‹ Les Choéphores d'Eschyle. Les Eumenides d'Eschyle. L'ours et la luneChapitre 16 sur 24 · L ASSEMBLÉE DU PEUPLE D'ATHÈNES · texte numérisé non relu

L ASSEMBLÉE DU PEUPLE D'ATHÈNES

ATHÉNA. — Crie, crieur, à gorge déployée, et cite ici mes cohortes !

Et si jamais fut de souffle d'homme emplie La trompette Tyrrhénienne clarisonnante, Céans que sa perçante fanfare à sa convocation fasse notre peuple apparaître !

Trompette Pendant que cette assemblée se constitue Il sied de se taire et de s'instruire de mes ordonnances

Que j'établis à tout jamais pour être de tous obéie.

Entre APOLLON Oui, et de celui-ci même s'il vient à être condamné

suivant de justes formes.

LE CHŒUR. — Seigneur Apollon, en ce qui

t'appartient use de ton pouvoir.

42 LESEUMÉNIDES

Quelle part, je le demande, en cette affaire as-tu?

APOLLON. — C'est en témoin que je me présente. — Elle est, cette maison

Dont il fut le suppliant et l'hôte devant le foyer,

La mienne, c'est par moi qu'il fut purifié du sang.

Et c'est de même en défendeur avec lui, car je suis la cause

De ce meurtre de sa mère. Produis la citation,

Et mène, suivant que tu l'entends, le procès.

(aux ERINNYES)

ATHENA. — A vous autres la parole. La cause est introduite.

Car c'est au demandeur, parlant le premier,

Qu'il sied de faire exposition des faits.

LE CHŒUR. — Nous sommes beaucoup, mais nous parlerons court et net.

Mot pour mot, je parle, réponds.

Je commence. C'est vrai que tu as tué ta mère ?

ORESTE. — Je l'ai tuée. Oui, je ne le nie pas

LE CHŒUR. Voici déjà gagnée la première manche.

ORESTE. — Tu te vantes avant que je sois par terre.

LE CHŒUR. - - Dis maintenant comment tu las tuée.

ORESTE. — De cette main, avec mon épée, je lui ai coupé le cou.

LE CHŒUR. — Qui t'y avait poussé ? Qui te donna conseil ?

ORESTE. — L'oracle de ce dieu qui me sert de témoin.

Le CHŒUR. - C'est le Prophète qui t'a poussé à tuer ta mère ?

ORESTE. - - De quoi je ne lui fais ici reproche.

LE CHŒUR. — Si la sentence est contre toi, tu parleras autrement.

ORESTE. — J'espère. (Silence.) Mon père m'enverra un secours de la tombe.

LE CHŒUR. — C'est dans les morts que tu te confies, ayant tué ta mère ?

ORESTE. — Elle avait la tache sur elle de deux crimes.

LE CHŒUR. — Quelle ? explique-toi devant tes juges.

ORESTE. — Son époux et mon père, c'est cela qu'elle a tué d'un seul coup.

LE CHŒUR. — Tu vis ! et cela la fait innocente.

ORESTE. — Elle, quand elle vivait, pourquoi ne vous êtes-vous pas mises sur elle ?

LE CHŒUR. — Elle et celui quelle a tué, ce n'était pas le même sang.

ORESTE. — Et suis-je moi, dans le sang d'une mère comme la mienne ?

LE CHŒUR. De quoi donc fit-elle ton corps, misérable, au-dedans de sa ceinture ?

ORESTE à APOLLON. — Toi, cependant, témoigne. Fais apparaître, Apollon, que j'ai tué justement.

Car l'acte même nous ne pouvons le nier.

APOLLON. - - Juges de la grande Cour d'Athénaïa, je vous dirai

La Justice, et, prophète, je ne mentirai pas.

Jamais je n'ai sur le siège prophétique proféré,

Que d'un homme il s'agisse, ou femme, ou de cité,

Autre mot que celui qu'a placé Zeus, le Père des Olympiens, en ma bouche.

L'autorité de cet argument,

Je vous prie de la prendre en juste considération.

Moi, je jure par mon Père :

N'est-ce pas plus encore que le serment par Zeus ?

LE CHŒUR. — C'est de Zeus que tu fais l'auteur de cet oracle ?

Que cet homme même, Oreste, son père déjà vengé, Egisthe mort,

Tienne à nul prix le sang d'une mère ?

