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ANTISTROPHE III

Prends cœur!

Fais ton devoir!

Ton devoir à ton père !

Si elle crie :

« Mon fils ! », réponds : « Mon père ! » Fais le crime irréprochable !

Prends un tel cœur !

Pour tes amis de sous la terre, Pour ceux d'ici, fais ton devoir !

Sois par amour épouvante !

Engloutis En toi la malédiction ! tue le coupable !

EGISTHE(3i). — Me voici, puisqu'on m'a fait venir.

J'apprends que des étrangers ont apporté ici

La nouvelle en mille façons désirable

Qu'Oreste est mort. Calamité

Qui serait la dernière goutte corrosive sur cet antique ulcère et cette plaie à vif.

Comment saurai-je quelle semblance là-dedans se trouve, vérité

Ou contes de femmes à faire peur et pétarade d'étincelles ?

Que sais-tu de ceci que tu puisses m'expliquer?

LE CHŒUR. Nous n'avons qu'ouï dire.

Demande toi-même à ces gens.

Entre là-dedans. Pour savoir

Rien de tel que d'interroger son homme entre les

deux yeux.

EGISTHE. — Je veux voir et interroger le messager,

Savoir si lui-même était là. S'il l'a vu mort

Ou s'il répète un bruit vain.

J'y vois clair et l'on ne me trompera pas.

LE CHŒUR (32). - Zeu! Zeu ! que dire? par où commencer

Mes prières et mes adjurations ?

Que trouver qui soit égal à ma bonne volonté ?

Voici l'instant des épées dépeceuses de chair.

Ou la maison Agamemnonienne

Sera totalement mise à bas,

Ou, le feu, et l'éclat par lui de la liberté et de l'ordre légitime,

Le fils entrera dans son patrimoine.

Voici la lutte qu'éphèdre de ce combat deux à deux

Engage le divin Oreste. Victoire à lui !

EGISTHE derrière la scène. - Hé ! hé ! - Otototoi ! — Héa !

LE CHŒUR. — Héa! héa!

Qu'est-ce? qu'est-il arrivé?

Tenons-nous à l'écart, (3 3) maintenant que c'est fini,

Afin d'avoir les mains nettes, si les choses tournent mal.

LE PORTIER (34). Malheur! et encore

malheur ! le maître est mort !

Et malheur une fois encore pour suprême salutation !

Ouvrez vite et débarricadez

Votre porte, les femmes ! C'est d'un homme tout de même et d'un vrai

Qu'il serait besoin, je ne dis pas à cette personne déconfite !

Iou ! iou !

Êtes-vous sourds ? là-dedans les dormeurs !

C'est pour vous que je gueule ! Où est Clytemnestre et qu'est-ce qu'elle fait?

Il me paraît qu'elle est sur le fil d'un rasoir.

Gare à ce qui va lui tomber sur la tête !

CLYTEMNESTRE (35). Qu'y a-t-il et quelles sont ces clameurs?

LE PORTIER. Je dis que les vivants sont tués par les morts (36).

(Il sort)

CLYTEMNESTRE. Oi ! gô ! je comprends l'énigme.

Nous périssons comme nous avons tué, par la ruse.

Qu'on me donne la hache, vite !

Sachons si nous serons vainqueurs ou vaincus,

Puisque nous en sommes à ce point.

ORESTE. — C'est toi, je te cherchais, l'autre a son compte.

CLYTEMNESTRE. — Oi! gô! Tu es mort, très chère force cTEgisthe!

ORESTE. Tu l'aimais bien ? avec lui dans le

même tombeau

Va coucher ! Il est mort et tu ne peux le trahir.

CLYTEMNESTRE (37). — Epargne, mon petit, respecte, mon enfant,

Ce sein où tu as tant de fois dormi

Et où tes lèvres ont sucé le lait si bon.

ORESTE. — Pylade, que ferai-je ? j'ai peur de tuer ma mère.

PYLADE. - Et que fais-tu des oracles de Loxias,

Des paroles de Pythô, et de la foi due au serment ?

L'inimitié de tous est à celle des dieux préférable.

ORESTE. — Tu l'emportes et ton conseil est le bon.

Marche, je te veux tuer près de l'autre.

Vivant, tu l'estimas meilleur que mon père,

Dors donc avec lui dans la mort puisque tu l'aimes tant!

Et que tu hais celui que tu devais aimer.

CLYTEMNESTRE (38). - - Je t'ai nourri, et maintenant je voudrais vieillir.

ORESTE. — Tueuse de mon père, tu habiteras avec moi ?

CLYTEMNESTRE. — C'est le destin, ô mon enfant, qui fut la cause.

ORESTE. C'est aussi le destin qui prépare ta mort.

CLYTEMNESTRE. - Ne redoutes-tu pas la malédiction d'une mère, mon enfant?

ORESTE. — D'une mère qui m'a jeté dans l'indi-

gence.

