‹ Les chevaux du Sahara et les moeurs du désertChapitre 57 sur 89 · LE SAHARA PAR A6D-EL-RADER · texte numérisé non relu

LE SAHARA PAR A6D-EL-RADER

Parsemé de fleurs semblables à des peries. Tu aurais admiré nos plantes, L'étrange variété de leurs teintes»

Leur grâce, leur parfum délicieux; Tu aurais respiré ce souffle embaumé qd double la vie, car il n'a pas passé sur l'impureté des villes.

Si, sortant d'une nuit splendide»

Rafiraicbie par une abondante rosée.

Du haut d'un merkeb S Tu avais étendu tes regards autour de toi, Tu aurais vu au loin et de toutes parts des troupes d'a« nimaux sauvages

Broutant les broussailles parfumées.

A cette HëUrë, tout diiagrin eût M devant M.

Une joie abondante eût rempli ton âme.

Quel charme aussi dans nos chasses i Au lever du soleil,

Par nous, chaque jour apporte l'effiroi à l'animal sauvage.

Et le jour du rahil *, quand nos rouges haouadjej^ sont sanglés sur les chameaux,

Tu dirais un champ d'anémones s'animanti sous là pluie, de leurs plus riches couleurs.

Sur nos haouadjej reposent des vierges,

j ^ Merkeb. — Dans le Sahara, on donne ce nom aux moatidileB dont .' l'aspect rappelle la forme d'un navire.

* Rahil, migration, déplacement des nomades. ^ Haouadjej, litières rouges des chameaux*

Leurs taka ^ sont fermées par des yeux de hooris.

Les guides des montures font entendre leurs chants aigus;

Le timbre de leur voix trouve la porte de Tâme.

Nous, rapides comme l'air, sur nos coursiers généreux.

Les chelils * flottant sur leur croupe,

Nous poursuivons le hauaehe^

Nous atteignons le ghezal *, qui se croit loin de nous.

n n'échappe point à nos chevaux entrdnés

Et aux flancs amaigris.

Combien de déliin * et de leurs compagnes ont été nos victimes !

Bien que leur course ne le cède point au vol des autres oiseaux.

Nous revenons à nos fainilles, à Vheme où s'arrête le convoi, Sur un campement nouveau, pur de toute souillure. La terre exhale le musc *, Hais, plus pure que lui, Elle a été blanchie par les pluies Du soir et du matin.

Nous dressons nos tentes par groupes arrondis ; La terre en est couverte comme le firmament d'étoiles. Les anciens ont dit, ils ne sont plus, mais nos pères nous l'ont répété,

} Taka, fenêtres, 4Bils-de-bœuf des litières.

^ Chelils, voiles flottant sur la croupe des cbevaux.

' Le houachet sorte de bison ou bœuf sauvage.

^ Cbêzaly. gazelle.

^ Délim, mâle de l'autruche.

^ Lu où est passé le gliezal reste l'odeur du musc.

Et nons disons comme eux, car le vrai est toujours Wâi:

Deux choses sont belles en ce monde.

Les beaux vers et les belles tentes.

Le soir, nos^ameaux se rapprochent de nous; La nuit, la voix du* mâle est comme un tonnerre lointain.

Vaisseaux légers de la terre, Plus sûrs que les vaisseaux, Car le navire est inconstant ; Nos maham^ le disputent en vitesse au maha*;

Et nos chevaux, est-it une gloire pareille? Toujours sellés pour le combat, A qui réclame notre secours, Ds sont la promesse de la victoire.

Nos ennemis n'ont point d'asile contre nos coups, Car nos coursiers, célébrés par le prophète ', fondent sur eux comme le vautour.

Nos coursiers, ils sont abreuvés du lait le plus pur; C'est du lait de chamelle, plus précieux que celui de la vache.

Le premier de nos soins, c'est de partager nos prises sur l'ennemi.

L'équité préside au partage ; chacun a le prix de sa valeur.

* Mahari, chameau de course.

* Maha, sorte de biche sauvage blanche. ' Allusion à la sourate du Roran.

Nous avons vendu notre droit de cité; nous n'avons point àrogretter notre marché.

i\ous avons gagné l'honneur; le hader ne le connaît pas.

