épais.
a Hs,Qnt4e& f(mms qnir^mmMmta'm^miesneh'es cachées .sans X aile de VaigU; ç^mme lellesi ils deviennent noirs dans la chaleur du comimU t y *
Le3abot; — dui;.
« Ils marchant sur des sabaisl^scomme^les pierres d'%m eau stagnante^ couverte. deimtmsse,^ r^
« Quand mpnchevfkl court vers un but^ il fait entendre un bruU semblable à celuidesAiles qui s'agitent; et son hen^ nissement ressemble à.laj}oii€ mélancolique du rossignol. »
€ Son col est long et gmcieux comme cehd de l'autruche
mâle; son oreille est fendlie en deux et son œil noir plein de feu. »
« Par son élégance, il ressemble à une image peinte dans un palais, il est majestueux comme le palais lui-même, »
Si, en allongeant l'encolure el la tête pour boire dans un ruisseau qui coule à fleur de terre, un cheval reste bien d'aplomb sur ses quatre membres sans replier Pun de ses pieds de devant, soyez assuré qu'il est parfaitement conformé, que toutes les parties de son corps sont en harmonie, et qu'il est de race.
Parmi les chevaux des tribus du Sahara, ceux des Ahmian, des Arbâa, des Oulad-Naïl el de leurs annexes, sont les plus patients contre la faim et la soif, les plus résistants à la fatigue et les plus viles à la course, les plus propres à soutenir le galop de plusieurs jours sans discontinuer, très-différents en cela des chevaux du Tell,
Il y a eu, dans les anciens temps, plusieurs étalons dont la renommée est parvenue jusqu'à nous, en»re autres : ei Koura de la tribu des Beni-Timim el Aomidj (concave) chez les Beni-HeJal.
On raconte, au sujet de ce dernier, l'anecdote suivante :
Son maître, à qui l'on demandait : Que peux-tu citer d'étonnant de ton cheval ? fît ce récit :
a Monté sur Aouadj, j'errais un jour dans le désert, lorsque je fus pris d'une soif violente; pour mon bonheur je rencontrai une bande de ketaa qui se dirigeait vers une source : Je les suivis, et quoique retenant mon cheval autant que possible, j'arrivai à Teau en même temps que les ketâa, et, sans m'etre arrêté une seule fois en route, c'est l'exemple le p!us extraordinaire de vitesse, car le vol du
ketâa, ordinairement déjà très-rapide, Test encore beaucoup plus quand, poussé par la soif, il va à la recherche de Teau. »
Le maître d'Aouadj ajouta : c Si je n^avais pas modéré son élan en tirant la bride de toutes mes forces, j'aurais devancé le ketda. >
Voici Torigine du nom de cet étalon : il était encore tout jeune, lorsque son maître fut attaqué par des ennemis et forcé de s'enfuir. Le poulain étant encore trop faible pour suivre seul, on le chargea dans un sac sur une béte de somme. G*est de là que lui venait la courbure de son dos et son nom : Aonadj.
Un autre étalon célèbre... ici Témîr raconte l'origine de la race des Ilaymour, Voy, pag. 54 (p. 53 de la première édition et 63 de la seconde) et ajoute : «Quiconque a vu des chevaux de cette race ne doute pas un instant de là vérité de ce récit, car leurs rapports avec le zèbre frappent les yeux. •
iŒ LA iiOMEf DE «LA. GE9TATI0H, DE LA PARTURITION ET DU SEVRAGE
L&, l>i*PV <î*.or neipeiU êlre fei^qtt'ayec.4« For. \
Les Arabes prétendent que l'âge le plus favorable à la reproduction est, pour les juments, de quatre à douze ans, et, pour les chevaux, de six à quatorze.
En fait, les gens riches appliquent seuls ce principe; les autres, mus par la nécessité ou par une cupidité mal ep^^ndue, ne s'en écartent que trop souvent.
Exigeants pour la jument, qui doit être de bonne origine, vile à la course, d'une haute taille, d'une bonne santé, de ^formes gracieuses, avoir le ventre et le bassin larges, les Arabes se montrent, en outre, très -difficiles sur le choix de l'étalon. Il n'est pas rare de les entendre dire* : Choi-
* Choisissez V étalon, etc. — Pensant que ce principe des Arabes trou, verait de nombreux contradicteurs, j'ai voulu connaître à ce sujet l'opinion d'un homme qui passait pour l'un des plus habiles cavaliers de son peuple, et je me suis adressé à l'émir Abd-el-Kader lui-même. Voici ce qu'il m'a répondu :
c La noblesiie du père est la plus importance. Les Arabes préfèrent de
DE L'ETAfLON ET DE^ L\ JUMENT. 71
sissez l'étakn et choisissex4e encore ; car les produits res* mnbleiit ^ujours plus à leur père qiià leur mère. Souvenez-vous que la jument nest qu'un sac : vou^ en retirerez de Vor si vous y avez mis de Vor^ et vous n* en retirerez que d/u (mvresivons n'y avez mis que du cuivre. Ils ne voient pourtant aucun mconvénient à ^çe que le cheval soit plus petit' de taille q-ue la jument, pourvu qu'il soit de race pure et parfaitement, constitué*. Ils font surtout passer les qualités de» fond, de vitesse et de isobrièlé avant celte beauté de eenv^tion qui ne i»anque jamais de nous séduire. Ainsi, «n étalon gras, luisant, arrondi, et qui ne doit ces formes brillantes qu'à un excès de nourriture, à la paresse ou à Tinaclion, excile lau plus- haut point leur méfiance. Ils diront de lui : Ne nous pressons pas yVoyo^ns4e à rœuvre;il ny a peut-être là quune peau de lion stir le dos d'une Afache.
Mais, en revandie, ils tiennent toujours pour un véritable père le clieval des longs parcoiffs, dont la chair est ferme, la côte nue, les meinbics secs et la respiration puissante, quand il est doué d'un bon caractère, et s'il a donné la preuve d'une grande résistance à la fatigiie, à la misère et aux intenspéries.
Quant à la jument, le procès est pendant depuis des -siècles; aujourd'hui, comme autrefolsyOû se plaît; àinous représenter un Arabe à^^é de sa jument; Torde l'adieleur
Wucoup le produit d^un cheval de sang et d'une jument commune, au produit d'une jument de sang et'd'ùn cheval commun." Ils considèrent la mère comme donnant moins aux prodotls : c^est, dieient-ils, un vas& t{\ii ïït^ïi un dépôt et qui le rend sans en changer la nature. Toutefois, si la race se rencontre avec la race, sans nul doute c'est de Tor. »
* Les Arabes du Neâj^d aiment inieûxftnre«allilir leursjurtiehts^arun tilsindieral de noble origine que par un beau cheval de race moins pure. Us prétendent quela famille produite par le premier ira toujours en s'aniéliorant, tandis que les générations provenant du second ne pourront que s'âviHr de plus en pins. {Voyage dans la haute Aster parM.Pétiniaud; in- ^poctcur gi'tiéral des lia ras; ouvrage inédit.)