‹ Les choses qui s'en vont ... [microforme] (volume 2)Chapitre 4 sur 9 · A LA MAISON · texte numérisé non relu

A LA MAISON

Le rouet.

- y a, je dirai cinquante ans pour faire ut compte rond, lé cultivateur qui avait un bon roulant, devait — selon l'antique usage venu de Normandie avec nos aïeux - avantager ses filles pour l'époque de leur mariage, non-seulement de la commode, du buffet, du coffr- à équipette bourré de bon butinmais encore de deux ou trois brebis (une moutonne et son petit par exemple), d'ur-e vache-à-ïait, de quelques volailles et d'un rouet tout flambant neuf, bi on pouvait savoir dans les rangs— et grâce à des bavaaaements, la nouvelle s y répandait comme une traînée de poudre-qu'une chaise berceuse et une pèlerine de vison viendraient s'ajouter' au trousseau, du coup, la Pkine à Titome devenait un parti extra.

16 LES CHOSEg QUI S'EN VONT

Le cavalier de cett blonde avait préalablement défriché un coin de la concession et y avait bâti une maisonnette: c'est bien du moins. Il y avait ensuite disposé les meubles indispensables, chaises, lit, tables, huchct, bancaux-sciaux, tous faits de sa main. C'est là qu'après les noces, les nouveaux mariés installaient leurs effets, assurés que le bon' eur les y avait précédés, et ils s'arrangeaient pour y vivre toute une vie, la plus douce du monde, en attendant l'autre bonheur et l'autre vie.

Dès les premiers temps de leur union, le nouveau couple pouvait voir de sa fenêtre, les animaux pacager au milieu des souches, des chicots et des abattis, à un bout de la terre faite; tandis qu'à l'autre bout, la planche de blé, qu'une simple rigole séparait de celle du lin, commençait à épier. L'homme avait offert tout ce qu'il y a de plus fort : la terre, la maison, le lin, le blé ; la f "mme apportait ce qu'il y a de plus doux: le lait, la laine, la plume. Et c'était avec une généreuse fierté qu'ils mettaient en commun, avec leurs biens et leur santé,

leur amour du travail et leur amour, touL simplement.

La jeune fe»nme — tout en ayani l'oeil à son ordinaire — filait la laine de ses brebis, pour tricoter, le soir, de grandes chaussettes ou de petits mitons.

Son homme, qui n'était jamais bien loin, à ses champs ou à i«es serpages, pouvait la voir bordasser; car elle fermait rarement la porte à demeure. A son appel de midi: "Ustache! viens-t'en; les pataquès sont cuites", il pouv.it répondre sans s'époumonner, sûr d'être entendu:

"On y va, Mélie, m y va". Et il venait.

Au cours du repas, tout comme la jeunesse qui est heureuse parce qu'elle n'a pas de passé, ils se parlaient de l'avenir. Puis, pendant que la créature dégrevait la table, Eustache, à genoux à la bavetfj du poêle, en train d'aveindre un tison pour allumer son calumet, demandait, sans faire semblant de rien :

"Qu'est-ce que tu feras, Mélie, avec ces

Imêei de laine qui dégouttent au ras la plaque du poêle?" La réponse ne se faisait pas attendre: "D'abord toi. répondait sa femme, tu vas me faire un dévtdoué, au plus coupant. — T'as qu'à voir reprenait Eustache en rmnt dans ses barbes; et puis après? Après, si tes sage comme une toupie qui dort y a pas de doutance que je te le diriimais 11 fera chaud, si tu le sais avant " Or, comme c'était une des toutes pre^ mières choses demandées par Mélie Eustache choisissait son plus beau bois îranc, clair de noeuds, qu'il mettait secher au-dessus du poêle. Puis, lorsqu'il mouillait à sciaux ou à varse, et mieux encore, pendant les squarres et les grandes bordées d'hiver, il installait son établi dans la maison, et à force d'ecopeaux et de ripes - un homme est pas battu pour salir une place, disait Méhe-- û ajustait les pièces du fameux dév-idoir sous les yeux de sa femme, qui s y entendait toujours mieux que lui

Cest ainsi que le dévidoir est entré en même que le rouet dans nos maisons, bien avant le ber; et l'on peut bien

dire sans trop forcer la métaphore, il me semb e. qu'ils nous ont vus naître.

^ est-Il pas vrai que nous évoquons rarement une des premières visions de nos mères, sans lui trouver le rouet pour accessoire? Sans cela, la silhouette aimée reste toujours émouvante, certes, mais elle nous apparaît comme un jouet brisé auquel- il manque quelque chose d'essentiel.

