‹ Les chiens de chasseChapitre 51 sur 104 · LS · texte numérisé non relu

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Depuis deux mille ans, l’élevage du chien, le soin, l'amélioration des races semblent innés en Angleterre! Dès le temps de Strabon, c’est-à-dire sous le règne d’Auguste, non-seulement les Saxons, mais les Gaulois exportaient des Îles des chiens de chasse et de combat. Les Romains les trouvaient laids, — ce qui n'était pas à tort, si ces chiens ressemblaient à certains de leurs successeurs actuels! — mais, ils en appréciaient les qualités et le service.

Nous en faisons autant! Rien n’est changé !..

On allait chercher dans les Iles non-seulement des dogues énormes, mais des chiens de grand pied et des Agasses, probablement le terrier à poil rude de Skye. Flavianus avait envoyé à Symnachus, en 364, des chiens de Scotie qui effrayaient tout le monde, et qui étaient probablement d'énormes lévriers irlandais.

Ce n’est donc ni d'aujourd'hui, ni de ces dernières années, que date l’importation dans les différents pays, et surtout en France, des chiens courants anglais, de même que l'engouement dû à leurs qualités. Il y a plus de deux cent cinquante ans que nous avons reçu le premier qui, en quelque sorte, faisait retour à son pays natal, mais déjà remanié et métissé par certaines races particulières aux Iles.

Il est certain que si ces animaux avaient acquis certaines qualités de vitesse et de fond, ils avaient beaucoup perdu sous le rapport de la beauté plastique, et sous celui de la gorge. Il ne pouvait en être autrement, puisque nous avions porté aux Anglais trois splendides races pures, et qu'ils nous rendaient un produit mâtiné de lévriers et de chiens du Nord à long poil! Ce qui existait dès lors existe encore aujourd’hui, et quel que soit l’enthousiasme que nos veneurs professent pour les courants anglais, ils ne peuvent pas en admirer la beauté, ni surtout l’ensemble ! Ce seront toujours des briquets, dans la vieille acception du mot français, et des métis mal-ensemble !

Nous ne sommes pas le seul, au reste, de notre avis; nous en trouvons, dans le baron de Noirmont, un curieux et remarquable exemple. Les chiens anglais sont, au dire de Ligniville — qui, vers 1600, possédait lui-même une meute de vingt-cinq chiens anglais blancs et noirs, — € préférables à tous autres quand ils sont bien dressés et ajustés par les meilleurs veneurs. Pour la chasse du lièvre, en particulier, ceux des comtés d’York et du Nord sont plus justes et durent plus que les chiens de France, ils les font rendre et les desfont aux grandes

plaines... » — C’est-très bien!.. mais continuons ; la chasse du hèvre à fond de train, n’est pas tout! — M. de Maricourt, au contraire, fait un cas médiocre des chiens anglais pour la chasse du lièvre. Il les trouve peu questifs et si renardiers qu'ils ne sont nullement propres à chasser aux plaines, € joint que les dits chiens d'Angleterre « et d'Écosse sont si laids, estant tous haults d'oreilles, « et de si mauvais poil qu'il, n’y a nul plaisir à avoir des « meutes composées de ces chiens-là. »

À la bonne heure! Voilà un veneur qui juge bien ces chiens! |

N’est-il pas incroyable que nous ayons eu la paresse, linsouciance, jusqu’aujourd’'hui, de ne pas comprendre que nous, les possesseurs de ces premières æaces, de ces Talbot qui ont fait les anglais actuels, nous donnerions, quand nous le voudrons, à nos races françaises, les qualités qu'on veut bien reconnaître et estimer chez les chiens anglais! C’est là une affaire de patience et de sélection : pas autre chose.

