‹ Les chiens de chasseChapitre 46 sur 104 · BRIQUETS · texte numérisé non relu

BRIQUETS

Le brachet où braquet, bracon ou briquet, — d'où braconnier — était, au moyen-âge, ce qu'il est encore

aujourd'hui dans tous les pays de grande chasse; un chien de moyenne taille au plus, bien collé à la voie, sage, rapprochant parfaitement; en un mot, le vrai chien du petit propriétaire... ou du braconnier! Car, il ne faut pas le dissimuler, les deux sont quelquefois bien près l’un de l’autre! Et souvent si le premier n'est pas braconnier, c’est parce qu'il ne peut ou n’ose pas !..

Les héros même ne dédaignaient point d’avoir des brachets favoris dont l'intelligence leur rendait mille services au milieu de leurs malheurs. C’est ainsi que

nous voyons Tristan, dans son roman, accompagné de son brachet favori : &« Hardent le blanc, » auquel il apprend à chasser à la muette dans le bois où il s’est réfugié avec la belle Yseult, dans la crainte que les abois d'Hardent n’attirent le roi Marc.

Ce qui prouve, d’abord, combien les briquets d’alors étaient intelligents et, en second lieu, qu'on le savait pertinemment parmi les chasseurs, puisque l’auteur choisit ce chien-là même pour accompagner Tristan, son héros, afin que celui-ci pût lui apprendre cette chasse contre nature, qui ajoutait aux merveilles du livre.

Mais, ce qu'il y a de curieux, c’est que ce mot brachet, transporté en Allemagne, va devenir bracke, et nous revenir braque, appliqué à la dénomination d’abord de sortes de choupilles poussant et ramenant le gibier vers le chasseur, puis, bientôt exclusivement pour indiquer des chiens d'arrêt à poil ras, ressemblant, de taille, aux chiens courants qui, les premiers, ont porté ce nom de brachet.

C’est à partir du XV° siècle que cette appellation nouvelle s'établit pour les chiens d'Oysel, du temps de Sénoncourt ; et elle s’est perpétuée jusqu’à nos jours.

Le brachet du moyen-âge se perpétua, en Angleterre où rien ne change, sous le nom de harrier et de beagle.

De ce qui nous reste des faits et gestes du moyenâge, il nous semble qu'on doit conclure que le brachet ou briquet était, — comme encore aujourd’hui, n1 plus, ni moins, — le chien courant des chasses à tir. On se

servait de briquets au XIII siècle pour mettre sur pied

les animaux qu’on dédaignait de détourner avec limiers : sangliers, etc.

Et li braquet ont démené grand hu Qui la flairour du porc orent sentu.

AUBÉRY LE BOURGOING.

Dans le dictionnaire de Littré, au mot Braque, nous trouvons encore des vers indiquant parfaitement une chasse de brachets à la billebaude, probablement pour faire saillir le lièvre devant les lévriers, ou pour toute autre chasse réputée non noble :

Qui resuire la bele chace

Que fere soliiez jadis

Les vos brachés entrer en trace

Ça cinq, ça sept, ça neuf, ça dix.

RUTEBŒUF.

Le briquet servait encore aux veneurs à suivre aux rougeurs les animaux blessés : &« S'il y a beste féroce, l’archer doit siévir du braquet… car il est nécessaire d'avoir toujours un chien bien affaité pour siévir du sang, lequel est nommé braquet. » (Roy Modus).

Brachez avoit fait demander En bois voloit aler berser.

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