Si nous voulons remonter vers nos plus anciens souvenirs, la chanson maternel le - la "Poulette grise" par exemple — ne nous revient bien en mé-

ÎTr^nn- "'^ i'T" ^'' bruissements harmonieux du fuseau. Et si les yeux

de nos mamans charmèrent nos premiers regards, n'est-ce pas la roue merveilleuse du rouet qui les étonna? Ces choses sont tellement mêlées dans le cumam de nos réminiscences enfan!

tmes; elles s'y embrouillent si délicieusèment, que ce serait mal de vouloir separer ce que notre coeur a depuis si -longtemps uni. ^ ®*

Le rouet, d'ailleurs, a non seulement des droits incontestables à nos égards pour les services qu'il nous a rendus, mp..s par sa souple élégance au repos, sa joliesse glorieuse au travail, il a droit aussi à notre admiration, et c'est toujours, vous le savez, une forme de I amour.

Taillé dans le plus beau bois d'érable ou de hêtre; façonné avec une piété nationale, je dirai», par un art qui sait allier la grâce à la force, le rouet pre-

T:.^''^''J^ ^^"'P^ ^* «'^"s les caresses répétées des mains amies, une patine couleur de feuilles mortes saupoudrées de bronze. Les pieds, soigneusement dégrossis au tour, supportaient le corps délicat et droit, au-dessus duquel la tête -- la grand'roue — apparaissait, aux f"."' ^!/'ava"' toute nimbée de srloire. Oh! le joli petit rouet!

Plus bas que la tête et plus haut que les pieds — et pourquoi ne dirions- lous pas : dans ses mains - le rouet retenait prisonnière une colombe au bec et aux griffes d'argent, dont l'ardeur vorace arrachait, des mains de la fileuse, les

us CHOSES QUI S'EN VONT 21

«oyeux flocon, de laine pour .TaWII.,

et Vof» «"" '• «-""-«t petiC„'^ Et 1 oiseau roucoulait doucement doucement, tout d'abord Pui. ^JT ^

Pouiller en .a f.v,ur: Z'et^^t

VOIX subtile se muant en vraie PhonLtT e'unis«it aux «usurremênto de ta^^'

ITiynoptisait de «s V^„l ^^"''''"' »" Redevenu pIuV atrTS tf"^ ^""«■ une nouvelle Zt av^rX

-me bonheur Ohl le couta^'^'^tit Qu'il travaillât pour le ain,«i-

».^ de, «^««..o^i'ou^VXS;

22 LES CHOSES QUI S'tW VONT

de la chaîne ou de la tissure pour les habillements du dimanche, c'était toujours le même entrain rieur. Entre temps, das un coin obscur, il attendait dans le silence, l'heure du travail et du dévouement qui devait l'auréoler de gloire. Ohl le vaillant petit rouet!

Et malgré tant de services rendus, tant de chansons répétées parfois depuis l'aurore jusqu'à la i^runante et dans les soirs, les bruits courent que les rouets s'en vont...

Hélas! que de rouets et de dévidoirs sont, à l'heure qu'il est, juchés sur les entraits des fournils on dans les ravalements des greniers; élévation sans gloire qui se fait sans honneur et ne promet que l'oubli.

Oh! les vieux rouets qui ne filent plus! les vieux dévidoués qui ne virent plus! Quelles confidences ils se doivent faire là-haut, dans la noirceur et les fils d'araignées, sur les vieilles gens qui fu-

rent jeunes et sur les jeunes oui semnf de stériles rem-ets etm r^^iJu

P.u.at tn.^rL'^ZlT^

nous ayon, le curage d'.voaer ,„•£ n ont pas toujoura tort, et cobkSom!

nous dan, la pen,6e d'avoir dit un ««

S„''vo;^"'*'"'^'«"'«'*<«'r«î

Le métier.

N critique d'art, aussi ingénieux ' que subtil, fixe à huit le nombre des caractères de la beauté "10 , ^""îïs. Ecoutons-le; i la pleine grandeur de la nuis sance vitale exprimée par la pfe^ne grandeur des formes visfbles; "^''"^ 2 I unité d'action de la puissance vrtale exprimée par l'unité spSue ou^normale, ou idéale des formes "'

^i^:^;fsriat;5^rzs5^

délt?'lrud,>""i "'*""* '' ^*^««o"« Je vitales et des wormaics jusqu'à l'énui sèment de la formule, c'Lt àirett quau numéro 8 inclusivement Re

grettons toutefois qu'il faille tant de cérémonies à certains savants pour apprécier une belle fleur, selon une théorie qui peut être très logique, mais aussi parfaitement ennuyeuse comme tout ce qui est bien raisonné.

