‹ Les Choéphores d'Eschyle. Les Eumenides d'Eschyle. L'ours et la luneChapitre 6 sur 24 · INCANTATION · texte numérisé non relu

INCANTATION

LE CHŒUR. — O vous, grandes Parques, de par Zeus !

Prêtez la main à cette

Entreprise à quoi la Justice accède!

« A la langue perfide

Réponde la langue perfide ! » crie

La Justice qui sait se faire payer ce qui est dû.

« Coup pour coup ! sang pour sang !

Méchefau malfaisant! »

Ainsi le veut le dicton trois fois antique.

ORESTE — Père, mon père terrible !

Que dire ? que faire ?

Quel signal dans la nuit qui t'atteigne,

En ce lieu où sont mouillées tes ancres ?

Le jour et les ténèbres, un tel obstacle

Divise notre double amour, obstrue la louange funèbre

Coutumière à notre maison.

LE CHŒUR. - La volonté des défunts, ô mon enfant,

Elle-même, la gueule

Vorace du bûcher n'en viendra pas à bout,

Et leur colère attend l'heure !

Appelle avec insistance !

Surmonte sa résistance !

Vers le père qui t'engendra

L'appel du fils qui va

Fouille et brasse les deux Mondes !

ELECTRE. -— Père, en parties qui se répondent,

Entends notre voix déplorable !

Le thrène à deux voix sur ta tombe

Des enfants qui te redemandent!

Fugitifs, suppliants, Tu les accueilles, indifférent.

Point d'espoir! point de secours!

Et ce rempart toujours sourd A l'effort trois fois essayé !

LE CHŒUR. - - Pourtant il est un dieu qui sait La voie, s'il le veut, A des accents plus heureux.

Au lieu du thrène tumulaire, Le cri là-haut sur la tour Qui célèbre le retour !

ORESTE. — Plût aux dieux qu'aux plaines Troyennes

La lance lycienne, ô père,

T'eût fait mordre la poussière !

Tu nous laissais à nous la gloire !

Et là-bas au delà des mers,

Une grande montagne de terre,

Ilion et toi tout ensemble.

LE CHŒUR. Bienvenu, bienheureux alors,

Tu descendais entre les morts,

Ces braves qui t'ont précédé,

Grand roi de majesté,

Le premier de cette troupe qui sert

Les Puissances sous terre, là-bas !

Comme tu étais, ici même,

Roi entre ceux qui sont suprêmes

Bergers des foules humaines !

ELECTRE. - Mais non, ne souhaitons pas

Que tu soies tombé devant Troie

Et que tu dormes enseveli

Aux bords du fleuve ennemi !

C'est plutôt à tes assassins,

Père, que revenait le sort

De ceux dont on apprend la mort

Comme une chose qui est loin !

LE CHŒUR. - Ces souhaits, ô ma fille, passent l'or!

Ils sont plus grands que la fortune,

Plus que tout le bonheur des Hyperboréens !

Parle donc, tu le peux !

Déjà de votre double fouet

Le claquement commence à se faire sentir !

Déjà vous vous êtes gagné une oreille sous la terre !

Et les mains de nos tyrans, ces infâmes, ne sont pas pures.

Et c'est vous deux, enfin, qui êtes les enfants.

ORESTE. — Ah, ce cri a pénétré

Mon âme comme un trait !

Jupiter !

Qui comptes à la fin son salaire

A la main propre à tout faire,

Et la règles avec intérêts!

LE CHŒUR. — Que ce bonheur me soit accordé

De pousser la vocifération à perdre haleine

Sur le corps de l'homme et de la femme exécutés !

Comment cacherai-je ma haine !

La voici qui déploie sa voilure et sous sa proue, furibonde

L'amère écume rejaillit !

ELECTRE. — Iou ! Iou ! qui, qui, ô Zeu!

Frappant de ses deux mains à la fois,

Qui s'en va leur fendre le crâne !

Justice pour le pays!

Justice dans l'injustice !

Entendez-nous, ô terre, et vous, puissances souterraines !

LE CHŒUR. — C'est la loi en effet que les gouttes de sang

Aspergeant la terre amorcent encore

D'autre sang. Les Erinyes béantes

Par-dessus les premiers cadavres

Exigent un second tour de l'abattoir!

ORESTE. — Où, où,

Vous chercher, principautés infernales ?

Toutes-puissantes exécrations des morts, voyez !

Voyez ces restes désarmés des Atrides,

Déchus, dépossédés ! où se tourner, ô Zeu ?

LE CHŒUR. — J'entends, et mon âme à ces cris

Tremble ! et tantôt mon cœur désespéré tourne noir!

