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Le pointer est, avant tout, qu’on ne l’oublie pas, un chien de grandes allures. Où 1l réussit, notre braque français ne vaudrait rien. Mais, mversement, il ne vaut pas grand chose dans nos champs morcelés. Même en nos plaines rases où on à voulu l’introduire, il est encore gêné.
Nous aurons raison de le laisser dans son pays, au milieu des grandes cultures, des vastes couverts et d’immenses pièces closes de haies. Là on l’admire, courant au galop, léger, bondissant, guidé par son odorat infaillible. Il ne bat pas, 1l va droit au but! Aussi, le voilà tombant en arrêt, l’oil largement ouvert, le nez haut, frémissant, le corps et les membres tendus, aspirant les émanations du gibier bien avant que le bruit de ses foulées n’ait pu donner l'éveil à celui-c1 et le mettre sur ses gardes.
Tout cela est parfait. Mais, chez nous, et à de rares exceptions près, dans nos plaines rases, les perdrix partent à 100 mètres du chien, même en arrêt, et celui-ci est à 200 ou 300 mètres de vous! Vous avez ainsi le spectacle d’une lutte par procuration entre le gibier et votre chien.
Le pointer est plus fin que notre braque, mais ce dernier est plus docile, chasse plus sagement obéissant à la voix. L'autre n’y obéit que peu ou point! La rapidité est chez
le chien comme chez le cheval, inséparable de la forme svelte, et celle-ci entraine comme conséquence, dit M. Gayot, la finesse des tissus et une certaine distinction. Les muscles se dessinent d'autant mieux sous l’enveloppe qu'ils sont moins entourés de graisse. Tout se tient!
Quant à nous, nous croyons que l’engouement si peu
réfléchi de nos chasseurs pour le pointer, tient seulement à cette certaine distinction que les flatte, qui, en un mot, les prend par les yeux! Alors qu'ils auraient dû réfléchir, ils ont accepté sa beauté de forme sans compensation, et ils ont perdu leurs belles et bonnes races françaises, bien autrement solides et parfaitement adaptées au pays. |
Reste la question des facultés objectives à débattre entre les deux races rivales, l’une sent de loin, l’autre sent de près. C’est le rapide qui passe pour avoir le plus de nez, galopant à toute vitesse, la tête haute, il ne perçoit bien que les émanations lointaines pour lesquelles 1l néglige les plus rapprochées lorsqu'elles sont moins développées (Gayot). Tout cela constitue avouons-le, au serviteur plus qu'émancipé et à demi indépendant!
Il ne faut pas se dissimuler que l'apparition du pointer en Angleterre est toute moderne. Ce chien n’a pas cent ans d'existence, mais il est un des types les mieux réussis de ce que peut produire une sélection patiemment conduite et des croisements opérés avec réflexion.
En effet, que chercha-t-on?
On voulut réunir l’odorat à la vitesse.
Il fallait un odorat infaillible pour permettre à l’ani- - mal de développer un grand espace et de prendre pour lui toute la fatigue qu'il épargnait à son maître. Time is money, disent les Anglais; etils économisent aujourd'hui le temps nécessaire pour battre le terram, en faisant arpenter rapidement celui-ci par leur pointer. Tout cela est rationnel!
Maintenant, les Anglais ont-ils créé le type de toutes pièces ? Nous ne le pensons pas. Et ils ont eu raison! Ils ont cherché et trouvé un moule qui eût déjà pour lui une des deux qualités qu'ils voulaient allier, la légèreté et la forme. Ils l'ont trouvé, selon Lavallée, Gayot et nous, dans le chien espagnol qu’on appelle Perro de punta, vrai pointer haut sur jambes, fin, levretté et un peu grêle.
Une fois le moule trouvé, ce sont les croisements qui
ont amené au pointer le nez large nécessaire pour contenir des organes olfactifs bien développés, le bout carré afin que les narines puissent s'ouvrir aisément pour recevoir beaucoup d'air, le front bombé et élargi, parce qu'on avait besoin d'intelligence et surtout de beaucoup de mémoire pour retenir les leçons. Et, en effet, tous ces caractères physiologiques et craniométriques sont exactement ce qu'il fallait!
Qu'en résulte-t-1l! des chiens qui se dressent tout seuls, par atavisme. Il ne manque point de preuves, dit Robinson, de jeunes pointers de 3 à 6 mois secondant volontairement leur mère.
Mais, qu'on ne l’oublie point! L’Anglais chasse toujours avec une paire de pointers qui tombent en arrêt, à patron, l’un sur l’autre, tout comme avec une paire de setters, ce qui change singulièrement la valeur réelle du chien. En France, nous n'avons qu'un chien : il faut qu'il sache tout faire.
