LÉVRIERS
Favoris et inséparables compagnons des seigneurs et des dames du moyen âge, les lévriers ont été mis à toutes chasses. On a vraiment peine à comprendre comment tous ces gens, les mieux élevés d'alors, pouvaient aimer et supporter cette espèce la plus dénuée d’intelligence, la plus sauvage, la plus égoïste, la moins caressante de toute larace! Non-seulement ils laimaient, mais encore les poëtes la chantaient. Ainsi Gace de la Buigne
dans la devise du Bel Levrier, nous a laissé une très-curieuse description de ses qualités :
Museau de loup avait sans faille.
Arpe de lyon, col de cine, Encore y avait autre signe, Car il avait œil d’esparvier
Et tout blanc estait le levrier, Oreille de serpent avait
Qui sur la teste luy gisait, Espaule de chevreau sauvaige, Coste de biche de boscaige, Ongle de cerf, queue de rat, Cuisse de lièvre et pied de chat.
On ne peut s'empêcher de voir, dans cette affection, un rapprochement qui ne prouve pas beaucoup en faveur de la délicatesse de sentiments de ces gens, et il suffit, pour s’en convaincre, de parcourir et d'étudier les demeures, aujourd’hui en ruines, qu'ils occupaient. Il est impossible de n'être pas vivement frappé du singulier mélange de luxe et de grossièreté au milieu duquel a vécu tout le moyen âge, lorsqu'on voit que chez les ducs d’Orléans, ces lévriers, ornés de riches colliers et de housses blasonnées, couchaient sur les lits de leurs maîtres! Comme le tout devait être propre, quand ces animaux avaient suivi les chevaliers dans leurs voyages, ou seulement leurs déplacements !
De nos jours, le lévrier, de par la loi, ne peut plus servir à la chasse sinon en lieu clos, et personne, nous le croyons, n'est clos en France sur une assez grande étendue de terrain pour que des lévriers y puissent courre un lièvre... |
Les lévriers sont des chiens du Nord; nous les trouvons, non-seulement aux îles Britanniques, mais au Danemark, en Russie, etc. Chez nous, on a employé d'assez belles races, venant de Bretagne, de Picardie et surtout de Champagne, contre le loup et autres grands animaux.
À titre de curiosité, car ceci n’a plus que ce mérite,
nous voulons esquisser les emplois de ces chiens dans leur bon temps :
Lévriers d'Estric, que l’on découplait au débucher
Lévriers d'attache ; de la bête et sur ses talons. ou Lévriers de flanc ou de compagnon, qu'on lançait pour pour mieux dire : l’attaquer de flanc , probablement en sorte de relais.
Lévriers d'ordre. | Lévriers de tête, qu’on lâchait de la même manière, mais pour lui barrer le passage. :
Lévriers pour lièvre. | Les plus nobles de tous. Les meïlleurs étaient blancs.
La levrette d'aujourd'hui. On les appelait, du temps
de Sélincourt, levrons d'Angleterre dans notre pays,
tandis que les Anglais les nommaient lévriers d’Italie. Pourquoi ?..
Lévriers pour lapin.
La femelle du levron se nommait autrefois levriche, et celle du levrier levrette.
Un mot, en passant, des charnègres de Provence, — cara negra, face noire, — qui existent encore aujourd'hui dans la Camargue, où l’on s’en sert pour chasser le renard, le Hèvre et même la perdrix rouge à courre. Ce sont des chiens courants levrettés, très-vigoureux et très-vites, que l’on emploie encore dans l'Hérault pour le lapin. On les nomme majorquais, et ils eurent maille
à partir avec la loi du 3 mai 1844, lorsqu'elle fut édictée,
mais on les jugea chiens courants, non levriers, et tout fut sauf.