RETRIEVER SPANIELS, ÉPAGNEULS, TYPE NOIR ET TYPE MARRON
la suite des pièces blessées ; sans doute parce que l’entrée au fourré et à l’eau de “ces chiens à toison est beaucoup plus aisée que pour la généralité des braques, tout nus sous leur poil de souris. :
Les auteurs cynégétiques anglais s'accordent à dire que le retriever n’a point nécessairement de lignage fixe. Pourvu que l'animal ait le poil rude, la peau dure, et
qu'il ne soit pas trop grand, — qu'il passe partout, en un mot! —il fera très-bien le métier auquel on le destine.
Cependant les chasseurs de premier ordre recommandent de choisir, soit un terre-neuve de St-John, soit un croisement de cette espèce avec un setter, ce qui produit un retriever de plaine par excellence. Le second apporte du nez au premier et le rend plus aisé à dresser. On a même institué des expériences intéressantes pour croiser le Saint-Bernard moderne à poil rude avec une bonne race de setters, en se fondant sur ce que l’intellisence et la docilité sont des qualités que possède au plus haut degré le Saint-Bernard, et que le setter fournira au produit le nez et l’instinct de la chasse.
Il résulte déjà des croisements effectués que les retrievers les meilleurs sont issus du croisement du setter et du terre-neuve, ce qui se voit au pelage doux et soyeux : ou du croisement du water-spaniel généralement 1rlandais avec le même terre-neuve,ce qui donne un poil frisé. Nombre de chasseurs préfèrent les chiens à poils soyeux et doux, indicateurs d’une origine plus près du setter que de l’'épagneul : ils les trouvent plus aisés à dresser à l’obéissance absolue et complète qu’on exige d’eux.
Nous n'avons point envie de discuter à fond le grave problème que les Anglais ont cru résoudre, de posséder un chien parfait au moyen de la division du travail, ce qui demande deux animaux pour un. En France, les nôtres font tout... et ils ont raison!
Il y aurait toutefois une grande imprudence à se figurer que des chasseurs aussi consciencieux et aussi logiques que les Anglais se sont donnés la peine de créer,
sans motifs graves, une race dont nous croyons pouvoir nous passer. Le motif principal qui les a guidés est, non-seulement le travail considérable qu'exige la poursuite, dans les solitudes couvertes de l'Écosse, les grooses démontées, mais le danger que le chien-chasseur, le chien d'arrêt, le setter, ne tombe, pendant la poursuite nécessaire de la pièce blessée, sur du gibier vivant. En ce cas, de deux choses l’une : ou le chien arrête à nouveau celui-ci et court le risque de perdre l’autre en l’oubliant, ou 1l passe outre, et le chasseur voit lever le gibier hors portée et sans pouvoir le tirer.
Le retriever au contraire, s’il est bien dressé, ne s’occupera que de la pièce qu'il suit : ses mouvements devront être doux, liants, muets pour n’effaroucher aucun gibier autour de lu. Ceci est tellement important que si, dans une course ou une promenade à travers la campagne, le chasseur ne peut emmener qu’un chien, il préfèrera son retriever à tout autre. Et en effet, quoique non prévenu, un bon tireur tue, quand même, le gibier qui lui part à bonne distance, tandis que sans chien de rapport, s’il le blesse, il ne peut l’aller chercher, et s’il le tue, dans tel couvert, il ne pourra le retrouver.
Au lieu de cela, s’il est en compagnie d’un bon retriever, non-seulement celui-ci le regarde tirer et s'aperçoit mieux que lui si la pièce est touchée, mais il voit parfaitement où elle est tombée, et il sait s’y porter légèrement, sans bruit, pour n’effrayer ni elle, ni celles qui peuvent Ôôtre encore aux environs. Avuons-le, ces considérations ne sont pas à dédaigner!