Quand bien même nous serions obligés, pour y arriver, d'avoir recours aux mêmes croisements qu'eux avec le lévrier, au moins nous pourrions en choisir un autre que l’écossais qui, en leur donnant de la vitesse, leur a dressé la tête et les oreilles! Nous persistons à croire, au contraire, que l'intervention du lévrier ne serait point nécessaire, et nous nous en félicitons parce qu’il perd tout ce qu'il touche. Son intervention dans la race des chiens d'arrêt lui a laissé les affreuses têtes dont elle est douée: malheureusement, son intervention dans les races courantes ne vaut pas mieux! |

Nous sommes convaincus, par expérience, qu'il existe dans nos grandes races d'équipage assez de sous-races, et même quil s’y présente assez d'individus isolés, de conformation svelte, légère, doués de taille et de vitesse, pour relever notre race dès qu’on le voudra sérieusement, et la relever 2x and in, ce qui est le seul moyen de la conserver pure et avec toute sa beauté. Les Arabes, pour leurs chevaux, n’ont pas agi autrement dépuis des siècles! Qui nous empêche d’en faire autant pour nos chiens ?..

Mais, revenons à nos veneurs d’autrefois.

Cinquante ans après le veneur que nous citions tout à l'heure, Jacques Savary, un amateur de chiens anglais, se montre assez bon juge de ce qu'ils valent au vrai. J'antôt 1l déclare qu'il les préfère hautement aux chiens français plus beaux, mais moins dociles, moins vaillants, plus sujets à courir après les moutons! Cela prouve que les chiens français de cette époque étaient moins bien mis que ceux des Anglais, voilà tout, en ce qui concerne les moutons!

C’est pourquoi, le brave poëte s’écrie.... car c’est en latin !…

tr Turpis sed criminis expers Anglus ; forma placet Galli, temeraria mens est.

€ L’anglais est laid, mais il n’y a rien à lui reprocher : le français est beau, mais il a l'esprit peu sérieux»... À la bonne heure! Voilà qui est parler et nous n’y. contredirons pas! Cela se rapproche trop de notre manière de voir. Si ces braves gentilshommes avaient pris,

pour dresser leurs chiens temerart, le soin qu'avaient pris des leurs les piqueurs anglais auxquels ils les achetaient , nos français, plus beaux, auraient été tout aussi bien criminis expertes!

N'oublions pas que, comme nous, il juge les chiens français de beaucoup préférables pour chasser le cerf et le sanglier, parce qu'ils percent mieux au fourré que les étrangers, et recommande, d’ailleurs, de ne jamais mêler les deux races dans la même meute.

Le brave Salnove, cependant, finit, vers 1660, par laisser échapper le fin mot de l’engouement toujours croissant des veneurs pour les chiens anglais. C’est qu'avec eux il n'y a pas besoin, pour s’en servir, de connaître ni termes de vénerie, ni sonneries, ni trompe... avec quelques mots d'anglais plus ou moins écorchés et que ne comprennent n1 les hommes ni les chiens, tout va bien!.. i

Quel anglais, mon Dieu! baragouinaïent les veneurs de Louis XIV ! Nos palefreniers actuels, ambitieux de leurlangage, ne commettent pas de plus affreux barbarismes !

était la mode! Cela répond à tout.

Aujourd'hui encore, lorsque nous essayons de réagir contre cette même mode, lorsque nous adjurons ici nos veneurs français de regarder autour d'eux et de daigner s’apercevoir que nous avons meilleur et plus beau chez nous, chez eux... nous ne serons peut-être pas beaucoup mieux écoutés!

Il ne manque pourtant pas parmi les veneurs passés, devenus autorités cynégétiques, de gens qui voyaient clair et qui jugeaient les chiens anglais à leur juste va-

leur. Salnove, dont nous venons de parler à l'instant, n’en est pas si fier qu'on le croirait. S'il leur reconnaît sang bon, docilité, qualité de bien chasser ensemble, il n'hésite pas à leur reprocher de n'avoir pas de voix, d'être lents aux fourrés, trop vifs dans les grands bois, de ne pas savoir battre le marais, et de ne chasser, tant qu'ils le peuvent, qu'à vue.

Il n’en peut guère être autrement.