APOLLON. — Et n'est-ce pas hors de toute comparaison, la mort de cet homme de noble race,

Par le ciel même revêtu de la souveraine dignité,

De la main d'une femme ? et je ne dis pas, soudain

Cette flèche qui là-bas part de l'arc d'une Amazone !

Mais écoute, Pallas, le fait, et vous, juges qui siégez sur nous,

Prêts à rendre la sentence !

Il revenait de cette guerre dont, pour un cœur loyal,

Le gain eût dû faire oublier tout le reste.

Le terme est atteint, il accède à ces eaux qui vont le purifier,

Et c'est alors qu'elle étend autour de lui le vaste linge,

Et quand il est enveloppé dans l'inextricable repli,

Elle frappe !

Oui, telle fut sa destinée, je vous l'ai dite,

Le Maître du Monde, le Roi de la Mer,

Et quand à celle-ci {Comme s'il voyait CLYTEM-

NÈSTRE et du doigt la désignait).

Je vous l'ai telle qu'elle fut, dépeinte,

A vous, légions qui m'écoutez, et qui êtes disposées sur nous,

En tel ordre qu'il produise la justice.

Emotion, rumeur.

LE CHŒUR. — Zeus prend à cœur l'injure d'un père, dis-tu.

Lui-même cependant enchaîna son Père, le Vieillard Temps.

Dis-nous comment tu accordes cela ensemble.

Vous autres, écoutez, je vous y convie.

APOLLON. — O vous, brutes abominables, ennemies des dieux !

Les liens se dénouent, le remède existe,

En vérité, il y a pour délier maint art.

Mais quand la poussière a bu le sang d'un homme,

Une fois qu'il est mort, il n'y a pas de résurrection :

A cela le Père n'a point fait de parole vers lui qui suffise,

Mon Père, à qui toute chose au ciel et sur la terre

Est soumise en ses vicissitudes,

Et son souffle n'est point celui de la colère.

46 LESEUMENIDES

LE CHŒUR. — Est-ce là ce que tu trouves pour faire lever son ban ?

Le sang de sa mère, le sien, il l'a répandu sur la terre :

Va-t-il en Argos habiter la demeure paternelle ?

De quel autel va-t-il partager l'usage ?

Où sont les frères qui l'admettront à l'eau sainte ?

APOLLON. — Je te dirai ma pensée, la voici sans détour.

Ce n'est pas la mère qui est l'origine de ce qu'elle appelle son enfant,

Mais nourrice seulement de ce germe nouveau qui lui est mis.

C'est le mâle qui engendre, elle, étrangère à cet étranger,

Sauve la future, à moins qu'un dieu lui nuise, plante.

Et je te donnerai de cet argument la preuve.

Un père peut engendrer sans la mère : témoin

Cette enfant que voici de Jupiter Olympicole,

Qui dans les ténèbres d'aucun flanc n'eut croissance,

Fruit meilleur cependant que dieu jamais n'enfanta.

Mais moi, ô Pallas qui sais ce que peut mon art,

Je ferai ta ville grande, je ferai grand ton peuple,

Et j'ai envoyé ce suppliant à ton seuil à tel dessein

Qu'il te soit pour tout le temps à venir fidèle.

Et que tu le gagnes pour allié, déesse,

Et tous ceux qui viennent après lui, et que ceci soit à jamais fixé,

Un attachement sûr à travers les générations.

ATHÉNA. — Ordonnerai-je à ceux-ci de rendre maintenant sentence

Juste suivant leur sens ? Car on a dit assez.

LE CHŒUR. — Pour nous notre carquois est vide.

Nous restons pour entendre prononcer.

ATHÉNA. - Restez. (A APOLLON et ORESTE.) Vous, avez-vous quelque objection à faire ?

APOLLON. — Juges, vous nous avez entendus. Jugez en conscience,

Respectant le serment que vous avez prêté.

ATHÉNA. — Écoutez cependant mon ordonnance, peuple d'Athènes,

Qui sur le sang versé allez rendre pour la première fois sentence.

Qu'ici à l'avenir la race d'Egée

Trouve Justice et son tribunal.

C'est ici la colline d'Ares, ici que les Amazones

Plantèrent, quand elles faisaient la guerre à Thésée, leur tentes,

A ville ville nouvelle, tours contre tours,

Sacrifices au dieu de la guerre, d'où le nom

Qui est Pierre et Colline d'Ares, Aréopage.