CHIENS COURANTS
Lorsque nous serons arrivés au but que nous avons fait entrevoir aux veneurs français vraiment amis de leur pays, nous hous apercevrons que, sous quelques rapports, la question des chiens courants anglais n’est pas aussi compliquée qu'on le croit. Il est évident qu'il y à, dans la conformation, un certain élément à éliminer, que cet élément tient au sol même des Iles, à la configuration soit d’une race autochthone qui leur semble belle, soit à une influence du milieu sur les races importées, influence, en tout cas, qu'il importerait de faire disparaître. |
Ce dont on s’apercevra bien. vite, c’est qu'une bonne partie des chiens sont originaires du continent et 1mportés dans les Iles par la conquête normande, et ceux que les Normands ont emmenés étaient, bien certaine-
ment, ceux dont ils faisaient le plus de cas à leur époque (XI siècle). Maintenant deux circonstances se sont présentées : les uns ont été précieusement conservés dans certaines grandes familles, par exemple les Talbot; d'autres, au contraire, se sont modifiés, non-seulement par le croisement avec des races précédemment dans le pays, telles que les grands lévriers d'Écosse à poil rude, et probablement avec une race — désormais perdue — de chiens à longs poils, du Nord, très-semblable à celle qui, importée à Terre-Neuve par les Anglais, y a formé la race de ce nom.
Quoi qu'il en soit, le chien courant le plus ancien dont on ait une connaissance bien exacte en Angleterre est le Talbot; chien à poil ras, blanc — cette couleur était réputée la meilleure égalément en France — ou blanc marqué de brun, de feu ou de fauve. Ces chiens, qu'on ne l’oublie pas, étaient là-bas ce qu'ils sont restés chez nous jusqu'en 1830, lents, collés à la voie et de gorge admirable. Quelle différence avec les races actuelles! Mais, qu'on ne l’oublie pas non plus, quelle différence, et avec le pays d'alors, et avec le mode de chasse d’alors!
Si nous parlons d’ailleurs du T'albot, ce n’est absolument qu'à titre de généalogie et parce que, souche commune des races actuelles de chiens courants des Iles Britanniques, 1l nous servira à établir quelque parenté entre elles. |
Pour les chiens courants, les Anglais ont procédé comme pour. les chiens d'arrêt : ils ont fabriqué des noms quiindiquent précisément l’usage auquelils les destinent.
Masrirr (prononcez : mas’-tif). = Proprement : mâtin.
Burz-po& (prononcez : boul’-dogue). = Chien à taureau, chiens que l’on dressait à combattre ces animaux, bouledoque.
Dog, c’est le chien quelconque.
Hound, c’est le chien de chasse, mais chien courant; ainsi éo hound est le verbe qui veut dire : chasser au chien courant, courre un gibier.
GREYHOUND (prononcez : gré -haound’e). — C’est le chien gris, graius canis. On l'appelle aussi gazehound, chien au regard fixe, attentif, parce qu'il chasse Le lièvre en se servant de la vue seule et l’enveloppant d'un regard féroce ; c’est le lévrier.
OTTERHOUND (prononcez : o’-teur-haound’e). = Chien à loutre, ce qui explique son emploi.
BLoopHouxp (prononcez : bleud’-haound’e). — Exactement chien de sang. C’étaient les chiens qui servaient autrefois à retrouver le gibier blessé, perdu, qu'ils suivaient à la trace du sang, aux rougeurs, en terme de vénerie française. C’est devenu le limier, chien de haut nez, qui sert maintenant à détourner l'animal pour le lancer avec les chiens de meute. |
STAGHOUND (prononcez : stag’-haound’e). — Littéralement chien à cerf. Stag est proprement le cerf mâle de cing ans où à sa troisième tête. Notre chien de grand équipage.
DEERHOUND (prononcez : dir’-haound’e). — Littéralement chien à daim; n'aurait pas d'emploi chez nous.
Foxrouxp (prononcez : foks’-haound’e). — Chien à renard; meute de la chasse nationale anglaise. Ce sont
des briquets un peu grands; chiens très-vites pour foxhunting, la chasse au renard.
Harter ou HARRIER (prononcez : har'-i-eur). = C’est le évreur; celui qui ne chasse que le lièvre, kare en anglais. Il porte aussi le nom de Larehound, chien à lièvre.
BEAGLE (prononcez : br-el). — C’est le bigle, le petit briquet, mais pas encore le basset : le beagle est un chien à hHèvre.