La vitesse est un élément de la chasse, mais, quand il domine,1il ne peut manquer d'éliminer les autres : un organisme donné ne peut fournir qu'une somme d'efforts limitée. Le chien est chiche de gueule ?.. parce qu'il court très-vite ; le chien chasse à vue? parce qu’il n’a pas le temps de juger par le nez tandis qu'il file comme une balle!.. En revanche, nos braves chiens français qui n’auraient pas, comme la meute anglaise de Beaulieu-Picard, « dépassé le cheval le plus vite, » avaient le temps de faire de la musique et d’en reprendre aux herbes, aux feuilles et au sol. |

Mais ce n’est pas tout ; suivons les autorités incontestables en matière de vénerie. Qu’y verrons-nous ? Hélas!..

Leverrier de la Conterie ne fait cas ni des anglais purs, ni des bâtards qu'ils produisent avec nos races. Pour lui, les chiens normands sont des chiens de roi... et 1l a raison!

Un de ses contemporains, M. de Saint-Sauveur, dont la famille existe encore au pays normand, pensait de même. C’est lui qui, à la suite d’un pari de chasse, gagna à un Anglais ses chevaux et ses chiens ; à son arrivée au château, il brûla la cervelle aux Aunters et fit pendre

la meute aux arbres de l'avenue! A la bonne heure, au moins! Voilà ce qui s'appelle avoir le courage de ses opinions | |

Le commandant de la vénerie de Louis XVI, d'Yauville, tout entiché qu'il fût des anglais — car c'était la mode, une fureur! — est bien obligé d’avouer qu’ils sont

inférieurs sur beaucoup de points aux français ; mais, il se rattrape en déclarant qu'ils sont, plus légers, plus vigoureux, qu'ils savent prendre leur parti et se servir eux-mêmes. |

Pour nous, nous sommes convaincu que tout cela forme un bien mince mérite et que nos français, lorsque nous le voudrons, acquerront facilement tout ce que nous préconisons chez les autres, vitesse et force. Nous sommes beaucoup plus convaincu encore, s’il est possible, qu'ils sauront mieux que les anglais, se servir eux-mêmes et prendre parti, parce que, moins emportés, ils auront le temps de relever plus sagement un défaut.

La valeur si incomplète de cette race anglaise, cependant, factice et civilisée, auprès des belles qualités, toutes naturelles, de nos français abandonnés à eux-mêmes, devait provoquer des croisements. C’est ce qui arriva, presque dès l'introduction des races d’outre-Manche sur le continent. (

On ne peut nier que quelques-uns de ces bâtards n’aient acquis ainsi une véritable valeur, mais il est déplorable de penser que c’est grâce à ces mélanges répétés que nous voyons s'évanouir et disparaître nos belles et bonnes races indigènes. [Il y à trente ans, je me souviens encore

avoir chassé en Mayenne, en Bretagne, avec des meutes

françaises pures, composées de poils rudes et de braques. Que sont devenus ces types admirables?.. Le sang anglais les a peu à peu envahis, anéantissant leurs belles formes, leur taille, leurs longues oreilles tire-bouchonnées, effilant leurs reins robustes, dressant leurs membres rablés et musclés! Pauvres chiens vendéens! N’êtes-vous pas bientôt disparus ?... |

— € Nos chiens français de races pures, dit le baron de Noïrmont, sont devenus si rares, qu'ils suffisent à peine au recrutement de quelques meutes peu nombreuses... »

C’est bien parler. Aussi nous ajoutons :

— & Il est temps! grand temps d'agir »..….

€ Agissons donc ».…..

Que tous ceux qui veulent sauver nos races pures, se rallient autour de nous, afin que nous essayions d'étudier ensemble les moyens actuellement employés et ceux qu'il conviendrait d'appliquer pour que la production canine devienne chez.nous un art lucratif et honoré comme 1l l’est chez nos voisins. Quand voit-on, en France, des chiens rassemblés en assez grand nombre pour qu’on puisse se livrer à des études comparatives utiles ? En deux endroits : les expositions et certains marchés peu nombreux de la Vendée et de la Bretagne. Les premières seules rassemblent à peu près toutes les races de notre pays, mais dix années se passant entre leur apparition successive ; on doit donc considérer leur action comme absolument fugitive sur l'amélioration des races tant qu'un programme de desiderata ne sera pas publié par, les organisateurs plusieurs années à l’ avance, pour avertir, les éleveurs de ce que l’on entend primer.

