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DOGUES OÙ MATINS

Dès le XIV° siècle, le roi avait déjà des mâtins dans ses équipages de chasse.

C’est au XVI, surtout, que l’on employa ce que l’on appelait les chiens de force pour assaillir et retenir sanglers, ours et loups. Ces chiens, dès l’époque de Gaston Phœbus, XV° siècle, se nommaient alans. Jean de Clamorgan, dans sa Chasse du loup, 1576, les appelle ainsi : Blaise de Vigenère, dans ses Commentaires sur Chalcondyle, 1624, leur donne encore ce nom comme un ressouvenir du vieux temps.

Peu à peu, ces chiens se modifient : ils font place aux vautres, puis aux dogues, aux mâtins et aux mastiffs.

Vautres, viautres, voltres vient du mot gallo-latin veltris ou veltrahus qui désignait les grands lévriers, veltres porcari de la loi salique, attaquant et coiffant l'ours et le sanglier.

De vaultres et vautres est venu vaultrait et vautrait pour désigner l'équipage du sanglier dans lequel cette espèce de chiens était alors toujours employée. Ces vaultres étaient de grande taille, d’une force énorme, le-

vrettés, mais à tête carrée armée de puissantes mâchoires. |

Gaston Phœbus les divise en alan gentil, alan vautre, et alan de boucherie. Quoique ce dernier fût souvent, en ce temps-là, employé même contre l'ours et le sanglier, nous n'en parlerons pas et le laisserons à l’étal. Quant aux autres, quoique les veneurs les employassent, ils ne le faisaient, en quelque sorte, que forcés et contraints par la nature et les mœurs du gibier, mais ils les dédaionaient et ne les aimaient point quoiqu'ils connussent qu'ils sont fort difliciles à dresser, ce qui devait leur donner une grande valeur et un certain prix. Mais, ces chiens étaient féroces; € j'ay veu alandt qui tuait son « maistre », dit Gaston Phœbus, ce qui était monstrueux pour ces veneurs aimant tous leurs bons toutous et vivant avec eux.

Mais, & un alandt de sa nature tient plus fort en sa « morsure, que ne feraient trois levriers, les meilleurs € qu'on puisse trouver, » dit Gaston Phœbus, et ce n'est pas peu dire, car, aucune gueule au monde, excepté celle du mâtin, n'approche de la pince allongée du lévrier. Aussi ces grands chiens étaient-ils toujours tenus muselés hors les moments de la chasse; on avait peur, et à raison, de leur caractère très-peu dompté.

Ces vautres, munis de gros colliers ornés et armoriés, ne se découplaient donc qu'à temps, eten certains endroits convenus, pour qu'ils pussent s’élancer sur la bête de meute. Ces colliers coûtaient fort cher; ainsi, dans Laborde, au mot Æsmaul de plite, on voit un nommé Pierre des Livres, orfèvre, recevoir 19écus, pour £marcs, 6 onces

10 estellins d'argent employés pour «€ faire la garnison de deux grands colliers garnis de grandes pièces d'argent dorées et faites d’orberoyes et d’esmaux sartiz à cerfs enlevés, à manteaux émaillés des armes dudit seigneur, pour deux grands chiens alans (1). » Ils se contentaient de la bête coiffer et de la tenir fout quoy à merci des chasseurs ou des chiens. « S'ils sont tués, ce n’est une grande perte, car 1ls sont pesants et laids! »

C’est bien là l’oraison funèbre de chiens subis et méprisés !

Cependant ces auxiliaires ont servi très-longtemps dans les meutes. Au XVT[° siècle, Rabelais parle de malades très-précieux dont le groin écume comme à verrat que les vautres ont acculé aux toiles. Dans les chasses peintes par Bon Boulogne, les vautres ont coiffé le sanglier et les chiens d'équipage arrivent en grappe sur ses derrières. Remarquons que ces chiens de meute sont des sortes de grifions ou épagneuls blancs et fauves. D'où venaient-1ls ?...

Les alans de ces tableaux ont une robe caractéristique, jaune, plus ou moins foncée, ou grise, mais toute bringée de noir. Cette robe est celle typique des chiens que l’on avait classés si mal à propos, dans la dernière exposition des chiens, 1873, au bois de Boulogne, sous le nom de grand danois, et qui sont les chiens de Souabe, chiens du Schwartz-wald et de ces contrées, source de nos vrais mâtins que l’on employait alors. Le nom de doque ne s’est introduit qu'au XVI° siècle quand on a

(1) Comptes de dépense du roi Jean.

fait venir d'Angleterre quelques-uns de ces affreux chiens camards et à museau: baveux que nos voisins ont le privilége peu enviable de produire. 4

Tout porte à croire que ces alans de Souabe sont ceux que Phœbus appelait alans gentils. Ces chiens, qui portent en Allemagne, leur pays natal, le nom d’Æberhund sont encore employés, de nos jours, à coiffer le sanglier. Ces animaux ont de 0.75 à 0.80, le corps élancé, belle conformation, grande force, tête non camuse quoique grosse ; pattes puissantes, mais sèches. En somme, d'admirables coffres de chiens.

On imagina, vers le XVII siècle, de croiser les vautres avec les lévriers pour leur donner un peu d’allures et l’on obtint ainsi le mestif, dont le nom est un mauvais dérivé de mastiff anglais désignant un animal analogue.

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