TERRIER (prononcez : ter’-i-eur). — Le terrier est un chien à renard; c'est celui qui le poursuit sous terre. Ce nom est souvent pris comme synonyme de basset; en effet, c'est le seul dans la langue qui représente une espèce analogue aux nôtres. |
BULL-TERRIER (prononcez : boul-ter’-i-eur). = Est un mélange de bull-dog et de terrier. C’est un terrier auquel on a donné les mâchoires tenaces du bouledogue pour augmenter sa ténacité et sa puissance vis-à-vis du renard dont la gueule est si terrible et qu'il doit attaquer dans son terrier. Comme on le voit le bullterrier est un des produits accessoires employés à un épisode de la chasse par excellence, le foxhunting. Mais il ne faudrait pas s’y tromper, quelque nom que
leur donnent les sportmen et les marchands ou fabricants de chiens, il n’y a, en Angleterre, qu'une seule race de chiens courants. On en varie la taille et la vitesse, la gorge, selon ce qu'on en veut faire; mais, grand ou petit, mince ou épais, chiche ou chaud de gueule, c’est toujours le même chien, le même patron, le même moule !
Cela est si vrai, que les Anglais ne se donnent même . plus la peine de varier les noms de leurs sous-races suivant les animaux de chasse auxquels 1ls les destinent. A l'heure où nous écrivons, il n'y a plus, — effectivement en nature, — ni bloodhound, n1 deerhound, n1 otterhound, ni staghound!.. I y a le foxhound, voilà tout : le grand, le petit, le moyen ; au choix!.. Tout s’est réduit au foxhound, au beagle et au terrier. Tel est le progrès!
Qu'on ne nous accuse donc pas d’archaïsme, — ce qui ressemblerait pour quelques-uns au radotage des vieux! — si nous ressuscitons le Talbot antique. Nous en avons besoin pour être compréhensible, et rendre claire une descendance qui, sans cela, pourrait bien paraître la chose la plus embrouillée du monde.
Au surplus, décrire le Talbot, c'est décrire un grand et beau chien, métis de la race noire et blanche de. Saint- Hubert et des fauves bretons. Ce sont nos vrais chiens normands tels qu'on n’en peut que difficilement retrouver dans cette province quelques représentants dégénérés.
Voici maintenant la descendance et le partage de ces races :
Parmi les talbots une première race s'était formée sous le nom de chiens du sud, southernhounds ; ou chiens lents, slowhounds; toujours tricolore où au moins À deux couleurs. À nos yeux, ces chiens du sud étaient positivement la vraie descendance : c’est d'eux ‘ que parle Shakespeare :
My hounds are bred out of the Spartan kind,
So flow'd, so sanded : and their heads are hung With ears that sweep away the morning dew;
Crook-kneed, and dew-lapp’d like Thessalian bulls ; Slow in pursuit, but match’d in mouth like bells, Each under each. A cry more tuneable
Was never holla’d to, nor cheer’d with horn..
Midsummer nights dream. Act IV., se. IT.
« Mes chiens sont de la race de Sparte, bien mouchetés, d’une belle cou- « leur rousse : leur tête est coiffée d'oreilles qui balayent la rosée du matin; « leur genoux sont torts, leurs fanons pendants comme ceux des taureaux « de Thessalie. Lents de pied, mais assortis par la voix comme la gamme « d’un carillon. Jamais les hola ni les cors n’animèrent plus parfaite € musique... » à
Peu à peu l’affluence du sang breton y détermina une sous-race à poil rude qui prit le nom de chiens boobres, nigauds, en français baubis, baubés ou boubés; plus bas de torse et plus longs que les autres, de gorge effroyable, hurlant sur la voie, poil semi-barbet, nez sûr : on leur coupait presque toute la queue. Ce sont nos hurleurs. Sur le continent, ils servaient — ils servent encore — à chasser le sanglier; les Anglais les mettent derrière un renard et même après un lièvre.
La mode de couper la pointe des oreilles aux chiens courants n’est point propre aux Anglais, ni née chez eux. On le faisait en Espagne, au XVII siècle, pour tous les chiens courants. On le faisait même avant, puisque dans le roman d'Aubery le Bourgoing, pour louer les beautés d’un chien, nous trouvons comme nous l’a-
vons déjà remarqué :
Petite oreille comme gentil bracon.
Bracon, c’est brachet, briquet, chien courant commun. Ce qui prouve que la mode était générale, et qu’à cette
époque, les grandes oreilles tombantes, que nous prisons tant, semblaient laides et gênantes à nos aïeux. D'Vauville, sous Louis XVI, n'était point flatté de ce perfectionnement, et n'aimait guère les oreilles coupées des chiens courants anglais.