Nous avons assisté, en 1873, à la dernière de ces expositions, et nos souvenirs sont assez précis pour nous autoriser à rechercher et à étudier quelle a pu être l’utilité de manifestations semblables.

Loin de nous la pensée d'attaquer les organisateurs de ces expositions! Au contraire : ils ont en général aussi bien fait la chose qu’il était possible : c’est donc la chose elle-même qu'il faut examiner. Or, si l’on y regarde de près, qu'en est-il résulté? Rien, ou bien peu! Le public s’y est intéressé, c’est possible. les organisateurs ont fait des profits, peut-être. Mais ce rassemblement, sans programme défini d'avance, pouvait-il être autrement que d’une stérilité absolue quant à ce qui regarde le chien?

Quel devrait donc être le but à atteindre? Encourager par toute la France l'élevage des bonnes races, et spécialement des races françaises. Cela ne pourrait se faire que si l'exposition, d’une part, présentait un tableau assez exact de la production canine dans notre pays, et si d'autre part, elle offrait le moyen de mettre en rapport les propriétaires de chiens, afin d’unir les efforts individuels.

Or les expositions telles que nous les faisons ne peuvent point atteindre un tel but; elles ne l’ont point atteint. On va le voir.

D'abord elles ne représentent nullement la production canine dans notre pays. Pour prendre un exemple dans la dernière, est-ce que huit ou dix lots de 10 chiens représentent la Vénerie française, qui compte tant de meutes, si belles et si nombreuses? D'ailleurs, combien

y avait-il, à cette exposition, de races qui n’appartiennent même pas à notre territoire? Enfin, en ce qui regarde les chiens d'arrêt, tout le monde a été frappé du caractère régional de l'exposition, où la majorité, — majorité considérable! — était aux chiens des environs de Paris. Le tableau présenté par ces exhibitions générales est donc absolument trompeur... heureusement!

Examimons, en eflet, qui vient à ces expositions ? Nullement ceux pour qui elles devraient être faites.

Il existe nombre de veneurs et de simples particuliers qui ne peuvent ou ne veulent pas se priver de leurs chiens pendant quinze jours et plus. Et ce sont là précisément les plus intéressants de tous! C’est en effet le lieutenant de louveterie qui chasse continuellement; le berger, le fermier, ie petit propriétaire à qui son chien sert tous les jours. C’est dire que presque tout ce qu'il y a de chiens vraiment utiles est nécessairement absent de ces exhibitions!

Allons plus avant; la plupart des gens n’y envoient pas leurs chiens, parce qu'ils n’y ont aucun intérêt!..

Mettons d’abord de côté ceux qui ne peuvent pas se donner le luxe des frais vraiment considérables qui retombent à la charge des exposants. Ce n’est pas dans les contrées les plus riches, ni auprès des plus grandes fortunes que se trouvent nos belles races françaises. Or, beaucoup de chasseurs au chien d'arrêt, et la plupart des possesseurs de chiens d'utilité, ne peuvent se donner une satisfaction d’amour-propre aussi coûteuse : ne crai-

gnons pas de dire, même, que la plupart des proprié-

taires de la province, — grands veneurs et généralement

très-bons chasseurs, assez riches pour entretenir une modeste, quelquefois même une importante meute, — ne le sont pas assez pour s'imposer, de gaïîté de cœur, en frais extraordinaires, une dépense de plusieurs milliers de francs. Et dans quel but? Pour voir leurs chiens rustiques et vigoureux, primés par des meutes de salon bien lustrées et bien grasses que certains de leurs plus riches concurrents conservent au chenil, et dont ils se servent peu ou prou!

