FERRURE
L*ouyrier en fer (maréchal ferrant) et Von» ynÎ9t en bottes ne doivent pas payer d'impôts.
Contrairement à l'opinion admise, les Arabes du Sahara ferrent généralement leurs chevaux, soit des deux pieds de devant, soit des quatre pieds, suivant la nature du terrain qu'ils habitent. Ceux qui les ferrent des quatre pieds sont les^babitantsdes pays pierreux, c'est le plus grand nombre. On cite principalement les Ârbâa, Mekhadema, Âghrazelia, Saâid - Mekhalif - Oulad- Yagoub, Oulad-Nayl, Oulad - Sidi- Ghikh, Hamyane, etc. , etc.
11 est d'usage universellement reçu de déferrer les chevaux au printemps, quand on les met au vert dans les pâturages. Les Arabes prétendent qu'on doit alors se garder de contrarier le renouvellement du sang qui s'opère en cette saison.
11 existe dans chaque tribu du désert un douar séparé, nommé le douar des maîtres (douar el maâUemin); ce douar est celui des maréchaux-ferrants. Une profession entièrement et spécialement consacrée à ce complément indispensable de l'Arabe, le cheval, devait être l'objet d'une estime toute particulière ; aussi des privilèges nombreux et inap-
préciables leur sont-ils accordés ; mais je ne sais si dans la concession de ces privilèges on doit voir seulement un hommage rendu à uv art tout équestre, ou si, dans le cas que Ton fait du seul art qui subsiste au désert, il n*y a pas I j souvenir des encouragements donnés aux habiles et savant, artistes de TArabie, de TÉgypt^, de l'Afrique et de l'Espa^ gne, par les Arabes d'autrefois, les brillants vainqueurs di- Goths, les contemporains d'Araoun-el-Raschid.
lies Arabes du Sahara disent que les premiers maréchaux ]eur sont venus des villes jdu littoral, ainsi que de Fass, de Twiis, de Mascara, de Tlemsan eXAeConstantine, et puis que leur profession et leur savoir se sont perpétués dans les familles, de génération en génération.
Le maréchal doit être quelque peu armurier et taillandier, seulement pour raccommoder les mors, éperons, couteaux, fusils, sabres et pistolets. Il fabrique les fers à cheval, les aiguilles à passer, les faucilles, les petites haches, les pioches.
Ils jouissent des immunités suivantes :
Le maréchal ne paye pas de contributions; quand la tribu vient dans le Tell pour y acheter des grains, on se cotise pour lui. — Il partage au reste cette immunité avec Touvrier en chaussures ; Sanaâ el hadide ou sanaâ etemrnague ma ibezeurche : Touvrier en fer et Touvrier en bottes ne payent pas d'impôts.
Il ne doit à personne le kouskoussou ni Tabri, c'est-àdire qu'il est exempt de l'hospitalité (diffa) qui, dans certains cas, pèse sur tous.
Le travail soutenu qu'exige sa profession, les éventualités inévitables auxquelles le soumettent jour et nuit les besoin:» urgents de ses frères, les veilles qu'il supporte, lui donnén*. droit à un bénéfice que Ton appelle aâdet el unaâllem, (la coutume du maître). Au retour des achats de grains dans le Tell, chaque tente lui fait abandon d'une feidra de blé et
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d*orge et d'une feutra de beurre. Au printemps il reçoit encore une toison de brebis.
Si l'on tue un chameau pour la boucherie, il prélève 'a partie comprise entre le garrot et la queue, moins la bosse, ordinairement chargée de graisse, qui est très-recherchée.
Dans les razzias et les expéditions, qu'il ait ou non assisté à Tentreprise, il a droit à une part du butin. C'est habituellement une brebis, un chameau, plus ou moins, suivant l'importance des prises. On appelle cette coutume la brebis du cavalier.
Enfin, le plus important privilège des maréchaux, le signe irrécusable de la protection dont ils jouissaient autrefois, de Testime dont ils jouissent encore aujourd'hui, c'est le don de la vie dans les combats. Si le maréchal est à cheval, les armes à la main, il s'expose à être tué comme tous les cavaliers du goum; mais, s'il met pied à terre et, s'agenouillant, imite avec les deux coins de son bornons, qu'il élève et baisse alternativement, le mouvement de son soufflet de forge, il sera épargné.
Des cavaliers ont plus d'une fois sauvé leur vie au moyen de ce stratagème.
Le maréchal ne peut jouir de cette faveur qu'autant qu'il vit inoiïensif , absorbé par les devoirs de sa profession ; mais, s'il se fait connaître par ses prouesses guerrières, il renonce aux privilèges de son métier et rentre dans la classe com« mune.
Ce privilège est compensé par un inconvénient très-grand. Quand il s'est enrichi, on lui cherche une mauvaise querelle et on lui enlève, d'une manière ou d'une autre, une partie de sa fortune pour Tempêcher de quitter le pays.
Un maréchal dont la tribu a été rasée va trouver les vainqueurs, et, sur la seule preuve de sa profession, se fait rendre sa tente, ses outils, ses fers, ses ustensiles.