Au surplus, 1l y a bien peu de différence entre les chiens d'arrêt employés en Angleterre pour qu’un auteur cynégétique puisse écrire : € The two varieties used, are Qthe pointer, which is smooth, and the setter, a rough, more Qnearly ressembling the spamel. » Les deux variétés employées sont : le pointer, chien à poil ras, le setter, chien à poil rude ressemblant beaucoup à l’épagneul. Ce qui prouve déjà combien pointer et setter se ressemblent puisqu'ils ne différent que par le pelage, ce qui est vrai.
Il ne faudrait pas croire, même, que la condition d’être ferme comme un pont à l'arrêt, qui fait l'admiration des chasseurs français pour le pointer soit toujours recher-
SH INR
chée chez nos voisins. Ce serait une grande erreur. Quand ils chassent les grouses, — ce que nous remplaçons en France par les gelinottes et le coq de bruyère dans nos montagnes, — 1ls savent bien qu'un chien ferme d'arrêt ne leur servirait à rien dans ces grands espaces, et qu'un chien rude batteur est une condition sine qu& non de réussite. Aussi évitent-ils les vieux pornters espagnols et tout chien qui a beaucoup de leur sang dans les veines.
Pour la perdrix, il en est tout autrement, et l’on regarde comme une sorte de règle que les chiens pour l’une et l’autre de ces opérations soient diamétralement opposés de chasse et de manière de chasser.
Dans les moors ou immenses landes où l’on va chasser les gelinottes, on classe les chiens ainsi :
1° Le vieux pointer espagnol;
2° Le pointer moderne;
3° Le setter;
4° Le setter russe.
On voit que nos races sont absolument inconnues et parfaitement non avenues pour nos voisins! Mais, comme ils trouvent le vieux pointer espagnol très-lent, trop lourd, trop méticuleux, ils lui préfèrent le moderne qui est aussi enlevé, aussi rapide que possible, et même le setter qui peut se trouver dans de bonnes conditions.
Pour les perdrix, quand elles sont nombreuses, 1l n’y à pas à douter qu'un pointer solide de la vieille race, est le meilleur. Un épagneul muet, ne s’écartant pas à plus de trente pas du fusil, lui est souvent préféré, parce que, par la délicatesse de son nez, il ne laisse
rien derrière lui.
Telle est la méthode anglaise : on voit qu’elle est loin de se montrer aussi exclusive qu'on le suppose. Ils choïsissent la chasse longue du pointer quand ils ont de l’espace et beaucoup de gibier, la chasse courte de l’épagneul
quand il y a peu de perdrix, et des clôtures fréquentes qui gênent la vue.
Nous en faisons autant!
Maintenant, comment entreprendre de dénombrer les
SPANISH POINTER, (d'après une ancienne estampe de Stable.)
robes diverses du pointer? Nous en avons vu de toutes couleurs. Cependant cette variété même semble constituer quelques sous-races assez constantes.
Il y a le pointer noir et le marron, zaïins tous les deux. On distingue encore le pointer blanc à taches jaunes, mar-
ron clair ou noires. Chacune de ces sous-races donne en
général deux grandeurs : l’une en dessus, l’autre en dessous de 21 pouces ancienné mesure ; soit : 057.
Il y avait le vieux braque anglais — o!d english pointer — tel qu'on le trouve représenté dans les gravures du commencement de ce siècle et qui avait la plus grande analogie avec les braques espagnols et français, comme forme et comme chasse. C’est celui que les auteurs cynégétiques anglais appellent le vieil espagnol — spanish pointer —.Or, on employa un peu de croisement foxhound et l’on arriva à raffiner ces braques solides, pour créer cette race des pointers actuels, très-élégants, mais hauts sur Jambes, levrettés et grêles : bons à rien, ailleurs que dans de grandes plaines faites exprès.
On créa une race noire, une marron, une rousse. On en fit de blancs marqués de fauve ou de noir Ce furent quelques-uns de ces fameux chiens-là provenant, dit-on, vers 1818, du chemil du duc de Wellington, qui ont pullulé en chiens dits de Saint-Germain ou de Compiègne, ou de Charles X. Ces pointers ont une quête très-brillante et beaucoup de nez, mais ils chassent pour eux, à
toutes distances et n’ont pas de fond, = Ce sont ces chiens que les Anglais de nos Jours ont abandonnés et qu'ils ont remplacés par notre beau et bon braque d'arrêt brun, marron et blanc de Picardie. Race trappue, solide, membrée,’à large poitrail, à tête carrée : docile et infatigable que nous avons représentée au chapitre des chiens d'arrêt français. — Chez nous, le bon sens n'a pas encore paflé, et, en attendant, les affreux pointers, Saint-Germain ont abâtardi toute la race braque à vingt lieues autour de Paris.