Rois nous sommes ; mil né peut nous être comparé.

Est-ce vivre que de subir l'humiliation? '

Nous ne souffrons point l'affroût de l'injuste ; noris le laissons, lui et sa terre.

Le véritable bonheur est dans la vie nomade.

Si le contact du voisin nous gêne, Nous nous éloignons de lui ; ni lui, lîi tious^ fi'âvôhs à nous plaindre.

Que pourrais-tu donc reprdfcher au bedoui? Rien que son amour pour la gloire, et sa hbéralité qiii ne connaît pas de mesure.

Sous la tenté, le feti de l'hoèpitalité luit pour le voyageur;

Il trouve, quel qu'il soit, contre la faim et le froid, un remède assuré.

Les temps ont dit la salubrité du Sahara.

Toute maladie, toute infirniité n'habite que sous le toit des villes.

Au Sahara, celui que le fer n'a point moissonné voit des jours sans limite;

Nos vieillards sont les aînés de tous les hommes.

Je les ai surpris avec des chevaux de race pnro au front orné d'une étoile, présage du bonheur, aux flancs amaigris par les courtes, ù la ch;>ir iermo et dure, et tombant sur eux comme le nuage charge cPéclairs qui couvre un défilé.

Le fait le plus fréquent et presque quotidien de la vie arabe, c'est la ra%zia, La gloire est une })elle chose sans cloute, et à laquelle dans le Sahara on a le cœur sensible, comme partout ailleurs. Mais là, on met la gloire à faire du mal à l'ennemi, à détruire ses ressources, en augmentant les siennes propres. La gloire n'est pas de la fumée, c'est du butin. Le désir de la vengence est aussi un mobile; mais estil une plus belle vengeance que celle de s'enrichir des dépouilles de Tennemi ?

Ce triple besoin de gloire, de vengeance et de butin ne pouvait trouver pour se satisfaire un plus expéditif ni plus efficace procédé que la razzia (incursion), envahissement par la force, ou la ruse, du lieu occupé par l'ennemi, du dépôt de tout ce qui lui est cher, famille et fortune.

Les razzias dans le désert sont de trois sortes :

Il y a d'abord la téhha (proprement le tombement, du

verbe tahh, il est tombé), elle se fait au point du jour

ifedjeur). Dans une fc'/i/ia, on n'est pas venu pour piller, on

'est rué pour massacrer; on ne s'enrichit pas, on se venge.

Puis la (hlirotefa), qui a lieu à elàasseuTf deux ou trois heures de raprès-midi. C'est la rapine.

« Et enfin la (terbigiie), ce n'est pas la guerre, ce n'est pas un coup de bandit ni de brigand, ce n'est guère qu'un tour de voleur tout au plui. La terbigue se fait à nous et Ml, à )ninuit.

Quand une razzia est décidée, ceux qui doivent en faire partie se disent entre eux : Rana akeud\ nous sommes nœiid; une entreprise est arrangée, l'association est formée, le pacl<î est conclu, pacte de vie et de mort.

LA TÉHHA.

La téhha est projetée, le chikh donne l'ordre de ferrer les chevaux, de préparer les vivres, de faire la provision d'orge pour cinq ou six jours, plus ou moins. Ces provisions sont mises dans des besaces {semate)j chacun la sienne.

Avant de se mettre en marche on envoie deux ou quatre cavaliers clioiiafin (voyeurs) pour reconnaître l'emplacement de la tribu-qu'on doit attaquer. Ces éclaireurs sont des hommes bien montés, intelligents, connaissant le pays, circonspects. Ils marchent avec précaution et font un grand détour, en cas de surprise ils se présenteront du côté par où les gens à combattre ne voient d'ordinaire paraître que des amis. Arrivés près du but, ils s'embusquent : l'un d'eux se détache à pied et pénètre jusqu'au milieu des douars sans exciter le moindre soupçon. Une fois renseignés sur les for- ' ces et les dispositions de l'ennemi, ils retournent sur leurs pas, et vont rejoindre le goum, qui les attend dans un lieu' déterminé à l'avance, et qui, ainsi que les chouafin, a suivi une direction de nature à n'inspirer aucune crainte à ceux que l'on veut surprendre.