Qu'en ce lieu habite la Révérence, et la crainte avec elle de mal faire,

Tant que les citoyens dans leurs propres lois ne poseront pas un principe empoisonné :

Si tu la troubles avec de la bourbe,

Tu n'auras plus de belle eau brillante à boire.

48 LES EUMÉN IDES

Pas d'anarchie, pas de tyrannie davantage,

Telle est la règle que je donne aux gens de ma ville,

Et de ne pas bannir entièrement de ses murs la crainte,

Car sans crainte qui serait juste entre les hommes ?

Crainte, justice, révérence,

Soient de cette ville tel rempart qu'aucun peuple n'en possède

Que ce soit parmi les Scythes ou dans la terre de Pélops !

Voici le tribunal incorruptible,

Entre la colère et la pitié cette garde que j'ai posée

Sur le repos de ce pays.

J'ai fait mon exhortation à mon peuple pour les temps à venir

Au fait maintenant. Apportez votre suffrage.

Faites justice suivant votre serment. J'ai dit.

Ici on procède au vote.

LE CHŒUR. — Voici pour votre terre une redoutable compagnie

Et je vous donne conseil de ne la pas exaspérer,

APOLLON. — Et, moi, je vous dis de révérer mes oracles qui sont ceux de Zeus lui-même,

Et de ne pas les priver de la suite qui leur est due.

LE CHŒUR. — Si tu veux contre ton devoir couvrir les faits de sang,

Impure sera désormais la Prophétie que tu administres.

APOLLON. Mon père aussi eut-il tort dans le conseil de sa pensée,

LESEUMÉNIDES 49

Quand Ixion le premier meurtrier inaugura la supplication ?

LE CHŒUR. - - Parle ! Si la sentence me déboute,

Je serai à ce pays une visiteuse maligne.

APOLLON. Les dieux nouveaux comme les anciens

Te méprisent, c'est moi qui l'emporterai.

LE CHŒUR. — Tel on t'a vu jadis dans la maison de Phénia,

Quand aux Parques tu sus soustraire un homme mortel.

APOLLON. -— Où est le mal de bien faire à un suppliant,

Quand il place le besoin de son âme devant nous ?

LE CHŒUR. — Tel, ayant résolu la perte des anciens dieux,

Tu abusas avec du vin les antiques déesses.

APOLLON. Tel, finalement déçue de ta poursuite,

Je te terai vomir le venin de ta vaine inimitié.

Ici le vote prend fin.

LE CHŒUR. - C'est en vain que tu veux nous faire violence, ô jeune dieu !

Le jugement est proche et je reste pour l'écouter,

Incertaine encore si ma colère doit s'allumer contre la ville.

ATHENA. — C'est le moment pour moi d'intervenir.

Voici mon vote et je le donne à Oreste.

Car je n'ai pas eu de mère pour m'engendrer ;

Et en tout, hors qu'on me fasse accepter les noces, je donne raison au mâle,

Tout mon cœur est du côté du père.

C'est pourquoi je ne vais pas à la femme

Qui a ainsi tué son mari, le maître de la maison,

Oreste, avec des votes également partagés, triomphe. Videz les urnes et recensez les suffrages,

Vous autres entre les Juges, à qui ce rôle est confié.

Ici on recense les votes.

ORESTE. — O Phébus Apollon, de quel côté sera la sentence ?

LE CHŒUR. - O sombre mère Nuit, vois !

ORESTE. — Voici le terme enfin, - la hart ou vivre !

LE CHŒUR. — Et pour nous le deshonneur ou notre part de l'avenir.

Le vote est annoncé à ATHENA qui le proclame.

ATHÉNA. — Cet homme est acquitté du crime de sang,

De part et d'autre étant le nombre des voix égal.

Sensation. Mouvement prolongé.

ORESTE. — O Pallas ! ô Salvatrice de ma maison !

J'étais privé de ma patrie, et c'est toi

Qui m'y a rétabli, en sorte que toute la Grèce dira :

« Cet homme est un Argien de nouveau, le maître dans le domaine de ses pères, '

Par la grâce de Pallas et d'Apollon, et de Celui-là, le troisième,

Qui toutes choses ordonne » ; il eut égard au sort de mon père,

Et me sauve de celles-ci qu'il voit de ma mère complices.

A ce pays, Athéna, à ton armée,

Je jure, à cet instant où je pars vers la maison qui m'attend,

Que jamais un homme, gouverneur de cette terre là-bas,

Ne lèvera contre eux la lance.

