‹ Les chiens de chasseChapitre 45 sur 104 · BRAQUES SAINTONGEOIS · texte numérisé non relu

BRAQUES SAINTONGEOIS

Si jamais race à failli s'étendre et a été près de sa ruine, c’est celle des chiens de Saintonge ; puisque vers 1789, elle était réduite à #roës chiens, une lice et deux mâles. Ces chiens furent conservés par un régisseur fidèle pendant l'émigration du marquis de la Porte-aux- Loups, — un nom prédestiné! évidemment. — Ces trois chiens, croisés et améliorés par M. de Saint-Légier, le neveu du donateur, ont fait souche des magnifiques chiens actuels.

Ce sont des animaux de première taille, légèrement bâtis, mais à la poitrine profonde ; au flanc harpé, et un peu trop levretté à nos yeux. La tête est sèche, le front pointu en haut, l’oreille basse et bien faite, la queue volontiers en trompette. Le pelage est blanc à grandes taches noires, lavé de feu par places. Ces chiens ont une figure particulière, à eux; mais on ne peut leur refuser d’avoir grand air.

Tout cela rappelle certainement les chiens blancs du roi, avec lesquels cette race a un degré très-rapproché de parenté, si elle n’en descend pas tout droit, ce que nous inclinerions à penser.

Le saintongeoïis très-rapide dans les à-vue, l’est beau-

coup moins en chasse ordinaire, il n’emploie pas alors tous ses moyens et a une manière de crier qui retarde ses mouvements, reste invétéré de la gorge qu'on demandait à nos belles races françaises qui ne devaient pas faire, comme aujourd'hui, le métier de lévriers.

On reproche à cette race d’être difficile à élever. Par leur configuration, ils semblent surélevés artificiellement et gênés de leur grande taille, souvent mous, embarrassés au fourré, sans ardeur ni ambition.

Il y a un peu de vrai dans tous ces reproches, mais quel fond et quel ressort! quand :1l le faut... absolument !… |

Au premier rang parmi lesraces nouvelles, nous devons placer les saintongeoïs-gascons de M. de Carayon-Latour, constituant la race de la Virelade. Nous tenons de M. Geoffroy Saint-Hilaire, la note ci-jointe dont il a fait part à la Société d’acclimatation, et quine peut être plus explicite puisqu'elle est écrite par le maître intelligent de cette belle meute.

« La race de Virelade provient du croisement des chiens de Saintonge et de Gascogne ; elle n’est pas une création, mais une amélioration, une reconstitution de ces deux variétés qui doivent leur origine à là même souche. J’ai été initié dans les principes de vénerie par le comte de Saint-Légier et le baron de Ruble ; ces deux veneurs, fidèles conservateurs des anciennes traditions, ont aimé la chasse comme une science qui a ses préceptes et ses lois ; le comte de Saint-Légier possédait une race de chiens de Saintonge qu’il conserva précieusement pendant sa longue carrière, quelques indi-

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vidus de cette espèce existent encore chez son petit-fils le vicomte Henri de Saint-Légier. Le baron de Ruble s'était attaché à la race connue sous le nom de chiens de Gascogne, aussi ancienne que la première, et dont il est encore aujourd’hui l’heureux possesseur.

« Ces deux espèces étaient de même taille, variant entre 23 et 25 pouces ; elles avaient les qualités qui, de tout temps, ont distingué les chiens français, une grande finesse de nez, une belle gorge et une menée noble et droite.

« Les chiens de Saintonge, sous poil blanc marqué de noir, avaient la tête fine, l'oreille papillotée, le cou long et léger, la poitrine profonde, le rein harpé mais étroit, la cuisse plate, la queue basse, la patte de lièvre sèche et nerveuse.

« Les chiens de Gascogne, sous poil bleu, marqué de noir, avaient la tête forte, l’oreille longue et papillotée, les babines un peu pendantes, le dos large et musclé, la hanche saillante, la queue fine et relevée sur le rein, les membres très-forts.

