CHIENS FAUVES DE BRETAGNE
Les chiens fauves sont des animaux du pays dont la race avait été affinée par les excellents veneurs du temps. Miraud qui renforça les greffiers était un fauve breton. Une des plus belles meutes de ces chiens fut, du temps du roi Jean, celle de Huet des Ventes, gentilhomme cité, dans les Comptes de lArgenterie, parmi les veneurs du roi. Gaston Phœbus en parle, et du Fouilloux le retrouve dans un vieil livre escrit à la main, lequel donna tel blason aux chiens de la meute dudit seigneur, qui suit :
Tes chiens fauves, Huet, par les forests Prennent à foison chevreulx, biches et cerfs. Toy par fustayes emporte sur tous pris
De bien parler aux chiens en plaisans cris.
C’est le même Du Fouilloux qui fait mention, à propos de ces mêmes chiens, € qu'un seigneur de Lamballe, « avec une meute de chiens fauves et rouges, lança un « cerf en une forêt de la contrée de Poinctièvre, et le « chassa et pourchassa l’espace de quatre jours, telle- « ment que le dernier jour, 1l l’alla prendre près de la « ville de Paris. »
Les simples gentilshommes n’élevaient pas beaucoup de cette race parce que, hors le cerf, elle ne faisait que peu de cas du lièvre et courait trop aisément sus au bétail ; ce qui indique des amis un peu sauvages!
Il nous en reste encore de bonnes traces dans nos chiens fauves actuels de Bretagne : leurs exploits sur les animaux de ferme ne sont que trop nombreux et les
jeunes chiens sont toujours à veiller de près dans leurs premières chasses ; même mêlés à de plus vieux, qu’un seul s’emballe, et 1l entraînera tout comme si de rien n’était, après la première bête qui prendra peur devant eux.
On faisait, — et l’on fait encore aujourd’hui, — de bons limiers des chiens fauves... € retroussés et hérigottés, » — ergotés — dit le vieil auteur. Pourquoi ce choix d'individus sans doute contr'onglés ? Est-ce parce que l’on suppose que se blessant avec le contr'ongle, leur
TYPE DE GRIFFON VENDÉEN, (Descendance des Fauves de Bretagne.)
marche en était raccourcie, embarrassée?.. Cela nous semble un peu bien naïf! De nos jours, l’ergot ou contr'ongle s’enlève tout simplement, en jeunesse, à tout chien, qu'il marche à la botte ou au couple.
Être contr'onglé, en termes de vénerie amicale, c’est un mot proverbial équivalent à être toqué, être fou! Il s'adresse, hélas! trop souvent aux humains!
Les chiens fauves antiques devaient avoir du brun
dans le poil et une tache blanche à la tête ou au cou. Les jaunâtres, mouchetés de gris et de noir étaient rejetés; cependant J. du Bec recommande les chiens eslavés pour chasser le lièvre.
Cela peut être. Toutes les races dans lesquelles la couleur s’albinise dégénèrent ; et il est probable que ces individus pâlis, ne se sentent pas la force ou le courage de n'en vouloir qu’au cerf, comme la fière et dédaigneuse race de premier sang.
Ceux-ci étaient vigoureux, pleins de feu, de grand cœur, d'entreprise et de haut nez, extraordinairement vites, ne craignant ni l’eau ni le froid, mars étourdis, impatients, querelleurs, pillards, difficiles à entretenir en bon état, n’aimant pas à rapprocher la voie d’une bête allant de hautes érres.
C’est parmi ces chiens que se trouvaient les espèces à poil rude si recherchées encore, au commencement du siècle, et maintenant abandonnées comme les autres pour les corniaux anglais et bâtards.