L'élasticité des formules en général et de celle-ci en particulier ne semble pas pouvoir s'étendre à l'objet qui m'occupe; car s'il est une chose qui puisse guérir la verve descriptive d'un individu — maladie qu'on nomme la tuberculose littéraire — en fut-elle à sa troisième période, c'est bien la vue du métier.

Approchons-nous pourtant pour le considérer. Chacun sait qu'à la suite de relations suivies la personne laide s'embellit, tandis que la beauté perd, si elle ne possède pas des qualités de l'esprit et du coeur. La laideur n'empêche personne d'être aimable et aimé au plus haut degré: nous en avons la preuve tous les jours.

Le métier est dans ce cas. Etudionsle et nous ne pourrons nous défendre de lui donner toute notre amitié.

Pour ce faire, il faut tout d'abord et nécessairement mettre le métier au 8^.

cond pia„ quitte à vous le présenter en temps opportun- et à voSs parter putot dans un ordre progressif S' lité, de ses collaborateurs

Voici d'abord notre vieille connaissance le rouet: vous savez, le rouet dt nos mères et de nos grand'ières'et des grand'mères de nos grand'mères. No!

bilise par les faveurs des reines anti Ques et partant, jouissant d'une indt pendance reconnue de tous, son îôle auprès du métier, consiste dais le fZe de la chaîne et de la tissure-lahie ou chanvre -que celui-ci transformera en étoffe ou en toile. Il „e déroge nî ne

le plus aimablement du monde.

Vient ensuite par ordre d.- randeur

e rouet à canneller, qui ne ress'mWe à

son presque homonyme que de nom lî

s empare de la tissure pour en rmplir

combler les grosses cannc«ea; de là son Le cannellier apparaît ensuite, droit.

rigide et sec comme un maestro. Artiste avant tout, il groupe avec art les cannelles dodues et bien chantantes et eur fait exécuter l'hymne nationale du Jntamarre.

Enfin l'ourdissoir (on comprendrait aussi étourdissoir) tend ses larges bras mouvants sur lesquels l'ourdisseuse enroule en spirale les brins de toutes les cannelles qui se dévident, en faisant le bruit dont je viens de parler. Après ce travail minutieux ùi l'ourdissetise, les missions de l'ourdissoir et du cannellier sont terminées. Car, il est bon de vous dire que la pièce est ourdie.

Le métier, jusqu'alors digne et silencieux, Ec- présente maintenant, et tend ses bras vides. L'ourdisseuse y attache d'abord un long et lourd peigne de bois, vrai démêloir pour la rJiaîm qui y passe et monte s'enrouler sur le rouleau d'arrière. L'extrémité des brins — les pennes — sont d'abord passées en lames; puis au moyen d'un crochet d'osier, passées en rô, et enfin nouées à la baguette que retiennent des cordeaux attachés au rouleau d'avant.

Les deux rouleaux, tournant en sens inverse, bandent la chaîne de la pièce qui.

ainsi, est montée.

La pièce ainsi parée, la travailleuse s asseyait a son ouvrage avec autant de bonheur qu'une organiste à son clavier mais pour faire produire au sien, il est vrai, un tout autre genre d'harmonie.

Son pédalier et son clavier, à elle, étaient les marchettes que les amouples unissaient aux lames. Celles-ci étaient disposées de telle manière qu'en abaissant lune au moyen d'une marchette, on faisait lever l'autre, et vice versa ouvrant ainsi dans la chaîne un passage libre a la navette, chargée dP tissure Le ro d'acier ou d'osier, qu'enserrait ia chasse mobile pendue devant la travailleuse, et qu'à tour de bras elle ramenaît vers elle, venait battre et serrer les bnns de cette tissure. C" ..^it comme son grand jeu, celuf dont le bruit couvrait celui des mav ttes et des lames.

Lorsque la travai e, avec un léger bercement de barcrole, se penchait simultanément de la gauche à la droite de son métier, puis de la droite à

in

gauche, pour lancer sa navette, alors seulement la pièce marcfiait. A voir la gi .ice austère de ce geste, on oubliait presque le vacarme qui en était la cause. Et l'on n'y pensait plus du tout, si on arrivait à se pencher sur le tissu qui en était le résultat pratique.

C'est surtout aux expositions régionales ou provinciales qu'il fallait aller, pour se rendre compte de ce beau travail au métier exhibé par les femmes et les filles d'habitant, et pour en admirer la force et la finesse, autant que l'art ingénu et primitif.