Tous les renseignements sont recueillis, la tribu à en-

vahir est tout près, il faut tomber sur elle à la pointe du jour, car à cette heure on trouve :

El mera bêla hazame, Ou el aouda bêla ledjame.

c La femme sans ceinture Et la jument sans bride. »

Avant de se lancer dans cette mêlée, les chefs adressent à leurs cavaliers une chaleureuse allocution : a Faites attention: qu'aucun de vous ne s'avise de dépouiller des femmes, d'enlever des chevaux, d'entrer dans les tentes, de mettre pied à terre pour faire du butin, avant d'avoir beaucoup tué; rappelez- vous que nous avons à faire à des enfa^its diifécliê, q\ii se défendront vigoureusement. Ces gens ont massacré nos frères, pas de grâce... tuez!... tuez!... si vous voulez à la fois et la vengeance et les biens de Tennemi ; car, je vous le répète, ils ne vous céderont pas ceux-ci à bon marché. »

Puis Je goum se divise en trois ou quatre corps, pour jeter Tépou vante dans la tribu par plusieurs côtés à lia fois. Dès qu'on est à portée, on commence le feu ; aucun cri, tant que la poudre ne s'est pas fait entendre.

Ces razzias deviennent, pour la plupart du temps, d'épouvantables carnages. Les hommes surpris à Timproviste sont presque tous mis à mort, on se contente de dépouiller les femmes de leurs vêlements.

Si le temps le permet, les vainqueurs emportent les tentes, emmènent les nègres, les chevaux, les troupeaux, etc.: les femmes et les enfants sont abandonnés. Dans le désert on ne se charge jamais de prisonniers.

Au retour, on met les troupeaux sous la garde de quelques cavaliers, et Ton forme une forte réserve, chargée de parer à toutes les éventualités de la retraite.

Rentrés dans le douar, les combattants partagent entre

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eux les troupeaux et tout le butin fait snns risque de la vie; ils donnent en sus au chikh trente ou quarante brebis ou trois ou quatre cbamelles, suivant le cas, et ils gratifient d'une manière spéciale les cavaliers qui ont été lances en «claireurs.

Avant de tenter une entreprise de ce genre, chaque tribu se place sous la protection d'un marabout particulier, à qui elle s'adresse dans les circonstances difficiles. Ce que j'ai dit en télé de ce cbapitre fait comprendre que, pour le Saharien, le pillage d'un ennemi est une circonstance qui, malgré ce qu'elle a d'habituel, ne manque pas de solennité. — C'est ainsi que la tribu des Arbâa a pour marabout attitré Sidi-Htmed-ben-Salem-Ould-Tedjiny.

Le succès d'une razzia est l'occasion de grandes réjouîsr sances; dans chaque tente, on prépare une ouadâa (fête) en rhonneur des marabouts, et on y invite les pauvres, les tofbas{\eXlTés)y les veuves, les maréchaux ferrants et les nègres libres.

La téhha se fait habituellement avec cinq ou six cents chevaux ; souvent s'y joignent des fantassins transportés à dos de chameau.

Parfois la tribu que l'on veut attaquer a été prévenue à temps, alors elle prend ses mesures; les chevaux sont selic%, les armes prêtes, il y a combat, et non boucherie ; — beaucoup de cavaliers sont tués de part et d'autre, mais presque toujours les assaillants ont l'avantage, ils ne sont pas embarrassés de femmes et d'enfants comme leurs ennemis; il est rare qu'ils revieiinont sans but'U.

Je crois devoir reproduire ici l'un de ces chants populairoi qui peignent si bien l'ardeur et les péripéties de ces luttes sanglantes, dont l'amour et la jalousie dans le Sahara ne sont que trop souvent les mobiles :

Mon cheral est plus blanc que la neige,

LEâ RAZZIAS. 201

Plus blanc que le linceul ^es horames;

Il bondira comme la gazelle,

Et me portera vers la tente de ton père.

