PREMIER CHIRURGIEN DE SA MAJESTÉ
[Décembre 1707]
Louis, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, à tous présens et avenir, Salut. Nous avons toujours regardé comme des personnes illustres dans notre royaume ceux qui par une longue application ont excellé dans la connoissance des sciences, et nous nous sommes toujours fait un plaisir de les distinguer par quelques marques de notre estime, qui puissent, en rendant justice à leur mérite,
* Voy. ci-dessus, p. 144 et 168.
animer en même temps nos autres sujets à suivre leur exemple, et faire par ce moyen fleurir les arts dans les pays et terres de notre obéissance.
Mais entre tous ceux qui se trouvent dans ce cas, il est bien juste de préférer les personnes qui ont eu pour but par leurs longs travaux de trouver la guérison du corps humain, et qui par un nombre infini d’expériences ont donné des marques de leur habileté et de leur capacité. Toutes ces qualitez se rencontrent éminemment en la personne de notre cher et bien aimé Georges Mareschal, notre premier chirurgien. La grande réputation qu’il s’est acquise dans sa profession, pendant vingt ans qu’il a été à la tête de la chirurgie dans notre bonne ville de Paris et dans l’hôpital de la Charité, l’a fait rechercher non seulement par nos sujets, tant de la première qualité qu’autres qui en ont reçu de grands secours dans les opérations les plus difficiles qu’il leur a faites, mais aussi par les rois et princes étrangers qui, le regardant comme le plus habile dans un art supérieur dans notre royaume à ce qu’il est dans toutes les autres parties de l’Europe, ont voulu avoir des élèves de sa main.
Nous l’avons nous-mêmes appellé par ces raisons dans les consultations que nous fîmes faire en l’année 1696 pour un abcès considérable dont nous fûmes attaqué à la nuque du col 1 , et il répondit si bien à la bonne opinion que nous avions de lui que nous crûmes ne pouvoir mieux faire que de nous servir de son ministère près de notre personne, en
1 Voy. ci-dessus, p. 143 et 168.
qualité de notre premier chirurgien dont nous lui conférâmes la charge en l’année 1703. Depuis lequel teins, il s’est rendu si digne de la confiance que nous avions en lui, que nous ne nous sommes pas contentez de lui avoir donné des marques de notre estime en lui accordant dans le mois de juin 1706 une charge de nos maîtres d’hôtel, nous avons voulu aussi lui faire connoître combien nous étions satisfait de lui, en recevant le 25 octobre ensuivant Georges-Louis Mareschal, son fils, en survivance de la charge de notre premier chirurgien, étant bien persuadé qu’il lui a inspiré le même attachement et la même affection qu’il a pour nous, et que l’ayant élevé sous ses yeux dans la connoissance de la science qu’il s’est acquise, il nous servira très utilement dans la même charge. Et comme nous ne sçaurions trop témoigner combien nous sommes content de lui, nous avons jugé à propos de lui en donner encore des preuves qui puissent passer à sa postérité, en l’élevant autant au-dessus du commun qu’il s’est élevé lui-même au-dessus de ceux de sa profession.
Pour ces causes, et autres à ce nous mouvant, de notre grâce spéciale, pleine puissance et authorité royale, nous avons par ces présentes signées de notre main, annobli et annoblissons ledit sieur Mareschal; et du titre de noble et d’écuyer nous l’avons décoré et décorons. Voulons et nous plaît qu’il soit tenu, censé, et réputé pour tel, ensemble ses enfans et postérité, tant mâles que femelles, nez et à naître en légitime mariage, tout ainsi que s’ils étoient issus de noble et ancienne extraction ;
qu’ils soient en tous lieux et actes, tant par jugement qu’autrement, tenus, censez et réputez nobles ; que comme tels ils puissent prendre la qualité d’écuyer, parvenir aux degrés de chevalerie et autres honneurs réservez à notre noblesse, et qu’ils jouissent et usent de tous les droits, prérogatives, privilèges, prééminences, franchises, libertez et immunitez dont jouissent les autres nobles de notre royaume. Comme aussi qu’ils puissent acquérir, tenir et posséder tous fiefs, terres et seigneuries nobles, de quelque titre et qualité qu’ils soient. Permettons en outre aud. s r Mareschal et à ses descendans de porter les armoiries timbrées telles qu’elles seront réglées et blasonnées par le sieur d’Hozier, juge d’armes de France, et ainsi qu’elles seront peintes et figurées dans ces présentes, auxquelles son acte de réglement sera pareillement attaché sous notre contrescel, avec pouvoir de les faire graver et insculper en tels endroits de leurs maisons, terres et seigneuries que bon leur semblera. Sans que, pour raison du présent annoblissement, ledit sieur Mareschal et sa postérité soient tenus de nous payer, ni à nos successeurs rois, aucune finance ni indemnité, de laquelle, à quelque somme qu’elle se puisse monter, nous leur avons fait et faisons don par cesdites présentes.