Continuons. Parmi ceux-mêmes qui peuvent exposer, combien le font? — Fort peu; et ils n'ont pas tort. À quoi bon, en effet? Dans nos pays de l'Ouest, les plus cynégétiques de France, il est assez peu d'usage que les veneurs y fassent ouvertement commerce de leurs chiens. Par conséquent ils ne songent pas à faire voyager à grands frais ces animaux pour accrocher une distinction ou une médaille? Il en est tout autrement, quandil s’agit de leurs bestiaux. Les mêmes veneurs chercheront à faire primer leurs bœufs, parce qu'ils les vendent ; encore, s'ils demeurent à Concarneau ou à Tarascon, ne les enverront-ils pas à Paris, mais seulement au concours régional le plus proche. Quant à leurs chiens, il suffit qu'ils les trouvent bons pour eux : ils ne les vendent pas! Et ils ont raison. Ce sont de vrais veneurs : et ils savent qu'un chien ne s’achète pas, il s'élève...

Ainsi donc, tout ou presque tout ce qu'il y aurait de bon et de vraiment utile s’élimine de ces réunions lointaines. De quoi done se composent-elles? — Les exposants sont de trois sortes : 1° des personnes fort riches qui ne regardent pas à la dépense et pour qui, par con-

séquent, la question wéle n’existe pas ; 2° des marchands de chiens, qui veulent doubler le prix de leurs animaux primés. horrendum genus! 3° des Parisiens, qui, tout portés là, eux et leurs bêtes, se passent, une fois par hasard, cette petite curiosité d’une chasse à la prime!

Nous avons donc le droit de conclure que, — quelque belle qu’elle soit ou qu’elle paraïsse, — une exhibition parisienne nest, aux yeux de tout homme pratique, qu'une parade sans sérieux et sans utilité profonde, Y. a-t-1l un moyen d'y remédier? Sans doute : puisque ceux qui ont le plus besoin de l'exposition n’y viennent pas, 1l faut que l'exposition aille à eux!

Lorsque, — il y a maintenant de longues années, — on reconnut unanimement la nécessité de rechercher, d'étudier, de conserver les monuments intéressants des anciennes époques de la France, on ne put songer à les déplacer pour les exposer à Paris. Que fit-on? Il se fonda une société nationale, la Société d'Archéologie dont les agissements ne sont point, quelque bizarre que paraisse la chose, sans intérêt pour nous. À certaines époques fixes, la société tient un congrès, chaque fois dans une ville différente. À ce congrès elle délègue un certain nombre de ses membres, invitant en même temps tous ceux qui le voudront bien, à se joindre à eux. De plus, sous le nom d’adhérents, elle admet au congrès toutes les personnes qui veulent bien, prendre part à ses travaux. Moyennant une cotisation une fois payée, ces personnes ont entrée au congrès, et reçoivent le volume où en sont consignés les travaux. Par ce moyen, l’érudition et le goût des antiquités nationales

se propage et s'entretient dans les provinces; et nos monuments sont explorés, étudiés, préservés, sans qu’il en coûte aux intéressés des frais de déplacement considérables, sans que la Soctété ait besoin ni de bureaux, ni d'employés, ni d’une administration dispendieuse.

Or, la reconstitution des races de notre pays peut être opérée par des moyens tout à fait analogues.

Une Societé nationale pour la conservation et la propagation des races canines françaises peut être fondée lorsqu'on le voudra : son but ne serait ni commercial, ni exclusivement cynégétique ou agricole; elle se proposerait l'utilité générale du pays. L'idée de son organisation serait, par nous, empruntée à celle de la Société Archéologique, mais avec les modifications qu’exigerait l’objet tout différent qui nous occupe, et les nombreux perfectionnements que l’expérience a permis de reconnaître. |

La Société ne s’occuperait absolument que des races françaises. Les races étrangères qui ne se répandent que trop sur notre territoire n'ont pas besoin d'y être encouragées. Elles ne valent en rien mieux que les nôtres; au contraire : elles sont faites pour leur pays, les nôtres sont faites pour celui-ci. Nos pères chassaient au chien d'arrêt tout aussi bien que nous, et ils n’allaient point chercher des potnters; ils étaient veneurs à nous faire rougir, et ils n’allaient pas chercher des fox-hounds.…. Poussons un peu plus loin même que les chiens de chasse : leurs troupeaux étaient gardés et leurs maisons défendues, le tout sans dogues ni autres produits exotiques plus ou moins hideux.