0 Yamina*, fous sont ceuraui nourrissent ton orgueil. Plus fous encore ceux qui me disent de foublier 1 Je voudrais être Tépingle de ton haïk*; Une boucle de tes noirs cheveux, Le meroueud' qui te noircit les yeux, Ou mieux encore le tapis que tu foules à tes pieds.

J*ai fait boire mon cheval à la tête de la source *, Puis j'ai sauté légèrement sur son dos; Mes chabir sont collés à ses flancs ', Et j'ai foi dans mes armes comme j'ai foi dans mon cœur; Ds m'ont trahi pour la lune de mon toe ^, Les jours les trahiront aussi. \

Par Dieu, ô les vautours! Pourquoi nagez-vous ^ dans les airs?

Je demande à Dieu qu'il nous donne l'un de ces combats sanglants Où chacun puisse mourir avec sa chair ^ et non de maladie.

* Tamina, nom de femme très-commun chez les Arabes.

■ Épingle de ton haik. — Grosse épingle eu argent dont se servent los femmes pour attacher leur haîk, longue pièce d'éloffe en laine avec laquelle elles se drapent. €ette épingle, dans le désert, portent le nom do khelala.

• Merouend. — Petit morceau de bois poli, avec lequel les femmes se mettent sur les paupières cet antimoine (koheul) qu'elles estiment tant.

* A la tête de la eource. — Cette expression peint le soin avec lequel les Arabes choisissent les eaux dont ils abreuvent leurs chevaux. On conçoit que l'eau est toujours plus pure à la tête d'une source que dans le bas, où elle a déjà pu être troublée.

• A ses flancs. — Les éperons arabes, à cause de leur longueur, ne peuvent être placés que le long du ventre ou des flancs du cheval.

• La lune de mon dme. — Les poètes arabes ont pour habitude de comparer les Femmes dont ils parlent à la lune. La lune, disent-ils, éclaire d'une clarté plus douce que le soleil ; elle annonce le calme, la fraîcheur, et dispose aux rêveries amoureuses.

' ' Nagez. — Expression qui veut, là, représenter celle de planer.

* Uowrir avec la c/^ir.— Le poète a voulu dire : mourir dans un com-

Vous passerez les. jours et les nuits à vous repaître!

Notre vie et celle de nos chevaux N*appartiennent-eUes pas aux jeunes filles?

Dehors les étrangers, dehors!

Laissez les fleurs de nos prairies Aux abeilles de notre pays. Dehors les étrangers, dehors!

0 le généreux ! la voici donc cette nuit Où nos goums pourront lancer la poudre Jusqu'auprès du douar de Yaminat Pendant que les femmes y seront encore sans ceinture ^,

Et les chevaux entravés dans du fer *, Avant qu'on ait posé les aâtatouche ' sUr le dos des chameaux^ Et que les cavaliers aient chaussé leurs temag- *, Faites que je reçoive sept balles dans mon bornous. Sept balles dans mon cheval.

Et que j'en aie placé sept dans le corps de mon rival \

bat, plein de force et de santé, et non décharné par la misère ou la vieil-

* Sans ceinture. — Les femmes arabes portent toutes la ceinture. Elles l'ôtent pendant la nuit pour la remettre au point du jour.

' Dans du fer. — Dans le Sahara, les vols sont si fréquents, que, pendant la nuit, on met à tous les chevaux des entraves en fer.

* Aâtatouche, — Espèces de sièges plus ou moins ornés suivant la fortune des individus, et que l'on place sur le dos des chameaux, et sur lesquels les femmes arabes s'assoient quand elles doivent voyager*

* Temag, — Bottes en maroquin rouge appelé filaly,

* Sept balles dans le corps de mon rival. — Il y a beaucoup d'Arabes qui pour le combat chargent leurs fusils avec sept balles ou chevrotines, À'hamous; mais, leurs armes étant en général mauvaises et mal tenues, cette habitude devient la source d'une foule d'accidenls. — La quantité de gens estropiés par des canons de fusils éclatés dans leurs mains est considérable. — J'ai connu dans la province d'Oran un chef des Bordjias, nommé Kaddour Ben-l^lokhfy, qui avait la réputation d'avoir tué dans sa vie un grand nombre d'individus. Admirable cavalier, et toujours supérieurement monte, il chargeait son fusil avec sept balles ou chevrotines, et quand, dans une ligne de tirailleurs, il avait, d'un œil d'aigle, aperçu

Le meilleur des amours est celui qui fait grincer les dents.