Et tantôt mon audace épousant la tienne

Me fait reparaître le ciel.

ELECTRE. — Que dire de plus ? de quelle souffrance

Sommes-nous redevables à nos parents!

Elle n'oublie pas, lors même

Qu'on lui fait faire le chien couchant!

C'est la louve qui de sa mère même

A pris son humeur féroce.

LE CHŒUR. N'ai-je pas bien battu ce ban funèbre,

Comme une vraie Asiatique hurlant la mort,

Frappant, tapant, de mes deux poings roulant à coups redoublés

Tapant haut, tapant bas, jusqu'à la meurtrissure,

Jusqu'à ce que ma tête bourdonne comme un tambour !

ELECTRE. Fi ! Fi ! mère scélérate !

Ton roi, ton époux,

Tu as osé le faire enfouir comme un chien,

Sans rite, sans cortège !

ORESTE. — Quoi, sans aucun honneur?

ELECTRE. — Tu l'as dit.

ORESTE. - O père !

Et on ne lui fera pas payer cette infamie ?

Oui, de par tous les dieux !

Oui et de mes propres mains !

Que je meure pourvu que je tue !

LE CHŒUR. — Et sais-tu bien qu'elle lui a coupé les bras

Afin que du fond de la terre

Il ne puisse les tendre à son fils ?

Est-ce qu'il entend l'outrage que l'on a fait à son père ?

ELECTRE. - - Tu as dit ce qu'on lui a fait. Et moi j'étais mise de côté

Abjecte, méprisée,

Chassée du feu ainsi que le chien importun.

Je répondais par des larmes

A leurs rires qui couvraient mes plaintes. Ecoute et écris cela dans ton cœur.

LE CHŒUR. — Ecris, et que ceci par tes oreilles Pénètre jusqu'au fondement tranquille de la pensée ! Voici ce qui s'est passé ; le reste, La colère te l'apprendra.

^ Il te faut garder tout ton cœur pour le combat qui s'apprête.

ORESTE. C'est toi que je dis, Père, aide tes enfants !

ELECTRE. - - Et moi, pleurante, j'ajoute ma voix à la tienne !

LE CHŒUR. Et toute cette troupe aussi crie vers toi !

Entends-nous, viens à la lumière !

Sois contre nos ennemis avec nous !

ORESTE. — Ares contre Ares ! Justice contre l'injustice !

ELECTRE. — Justice, ô dieux, à ce qui est juste !

LE CHŒUR. — J'écoute et la terreur me possède au dedans.

La destinée qui tarde arrive cependant.

TOUS. - — O misère invétérée !

O plaie sanglante d'Até !

Race ennemie de la grâce !

Douleurs lourdes et dures !

Maux sans terme ni mesure !

Le remède est à chercher

Non point chez les étrangers,

Non point dehors, mais dedans,

Par le fer et par le sang !

LE CHŒUR. Cet hymne aux Puissances

souterraines.

Entendez-nous, ô bienheureux sous la terre !

Et prêtez à ces enfants votre aide victorieuse.

ORESTE. — O père ainsi navré d'une manière mal convenable à un roi,

Accorde-moi de prendre mon héritage en mains !

ELECTRE. — Et moi, je te fais, ô père, une requête semblable,

Fais que je mette la main à la perte d'Egisthe.

ORESTE. Ainsi aux festins des vivants tu

recevras ta part.

Sinon parmi les feux nourriciers du sacrifice,

Tu seras privé de la graisse qui coule à terre.

ELECTRE. - - Et moi, dans la plénitude de mon droit récupéré,

C'est vers toi que je reviendrai avec l'urne libatoire le jour de mes noces,

Et je placerai avant tout l'honneur que je dois à ta tombe.

ORESTE. — O terre, rends-moi mon père afin qu'il m'assiste au combat !

ELECTRE. — O Perséphassa, fais revivre son bras et son courage!

ORESTE. — Souviens-toi de ce bain où tu fus égorgé,

Père!

ELECTRE. — Souviens-toi de ce voile où leur main t'enlaça!

ORESTE. — Dans un piège d'airain non pas embarrassé,

Père!

ELECTRE. - Mais dans ces traîtres plis surpris et jeté bas.

ORESTE. ■— A notre voix enfin vas-tu te réveiller ?

Père!

ELECTRE. — Vas-tu enfin vers nous te lever tout droit?

ORESTE. — Envoie la Justice qu'elle combatte avec nous !

Reprends sur eux une fois encore la même prise,

Si, vaincu, tu veux être vainqueur à ton tour.

ELECTRE. — Père ! écoute ce dernier appel !

