A CÔTÉ DU NOBLE
c Dans leur nombre, il s'en trouve un noir, aux membres robustes et orné d'une marque blanche au front; quand il sent la bride dans la bouche, il s'enlève, franchissant les lignes tracées pour indiquer le but.
c L'étoile qui brille sur son front égale l'édat de Hirzam {étoile de la eonsUllation (TOrion).
c Puis un bai-brun aux crins noirs, doué par la nature de qualité admirables, au poil lisse, portant aussi l'étoile au front et une mar* que blanche sur la lèvre supérieure.
c Ensuite un noir-zain sans pelote, mais partageant leurs excel^ lentes qualités.
c Ds ont été amenés pour faire l'admiration des iqpectateun impa* tîents de les voir paraître dans la lice.
c Des cavaliers les montent, robustes comme des barres de fer et petits de taiUe ; leur voix ressemble au rugissement du lion.
c Assis sur leurs coursiers, ils semblent des étoumeanx planant sur le plateau d^une montagne.
202 LES GHEVâLX DU SAHARA.
ff 11$ se mettent enfin en ligue sur leurs chevaux au milieu de rassemblée des spectateurs; un, homme, musulman comme eux, siège en qualité de juge, ils l'ont choisi d'un commun accord pour leur arbitre, et certes ses décisions ne seront pas entachées de partialité.
ff Les chevaux lancés dans Tarène se dispersent aussitôt comme des perles qui tombent d'un collier, ou comme une bande de perdrix ^ises (ketaa), aperçue par un faucon qui fond sur elles, les attaquant :ivec fureur.
ff Le noir, à la marqu^ blanche au front, arriye le premier.
ff Le bai, à la sombre crinière, est le second, et le noir-sca est sans reproche, il arrive le troisième.
« Le Tàli est le quatrième, il vient à la suite; mais que lliabitant du Tahama est loin de Thabitant de Nedjd 1
ff Le cinquième Et Môurtah n'encourra pas de blâme, il a couru tant qu'il a pUi
c L' Aatip est le sixième ; il arrive tout inquiet encore, et sa crainte a failli Tarréter en chemin*
« Le septième est le Hadi, le distributeur des prix lui donne aussi le sien.
c Le MoDHAMMiL, qui donnait tant' d'espérancee i'SMi maître, est arrivé enfin le huitième. Il s'est trouvé déçu; le malheureux a renconlré'en chemin Toiseau dé mauvais augnre.
# ff II a laissé passer devant lui sept chevaux et est arrivé le huitième, u mm lé huitième cheval n'est pas des -gagnants;
^ « Le neuvième arrive enfin, c'est le Lathim (le souffleté); il reçoit d^ coufA) de tout le monde.
ff Sur ses traces vient en trottinant le Sokeït (le silencteua), h timibto sut lU/ipccbei XhunuiiatMn, flir^lft StodIL
t Le cavalier qui le monte, aussi à la queue des autres, est l'objet des reproches de tous, mais plus encore son palefrenier.
• On aurait beau demander quel est son maître, ou n'aurait point le réponse de ceux que la honte a rendus muets.
« Celui. qui ne conduit pas aux courses les cheiraui les plus nobles par la naissance doit dqjà s'en repentir.
ff En y assistant, nous avons éprouvé la plus grande joie, sans parler de la gloire et du gain que nous. y avons recueillis,
f En échange des sept, roseaux plantés au but de la course et enlevés par, les sept premiers arrivants, nous avons reçu des cadeaux magnifiques, tek qu'il convient de les offrir.
fl Des toiles rayées de i*Yemen, teintes de couleurs variées, et des haïks en soie et en laine.
(( Nous avons emporté toutes ces étofTes étalées sur nos chevaux, leurs bords étaient rouges comme du sang.
« Outre cela on nous a donné des pièces d'argent par nûlliers; mais cet argent, jamais nous ne le gardons, nous le distribuons entre les domestiques qui soignent nos chevaux, bien que nous les soi- ^ions plus qu'eux de nos propres mains.