A la nage, les jeunes gens, à la nage ^ !

Les balles ne tuent pas;

Il n'y a que la destinée qui tue.

A la nage, les jeunes gens, à la nage!

Le cheval de Kaddour est mort, le cheval de Kaddour est mort; Publiez-'le dans vos tribus, elles s'en réjouiront ; Mais, si vous n'êtes pas des juifs *, Ajoutez que, sanglant et blessé, Il a pu sauver son maître et le tirer de la môlée : C'est qu'il n*a pas voulu mentira ses aïeux'. Celui qui n'avait pas été dressé pour la fuite, Celui qui ne savait courir que pour heurter. Mcrouan est mort pour Yaraina, ses jours étaient comptés!

0 mon cœur ! pourquoi t'obstiner  faire remonter les eaux vers les montagnes? Tu es Tinsensé qui poursuit le soleil!

Crois-moi, cesse d'auner une femme Qui ne te cBra jamab oui.

Le grain semé dans un sebkha ^ Ne produira jamais d'épis.

un ennemi téméraire qui, en s'avançant, avait commis la Taute de se dégarnir de son feu, il se précipitait sur lui d'une vitesse tellc« qu'il l'avait ordinairement atteint et jeté par terre, lui ou son cheval, avant que ses camarades eussent pu lui porter secours.

Ce Kaddour-ben-Mokhfy est encore, à l'heure où j*écris, notre agha des Bordjias. *

* A la nage. — Cette expression, dans cette circonstance, veut dire : lancez vos chevaux de toute leur vitesse. ^

* Des juifs. — Expression de dédain dont se servent journellement les Arabes pour piquer Tamour-propre de leurs interlocuteurs.

* Mentir à ses aieux. — A tort ou à raison, les Arabes sont convaincus que le'chcval de race, fût-il blessé à mort, trouvera encore des forces pour ne pas laisser son maître au pouvoir de l'ennemi.

* Sebkha. — Terrain salé qui peut fournir du sel, mais qui résiste à toute espèce de culture.

291 ÎIŒURS DU DÉSERT.

tK KH ROTE FA (lA RAPINE)

Le bu,t de la razzia appelée él krotefa est Tenlèvement d'un troupeau de chameaux qui paît à sept ou huit lieues de la tribu. Cent cinquante à deux cents cavaliers se réunissent en akeud, et se mettent en route; la reconnaissance a lieu comme dans la téhha, mais les dispositions sont prises • en vue d'arriver à Tendroit où doit se faire le coup vers el aasseur (trois ou quatre heures de l'après-midi) et non vers le fedjer (point du jour).

La razzia faite, trois, quatre ou six ybal (troupeau de cent chamelles) enlevés, on se divise en deux partis, Tun, composé des chevaux les plus faibles, prend les devants avec le butin, Tau Ire forme une sorte d'arriére-garde chargée au besoin de tenir têle à Tennemi. On se sépare après s'être donné rendez-vous le lendemain sur un point déterminé. Mais pour mieux dépister les poursuites, le parti qui doit arrêter Tennemi suit un chemin différent de celui des conducteurs des troupeaux enlevés.

Dans ces coups de main, on épargne généralement les bergers, il est rare, du reste, qu'ils défendent un bien qui ne leur appartient pas.

Mais bientôt le bruit, les cris de toute sorte ont donné l'alarme, chacun selle son cheval el s'élance ; puis on s'arrête, il faut se ralliet*, et enfin on se présente en nombre sur le terrain. -^ Cette fois encore les àssaillantà ont pour eux toutes les chances favorables; ils sont aux aguets, prêts à recevoir lennemi, leurs chevaux ont eu le temps de se reposer; ceux delà tribu dépouillé» sont harassés, hors d'haleine; la fusillade s'engage toutefois, mais la nuit vient; aussitôt qu'elle s'épaissit, «que Vœil commence à se noircir, » les ravisseurs détalent, et vont rejoindre au galop l'autre parti qu'ils retrouvent au lever du soleil.