Regarde ces enfants sur ta tombe !

Aie pitié de ta fille et du mâle de ta race !

ORESTE. — Ne laisse pas périr ce dernier espoir des Pélopides !

C'est pour nous seuls que, mort, tu n'es pas mort encore !

Car les enfants sauvent la mémoire des morts, comme le liège

Qui retire et fait surnager le filet.

ELECTRE. — Ecoute ces lamentations.

Ecoute pour ta propre cause ce discours.

LE CHŒUR. — Le sort d'un père enseveli sans honneurs

Excuse la longueur de ce discours.

Mais puisque tu as bandé ton cœur et que tu es prêt,

A l'œuvre, toi et ta fortune !

ORESTE. — Je le veux. Mais voici ce qu'il est à propos de savoir.

Pourquoi, par quelle suite d'idées a-t-elle voulu envoyer ces libations ?

Rançon tardive du crime irréparable !

Et dérisoire honneur à ce mort insensible !

Je ne puis comprendre ce don

Qui n'a pas proportion avec le crime.

Donner pour le sang d'un homme tout ce qu'on a,

C'est peine perdue, dit l'adage.

Instruis moi, si tu le sais.

LE CHŒUR. — Je sais, mon fils, car j'étais là. C'est un rêve,

C'est le frisson de l'épouvante nocturne,

Qui a décidé la femme à ce présent impie.

ORESTE. — Et quel était ce songe exactement ?

LE CHŒUR. — Il lui semblait, dit-elle, enfanter un serpent.

ORESTE. — Achève et dis toute l'histoire.

LE CHŒUR. - - Elle le bandait de langes comme un enfant.

ORESTE. — Et quelle nourriture voulait ce monstre nouveau-né ?

LE CHŒUR. Elle-même dans son rêve lui présentait le sein.

ORESTE. - Le sein, à cette dent empoisonnée ?

LE CHŒUR. — Il suçait, avec le lait, le sang coagulé.

ORESTE. - Nul doute : c est un homme qui est par là désigné.

LE CHŒUR. Elle s'est réveillée, hurlante de peur!

Et maintes lampes furent suscitées dans les ténèbres !

Et aussitôt elle envoie les libations funéraires,

Dont elle espère un remède à ces maux.

ORESTE. Je supplie la Terre et ce tombeau paternel

Pour que ce rêve en moi trouve accomplissement.

La chose est claire pour moi et ne fait pas un pli.

Le serpent est sorti du même sein que moi.

Il a été roulé dans les mêmes langes,

Il a pris entre ses mâchoires le sein qui l'a nourri,

Il a mêlé au lait le sang coagulé,

Et ma mère alors s'est écriée d'épouvante et de douleur!

Il faut, puisqu'elle a nourri un tel monstre

Qu'elle meure violemment, et c'est moi, l'hommedragon,

Qui la tuerai, selon ce que le rêve indique.

LE CHŒUR. Oui, tu es un excellent divinateur,

Ainsi soit-il ! Mais dis à tes amis Ce qu'il convient aux uns et aux autres de faire et de ne pas faire.

ORESTE. Ma réponse est simple. Qu'Electre rentre

Et s'arrange pour couvrir la trame que j'ourdis, ^ Afin que ceux qui par ruse ont défait un homme d'honneur ,

Par ruse aussi se trouvent pris au piège à leur tour. La mort pour eux selon que Loxias l'a prononcé ! Notre Seigneur Apollon, juste prophète jusqu'à ce jour.

Moi, pareil à un étranger, entièrement équipé comme tel,

Je me présenterai aux portes, et avec moi, Pylade. C'est cela : un étranger, ou quelque soldat errant.

Nous parlerons le langage du Parnasse, avec l'accent de Phocide.

Et si quelque portier nous fait mauvaise mine, A cause de l'esprit mauvais qui possède cette maison,

Eh bien, nous resterons, jusqu'à ce que les gens, Qui nous verront ainsi plantés, se demandent : « Que fait là dedans Egisthe, qu'il se ferme ainsi aux solliciteurs ? »

Mais si une fois je franchis la porte extérieure, Et que je le trouve assis dans le trône de mon père,

Il n'aura pas plus tôt ouvert la bouche pour parler, Il n'aura pas plus tôt levé les yeux sur moi, Oui, il n'aura pas plus tôt commencé à dire : D'où viens-tu ?

Que, tout roide, à l'instant l'épée lui coupera la parole,

Et qu'à l'Erinye soûle de sang La coupe du meurtre à pleins bords sera une troisième fois servie !

