BRAQUES D'ÉQUIPAGES
Plus l'animal de chasse est vite, plus le veneur a dû chercher à lui opposer des chiens doués d’une rapidité semblable. Dès l'antiquité, il a dû en être ainsi, par ce
que cela est dans l’essence même de la chasse. Par conséquent le veneur a dû chercher deux qualités pour les chiens, les plus grands, et ceux qui avaient le moins chaud en courant, c’est-à-dire ceux qui étaient les moins vêtus, les chiens à poil ras.
Les plus grands ont amené la création des chiens d'ordre.
Les moins vêtus ont fait rechercher les braques.
Telles sont les considérations bien simples qui nous font regarder le chien à poil ras comme le chien courant typique par excellence.
Or, dans l’énumération des espèces de chiens qui, dès le moyen âge, étaient employées dans les meutes des rois, — les seules dont nous connaiïssions l’histoire, mais qui, bien certainement, servaient de modèle à ceux qui en pouvaient posséder, — nous trouvons trois types principaux : les lévriers, les mâtins, les courants.
Tous trois, remarquons-le bien, sont des espèces plus fréquemment à poil ras, dans nos régions, qu'à poil long !
Notre remarque subsiste donc intacte.
Même, alors que les races se sont affermies et délimitées, nous voyons employer, sinon entièrement des braques, à peine quelques espèces à poël grossier, mais nous n’en trouvons encore aucune à poil rude ou griffon.
Cependant, peu à peu, les conditions changent. On s’aperçoit que les griffons sont moins faciles à mordre, à découdre, par les fauves, à déchirer par les ronces; qu’ils ne craignent pas tant l’eau; qu'ils ont, en un mot, des qualités spéciales. Dès lors furent formées les races à poil
rude que nous connaissons encore, et que nous venons de passer en revue.
De tout ceci résulte que le braque d’ordre est le vrai chien de grand équipage pour les chasses de vitesse.
Si nous ne craignions pas d'employer ici des termes de science, où il n’en faut point, nous dirions que les ruminants appellent le braque, — cerf, daim, chevreuil, antilope,-etc., — les bêtes noires, le griffon, — sanglier, loup, renard, blaireau, loutre, etc.
Maintenant si l’on nous demande : quels sont les meilleurs? nous répondrons hardiment que {ous sont bons!
Tous sont bons, entendons-nous ; bons dans des circonstances données, dans le milieu pour lequel ils sont nés. N’amenez point un chien courant, à peau fine, au milieu des landes de la Bretagne, c’est le griffon seul qui -y passe! Ne faites point chasser dans les plaines rases et coupées de chemins durs, les courants habitués à travailler dans des forêts humides et à en reprendre aux branches; il faut, là, des chiens nés dans le pays et habitués au revoir tout spécial du terram! Et amsi pour la montagne, et ainsi pour le marais, et ainsi pour les sables de la mer!
Le but du veneur est donc, non pas de créer ou de trouver un chien universel : il n’en existe pas! Son but, — et celui-là très-légitime, — est d'accroître les qualités de ses chiens et de les accorder aux nécessités du pays ôù 1l chasse.
Ne croyez pas que les races du Nord et du Midi, transportées les unes chez les autres, vaillent autant que dans leur pays natal! Erreur. Elles s’habituent, mais il
leur faut une acchimatation, et souvent elles se transforment. Le normand, quoiqu'on en dise, supporte fort mal les chaleurs sèches qui n’étonnent point nos gascons ou nos saintongeols ; et, de même, ceux-ci trouveraient bien gênantes et bien mouillées nos provinces du Nord.
S'il n’en était pas ainsi, nos races diverses ne revêtiraient point des conformations si différentes, un cachet si spécial, pour accomplir, en somme, un acte identique!
Ceci nous amène, tout naturellement, à dire quelques mots des chiens pour lesquels nous n’avons pas daigné faire une catégorie spéciale, quoique leur nombre soit malheureusement grand en notre pays. Nous voulons parler du bâtard anglo-vendéen, anglo-saintongeois, anglo-normand, anglo-tout-ce-qui-viént! anglo-tout-cequ'on-veut! Car, avec ce malheureux sang de foxhound, plus ou moins mâtiné, on a perdu, ou du moins gravement compromis, nos plus belles et nos meilleurs races nationales !
J’accepterais, au besoin, le bâtard anglo-tout comme une épreuve transitoire ; mais, en fait de chien, le transitoire est impossible, et il est toujours à craindre que la trace de son passage ne demeure indélébile..…..
Le chien courant n’est point semblable au chien d’arrêt pour lequel l'art, la civilisation, le dressage sont tout et se transmettent par atavisme. Le chien courant est brut : c'est et ce doit être un produit naturel. Tel il naît, tel il doit chasser! |
Conditions absolument opposées.
Il importe donc, au plus haut point, de lui inculquer d'abord des qualités naturelles complètes, puis de les
Le
exalter, s’il:est possible, par la culture et les soins de race. Il ne faut Jamais perdre de vue que ces qualités, cette valeur, tendent à se perdre sans relâche et tous les défauts, tous les vices, à s’acquérir sans arrêt. La nature est ainsi faite dans ses rapports spéciaux vis-à-vis des créatures humaines.
Ces raisons montrent combien il faut de prudence et de discernement dans les croisements et les métissages, et font apercevoir combien l’on a été irréfléchi en livrant au type anglais, souvent les meilleurs représentants de nos races. On aura besoin de beaucoup de temps, de beaucoup de soins pour reconstituer celles-ci à l'abri de ces derniers venus et, si l’on y parvient tout à fait, on sera plus heureux qu’on ne l'aura mérité!
Une dernière considération ne doit point être ménagée à nos veneurs, C'est que s'ils avaient été moins négligents vis-à-vis de leurs races, plus soigneux de sélections pour maintenir haut le sang de leurs meutes, ils n'auraient pas eu besoin, tout à coup, d’inonder du sang de foxhound les veines de leurs chiens!
Pour une race où le métissage anglais a donné de bons produits, — les normands, parce qu’elle était cousine de celle qu'on amenait, — dans toutes les autres, il a fait plus de mal que de bien et produit cette nuée d'animaux décousus, étriqués, sans voix, sans formes et sans ensemble que nous rencontrons à chaque pas!