LES r.AZZiAS. 295

Ils ont été poursuivis, mais peu de temps. La conviction que ses chameaux sont hors d'atteinte, la crainte des embuscades, ont bientôt fait rentrer la tribu dans ses tentes.

Quoique le combat qui accompagne ces sortes d'expéditions soit en général peu animé et bien vite interrompu par la nuit, ceux qui y prennent part courent cependant des dangers. Un cavalier peut recevoir une blessure grave qui le mette hors d'état de continuer la route. Il est perdu, si teu^ tefois il n'est pas un personnage de distinction, car alors on ne Tabandonne jamais ; un cavalier vigoureux se charge de lui, Tenléve, le prend en travers de sa selle et le ramène mort ou vif. Quant aux blessures légères, avec la selle arabe, elles n'ont pas de grands inconvénients, et n'empêchent pas de rejoindre le goum.

Au retourdans la tribu, le butin se partage entre ceux qui ont pris part à la krotefa.

EL TERBIGUE.

Pour la terbigue. quinze ou vingt cavaliers seulement, qui se loni akevd, se proposent d'enlever les troupeaux au milieu même du douar.

Ils envoient reconnaître la tribu, et arrivent près des tentes par une nuit des plus obscures.

On choisit un douar isolé, on s'en approche jusqu'à la distance de deux ou trois cents pas. — Trois hommes descendent de cheval et s'arrêtent ; ils détachent l'un d'eux, qui se dirige du côté opposé et fait du bruit pour attirer les chiens. « C'est une hyène ou un chacal qui passe, » se figurent les gens du douar, ils n'y prennent pas garde. Les deux autres voleurs entrent pendant ce temps dans l'intérieur du douar, délient les entraves de dix, quinze ou vingt chameaux, selon le plus ou moins de sécurité, prennent

leurs savates, les frappent Tune contre Tautre, épouvantent et font fuir les animaux mis en liberté.

Les partisans qui ont fait le coup s'éloignent au plus vile ; on leur amène leurs chevaux, et tous rassemblent les chameaux dispersés.

Puis on se sépare en deux bandes, Tune se charge de conduire la prise, tandis que Tautre, s'attardant un peu, se fait poursuivre dans une direction différente.

Si Ton est parvenu à détacher le faâle (rétalon), le coup est des plus heureux, toutes les femelles cherchent à suivre leur mâle.

Le secret dans ces coups de main est d'habitude bien gardé, il est rare qu'ils échouent. Les accidents ne sont pas fréquents; lorsque le douar est sur ses gardes, on se retire.

Ceux qui se hasardent dans de telles entreprises ont généralement de bons chevaux, et se dérobent bien vite à une poursuite, d'ailleurs à peu près impossible la nuit, où les traces se perdent facilement, où les embuscades sont à craindre.

Pour une razzia de ce genre on ne craint pas de faire trente ou quarante lieues. ^ ^

Quelquefois el terbigue se complique d'incidents grotesques. Un parti de cavaliers ne veut pas laisser de réserve pour combattre l'ennemi en cas de besoin ; il s'embusque à sept ou huit cents pas du douar; le plus déluré voleur se meta nu, garde son sabre seulement, lie ses souliers autour de sa tête, en guise d'énormes oreilles. Ainsi accoutré, il se lance dans le douar, tenant à la main un mauvais arçon de selle qu'il agite en tous sens, et dont il frappe la terre de temps en temps. A ce bruit sourd, il joint, des cris d'alarme et d'effroi : « Voilà le goum ! voilà le goum! debout! à nous ! nous sommes vendus, j» Les clameurs, les gambades, Téirange aspect du personnage, le mouvement et le bruit de cette selle qu'il agite, jettent l'épouvante dans le trou*

peau ; chevaux, moutons, chameaux se ruent au dehors et sont recueillis par les cavaliers embusqués.

On s* élance hors des tentes, on prend les fusils, on monte à cheval y mais le voleur est en selle, troupeaux et pillards sont loin, fuyaSt à toute vitesse et protégés par la nuit.

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