Et quand nous serons dans la tombe,

A tous transgresseurs de ce serment, par d'inextricables mésaventures,

Nous ferons la route difficile et la marche sous un sinistre oiseau,

Afin qu'eux même en conçoivent repentir.

S'ils marchent droit au contraire, si d'une lance alliée ils assistent la cité de Pallas,

Pour autant nous leur serons favorables.

Et maintenant, adieu. Toi, Athéna et le peuple de ta ville,

Puissent ceux qui se dresseront contre vous fléchir devant l'arme irrésistible,

La lance en qui est le salut et la victoire !

Sortent ORESTE et APOLLON.

LE CHŒUR. (Par cris séparés.) — Io, jeunes dieux, quoi, les vieilles lois,

C'est ainsi que vous marchez sur elles !

Ma proie !

C'est ainsi que vous me l'arrachez !

Et moi,

Deshonorée, lamentable, irritée,

Sur cette terre, pheu, ô rage !

Fi ! Fi ! que la vengeance de mon cœur en jets de venin

Jaillisse ! Traitée ainsi !

Oui, c'est l'ulcère qu'il leur faut, mangeant la feuille et le fruit!

Toi, Justice !

La contagion de toutes parts étendant sa tache dévoratrice !

A qui me plaindre ? Que faire ? Que devenir ?

(Toutes ensemble). O grande en vérité la douleur des Filles deshonorées de la nuit!

ATHÉNA. — Ecoutez-moi, Furies, et cessez de vous lamenter!

Vous ne fûtes pas vaincues ! Non ! La sentence en suffrages équivalents

Est honnêtement sortie, non point aucunement pour votre honte,

Mais de Zeus même l'éclatant témoignage est là,

Par la bouche du Dieu qui rendit lui-même l'oracle,

Pour qu'Oreste ne subît point châtiment de l'avoir exécuté.

Et vous sur cette terre ne brandissez point votre vengeance.

Point de colère ! pas ce vase goutte à goutte des démons qui porte l'infertilité,

L'âpre gel qui brûle le germe !

Car moi, je vous fais ici cette promesse solennelle

Que dans la profonde cavité d'une terre qui sera vôtre,

Vous aurez luisant d'huile autel et trône pour y siéger,

Où viendront les gens de ma ville vous apporter leur culte.

LE CHŒUR. — Iô, jeunes dieux, quoi, les vieilles lois,

C'est ainsi que vous marchez sur elles !

Ma proie,

C'est ainsi que vous me l'arrachez !

Et moi,

Deshonorée, lamentable, irritée,

Sur cette terre, pheu ! ô rage !

Fi ! Fi ! que la vengeance de mon cœur en jets de venin

Jaillisse ! Traitée ainsi !

Oui, c'est l'ulcère qu'il leur faut, mangeant la feuille et le fruit !

Toi, Justice !

La contagion de toutes parts étendant sa tache dévoratrice !

A qui me plaindre ? que faire ? que devenir ?

— O grande en vérité la douleur des Filles deshonorées de la Nuit !

ATHÉNA. — Nullement deshonorées ! N'allez point dans l'excès de votre ressentiment

Vous en prendre à la terre qui est aux hommes, déesses !

Pour moi j'ai mon secours en Zeus, et que dois-je dire ?

Seule entre les dieux j'ai accès à ses trésors,

Là où dort, scellée de sceaux, la foudre !

Mais qu'importe ? écoute-moi.

Ne propage point sur terre l'inane fruit de la langue d'où rien de bon ne sort !

Tu es l'hôte grandement honoré de ma maison.

A toi dans toute l'étendue de ce pays pour toujours

Toutes offrandes qui accompagnent l'enfant et le rite nuptial.

Dis que tu approuves mon langage.

LE CHŒUR. — Cela, moi, le supporter, pheu,

Moi, changeant mon âme antique, sous la terre

Habiter, — pheu, — pensée

Impossible!

Mon esprit n'est que rage et furie !

Oï, oï, dâ, pheu !

Poignante indignation de mes entrailles ! Entendsmoi, mère Nuit!

ATHÉNA. — J'endure ton humeur ; tu es la plus vieille Furie !

Et si d'une certaine manière tu es plus sage que moi,

A moi non plus cependant Zeus n'a pas fait don de sottise.

Pour vous, si vous dirigez vers une autre terre votre course,

Oui, je vous en avertis, vous aurez regret de celle-cL

Le temps qui vient accroît la gloire de ses habitants.