Son attirail se compose d'un soufflet (menafmikh) ; c'est simplement une peau de bouc, avec trois orifices, dont deux supérieurs sur la môme ligne, et le troisième à la partie opposée ; par ce dernier sort un canon de fusil ou de pistolet qui doit conduire le vent sur le feu. La femme est chargée de manœuvrer ce soufflet; elle se met à genoux devant le charbon placé ims un trou, et prend dans chaque main un de ces orifices supérieurs qu'elle bouche en ramassant les parois de la peau qui les forment; puis, baissant et étendant alternativement ses mains, elle obtient un mouvement de va et vient qui établit un courant suffisant, sinon expéditif. Les Arabes du Sahara préfèrent, à tout autre plus perfectionné, ce soufflet d'un volume peu embarrassant' et plus facile à transporter dans leurs courses nomades.
Au soufflet il joint une enclume (%ebra}y un marteau (meterka), des limes (mebared), des tenailles {Uggate), et un étau (%iar). Ces instruments, pour la plupart, leur viennent du littoral ; il en est cependant qu'ils font euxmêmes.
lisse procuraient autrefois le fer dans les grands marchés du désert central, à Taugmirt, chez les Beni-MezabCy à Timimoun, suivant le plus ou moins de rapprocbement de ces points par rapport à leur localité» Ils commencent à nous l'acheter.
Ils font eux-mêmes le charbon avec Yarar, le remtj le , senovbeitr et le djedary. Ce dernier est le plus estimé. ;
Les fers sont préparés à l'avance ; le débit en est certain, ' i'es Arabes faisant toujwirs leur provision de l'année, qui consiste en quatre paires de fers pour les pieds de devant et quatre paires pour les pieds de derrière.
Les clous sont aussi forgés par les maréchaux.
Lorsqu'un cavalier va chez le maréchal, il apporte ou n'apporte point ses fers. Dans le premier cas, le maréchal est payé par ses privilèges ; le cheval ferré, son maître le monte
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et dit toQt simplement : « Que Dieu fasse miséricorde à tes pères, — Allah ierham oualdik, i et s'en va ; le maréchal retourne à son ouvrage. i
Si le cavalier n'apporte point les fers, il donne deux boud- > |ous au maréchal qui a ferré les quatre pieds, et le remer* ciment est la plus simple des formules delà politesse arabe: < Alah yaatik salui. Dieu te donne la force, » dit-il ; et il part.
On ferre à froid dans le Sahara. Il y a dans le pied du cheval, disent les Arabes, des parties vides, telles que la fourchette, les talons^ «te., qu*il est toujours dangereux d'échauffer, fût-ce seulement par l'approche du fer rouge. Cet ^ éioignement pour le fer cbaud, motivé par l'action funeste de la chaleur sur les parties délicates du pied, est tellement prononcé chez eux, que, dans les bivacs, quand ils nous voi^t ferrer nos chevaux, ils disent : t Voilà les chrétiens qui mettent de Vhuile sur du feu. » En un mot, ils ne peuvent concevoir comment, dans les marches surtout, où le mouvement amène le sang dans les pieds du cheval, on peut augmenter par rapproche du feu cette chaleur naturelle.
La ferrure est très-légère, d'un fer doux et liant. Les fers sont à éponges réunies. On ne met pour ceux de devant que trois clous de chaque côté, les pinces sont libres, jamais on n^y pose de clous ; suivant les Arabes des clous en pince gêneraient Téliâtieité du pied et feraient éprouver au cheval, au moment où il poserait sur le sol, absolument la même ' sensation qu^à Thomme une chaussure trop courte. De là une foule d'accidents. [
> On ne ^re pas les pieds, on ne les raccourcit pas non plus. La corne du cheval pousse librement; le terrain, fort pierreux, et le travail Incessant suffisent à l'user naturellement à mesure qu'elle pousse et dépasse le fer. On ne sent la nécessité de parer les pieds que quand les chevaux ont été longtemps attachés devant la tente, sans travailler, ou quand
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on est resté dans le Tell. Les Arabes se servent alors tout simplement des couteaux affilés qui ne les quittent pas. Cette méthode a encore cet avantage qu'un cheval déferré peut continuer sa route, parce que la sole est dure et résistante. « Chez vous, disent-ils, avec votre habitude de parer le pied, si le cheval se déferre, il faut s'arrêter ou le voir en sang, boiter, souffrir, etc. »
Les fers sont à éponges réunies, parce que le cheval ne pouvant souffrir que de la partie vive et non de la partie dure, c'est la fourchette qu'il faut préserver de tout accident. Les éponges doivent suivre la courbure de la fourchette.
Ils donnent aux têtes de clous la forme d'une tête de sauterelle, seule forme, prétendent-ils, qui permette aux clous de s'user jusqu'à la fin sans se casser. Us approuvent notre méthode de faire entrer les clous dans les étampures et de les river extérieurement, ce qui empêche les chevaux de sa couper ; mais leur pauvreté en fer les force à se contenter, eux, de rabattre les clous sur la corne, afin de pouvoir les faire servir une deuxième fois en refaisant la tête.
Quand un cheval forge, on lui raccourcit les talons, on donne des fers légers aux pieds de devant, les fers de derrière sont plus lourds.
Ils se gardent bien de laisser à leurs chevaux un pied ferré et l'autre dégarni. Si, dans une course, un cheval se déferre d'un des pieds de devant, et si le cavalier n'a pas de fers avec lui, il met au pied dégarni l'un des fers de derrière '^t dégarnit l'autre.
Si le cheval n'est déferré que du devant, on lui déferre l'autre pied plutôt que de le laisser dans cette position.
Quand xxv cheval, après une longue course, telle que savent en faire les cavaliers du désert, a besoin d'être ferré, il n'est pas rare de lui voir placer un morceau de feutre entre le fer et le pied.