EULALIE, LARDENOIS
EULALIE, entrant, figure souriante et pleine (le santé.
Bonjour, mon ami!
LARDENOIS. à part.
Comme elle a maigri !... c’est un spectre! (Haut.) Tu te lèves trop matin... tu vas te fatiguer, (Lui montrant un fauteuil.) Tiens! repose-toi.
EULALIE
Mais je ne suis pas lasse... je me porte à merveille, j’ai déjeuné comme un ogre !
LARDENOIS
Voyons ta langue ?
EULALIE
Ah! tu m’ennuies! en vérité, tu finirais par me persuader que je suis malade.
LARDENOIS
Malade ! par exemple ! (a part.) Sa voix est Gévreuse et saccadée.
EULALIE
Et tout cela, parce qu’il y a huit jours, j’ai eu l’imprudence de valser un peu trop longtemps... je me suis sentie mal à l’aise.
LARDENOIS
Oui... les cloches... ding ! ding !... c’est horrible!
EULALIE
Un étourdissement qui a duré cinq minutes... mais c’est fini, je me porte mieux que toi, maintenant... Veux-tu faire une promenade?
LARDENOIS, à part.
Quel courage! c’est un zouave! (Haut, lui prenant la main.) Pauvre amie! (a part, consultant sa montre.) Le pouls est nonchalant. (Haut.) Voyons ta langue?
EULALIE
Ah! encore! (Elle prend une broderie dans la corbeille à ouvrage.)
LARDENOIS
Non, non! (a part.) Il n'y a pas à hésiter, je vais consulter mademoiselle Prudence, (il remonte.)
EULALIE, passant k droite.
OÙ vaS-tU? (Elle travaille eu marchant.)
LARDENOIS, redescendant *.
Nulle part... je me promène, (a part.) 11 me faudrait quelque chose... une collerette... ou une mèche de cheveux !... c’est
encore meilleur! (s’approchant d’Eulalic avec une paire de ciseaux qu’il vient de prendre sur la table débauché.) Si je pouvais sans qu’elle s’en aperçût...
* Lar. Eul.
EULALIE, sp ret r.irnant.
Que regardes-tu donc?
LAT.DENOIS.
llien... rien... c’est-à-dirc si... je regard*.' les cheveux.
EUI.AI.I E.
Oh! voilà tille idée!... (Elle remonte et passe à gauche.)
LARDENOIS, la suivant.
Tes beaux cheveux qui retombent en cascades... (cherchant à couper.) en cascades...
EULM.IE *.
Eli bien! qu’est-ce que tu fais là avec tes ciseaux?...
* Moi?... rien... c’est pour causer... (Avec sentiment.) Eulalie...
accorde-moi une mèche !
EULALIE, se reculant.
Ah! non, par exemple!
LARDENOIS
Par derrière., ca ne se verra pas... c’est pour mettre dans un médaillon.
El'LALIE.
Ah ÇÙ! qu’est-Ce qui te prend? (Elle va s'asseoir près de la table de gauche et continue à broder.)
• LARDENOIS
CVst la mode... tous les lions se promènent avec des cheveux... dans des médaillons...
Air :
Vuis ce hardi chasseur du Nouveau Monde,
Montrant partout un glorieux tribut :
11 a ravi vingt toupets à la ronde;
Un bouquet seul orne son occiput.
Ainsi, chez nous, bien souvent on procède ;
Fier des trésors par son amour acquis,
Notre lion.quelquefois ne possède D’autres cheveux que ceux qu’il a conquis.
(il lui coupe vivement une miche.) Voilà!... c'est fait!... (il remet les ciseaux sur la table.)
EULALIE, se levant et posant sa broderie.
Ah!...
LARDENOIS , vivement.
Au revoir, ma femme! ça repoussera, va, ça repous-
sera!...
* Eul. Lar.