SCÈNE V
Le décor du premier tableau. Triste lumière du jour qui va se lever. Entre V AURORE.
LE PRISONNIER. (Il se parle comme s'il se voyait lui-même du dehors). — Qu'il est laid ! qu'il est vieux! qu'il est triste !
Ne le réveille pas, déesse.
Ah, c'est un si pauvre homme ! c'est si bon de dormir et c'est si dur de se réveiller
Et de retrouver cette captivité éternelle !
Et de rouvrir les yeux, et de reprendre son âme et son corps, et toutes ces choses horribles et ennuyeuses !
Ah, que s'il faut se réveiller, du moins que le souvenir de ces choses qu'il a vues une seconde avant le réveil ne s'efface pas,
Ou la joie seule, si elles s'effacent, dont elles étaient le signe mystérieux :
La limite de la terre au milieu d'un abîme de lumière
aussi mince que le bord d'une coupe, ténu comme un fil de harpe tendu,
Une île battue par l'écume, une plage au pied de montagnes sombres toute jonchée de grandes palmes desséchées...
L'AURORE enlève un à un les voiles de mousseline dont il est enveloppé. La triste figure apparaît toute jaune et hérissée de poils blancs. Elle lui souffle sur le front.
LE PRISONNIER, à voix basse. — Le jour se lève !
Rio de Janeiro, le 16 avril 1917.