CLYTEMNESTRE. Rejeté, dis-tu? dans cette demeure hospitalière ?

ORESTE. — - Deux fois vendu, moi le fils d'un père libre.

CLYTEMNESTRE. Où donc est le prix que j'ai reçu en échange ?

ORESTE. — J'aurais honte de le nommer par son nom.

CLYTEMNESTRE. N'aie pas honte, mais dis aussi la faute de ton père.

ORESTE. - Ne l'accuse point qui peinait, pendant que tu restais assise.

CLYTEMNESTRE. - - C'est un mal à une femme que de manquer de l'homme, enfant !

ORESTE. — Le travail du mari nourrit la femme assise.

CLYTEMNESTRE. — Tu veux donc, ô mon enfant, tuer ta mère ?

ORESTE. — Non pas moi, c'est toi-même qui la tues!

CLYTEMNESTRE. Vois ! crains les chiennes enragées d'une mère !

ORESTE. — Comment fuirai-je, rétif, celles dun père?

CLYTEMNESTRE. - Je pleure en vain, vivante au seuil de la tombe.

ORESTE. — Je n'entends que la voix de mon père qui siffle !

CLYTEMNESTRE. - Ôi' gô ! le voilà donc ce serpent que j'ai nourri !

C'est mon songe ! elle disait vrai, ma peur !

ORESTE. Impie ! meurs d'une arme impie !

Exeunt.

PYLADE. J'ai peur de cette double infortune,

Et pitié de ce malheureux qui vient de mettre à tant de crimes un comble,

Ouste ! Toutefois rendons grâce

Que l'œil de nos demeures ne soit pas éteint.

Exit.

LE CHŒUR (39). — Elle est venue aux Priamides en son temps, la Justice,

La lourde Justice !

Il est venu en son temps à la demeure d'Àgamemnon,

Le lion double, l'Arès double,

Criant « Tue ! » et « Sans quartier ! »

Il est venu de Pythô, le Fugitif,

Drossé par la rafale de tous les dieux !

REFRAIN. — Pousse l'ololohô ! la maison est sauvée !

Ololohô ! les mangeurs de terre

Ololohô ! ololohô ! mangent la terre tous les deux.

LE CHŒUR. — Elle est venue, la Conductrice à pas sourds 4

De l'assassinat par la ruse !

Elle a touché, l'heure venue de ce duel,

La bien nommée par nous, Dika,

Justice, la fille de Dieu,

Dont la colère à ses ennemis souffle la mort !

REFRAIN. — Pousse l'ololohô! la maison est sauvée !

Ololohô ! les mangeurs de terre

Ololohô ! ololohô ! mangent la terre à leur tour.

LE CHŒUR. — Cest elle que Loxias le Parnassien

Qui habite une grande caverne dans le sein de la terre,

Tard, tardive,

Conduit jusques aux criminels.

Car cette loi s'impose aux dieux

Qu'ils ne peuvent secourir les méchants.

Vénérons le grand Principe céleste !

REFRAIN. — Parais, lumière ! te voici !

LE CHŒUR. — Je suis de ce grand frein délivrée

Qui opprimait la maison.

Debout, mon peuple ! trop longtemps

Tu dormis, la face contre terre.

Le temps bientôt qui toutes choses restitue

Promènera sur vos seuils la purification et les hymnes.

Assez d'affreux spectacles et de cris !

Tout prend un visage nouveau.

REFRAIN. - Parais, lumière ! te voici !

ORESTE (40). Voyez par terre votre double tyrannie.

Les tueurs de mon père, les dévastateurs de la maison,

Qu'ils étaient braves sur leur trône et qu'ils y faisaient fière trogne!

Une paire d'amis, comme ils le sont présentement encore,

Fidèles au serment qu'ils s'étaient l'un à l'autre prêté,

Ensemble jusqu'à la mort, le serment fut fort bien gardé.

Voyez aussi, vous qui savez nos maux,

Cette machine, je dis ce lien qui servit à mon malheureux père,

Lacet pour ses deux mains, embûche pour ses deux pieds!

Etendez-le vous-mêmes, et vous mettant en rond tout autour,

Expliquez nous ce filet à prendre les hommes, et que le Père le voie,

Non le mien, mais celui qui considère toutes choses,

Le Soleil, et les actes impies de ma mère,

Et qu'il me soit témoin, en ce litige.

Que j'ai eu juste cause de perpétrer ce meurtre,

Je dis de ma mère, (car Egisthe, ce n'est pas un meurtre,

Mais le salaire légal de l'adultère).

Quand on a médité un tel crime contre son époux

De qui sous sa ceinture elle reçut le faix des enfants,

Si cher jadis, maintenant funeste, ainsi qu'il apparaît, —

Vous appelez cela une femme? Une murène! une vipère !

Capable de pourrir tout ce quelle touche sans même y mordre,

Si la méchanceté et son instinct naturel y suffisaient.