Et toi, près des demeures d'Erechthée ayant un trône vénéré,

Tu recevras un honneur à nul autre ailleurs comparable

De ces hommes et de ces femmes vers toi qui s'avancent en longues processions.

Interdis à mes jeunes gens en ces lieux qui sont mes domaines

Ces poussées sanguinaires qui flambent dans les entrailles, le vin de la rage,

Ne donne pas à mes gens un cœur de coq, l'esprit de guerre civile, la colère contre les gens de sa race !

La guerre, que ce soit contre ceux du dehors,

Quand le désir de gloire en trouve l'occasion.

Je ne veux pas chez moi ces batailles de basse-cour.

Tel est le choix que je t'offre :

Bienfaisante, bien traitée, bien honorée,

Tel est le pays favorisé dont je te donne partage.

LE CHŒUR. — Cela, moi le supporter, pheu !

Moi, changeant mon âme antique, sous la terre

Habiter, — pheu, — pensée

Impossible !

Mon esprit n'est que rage et furie !

Oï, oï, dâ, pheu!

Poignante indignation de mes entrailles! Entendsmoi, mère Nuit !

ATHENA. — Je ne me lasserai point de plaider la bonne cause,

Afin que tu ne puisses pas dire qu'ancienne par une plus jeune, par les gens de ma cité,

Tu fus à te retirer contrainte, inhospitalièrement.

Ah, si pour toi la sainte persuasion possède quelque vertu,

Oui, s'il est dans mon langage un mystère d'apaisement et de douceur,

Sa voix cesse de se faire entendre et pendant un moment elle semble communiquer avec elles en silence.

Elles se calment soudainement et montrent dans leur contenance un respect mêlé de terreur.

Reste ! et que si tu ne consens pas à rester

Il n'est pas juste que tu fasses tort à ce pays.

Car il dépend de toi seule d'y recevoir tout cet honneur qui t'est dû.

LE CHŒUR. — Reine Athéna, quelle est cette habitation que tu me proposes ?

ATHÉNA. — Telle que tu n'y trouveras rien à redire. Accepte.

LE CHŒUR. — Et si j'accepte quels seront mes droits ?

ATHÉNA. — Nulle famille sans toi ne recevra postérité.

LE CHŒUR. — Tu feras cela ? Tu me donneras ce pouvoir?

ATHÉNA. — Qui t'honore, sa fortune sera droite.

LE CHŒUR. Et tu te portes pour tout

l'avenir garante?

ATHÉNA. — Si je ne veux exécuter, j'aurais pu ne pas promettre.

LE CHŒUR. — Il semble que tu m'aies apaisé et que ma colère s'éloigne.

ATHENA. — Incorporée à notre patrie, gagne-toi des cœurs nouveaux.

LE CHŒUR. — Quelles bénédictions appelleraije sur Athènes ?

ATHENA. — Toutes celles qui accompagnent une victoire où nul ne perd.

Celles de la terre, celles du rassemblement des eaux,

Du ciel, et celles du vent aussi, haleine

Qui fait sur la terre où elle souffle le soleil !

Son fruit à la terre, influx à tout ce qui vit

D'une âme supérieure au temps,

Salut de ce qui est le germe entre les choses qui meurent !

Destruction aux impies, mon cœur, comme celui du bon jardinier

Va au plant des hommes justes, qu'il reçoive un ample provignage.

Tout cela, demande-le, et s'il y a la guerre, qu'elle donne gloire aux gens de notre cité !

LE CHŒUR. — J'accepterai l'accueil de Pallas.

Je ne me refuserai pas à la ville dont Zeus et le puissant Mars ont fait

La citadelle des dieux,

L'autel et le sanctuaire de la Hellade.

Que la bénédiction sur la terre bienheureuse à ma voix multipliée

S'épande comme les nappes du soleil !

ATHÉNA. — C'est moi qui ait fait ces choses pour mon peuple

Et qui lui ai recruté ces déesses grandes et difficiles.

Car toutes choses ici-bas relèvent de leur magistère.

Celui qui ne les a jamais appréhendées

Ne sait d'où vient le coup qui le frappe.

C'est le péché de ceux qui étaient avec lui

Qui l'amène à leur tribunal.

Il crie pendant qu'elles se taisent et le coup sur lui s'abat !

LE CHŒUR. — Et puisse l'arbre jamais, tel est mon vœu,

Ne ressentir ce souffle qui gâte,

Puisse la fleur ne pas avant le temps flétrir,

Puisse le fruit à tout mal insidieux survivre !