« Les premiers, délicats, difficiles à élever, manquaient d'activité et péchaient surtout par le tempérament qui provenait de la constance regrettable que le comte de Saint-Légier avait mise dans ses croisements ex dedans, n’attachant, à tort, aucune importance aux fâcheuses et inévitables conséquences de la consanguinité. Cette race cependant avait, dans les grandes journées, malgré son manque d'énergie, une persistance très-remarquable à maintenir sa voie, ce qui dénotait chez elle un véritable amour de la chasse et certainement une illustre origine.

& Les chiens de Gascogne étaient d’une vigoureuse santé, intelligents, ardents et actifs dans les défauts; ils chassaient le loup d'amitié et le lièvre avec une rare perfection. |

& En dehors de ces deux races, existaient dans la Gironde quelques individualités isolées, provenant de l’ancien équipage d’une Société bordelaise dirigée par M. Desfourniel. Ces chiens, dits chiens de Bordeaux, avaient beaucoup d’affinité avec les races de Saintonge et de Gascogne que je viens de décrire. M. Desfourniel, véritable veneur, partisan décidé de la chasse française, avait élevé de très-beaux sujets dont j'ai rencontré quelques types qui m'ont été très-utiles.

« Ces espèces, dont on ne trouve pas une description technique dans les anciens ouvrages de vénerie, devaient avoir une même origine, et provenaient sans doute du croisement des chiens blancs et des chiens noirs dont. parle le roi Charles IX dans son traité sur la chasse.

& À mes débuts, je fus donc en présence des races de chiens français, les meilleures et les plus pures. Ayant eu l’occasion de chasser souvent avec les plus beaux équipages du nord de la France, et de juger à l’œuvre un grand nombre de meutes de chiens anglais et de bâtards, 1l me fut permis d'apprécier les qualités de ces différentes espèces ; je n’hésitai pas à donner toute ma préférence aux chiens français. Droit dans la vote, fut ma devise d'équipage et je me livrai avec persévérance au développement de la race qui a pris le nom de

Virelade.

« C’est à la suite d’accouplements judicieux aidés par

une fortifiante éducation, que les chiens formant aujourd'hui mon équipage ont été obtenus par l’union des deux espèces de Gascogne et de Saintonge; le sang de ces deux races s’est vivifié ; la force et la santé se sont trouvées alliées avec l'élégance et la légèreté.

« J'aime à reconnaîtte que mon but aurait été diffcilement atteint, si je n'avais rencontré dans Jacques Baratte, qui a tenu ce livre généalogique, une rare intelligence comme piqueur, un parfait dévouement et un amour passionné pour la chasse des chiens français. »

Tous ces noms propres cités par M. Carayon-Latour, ont un parfum d’honnête loyauté qui fait plaisir et gloire : on voit, on sent là, une pléiade d'hommes dévoués à une grande œuvre, tout fiers maintenant de l'avoir atteinte, ayant longtemps peut-être douté eux-mêmes du succès, et heureux aujourd’hui d'en répartir la palme à qui de droit. Combien il est à souhaiter que nos races françaises inspirent en d’autres endroits des passions semblables! Ce que nous gagnerions est à peine imaginable. À nos yeux, le chien français, convenablement traité, est d'avance, dans toutes les aptitudes possibles de chasse et de vénerie, le premier chien du monde!

Nous ne pouvons omettre quelques mots sur une autre race issue aussi des croisements Saintonge et Gascogne : ce sont les chiens bleus foudras. Cette race, fixée il y a plus d’un siècle, a déjà disparu, dit-on. D’après la Vénerre contemporaine, elle avait été formée de 1720 à 1733, à Dissay, maison de campagne des évêques de Poitiers, chez Mo” de Foudras-Chateauthiers.

Ces chiens assez lents, collés à la voie et remarquables

dans les changes, chassaient le cerf, le loup et le lièvre. Un peu bas sur pattes, ils avaient les reins rablés, le fouet mince, les oreilles fines et bien tournées. Le mélange des deux sangs noir et blanc avait été assez intime pour leur donner une peau de couleur ardoisée apparaissant sous un poil blanc plus ou moins moucheté. Mouillés, ils étaient vraiment bleus.

C’est là une race à retrouver.

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