Et ça, de quels mots le nommer, pour employer le terme favorable ?

Suaire ? couvre-bain ? panneau à prendre les bêtes ?

Bandelettes aux pieds d'un mort ? Oui, je dis bien, un filet !

Un vêtement qui se met autour de vos pieds !

Un brigand qui ferait une telle invention,

Et qui disposerait pour son coupe-gorge d'un tel engin,

Prendrait bien des vies, oui, avec cette arme sournoise !

Que de gens il égorgerait et quelle extase dans son cœur !

Que je n'aie pas une telle compagnie

Pour mienne ! Et que les dieux auparavant me fassent mourir!

LE CHŒUR (41). — Aïaïé! aïaïé ! choses affreuses

D une abominable mort tu péris !

Hé! hé!

Sur celui qui reste le mal

Accomplit son éruption.

ORESTE. — A-t-elle fait cela ou non? — J'en veux pour mon témoin

Cette étoffe que 1 epée d'Egisthe a teinte.

C'est le sang répandu, avec celui du temps

Dont je vois l'effet sur ces broderies décolorées!

Il est là ! Je parle à sa place ! je déplore notre ruine avec lui !

Et m'adressant à cette chose même dans laquelle mon père fut mis à mort,

Bien que je déplore ces crimes, et ces souffrances, et tout le reste,

Et ce succès inenviable pour moi, cette souillure...

LE CHŒUR. — Nul entre les mortels intact

N'échappera au paiement qu'il doit.

Hé ! hé !

Mais notre mal

Présent est une chose

Et une autre celui qui vient.

ORESTE. Que parles-tu de mal qui vient,

quand je vois déjà où cela va,

Comme un coureur de char qui arrive au rivage ?

Un esprit qui ne sait plus obéir

M'arrache hors de la courbe ! L'épouvante dans mon cœur

Se met à chanter et lui danse sur cette musique !

Cependant que j'ai encore ma raison, je proteste, ô mes amis,

Et je dis que je n'ai pas tué, sans justice, ma mère,

Souillée du sang de mon père et odieuse aux dieux !

Et comme charme qui me conduisit à cet excès,

Je plaide Loxias, le Prophète de Pythô, et son oracle

De faire ceci, pour qu'exempt de conséquences mauvaises

Je vive, et que si je désobéis... - Je ne dirai point le châtiment,

Car à toute portée échappe un tel comble de maux.

Ores, voyez-moi, tel que me voici, équipé

De ce rameau (42) avec la bandelette, qui me mets en route

Vers le sanctuaire mésomphalique, siège de Loxias,

Où ce feu brille que l'on dit impérissable,

Fuyant ce sang, le nôtre. Puisque Loxias m'ordonne

De ne point chercher, suppliant, un autre foyer.

Et je fais appel à tous les Argiens

Qu'ils portent témoignage

Pour moi, errant, expatrié,

Vivant et mort, et laissant derrière moi cette rumeur !

LE CHŒUR (43). -— Tu n'as rien fait de mal, ne te laisse pas fermer la bouche

Par une funeste Renommée, et ne dis point de toimême du mal,

Lorsque tu viens d'affranchir tout cet état d'Argos,

Coupant bravement à ce double serpent la tête.

ORESTE. - Ha! ha!

Servantes, quelles sont ces compagnes avec vous, les Gorgones,

Ténèbres vivantes, têtes épaisses de serpents entrelacés !

Je ne resterai pas ici davantage !

LE CHŒUR. Quels fantômes t'emportent, ô toi, cher, si jamais homme le fut, à son père?

Va ! du cœur ! et ne crains point avec un tel avantage !

ORESTE. Ce ne sont point des fantômes !

mais celles qui me sont destinées,

Elles viennent, je vous dis, les chiennes enragées de la mère !

LE CHŒUR. Le sang est tout frais encore sur tes mains.

De là en toi ce bouleversement.

ORESTE. - - Seigneur Apollon ! les voilà qui augmentent

Et ce sang qui transpire affreusement de leurs yeux !

LE CHŒUR. — Rentre avec nous : la purification de Loxias

T'affranchira de ce trouble.

ORESTE. — Vous ne les voyez pas, mais je les vois !

Je suis traqué, et ne reste pas ici davantage ! (44)

LE CHŒUR. — Nos bénédictions avec toi et qu'une divine Providence

Te garde et te favorise (45) !

LE CHŒUR. — Ainsi sur le palais de nos Rois Souffle et passe une troisième tempête.

Premier le massacre des enfants

Et l'amère douleur de Thyeste.

Second, la Passion Royale,

La mort de l'homme de guerre dans son bain, le Roi des Grecs.

Troisième à présent nous arrive

Le sauveur, dirai-je, ou le destructeur ?

Où cessera la colère du Ciel ? où ce terme que le calme y recommence ?

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