Autopsie de Louis xiv ’.
[Septembre 1715]
Aujourd’huy, deuxiesme septembre de l’année 1715, nous nous sommes assemblés à 9 heures du matin, dans le château de Versailles, pour y faire l’ouverture du corps du Roy, où nous avons trouvé ce qui suit :
A l’extérieur, tout le côté gauche nous parut gangrené depuis l’extrémité du pied jusqu’au sommet de la tête. L’épiderme s’enlevoit généralement par tout le corps des deux côtés. Le côté droit étoit gangrené en plusieurs endroits, mais beaucoup moins que le gauche, et le ventre paroissoit extrêmement bouffi.
A l’ouverture du bas-ventre, les intestins se sont trouvés altérés avec quelques marques d’inflammation, principalement ceux qui étoient situés du côté gauche, et les gros intestins prodigieusement dilatés.
Les reins étoient assis dans leur état naturel. On a trouvé seulement dans le gauche une petite pierre de pareille grosseur à celle qu’il a rendue par les urines plusieurs fois pendant la vie, sans aucun signe seulement de douleur.
Le foie, la rate, l’estomac, la vessie étoient abso-
1 Commentaria medicinœ Façullatis, t. XVIII. — Voy. ci-dessus, p. 204.
lument sains et dans leur état naturel, tant en dedans qu’au dehors.
A l’ouverture de la poitrine, nous avons trouvé les poumons sains, aussi bien que le coeur dont les extrémités des vaisseaux et quelques valvules étoient osseuses ; mais tous les muscles de la gorge étoient gangrenés.
À l’ouverture de la tête, toute la dure-mère s’est trouvée en adhérence au crâne, et la pie-mère avoit deux ou trois taches purulentes le long de la faux 1 . Au reste, le cerveau étoit dans l’état naturel, tant au dedans qu’au dehors.
La cuisse gauche, dans l’intérieur, s’est trouvée gangrenée, aussi bien que les muscles du bas-ventre, et cette gangrène montoit jusqu’à la gorge.
Le sang et la lymphe étoient dans une entière dissolution, universellement dans les vaisseaux.
Préambule de la déclaration du 23 avril 1743 *.
Louis, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes verront, Salut.
Le désir de faire fleurir de plus en plus dans notre royaume les arts et les sciences, et l’affection paternelle que nous avons pour nos sujets, nous
1 On nomme faux le repli de la dure-mère qui sépare les deux hémisphères du cerveau.
* Voy. ci-dessus, p. 176.
ont déjà porté à autoriser les moyens qui nous ont été proposés pour perfectionner un art aussi nécessaire que celui de la chirurgie. C’est dans cette vue que l’école de chirurgie qui est établie dans notre bonne ville de Paris, ayant mérité depuis longtemps, par l’habileté et la réputation de ceux qui en sont sortis, d’être considérée comme l’école presque universelle de notre royaume, nous y avons établi à nos dépens, par nos lettres patentes en forme d’édit, du mois de septembre 1724 l , enregistrées en notre Cour de Parlement, cinq démonstrateurs royaux des différentes parties de la chirurgie, sur la présentation qui nous en seroit faite par notre premier chirurgien. Et nous savons que le désir de se rendre toujours de plus en plus utiles au public, a inspiré aux plus célèbres chirurgiens de la même école le dessein de rassembler les différentes observations et les découvertes que l’exercice de leur profession les met à portée de faire, pour en former un recueil dont le premier essai vient d’être donné au public.