(k Ce sont des chevaux qui n*ont pour boisson que l'eau la plus pure, et pour nourriture les aliments les dIus choisis. »
La loi musulmane distingue trois manières d'engager hs prix dans les courses de chevaux. La première est permise d'une manière absolue, la seconde est permise conditionnd- Icment, la troisième est absolument défendue.
!'•. Un homme étranger aux intérêts de la course offre un prix en disant : Celui qui sera vainqueur à la course gagner^
204 LES CHEVAUX Dt SAHARA.
le prix. » Les rois, les chefs, les grands personnages que leur rang ou leur fortune met dans une position élevée offrent quelquefois des prix de cette façon, ce qui est pernû; sans condition.
. 2* Un individu intéressé à la course, dit : « J'offre un prix qui sera donné au premier arrivant. » Cette manière est permise, à la condition que si le donateur arriva le premier» ce prix sera donné à l'assemblée.
La troisième manière est celle où chacun des individus engagés dans la coursé offre un prix au profit de celui par lequel il est devancé. Ce genre de course constitue un véritable pari et est, par conséquent, absolument défendu.
A plus forte raison, les paris de personnes étrangères à la course sont-ils formellement prohibés.
UÉDECmE YËTËRINÂIRE CHEZ LES ARABES
Chez nous, celui qui possède Tart de guérir les cheTaux doit à tous ses coreligionnaires la complète ei continuelle jouissance du don «{u'il a reçu.
Je n'ai pas cru devoir terminer la partie la plus réellement spéciale de ce livre sans donner un aperçu des connaissances des Arabes en médecine vétérinaire. Tel est le but que je me suis proposé dans les quelques pages qtii vont suivre. — C'est répéter que je ne fais qu'exposer sans nullement prétendre enseigner.
De même que j'avais demandé sur Tœuvre etitière l'avis des autorités compétentes, j'ai voulu appeler sur la question spéciale de la médecine vétérinaire l'appréciation d'un homme d'un savoir éprouvé, M. Riquet, vétérinaire principal, secrétaire de la commission d'hygiène hippique.
En publiant l'avis de ce praticien distingué, je n'ai, cette fois encore, pour but, que d'offrir, en quelque sorte, une garantie de la conscience qui a présidé à mes études.
c Paris, le 17 février 1851.
f Mon général, j'ai lu avec intérêt les documents que vous
m'avez fait l'honneur de me confier et qui sont relatifs aux
principales maladies dont les chevaux barbes sont le plus
ordinairement atteints.
206 LES CUEVAUX DU SAHARi.
« Je VOUS dirai que j'ai été frappé de Tesprit d'observa-' tion dotft les Arabes font preuve pour ce qui concerne les tares des membres, et de la simplicité des moyens curatifs auxquels ils ont recours pour les guérir. Mais il n'en est pas de même pour les maladies internes: leur ignorance de Tanatomie et des différentes fonctions vitales leur fait croire à uiie ftlUle de eauëe^imaginairèsi et^ faire ué^gé dé môjr^ënè de traitement que repousse la science.
« Cependant, comme rien n'a encore paru sur cette matière, et que dans la liste des maladies que contiennent vos notes il y en a plusieurs qui ne s© trouvent pas dans notre cadre nôsôlegiqûB vétérinaire, je suis' persuadé que la publicité des documents que vous avez recueillis chez les tribus nomades de TAlgérie offrira de l'intérêt aux personnes qui s'occupent de science hippique. >
(( J'ai l'honneur d'être avec respect, mon général, votre bieta dévoué serviteur.
Le vétérinaire principal, secrétaxre de la comfhi» sion d'hygiène hij^iquef
a RlQOET. t
Avant d -indiquer les différents remèdes qu'an apf^Iiqaef Jans le désert aux maladies des chevaux, disons quelques mots sur l'art des vétérinaires chez les Arabes. Ce qui est chez nous une science complète, s'enseignànt dans les éroles et engendrant une profession spéciale, est; parmi eux, un^ tradition multiple dont on ne peut réunir les parties qu'en consultant un grarid nombre d'hommes placés dans les conditions les plus variées. Autrefois il existait sûr celte importante matière des traités soigneusement conservés par les Tolbas; maintenant les livres ont à peu près disparu, mais leur esprit subsiste encore. Ce qui se lisait Be raconte, et ceux
qu'une pareille aptitude pousse vers Thippiatrique trouvent auprès des lettrés des documents précieux..