Que Pan d'un double faix

Dote chaque brebis du troupeau!

Et que la terre pour vous s'ouvre, toute pleine d'argent!

ATHÉNA. — Entendez-vous, Vigilance de la.Cité,

Ce qu'elle dit, qui est la sainte Erinnye,

Puissante chez les Immortels, puissante chez ceux de dessous la terre,

Et qui de leur volonté près des hommes est la manifeste exécutrice.

Aux uns, par elles, le chant, aux autres, cette vie que les larmes obscurcissent !

LE CHŒUR. — Qu'un sort prématuré

Epargne les jeunes hommes.

Donnez à la jeune fille

L'époux qu'elle aime,

O vous à qui le Pouvoir appartient,

Déesses destinées,

Mères-sœurs,

Donnez, ô personnes équitables

A toute maison une famille,

A toute saison l'abondance,

A tout cœur la crainte des dieux !

ATHÉNA. Qui ne se réjouirait d'entendre de tels augures ?

Je rends grâce aux yeux de la Persuasion

Qui veillaient sur ma bouche et sur ma langue,

Alors que nous nous buttions à leur sauvage refus.

Mais la puissance est à Zeus qui préside à la parole,

C'est lui qui a donné le succès à notre juste contestation.

LE CHŒUR. — Que de tout mal affamée

La discorde soit bâillonnée !

Puisse la poudre saturée

Du sang des guerres civiles

Ne pas être ensemencée

Pour les revanches inutiles!

Un seul chant ! une seule voix !

Qu'ils soient frères dans la joie !

Contre l'ennemi quand c'est l'heure,

Qu'ils se lèvent d'un seul cœur !

ATHÉNA. — Leur langue a pris la bonne voie.

De ces faces redoutables sur les miens

Descendent de grands bénéfices.

6o LESEUMENIDES

Ayez égard à celles-ci qui vous regardent. LE CHŒUR. Salut, dans les trésors de votre justice

Salut, peuple, multitude,

Vous qui êtes assis à la droite de Dieu,

Filles à qui la Vierge sourit,

La Sagesse à la fin du temps !

Sous les ailes de Pallas,

Dans la vision du Père !

ATHÉNA. — Salut de même à vous!

(Ici, par l'ordre et ATHENA commence à se former une grande procession, porteurs de torches, porteurs d'offrandes, femmes gardiennes du « Bretas » (palladium d'Athènes), et probablement nombreuses figures et emblèmes familiers à l'auditoire, mais qui ne sont pas distingués dans le texte.) Voici que je prends les devants pour vous montrer votre sanctuaire,

A la lumière de cette sainte procession. Que les victimes religieuses soient prêtes Pour vous accompagner sous la terre, où soit emprisonné par votre soin tout ce qui nuit, Mûri tout ce qui donne la victoire.

Et vous, enfants de Cadmos, Faites fêtes à vos concitoyennes, à ces hôtes qui vont avoir partage avec vous !

LE CHOEUR. - Salut, et de nouveau salut, et je dis encore salut !

Vous tous qui êtes la Ville,

Esprits et hommes,

La grande Ville de Pallas !

Soyez saints, et vous saurez que le partage avec moi n'est pas une chose redoutable.

ATHENA. — Je dis Amen à ces invocations,

A la lumière de ces torches éclatantes, je vous convie, Euménides,

A ces lieux qui sont au-dessous de la terre.

Marchent ces femmes avec moi qui sont les compagnes de mon image!

Car où serait sans moi l'œil de la terre de Thésée ?

Procession de vierges, groupe illustre de femmes et de matrones, traînant de longs replis de pourpre !

Que le feu de toutes parts s'allume !

Entre cette troupe immense sous la terre

La bénédiction préparée aux hommes futurs!

(Ici la procession se met en marche en chantant.)

PROCESSIONNAL

A cause du bien qui suit Les grandes Filles de la Nuit, De la Paix, qui les conduit,

Chante, peuple, avec nous !

Le sein profond de la terre, L'abri de l'éternel mystère Les recevra tout entières.

Chante, multitude, avec nous !

Aux feux de la torche innombrable,

Descendez, déesses vénérables, Descendez, déesses secourables !

Que le chant et le cri se propagent Paix à l'immense terre bénie !

Ce que voit Dieu, Pallas le dit.

Ce qu'elle sait, ce qu'elle dit, Que le chant et que le cri

Le propagent et le multiplient !

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