‹ Les chinois chez euxChapitre 3 sur 43 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

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r^Es lettres, destinées à l'intimité, écrites sur tous ^ les chemins de la contrée la plus reculée de la <k Chine, en des heures que le missionnaire déro- ■^ bait à son repos, forment une collection dont i^ ^ ^v "^ ,^ ^ 4^x -^ t^ nulle autre du même genre n'égala jamais l'intérêt et le charme véritablement exquis.

Nous y avons, peinte au vif, une âme qui se livre dans l'épanchement d'une causerie, avec ses élans, ses pensées, ses impressions de chaque jour ; mais une âme riche entre toutes, d'une pureté parfaite, d'une ardeur incroyable, passionnée pour l'immolation d'ellemême au salut du prochain, âme de prêtre, à! apôtre, de martyr ; un cœur fort, limpide comme le diamant, et d'une tendresse débordante ; une intelligence merveilleusement douée, abreuvée aux meilleures sources de la doctrine sacrée, constamment en éveil, et dont les pensées fortes et originales s'incarnaient dans un style prime- sautier, simple, clair, alerte, ému, plein de saveur et à^humour. Tous ces trésors, J.-B. Aubry les sacrifia au service des âmes les plus misérables et les plus abandonnées, dans la pauvre province chinoise du Kouy-Tchéou.

Distingué par son évêque dès le début de ses études théologiques, envoyé par lui au Collège romain où il conquit, à la suite des examens les plus remarqziés, le diplôme de docteur, professeur au grand séminaire de Beauvais, entouré de disciples qu'il enthousiasmait pour les études saintes, seules capables de faire du prêtre le sel de la terre et la lumière du monde, suivant le mot d'Albert le

Grand : Rccia dogmata fachint sanctitatem, — réservé aux dignités et aux honneurs, il obéit quand même à la voix de Dieu, qui, le jour de sa première Communion, l'appelait déjà aux Missions Étrangères ; « il se jeta tête baissée, comme il disait, dans l'abîme du sacrifice qu'il voyait ouvert devant lui !» Il partit, résolu au martyre. — et aussi au long martyre de l'apostolat.

On l'a dit dans un magnifique langage, « il faut que le missionnaire apprenne l'art de mourir à tout, et tous les jours et toujours !.., Si Dieu lui impose l'épreuve d'une longue vie, chaque jour l'amertume des ans comblera et fera déborder le vase de ses douleurs... il se traînera sur les chemins arrosés des sueurs de sa jeunesse et qui n'ont jjas fleuri... Ainsi il attendra que son pied se heurte à la pierre où il doit tomber, que sa vie s'accroche à la ronce où elle doit rester suspendue, une masure, une cachette au fond des bois, un fossé sur la route. Car le cimetière, cet asile dans la terre consacrée, le missionnaire ne l'a pas toujours. Trouvant à mourir jusque dans la mort, il se dépouille aussi du tombeau. Telle est la vie du missionnaire... C'est trop peu de l'appeler une lente et formidable mort ! »

Telles ont été les années que J.-B, Aubry consacra à l'évangélisation des infidèles, telle fut sa fin. Il mourut à 38 ans, seul, momentanément éloigné de ses confrères, épuisé de fatigues, dévoré d'inquiétudes sur le sort de sa chère mission, après avoir connu toutes les souffrances qui peuvent torturer un apôtre, et versé une fois, suivant le plus ardent désir de son cœur, quelques gouttes de son sang pour Ji'sus-Ciirist. Il mourut sans savoir que son évêque, Mgr Lions, venait de le demander au Souverain-Pontife pour son coadjuteur.

Après la prière, sa consolation était d'écrire souvent et longue-

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