SCENE X
MÀUF1LÀTRE, AUX, LOUIS.
Vierge sainte, mes ihaux n’étaient point à leur comble !
■acfilatre.
Ne voyez en moi qu’un gentilhomme, un parent qui vous apporte le gage de cette miséricorde que vous implorez; en présence de ce bouleversement de la nature , les haines s’évanouissent comme les passions qui les ont soulevées; c'est une circonstance bien inattendue... inopinée ..divine, je dois dire, qui nous pousse au-devant l’un de l’autre, au milieu des périls semés par l’ouragan, pour vous offrir mon secours.
ALIX
Vous! me secourir! vous qui m’avez privée lâchement de tout soutien, de tout appui ! Rendezmoi donc au moins celui que je pleure depuis cinq ans, rendez-moi le père de mon onfantl
MAGASIN THEATRAL
MACFILATRE.
Qu« dites-vous ?. . . le père...
» ALIX
• Vous l’ave* arraché traîtreusement du pied des autels pour l’égorger sans doute.
MACFILATRE.
Par les cendres de ma mère, je n’ai pas fait tomber un cheveu de sa tête: trop peu soucieux, peut-être de la sainteté de l'église, j’ai fait enlever la nuit du sanctuaire l’imagier llargcrin ; mais le faire assassiner l je ne croyais pas avoir besoin de sa mort, je ne voulais que le voir s’éloigner devant mon amour.
ALIX
Eh bien 1 malgré tant de souffrances et de larmes, je sens que je pardonnerais si vous me disiez en quels lieux il existe, en quels lieux je pourrais le rejoindre.
MACFILATRE.
Il est trop tard !
ALIX
Trop tard!
■ACFILATRE.
Après trois années d'esclavage sur la cête africaine, il est venu s'abîmer en vue de la Provence avec le navire qui le portait.
ALIX
Mort! mort! sans m’avoir revue! sans avoir embrassé son lils. { f / ert Loui*. ) Pauvre orphelin, il ne nous reste plus qu’à le suivre.
macfilatrk.
Il vous reste & conserver é cet enfant une existence brillante et honorée: vous voyez bien que le trépas ne veut pas de nous , il n'arrive qu’à son heure et la nêtre n’est pas venue. Depuis que Fléchier à obtenu pour vous la protection de Louis XIV, l’héritage du duché de Cressac, que je croyais tenir, m'échappe.
Ah! c’est une justice du ciel.
MACFILATRE .
Justice ou malheur, il m'échappe, je le répète, mais sans profit pour vous: à défaut des titres constatant votre mariage et vos droits, eh bien! rang, patrie, tranquillité, héritage, les voulezvous encore? je vous les donne, moi, si vous vous décidez à me donner votre main.
ALIX
Moi, lier ma vie par les nœuds les plus sacrés & l’homme affreux...! Vous savez bien que vous u»'-avcz fait là uoc proposition aussi odieuse que votre présence.
MACFILATRE.
Elle voit où nous somme», elle me connaît, et elle ose me traiter avec ce mépris, l’insensée!... Mais tu ne songes donc pas que, ton lils et toi, je vous tiens en mon pouvoir, que, vous morts tous les deux, je deviens héritier légitime, si je peux présenter ces titres qui te sont enlevés 1
ALIX
11 en serait capable! ô mon Dieu !
■AHFiLATRE , avec force , mais à demi-voix.
Et les titres sont dans mes mains.
ALIX
Tu veux avec cette imposture me faire tomber dans un piège.
■aofilateb , de même.
Je les possède depuis cinq ans.
C’est donc la trahison qui les a vendus!
MAOFILATRB.
Que t’importe? je les tiens, pour nous deux ou à moi soûl. Réfléchis : je recule devant le meurtri? d'un enfant sans défense, d’une femme qui trouve encore mon sang- froid et ma raison ; mais devant mes intérêts blessés, anéantis, tout céderait, je le jure.
ALIX
Oh! ce serait trop infâme!
MACFILATRE.
Dans la voie de l'ambition on ne recule pas, on ose tout ! Qui viendra me demander compte de deux existences sans intérêt pour personne? qui doutera d’ailleurs que vous n’ayez perdu la vie au milieu de cette scène de désolation qui nous entoure, lorsque je l'affirmerai moi -même, et que, vos titres à la main, j’irai, vêtu de deuil, me jeter aux pieds de Louis et lui demander l’investiture d'un duché si glorieusement conquis par uos ancêtre»?
alix , à pari.
Lui ! oh ! non , non , ce serait effroyable ! [Avec stupeur et assez haut pour être entendue ., El ces papiers sont en ses mains!
MACFILATRE.
Là, sur ma poitrine ; depuis cinq ans je ne In quitte point, même pendant mon sommeil. (// les prend sous son pourpoint.) Ces parchemins héréditaires, les voilà.
alix, à elle-même.
O mon père! mon père! votre nom si pur, votre honneur intact , votre glorieuse mémoire...!
MACFILATRE.
Les voilà !
ALIX
Sacrifiés à cet homme!
MACFILATRE.
Votre main en échange, Alix , et plus d'orphelin. (Se désignant du doigt la poitrine .) Un duc de Cressac (montrant Louis et son futur héritier, son héritier légitime, unique, entendez-vous, unique!... et la cour, et des fêtes, une vie splendide, un nom vénéré, les hommages de tous... vous n'aver qu’un mot à dire, qu’un geste à faire, et je ramené en France, entourés de tous les honneurs qui leur sont dus , la duchesse de Cressac, mon épouse, et mon enfant d'adoption.
alix, les yeux attachés sur le porte feuille entrouvert.
Jamais de tache à votre nom, jamais la souillure qu’y infligerait le contact de ce misérable.
MACFILATRE.
F. h bien ! Alix!
alix, exaltée.
Jamais, jamais ! Je déshérite mon enfant, as» je le déshérite aussi.
LES CHIENS DU MONT-SAINT-BERNARD. 31
MAOFIlATRE.
Que dit-elle?
L'eofait, effrayé à ce cri, court vers ta mcre. ALIX.
le mauve 1a honte 4 ma famille.
haopilatab.
Malheureuse!
ALIX
J’eogloutis tes audacieuses espérances.
Ell« jette le portefeuille dans le gouffre.
KAQVILATftl.
Enfer 1 enfer! (Il se précipité pour les retenir , trouve soua ses pas l’enfant, qu’il repousse et qui roule dans l’ablme.) Qu’il aille donc les rejoindre 1
ALIX
Horreur !
Elle veut s'élancer et tombe évanouie.
il ton litre, dans la dernière fureur et la soulevant. Et toi- même avec lui 1