Sus donc ! toi, Electre, entre et monte bien la garde, Afin qu'à notre dessein tout concoure à point nommé. Et vous, votre rôle est de parler Ou de vous taire suivant qu'il est à propos. Et pour le reste, c'est à ce camarade avec moi d'y pourvoir,

Quand l'épée sera mise au clair pour la bataille.

Que de fois la terre a enfanté la terreur, et les bras de la mer sont pleins de choses à faire dégoût, et l'espace pullule d'étranges lueurs, et nommerai-je tout ce qui vole et rampe, et ces souffles comme animés par le mal ?

Mais qui dira jusqu'où va la passion téméraire de l'homme, et cette frénésie au cœur de la femme, l'amour associé à la perdition, l'érôs femelle impatient du joug et de la famille, qui est plus fort que la vie et que l'enfer ?

Sache, comprends dans ta pensée la misérable Thestiade et l'usage qu'elle fit pour la mort de son enfant de la prophétie enflammée, ce tison rouge qu'elle mit au feu à quoi tenait la vie de son fils.

Propose l'autre à ta haine, la funèbre Scylla, qui, séduite par l'or de Minos, tua pour le plaisir d'un ennemi son ami, coupant de sa tête la mèche d'immortalité, la chienne ! pendant qu'il respirait en paix dans le sommeil, Hermès le prend.

Mais toutes ces horreurs ne vont point au fait, c'est contre un infâme hymen que Ton prie ! Tu vas à pas de femme contre un homme, tu prends les mœurs d'ici, cette maison femelle sans feu sur son foyer. Mettons donc en premier rang l'histoire de Lemmos, car chaque fois qu'on parle d'une abomination, c'est toujours le « crime de Lemmos » : tant les dieux le détestent et la race périt ignoblement. - — Sont-ce pas là exemples bien choisis ?

L'épée approche de la poitrine et sa pointe perçante pénètre !

Justice !

Le sol que foule le pied inique

Est assez large pour que la Justice y place son enclume,

Et le destin y forge le fer

Entre, enfant ! Voici pour t'accueillir l'Abominable,

La profonde Erinys de ces demeures dont la voix ancienne se fait entendre.

ORESTE (25). — Pan! pan! Je frappe à la porte, holà !

Pan! y a-t-il quelqu'un ici ? pan, pan et pan! je frappe encore !

Encore un coup, holà ! qu'on vienne !

Si la saison est bonne encore entre les mains d'Egisthe.

LE PORTIER (26). - Voilà ! J'ai entendu. Qui es-tu, l'homme, et d'où est-ce que tu viens ?

ORESTE. — Annonce aux maîtres de la maison

Que je m'en viens vers eux, porteur de nouvelles.

Et fais vite, car déjà le sombre char de la nuit

Approche, et le moment est venu pour les voyageurs

De jeter l'ancre en quelque retrait hospitalier.

Envoie moi quelqu'un qui là-dedans ait autorité.

Un homme vaut mieux, pas une femme.

D'homme à homme on parle net et sans ambages.

CLYTEMNESTRE (27). — Etrangers, parlez, que vous faut-il?

Vous aurez tout ce que la maison peut fournir :

Bain chaud, couche reposante et la présence d'yeux justes.

Mais, s'il est quelque affaire qui requière conseil,

C'est aux hommes d'y voir à qui nous la communiquerons.

ORESTE. — Je suis un voyageur de Daulis en Phocide.

Comme je cheminais, ma charge sur le dos, Au moment que vers Argos je découplais mes pieds, Un inconnu que j'avais rencontré, Et qui m'avait dit, instruit de la mienne, sa route, Strophios le Phocéen, c'est le nom qu'il se donna, « Et autrement, me dit-il, camarade, puisque de toutes façons tu t'en vas à Argos, Rappelle-toi bien, et dis à ses parents Qu'Oreste est mort : n'oublie pas le nom. Que s'il plaît donc aux siens de le faire venir, Ou de le laisser où il est, hôte à jamais de ce sol étranger,

Tu me feras part à ton retour de leur volonté. Pour l'heure la panse d'une urne d'airain Contient sa cendre congrûment pleurée. » Voilà ce qu'on m'a dit. Si je parle céans à ceux qu'il faut,

Je ne sais. Mais les parents doivent être informés. CLYTEMNESTRE. - Las de moi! totale destruction !

O ennemi invétéré de ces demeures, Quelle garde tu fais, pour que le plus éloigné N'échappe pas à tes traits bien ajustés ! Tous les miens disparaissent et je suis démunie ! Et, maintenant, Oreste, que la prudence Tenait éloigné de l'avalanche dévastatrice, A ce moment que l'Espérance en la maison paternelle

Lui préparait des fêtes triomphales, T'atteste par écrit présent.