Ces doçumenits gont un bien dont ils doivent compte, ©n quelque sorte, à leur palion tout entière. Tel est Tamour religieux qui entoure le cheval chez les Arabes, qu'on n'aurait pas de -paroles assez améres pour fléîrir Thorarae qui ferait tourner à so^n profit ses connaissances de vétérinaire. Celui qui possède Tart de guérir les chevaux doit à tous ses coreligionnaires la complète etcontinuellejouissancedudon qu'il a reçu. Investi d'une fonction sacrée, il sera toujours à la disposition de qui requerra sa science. Si la pensée lui venait de mettre un prix aux soins qu'il donne, on l'apellerait un quémandeur ou un usurier. Son premier devoir est le désintéressement le plus absolu.
Une obligation non moins rigoureuse pour qui sait traiter les maladies du cheval, c'est de ne pas cacher sa science. On ne saurait trop le dire, l'art du vétérinaire est un bien qui n'appartient à personne; c'est un véritable trésor national réparti entre plusieurs à titre de dépôt. Quand on songe au rôle que joue le cheval dans la vie des Arabes, il n'y a rien là qui puisse être une source d'étonnement. Pour les disciples de Mahomet, le cheval est un instrument de guerre, et la guerre elle-même est un instrument de propagande religieuse. Celui-là porterait donc une véritable atteinte au culte de sa patrie, qui voudrait ou enfouir ou exploiter des con* naissances étroitement liées aux intérêts de la foi.
La seule récopi pense qu'on puisse offrir à un vétérinaire (tebibelkheïl), c'est une généreuse hospitalité. Il trouve sous la tente où il a été appelé une nourriture abondante pour lui et son cheval. Lorsqu'il s'en va, on doit lui dire : Que Dieu se souvienne de tes pères. Il répondra : Restez avec le bien.
Loin d'être une source de lucre, cette noble industrie devient souvent onéreuse pour celui qui est tenu de la pratiquer, car le vétériji^ir^ ne se transporte pas touiours sous
3û tente de ses coreligionnaires ; souvent c'est chez lui qu'on Ta le consulter. Il faut, dans ce cas, qu'il exerce l'hospitalité. Cet homme, renommé par son habileté à soulager la race chevaline, est ruiné par les frais continuels que cette habileté lui impose.
Malgré l'absence de toute école vétérinaire, il n'est pas rare cependant qu'on envoie dans le désert, chez un homme renommé par sa science, des jeunes gens destinés à répandra dans les tribus ce qu'ils ont appris sur les maladies des chevaux. Celui qui forme ainsi des disciples ne recevra aucune rétribution en argent, mais il pourra recevoir des cadeaux en blé, en moutons ou en vêtements ; ses écoliers ne seront pas à ses frais, et contracteront envers lui une dette de reconnaissance dont ils ne se croiront jamais libérés.
ïl y a un seul cas où le vétérinaire peut recevoir un véritable témoignage de munificence, le voici: quand un Arabe, élevé en dignité ou en fortune, voit un cheval pour lequel il a une particulière affection atteint d*une maladie grave, il appelle à une consultation sous sa tente quatre ou cinq des vétérinaires les plus renommés. Après qu'on est convenu du traitement à adopter, les hommes que l'on a appelés confient à l'un d'entre eux le soin d'exécuter leur prescription. Celui qui a été choisi reste sous la tente du personnage important jusqu'à la guérison ou jusqu'à la mort du cheval malade. Quand il part, on lui donne un chameau, un che* val ou des vêtements.
Il y a, si je ne me trompe, dans les détails exacts que je viens de donner, un enseignement plus haut que la matière même dont je m'occupe. Dans ces relations simples, dignes, prescrites d'avance jusqu'en leurs moindres détails entre le vétérinaire et ses coreligionnaires, on peut saisir tout un côté de la vie arabe. On retrouve là le peuple qui rapporte à une pensée religieuse tous les actes de sa calme et périlleuse vie. Cela dit, revenons à notre sujet.