SCÈNE V
EULAL1E, puis GALIPOINTE.
EULALIE, seule.
Ça repoussera! (portant la main derrière sa tête.) Ah! bien! il a juste coupé au milieu de ma fausse natte! et il va mettre les cheveux de mon amie Edgarine dans un médaillon! Pauvre homme! j'ai eu tort de ne pas lui avouer... Mon coiffeur a prétendu que mes cheveux tombaient ... alors, il m'a conseillé de les couper... mais dans un mois il n'y paraîtra plus.
GALIPOINTE, eu dehors.
Monsieur Lardenois?... c’est ici? bien... merci! (n entre par
le fond.)
EULALIE ’
Monsieur Galipointe!...
GALIPOINTE, à part.
C’est elle! (Haut et très-respectueusement.) Madame, pcrmettez-moi de vous présenter mes très-humbles respects, (a part.) Que cette femme est belle !
EULAL1E.
Quelle surprise de vous voir à Spa! Vous nous amenez Edgarine, sahs doute ?
• ’ GALIPOINTE.
Non... ma femme est d’un autre côté... elle a ses eaux et j’ai les miens!... (se reprenant.) les miennes!
EULALIE
Comment! vous l’abandonnez?
GALIPOINTE.
Que voulez-vous? nous n’avons pas le même tempérament... on lui recommande les sulfureux... et à moi les ferrugineux... alors, j’ai expédié madame Galipointe avec sa tante, qui est sourde, sur Saint-Sauveur, et moi, je suis venu à Spa... Quand j’ai su que vous y étiez, vous si bonne, si belle, si...
EULALIE, l’arrêtant.
Monsieur Galipointe... je n’aime les compliments que devant mon mari.
GALIPOINTE.
Oh! pardon! pardon!
EULAI.1E.
Il ne peut tarder à rentrer... et il sera heureux, j’en suis certaine, de pouvoir serrer la main d’un ami... (Appuyant.) d’un véritable ami.
GALIPOINTE, embarrassé.
Certainement, Madame...
EL’LALIE, saluant.
Monsieur ! (Elle entre au n° 6.)
* Eul. G ali.
SCfcNE VF.
GALIPOINTE , puis LARDENOIS.
CA L1 POINTE, seul.
J’ai encore raté ma déclaration... c’est toujours la même chose... je suis pourtant parti de Paris tout exprès... avec quatre petites phrases... bien tapées' je les ai fait rédiger par mon premier commis, un jeune homme qui fait des vers... trèslongs !... Mais au moment de parler... c'est plus fort que moi... ma langue se fige... Elle est si imposante, cette femme! on dirait la statue de la pudeur sculptée par la main de la décence! (n Ta
à la porte (tu u° 6 et enToie des baisers.)
LARDENOIS, entrant par le fond, et à part*.
J’en viens!... dormait-elle? ne dormait-elle pas? voilà le hic!
GALIPOINTE, se retournant.
Tiens! c’est Lardenois! (il va à lui.)
LARDENOIS, lui serrant la main.
Toi ici, mon vieux! par quel hasard?
GALIPOINTE.
J’ai mal à l’estomac... je viens boire du fer.
LARDENOIS
As-tu vu ma femme ?
GALIPOINTE.
Elle me quitte à l’instant.
LARDENOIS, d’un air dolent.
Eh bien? mon pauvre ami!
GALIPOINTE.
Quoi?
LARDENOIS
Elle est bien changée, n’est-ce pas?
GALIPOINTE.
Pas trop!... un peu engraissée.
LARDENOIS
Engraissée!... ma femme!
GALIPOINTE.
Mais oui! elle est fraîche! elle est rayonnante...
LARDENOIS , avec une poignée de main bien sentie.
Merci, mon ami!.... merci ! mais, c’est inutile.... j’ai du courage!...
GALIPOINTE, à part.
Qu’est-ce qu’il a?
LARDENOIS
Je viens de consulter une somnambule.
GALIPOINTE.
Pour ta femme?
LARDENOIS
Je lui ai mis entre les mains une mèche de ses cheveux...
* Gali. Lar.