DE P ALLAS ATHÉNÉ
ORESTE. Dame Athena, c'est par l'ordre de Loxias
Que je viens, fais gracieusement accueil à cet errant,
Purifié d'ailleurs et dont la main n'a plus de souillure.
Mon offense sur moi s'use et peu à peu s'efface,
Tant sont les lieux où je l'ai promenée et chemins à travers les hommes.
J'ai traversé terres et mers, partout
Fidèle au commandement oraculaire de Loxias.
Et voici que j'accède à ta maison et à ton image, déesse !
Il embrasse la statue.
26 LESEUMÉNIDES
C'est ici que j'attends la fin et le jugement qui doit intervenir. £^f^ L£S ERINNYES, en chasse.
LE CHŒUR. — Ça va ! {montrant le sol). Voici un signe de notre homme qui saute aux yeux.
Ici ! sens l'indice qui parle sans parole.
Car comme le chien suit le chevreuil blessé
La ligne des gouttes de sang nous donne la piste !
Quelles fatigues à vous crever ! quelle course haletante !
Pas un lieu de la terre que nous n'ayons fait !
Par dessus la mer notre élan sans les ailes
Fut à la fuite égal et non pas plus tardif qu'aucun vaisseau.
Il est ici ! il est là ! quelque part blotti ;
L'odeur du sang humain m'épanouit le cœur.
Vois, vois, vois, regarde, aou !
Quête ! mets le nez partout ?
Pour que le tueur, de sa mère
N'échappe pas à notre serre.
Elles aperçoivent ORESTE.
Le voici donc derechef qui a trouvé recours,
Enlacé à l'image de la déesse immortelle,
Il a remis entre ses mains sa cause !
Vain espoir ! le sang répandu de ta mère,
Non, non, tu ne peux rien y faire !
C'est une chose liquide et qui filtre à travers la terre.
Il faut payer ! c'est vivant que je te boirai
Le jus rouge de tes veines ! bien que, c'est vrai,
LES EUMÉXIDES 27
Nourriture de toi soit difficile à tirer.
Et quand je t aurai vidé, vivant, je te tirerai en bas !
Ton compte, parricide, ta peine, parricide, tu l'auras !
Là-bas tu verras d'autres mortels, ceux-là qui ont péché
Contre un dieu ou contre un hôte,
Ou contre leurs proches, chacun puni d'une peine équitable.
Là est le grand Hadès qui juge l'humanité
Sous la terre
Suivant les archives de tout qu'il garde dans .son cœur.
ORESTE. — Mes malheurs m'ont instruit, et je sais suivant les diverses conjonctures
Parler quand il le faut et me taire de même.
Dans le cas présent j'ai à faire entendre ma voix,
Un sage précepteur m'en a donné l'avis.
Car le sang s'assoupit et se décolore sur ma main,
La souillure que fait le sang maternel est essuyée.
Fraîche encore, au foyer d'un dieu,
C'est Phébus, je l'ai purgée par le sacrifice rituel.
L'énumération depuis le commencement serait longue
De tous ceux à qui ma compagnie n'a apporté aucun dam.
Toutes choses passent avec le temps qui les anéantit.
Aujourd'hui ma bouche est pure, et je puis religieusement invoquer
La Reine de ce pays, la Dame d'Athènes,
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Qu'elle vienne à mon secours ! A elle de gagner sans armes
Avec moi-même toute ma terre et le peuple d'Argos,
Fidèle au droit juré et l'allié en tout !
Ainsi, que ce soit en ces régions de la contrée Libyque,
Près de ce fleuve Triton, sa rive natale,
Qu'elle avance un pied ou le retire sous sa robe,
Secours de ceux qui vont à elle ! ou que la plaine Phlégréenne
Soit le champ qu'elle passe en revue comme un hardi général.
Qu'elle vienne ! — un dieu entend de bien loin,
Afin que de mes maux m'advicnne délivrance.
LE CHŒUR. - - Ni Apollon, ni la Dame d'Athènes par sa puissance
Ne peuvent te sauver, j'ai les yeux sur toi,
Tu ne peux m'échapper! cherche en ton cœur si
tu v trouves la joie ! c.7
J Silence.
Quoi pâture des démons, ombre exsangue,
Tu ne réponds pas une parole et tu fais le méprisant,
Victime élevée pour moi et qui me fus vouée !
Je te mangerai vivant sans que l'on t'ait abattu à l'autel !
Ecoute-moi cet hymne dont je vais te ligoter !
LE CHŒUR. — Formons, lions un chœur,
Un chant à faire peur,
Disons ce droit le nôtre,
La justice entre les hommes que notre troupe départit.
Celui dont les mains sont pures,
Pour lui n'est point notre colère.
Ses jours seront paisibles.
Mais celui qui comme un pourchassé
Cache ses mains ensanglantées,
Contre lui soulevées alors,
Véridiques témoins et procureurs des morts,
Nous voulons, nous demandons du sang !
Mère qui m'enfantas, ô Nuit, ô Nuit ma mère,
Peine de ceux qui voient et de ceux qui à toute lumière sont sourds,
Ecoute !
L'enfant de Latone,
Le voici qui se met contre mon droit,
Et qui veut m'enlever ma proie,
Ce fils que sa mère me donne !
Autour, tout autour
De ce veau pour notre table,
Strident et sourd, corde et tambour,
Que chant de fou, chant du diable,
Repli pour le dévorer
Tourne mon hymne ensorcelé !
La navette jamais lâchée, L'astre au peloton attaché \