‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désertChapitre 20 sur 89 · CO LES CUEVAUX DU SAHARA · texte numérisé non relu

CO LES CUEVAUX DU SAHARA

marchai longtemps, craignant d'être poursuivi, mais Mordjana donnait dans la main, et je m^étudiais plutôt à la calmer qu'à Texciter.

« Vers les deux tiers de la nuit, le sommeil me gagnant, je m'arrêtai, mis pied à terre, saisis les rênes et les roulai autour de mon poignet. Je plaçai mon fusil sous ma tête et m'endormis enfin, mollement couché sur l'un de ces palmiers-nains si communs dans notre pays. Au bout d'une heure, je me réveillai; toutes les feuilles du palmier-nain avaient été mangées par Mordjana ; nous partîmes. La pointe du jour nous trouva à Sonagui; ma jument avait sué et séché trois fois, je lui donnai du talon, elle but à Sidiboit-Zid, dans YOuadEttouyl, et, le soir, je. priai la prière du soir à Leghrami *, après lui avoir présenté un peu de paille pour lui faire attendre patiemment l'énorme musette d'orge qui l'attendait.

« Ce ne sont pas là des courses pour vos chevaux, me dit Si-ben-Zyan en terminant; pour vos chevaux à vous autres chrétiens, qui allez d'Alger à Blidah, treize lieues, loin comme de mon nez à mon oreille, et croyez pourtant avoir fait beaucoup de chemin, m

Cet homme avait fait, lui, quatre-vingts lieues en vingtquatre heures; sa jument n'avait mangé que les feuilles du palmier-nain sur lequel il s'était couché; elle n'avait bu qu'une fois, à moitié chemin, et il me jura par la tête du prophète qu'il aurait pu aller coucher le lendemain à Cardaya (quarante-cinq lieues plus loin), si sa vie avait été en péril.

Siben-Zyan appartient à une famille de marabouts des Oulad'Salahhy fraction de la grande tribu des Arbâa. Il vient

' Berouaguia, à sis lieues sad de Médéali; Sotiaguif h trente et une lieues de Berouaguia; Sidi-Douzidf vingt cinq lieues plus loin, et enfin Leghrouat, à vingt-quatre lieues au delà, c'cst-à-diie à cent sept lieucy sud d'Alger. (Voir sur Leghrouat le Sahara Algérien à la page 27.)

souvent à Alger, racontera cette histoire à qui voudra Tentendre» et l'appuiera, au besoin, de témoignages authen ! tiques. I

Un autre Arabe, nommé Mohamedben-Mokhtary était venu acheter des grains dans le Tell, après la moisson ; ses tentes étaient déjà placées sur Ouad-Seghrouariy et il s'occupait de son commerce avec les Arabes du Tell *, quand le bey Dou- Mezrag (le père de la lance) vint fondre sur lui, à la tête d'une nombreuse cavalerie, pour châtier l'un de ces délits imaginaires que savaient inventer les Turcs comme prétextes à leur rapacité. Aucun bruit n'avait transpiré ; la razzia fut complète, et les cavaliers du Makhzen se livrèrent à toutes les atrocités ordinaires en pareil cas. Mohamed-beri'Mokhtar monte alors rapidement sur sa jument bai-brûlé, magnifique bête enviée et connue de tous les Sahariens, et, comprenant la gravité de la position, il se décide à sacrifier toute sa fortune au salut de ses trois enfants-, il met l'un d'eux, âgé de quatre ans, sur le devant de sa selle ; un autre, âgé de six ou sept ans, derrière lui, embrassant le troussequin, et it allait emporter le dernier dans le capuchon de son burnous, quand il en fut empêché par sa femme, qui lui dit: « Non, non, je ne te le donnerai pas : Us n'oseront jamais tuer un enfant à la mamelle. Pars, je le gardé avec moi. Dieu nous protégera! » Mohamed-ben-Mokhtar s'élance alors, fait le coup de fusil et sort de la mêlée; mais, vivement pressé, it marche Je jour et la nuit suivante, et entre le lendemain soir dans Laghrouat, où il est en sûreté.

' J'ai donna de longs détails sur le commerce des Sahariens a?ec les Arabes du Tell, dans mes livres du SaharcMiiàu. Grand Désert. < Le Tell » ai-jedil, est le grenier du Sahara, le maître du Tell en tient les habitants par Ja famine. — Ils le savent si bien, qu'ils s'en expriment franchement par celle phrase devenue proverbiale . Nous ne pouvons être ni musulmans, ni juiisy ni chrétiens : nous sommes forcément les amis de notre renlre. >

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