Mais quelque secours que les jeunes élèves qui se destinent à l’étude et à la pratique de la chirurgie puissent trouver dans cet ouvrage, il nous a été représenté qu’il étoit encore plus important d’exiger de ces élèves que, par la connoissance de la langue latine et l’étude de la philosophie, ils se missent en état d’entrer dans les écoles avec la préparation nécessaire pour pouvoir profiter pleinement des instructions qu’ils y reçoivent; que
Voy. ci-dessus, p. 170.
nous ne ferions par là que rappeler la chirurgie de Paris à son ancien état, dans lequel tous les chirurgiens de Saint-Côme, qu’on nommoit aussi chirurgiens dérobé longue, étoient gensde lettres; que suivant leurs statuts, ils dévoient sçavoir la langue latine et subir des examens sur des matières de physique, outre qu’ils étoient presque tous maîtres ès arts ; que d’ailleurs ils avoient introduit parmi eux différens grades de littérature, à l’imitation des degrés qui étoient établis dans les Facultés supérieures du royaume ; et que les rois nos prédécesseurs, voulans favoriser une émulation utile au public, leur avoient accordé des privilèges et des titres d’honneur relatifs à ces exercices littéraires, comme il paroît plus particulièrement par les lettres patentes des rois Louis XIII et Louis XIV des mois de juillet 1611 et janvier 1644, enregistrées en notre Cour de Parlement, et qui rappellent un grand nombre d’autres lettres patentes et ordonnances plus anciennes; que la chirurgie y est reconnue pour un art sçavant, pour une vraye science qui méritoit, par sa nature autant que par son utilité, les distinctions les plus honorables, et que l’on en trouve la preuve la moins équivoque dans un grand nombre d’ouvrages sortis de l’école de Saint-Côme, où l’on voit que depuis long-tems les chirurgiens de cette école ont justifié, par l’étendue de leurs connoissances et par l’importance de leurs découvertes, les marques d’estime et de protection que les rois nos prédécesseurs ont accordées à une profession si importante pour la conservation de la vie humaine. Mais que les chirurgiens
de robe-longue qui en avoient été l’objet, ayant eu la facilité de recevoir parmi eux, suivant des lettres patentes du mois de mars 1656, enregistrées en notre dite Cour de Parlement, un corps entier de sujets illitérés, qui n’avoient pour partage que l’exercice de la barberie et l’usage de quelques pansemens aisés à mettre en pratique, l’école de chirurgie s’avilit bientôt par le mélange d’une profession inférieure, en sorte que l’étude des lettres y devint moins commune qu’elle ne l’étoit auparavant. Mais que l’expérience a fait voir combien il étoit à désirer que dans une école aussi célèbre que celle des chirurgiens de Saint-Côme, on n’admit que des sujets qui eussent étudié à fond les principes d’un art dont le véritable objet est de chercher dans la pratique, précédée de la théorie, les règles les plus sûres qui puissent résulter des observations et des expériences.
Et comme peu d’esprits sont assés favorisés de la nature pour pouvoir faire de grands progrès dans une carrière si pénible sans y être éclairés par les ouvrages des maîtres de l’art, qui sont la plupart écrits en latin, et sans avoir acquis l’habitude de méditer et de former des raisonnemens justes par l’étude de la philosophie, nous avons reçu favorablement les représentations qui nous ont été faites par les chirurgiens de notre bonne ville Paris, sur la nécessité d’exiger la qualité de maître ès arts de ceux qui aspirent à exercer la chirurgie dans cette ville : afin que leur art y étant porté par ce moyen à la plus grande perfection qu’il est possible, ils méritent également, par leur science et par leur
pratique, d’être le modèle et les guides de ceux qui, sans avoir la même capacité, se destinent à remplir la même profession dans les provinces et dans les lieux où il ne seroit pas facile d’établir une semblable loi.
A ces causes et autres considérations à ce nous mouvant...
Formule d’un contrat d’apprentissage *.
[Avril 1769]
Pardevant les Conseillers du Roy, notaires au Châtelet de Paris soussignés, furent présens Louis Lion, Loueur de carrosse et Nicolas Michel, sa femme, qu’il autorise à l’effet des présentes, demeurans à Paris rue du fauxbourg Saint Denis, paroisse Saint Laurent.
Lesquels, pour faire le profit et avantage de Antoine Nicolas Lion, leur fils, âgé de treize ans ou environ, qu’ils certiffient fidel et de bonnes moeurs, l’ont par ces présentes mis en apprentissage pour quatre années entières et consécutives, à commencer de ce jour, chez et avec sieur Barthélemy Delmas, maître en chirurgie de la Faculté de Paris, y demeurant rue Saint Lazard, paroisse Saint Eustache, à ce présent et retenant, ledit Lion pour son aprentif. Auquel pendant ledit tems il promet et s’oblige de lui montrer et enseigner son art en tout
1 Original sur parchemin, appartenant à l’auteur.
ce dont il se mesle et entremet en icelui, sans lui en rien cacher; de plus, de le nourir, loger, chauffer et éclairer pendant ledit tems ; sesdits père et mère s’obligeant de faire blanchir ses gros et menus linges et de l’entretenir de vêtement suivant son état.