Les chiens d'arrêt des Anglais; spécialement, ne sont bons que dans certaines parties de la France semblables à la campagne anglaise : leurs courants ne sont propres à rien dans nos forêts montagneuses, leurs couchants sont impossibles dans les ajoncs, les landes, les haïes de nos contrées les plus giboyeuses ; enfin, comme chiens de berger, leurs colleys ne sauraient rien offrir qui approche des {a Brie contre le loup.

L’Angleterre a subi, depuis ces derniers siècles, une transformation complète dans son sol : on sait qu'il a été jadis ce qu'est le nôtre, et qu’alors les chiens anglais présentaient avec les nôtres une identité parfaite. Mais, depuis que, par une foule de causes qu’il serait trop long d'énumérer, la chasse à tir s’est transformée pour nos voisins en un tir pur et simple et la chasse à courre en un séeeple-chase, ils ont déformé leurs races primitives, et créé, par des métissages raisonnés, les races qu'il leur fallait, comme ce roquèt sans ancêtres qu’on appelle fox-hound. Nous n'avons aucune raison pour donner dans la même voie!

Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait eu, à l’invasion des chiens anglais en France, aucune autre cause que la mode. Non : il est certain que nos races nationales avaient dégénéré, que leurs qualités s'étaient affaiblies et leurs défauts aggravés; le manque de soins dans l’élevage, la reproduction, la nourriture, avait produit ce mal depuis deux siècles, et la Révolution, en dispersant les meutes, et en bouleversant les fortunes, vint mettre le comble au désarroi. Aussi, lorsque, au commencement de ce siècle, on voulut se procurer des chiens de

chasse ou d'utilité, on s’aperçut que la France n’avait plus assez de ressources pour suffire aux désirs du moment.

On alla demander à l'étranger ce qu'on eût pu refaire soi-même !

La ruine cependant n’est pas aussi profonde qu’on selimagine communément. Nos races françaises ont malgré tout maintenu leur place, sinon leurs droits : les chiens d'utilité notamment subsistent dans la plupart de nos campagnes, sauf notre vieux mâtin, si plein de qua-

lités, qui tend — hélas! — à disparaître devant le dogue d'outre-Manche, brute stupide et dangereuse! Il y a mieux : non-seulement des propriétaires, encore — Dieu merci! — nombreux, conservent nos belles races, mais beaucoup d’autres qui, d’abord, avaient cédé au torrent et fait au sang ennemi une place toujours trop grande, s'efforcent de revenir sur leurs pas. Le peuvent-ils? Rarement. Isolés comme ils sont, les moyens leur manquent, et leur bonne volonté demeure stérile.

La Société Nationale viendra obvier à ce mal : elle unira les efforts, en mettant en communication perpétuelle tous les hommes auxquels les questions qui touchent nos races canines offrent un intérêt sérieux chasseurs, agriculteurs, propriétaires. Partant de ce principe que la France, pour se suffire et surpasser les nations voisines, n'a besoin que de développer ce qui est en elle, la Société poursuivra la conservation et l'amélioration des races canines françaises avec tout le désintéressement que l’on doit mettre dans des efforts qui n’ont pour but que d’être utile au pays, dans une part modeste, mais réelle.

Telles sont les réflexions qu’une étude très-sérieuse et très-approfondie de la question canine actuelle nous a suggérées.

Notre travail serait incomplet si nous ne le poussions pas un peu plus loin, en esquissant l’organisation que pourrait adopter la Société dont la création est si désirable.

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