ORESTE. — J'aurais voulu à des hôtes si magnifiques

Me recommander par des nouvelles meilleures.

Quoi de plus cher qua l'hôte ceux là qui le reçoivent?

Il m'aurait semblé voisin de l'impiété

De laisser dans l'ignorance des gens si bons,

Après le serment que j'ai fait et devant cette porte qui s'ouvre.

CLYTEMNESTRE. Sois assuré que tu n'en

seras reçu que mieux,

Et que la maison ne t'est pas moins ouverte.

Un autre nous eût apporté les mêmes nouvelles.

Mais voici le temps pour les voyageurs.

Après la longue étape de recevoir leur dû.

Conduisez-le dans le quartier des hommes,

Lui avec ses camarades.

Et qu'il sache ce que la maison leur réserve.

Pour nous, nous allons communiquer avec les maîtres du logis,

Et ne manquant point d'amis,

Nous consulterons sur ce que la circonstance exige.

LE CHŒUR (28). — Sus, mes amies, servantes de la maison,

Ne saurons-nous par la prière

Porter secours à Oreste.

O vénérable terre, promontoire sacré de la tombe,

Qui surplombes maintenant au-dessus du navigateur royal,

Ça, écoute ! ça, assiste-nous !

(29) C'est maintenant l'heure pour l'artificieuse

Persuasion

De marcher à la rescousse, et pour Mercure, de la terre,

Cet être dans la nuit, de faire le guet

Pendant que les glaives se mesurent.

— Le voyageur sans doute est à son œuvre fatale.

Mais je vois la nourrice d'Oreste toute en larmes.

Où vas-tu, Gilissa, et que fais-tu, toi et ta peine, à cette porte ?

LA NOURRICE. — C'est Egisthe qu'au plus vite m'a dit d'aller quérir

Celle qui est céans proposée à l'hospitalité;

Un homme près d'un homme s'instruira mieux

De cette nouvelle qui au dedans de certains yeux

Faussement attristés provoque le sourire,

A cause d'un événement qui pour elle est une aubaine,

Pour nous autres une catastrophe,

Si ce que ces étrangers rapportent est vrai.

Et je garantis qu'où je vais la chose sera bien accueillie.

Malheureuse que je suis ! Toutes les vieilles tribulations,

Toutes les calamités de cette maison des Atrides,

J'ai pu les contenir dans mon cœur,

Oui, je m'en suis tirée par la patience.

Mais Oreste, mon petit Oreste ! le tourment de mon cœur,

L'enfant que j'ai reçu au sortir de sa mère pour lui donner la nourriture,

Et ces cris la nuit qu'il faut savoir comprendre.

Tant et tant de tracas, et rien du tout pour ma peine !

Car ces petits il faut s'en occuper comme d'un animal,

Que faire d'autre ? se mettre à leur place !

Car ça ne veut rien dire ces cris d'un enfant au maillot.

Que ce soit la faim, ou la soif, ou le besoin d'uriner,

Car cette tendre chair des petits enfants est tyrannique,

Tout cela il faut d'avance le deviner, et souvent, il est vrai,

Je me suis trompée, au dommage des langes.

Car j'étais à la fois nourrice et blanchisseuse,

Ayant reçu Oreste de son père.

Et maintenant, malheureuse, il me faut apprendre qu'il est mort !

Et je m'en vais vers cet homme qui nous a tous perdus, et il sera bien content.

LE CHŒUR. — Comment lui marque-t-on de venir ? accompagné ?

LA NOURRICE. — Que dis-tu? Répète, je n'entends pas.

LE CHŒUR. — Je dis, avec ses gardes, ou seul ?

LA NOURRICE. — On me dit qu'il amène ses . gardes bien armés.

LE CHŒUR. - - Si tu as quelque haine pour ton maître, ne lui donne pas ce message.

Qu'il vienne seul. Ne lui donne aucune crainte.

Va vite et de bon courage.

LA NOURRICE. - -Es-tu folle? Tu me parles joie en un tel moment ?

LE CHŒUR. — Zeus peut donner aux choses un autre tour.

LA NOURRICE. Comment ? Oreste n'est

plus.

LE CHŒUR. — Pas si vite. Le nez le moins fin flaire quelque chose.

LA NOURRICE. — Que me dis-tu ? et sais-tu rien d'extra ?

LE CHŒUR. — Fais ton message, remplis ta commission.

Les dieux prendront soin de ce qui est en leur garde.

LA NOURRICE. — Je ferai selon ton désir et que les dieux soient avec nous !

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