Ce fait en présence dudit Antoine Nicolas Lion, demeurant actuellement chez ledit sieur Delmas susdites rue et paroisse, lequel a ces présentes pour agréables. En conséquence, promet et s’oblige d’apprendre de son mieux tout ce que ledit sieur Delmas lui montrera touchant ledit art de chirurgie, de lui obéir en tout ce qu’il lui commandera de licite et honneste, faire son profit, éviter sa perte, l’avertir des tords qui pouroient lui être faits et venir à sa connoissance. Sans cependant pouvoir par ledit apprentif s’absenter de chez ledit sieur Delmas pour aller travailler ailleurs; auquel cas d’absence, lesdits Lion et sa femme promettent et s’obligent de le chercher ou faire chercher par toute la ville et banlieue de Paris, pour s’il est retrouvé être ramené chez ledit sieur Delmas, pour y achever le tems qu’il auroit perdu pendant son absence ou celui qui resteroit à expirer des présentes, qui sont d’ailleurs faites moyennant la somme de deux cent livres. En déduction de laquelle lesdits Lion et sa femme ont présentement payé audit sieur Delmas, qui le reconnoit, en espèces sonnantes, comptées et nombrées et réellement délivrées à la vue des notaires soussignés, celle de cent livres. Et quant aux cent livres restants, lesdits Lion et sa femme promettent et s’obligent conjointement et solidairement l’un pour l’autre, un d’eux seul pour le tout, sous les
renonciations de droit requises, payer audit sieur Delmas dans quatre mois de ce jour, en sa demeure à Paris ou au porteur. A quoi ils affectent, obligent et hypothèquent généralement quelconques tous leurs biens meubles et immeubles présens et avenir.
Et pour l’exécution des présentes, les parties élizent domicile chacuns en leur demeure susdite. Auxquels lieux, nonobstant, promettant, obligeant lesdits Lion et sa femme solidairement comme dessus.
Fait et passé à Paris ez études, l’an mil sept cent soixante neuf, le quatorze avril. Et ont signé, excepté ledit Lion père qui a déclaré ne le sçavoir, de ce enquis par les notaires soussignés, pour satisfaire à l’ordonnance, ainsy qu’il est dit en la minute des présentes demeurée à maître Touvenot, l’un des notaires soussignés.
Raffeneau. Touvenot.
Autopsie de Louis xvii 1 [9 juin 1795]
Procès-verbal de l’ouverture du corps du fils de défunt Louis Gapet, dressé à la tour du Temple, à onze heures du matin, ce 21 prairial.
Nous soussignés, Jean-Baptiste-Eugénie Duman-
1 La Gazette nationale ou le Moniteur univei'sel, numéro du sextidi 26 prairial an III (14 juin 1795, vieux style), p. 1071.
gin, médecin en chef de l’hospice de l’Unité *, et Philippe-Jean Pelletan, chirurgien en chef du grand hospice de l’Humanité a , accompagnés des citoyens Nicolas Jeanroy, ancien professeur aux écoles de médecine de Paris, et Pierre Lassus, professeur de médecine légale 1 * 3 à l’École de santé 4 de Paris, que nous nous sommes adjoints en vertu d’un arrêté du Comité de sûreté générale de la Convention nationale, daté d’hier, et signé Bergoing, président, Courtois, Gauthier, Pierre Guyomard ; à l’effet de procéder ensemble à l’ouverture du corps du fils de défunt Louis Capet, en constater l’état, avons agi ainsi qu’il suit :
Arrivés tous les quatre, à onze heures du matin, à la porte extérieure du Temple, nous y avons été reçus par les commissaires, qui nous ont introduits dans la tour. Parvenus au deuxième étage, nous sommes entrés dans un appartement, dans la seconde pièce duquel nous avons trouvé dans un lit le corps mort d’un enfant qui nous a paru âgé d’environ dix ans 5 , que les commissaires nous ont dit être celui du fils de défunt Louis Capet, et que deux d’entre nous 6 ont reconnu pour être l’enfant
1 Nom alors porté par l’hôpital de la Charité.
s Nom alors porté par l’Hôtel-Dieu.
3 II était chirurgien et avait même été lieutenant du premier chirurgien du roi.
4 Premier nom donné à l’École de médecine reconstituée en 1794.
5 II était né le 27 mars 1785.
6 Dumangin et Pelletan, qui l’avaient visité par ordre de la Convention.
auquel ils donnaient des soins depuis quelques jours. Les susdits commissaires nous ont déclaré que cet enfant était décédé la veille, vers trois heures de relevée.
Sur quoi nous avons cherché à vérifier les signes de la mort, que nous avons trouvés caractérisés par la pâleur universelle, le froid de toute l’habitude du corps, la roideur des membres, les yeux ternes, les taches violettes ordinaires à la peau des cadavres, et surtout par une putréfaction commencée au ventre, au scrotum et au-dedans des cuisses.
Nous avons remarqué, avant de procéder à l’ouverture du corps, une maigreur générale, qui est celle du marasme. Le ventre était extrêmement tendu et météorisé. Au côté interne du genou droit, nous avons remarqué une tumeur sans changement de couleur à la peau, et une autre tumeur moins volumineuse sur l’os radius, près le poignet, du côté gauche. La tumeur du genou contenait environ deux oncës d’une matière grisâtre, puriforme et lymphatique, située entre le périoste et les muscles; celle du poignet renfermait une matière de même nature, mais plus épaisse.
A l’ouverture du ventre, il s’est écoulé plus d’une pinte de sérosité purulente, jaunâtre et très fétide. Les intestins étaient météorisés, pâles, adhérens les uns aux autres, ainsi qu’aux parois de cette cavité ; ils étaient parsemés d’une grande quantité de tubercules de diverses grosseurs, et qui ont présenté à leur ouverture la même matière que celle contenue dans les dépôts extérieurs du genou et du poignet.
Les intestins, ouverts dans toute leur longueur,
étaient très sains intérieurement, et ne contenaient qu’une petite quantité de matière bilieuse. L’estomac nous a présenté le même état ; il était adhérent à toutes les parties environnantes, pâle au dehors, parsemé de petits tubercules lymphatiques semblables à ceux de la surface des intestins ; sa membrane interne était saine, ainsi que le pylore et l’œsophage. Le foie était adhérent par sa connexité au diaphragme, et par sa concavité aux viscères qu’il recouvre ; sa substance était saine, son volume ordinaire, la vésicule du fiel médiocrement remplie d’une bile de couleur vert foncé. La rate, le pancréas, les reins et la vessie étaient sains. L’épiploon et le mésantère, dépourvus de graisse, étaient remplis de tubercules lymphatiques semblables à ceux dont il a été parlé. De pareilles tumeurs étaient disséminées dans l’épaisseur du péritoine, recouvrant la face intérieure du diaphragme : ce muscle était sain.
Les poumons adhéraient, par toute leur surface, à la plèvre, au diaphragme et au péricarde; leur substance était saine et sans tubercules ; il y en avait seulement quelques-uns aux environs de la trachéeartère et de l’œsophage. Le péricarde contenait la quantité ordinaire de sérosité. Le cœur était pâle, mais dans l’état naturel.
Le cerveau et ses dépendances étaient dans la plus parfaite intégrité.
Tous les désordres dont nous venons de donner le détail sont évidemment l’effet d’un vice scrophuleux existant depuis longtemps, et auquel on doit attribuer la mort de l’enfânt.
Le présent procès-verbal a été fait et clos à Paris, au lieu susdit, par les soussignés, à quatre heures et demie du soir, les jour et an que dessus. Et ont signé :
J.-B.-E. Dumangin, Ph. Pelletan, P. Lassus, N. Jeanrov.
Avant-hier, à huit heures et demie du soir, deux commissaires civils et le commissaire de police de la section du Temple se transportèrent à la tour du Temple, pour, en vertu d’un arrêté du Comité de sûreté générale, enlever le corps du fils de Louis Capet. Us le trouvèrent découvert ; et, en leur présence, il fut mis dans un cercueil de bois, et transporté de suite au cimetière de Sainte-Marguerite, rue Fauxbourg Antoine, où il fut inhumé. Les mesures de sûreté générale ont fait escorter ce convoi, de loin en loin, par des détachemens d’infanterie.