Il y avait tout d'abord la grossa étoffe du pays, grison la plupart du temps. On la teignait aussi quelques fois en bleu, avec une recette qu'on pourrait fournir, en classant nos souvenirs d'enfance. Cette étoffe bleue ou grison, envoyée au moulin-à-cardes pour être pressée et foulée avec soin, devait habiller le cultivateur et ses

garçons, depuis les culottes à bavaloû ses jusqu'à la cloque à capuchon indusivement. C'est avec cela qu'ils faisaient leurs beaux dimanches.

Venaient ensuite les étoffes fleuries carreautés ou fléchées. Les créatures s en faisaient de rôdeuses de belles robes garnies d'un biais et de boutons de velours. Lorsqu'elles s'habillaient avec elles n'avaient pas honte en toute, de débarquer de voiture au dernier coup de la grand'messe, alors que tout e monde était encore sur le perron de 1 eghse. Elle faisait envie à la mairesse elle-même.

On pouvait voir aussi aux expositions les flanelles simples, croisées ou bâtardes, pour les chemises, jupes, draps, courte-pointes, etc.. Puis encore, la toile de lin et la toile d'étoupe.

^nfin paraissait la Catalogne, notre tapis national. Tissées de couleurs voyantes, les catalognes étaient destinées a la place de la grand' chambre et au cabinet des étrangers. Avec des temtes neutres et des tons moins criards, elles étaient mises en laises.

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•i LES CHOSES QUI S'EN VONT

un peu partout dans la maison, et jusque dans le fournil. Lorsqu'elles étaient pâles ou même toutes blanches, elles servaient de couvertures de lit Parmi ces dernières, celles qui étaient préparées avec plus de soin et partant.

Plus fines, devenaient des couvrepîeds de ber et même des tapis de table.

Rouet, métier et Cie Limitée... s'unisaaient pour remplir les commodes et les armoires à deux battants, de draps

ly^T ^\^^^"«"«' ^e jupes, et de mantelettes, et que sais-je encore smon que tout cela sentait le foin d'odeur de sept lieues à la ronde.

Quand la mère voulait se reniper, elle savait bien trouver la robe de ménnoa pour l'hiver, à côté de celle de popeline pour l'été. Son châle à franges, en soie fleurie (du gros-de-Nanles) plie avec dévotion, supportait le chapeau-a-bec, avec des gorgettes — falh .

de.ptgeon — \&rgea comme ça. Tout à coté l'entoucas à pomme d'ivoire qui avait bien coûté six shellings six sous et les menottes de filoselle qu'on r,e trouverait plus asteure pour un écti et

Six. Quant aux bottines de pruneUe avec un bout de cuir à patente ou aux sou , ers de hstine, s'ils n'étaient pas

Le père n'était pas moins faraud.

avec ses pantalons et son surtout de drap fin; sa veste de cordé royal; son devant de chemise en bazin; ses c;ilets a pointes et l'ample cravate du temps de la Régence, sans oublier, gris ou noir, son chapeau de Paramatha.

C étaient leurs habits de noces, à ous deux. Lorsqu'ils s'en revêtaient,

t !„' f f '""* instinctivement, e s en allaient bras dessus bras dessous, comme des mariés du matin. Après

baptême de cloches, visite de l'évêque pour la confirmation, ou autres <Sa!

sions solennelles semblables, ces vêtements les endimanchaient encore pour les noces de leurs garçons et de leurs tilles, comme aussi pour être de céré-

ror?.ïr'''""^'*^^^*"*^^«'«*"^ême

Plus V ir "" """'*• "' ^^^^^^rit de Plus y être ensevelis, afin d'arriver

aux portes du paradis, parés comme a'i jour de leur union, pour célébrer les grandes noces éternelles, couronnant et prolongeant sans fin celles commencées ici-bas.

A ce bonheur qu'ils avaient goûté ensemble, sur le même coin de terre et dans une si constante communion de vues et d'intérêts, le métier n'était pas étranger. Au cours de cette longue vie, il n'avait cessé de leur prodiguer les fruits de son industrie, les enveloppant pour ainsi dire dans l'atmosphère de ses bienfaits.

Le métier s'en va-t-il? Si la chose était vraie, il y aurait là certes, le sujet d'une émouvante c'iégie, baignée de "purs sanglots"; car si le métier n'en est plus "au printemps de la vie", ni même "dans la fleur de l'âge" il n'en est pas moins digne d'inspirer de sincères regrets.

Un moyen de se rendre compte si la nouvelle, causée probablement par des parlements en l'air, que le métier s'en va, est vraie, c'est d'aller voir chez nos contemporains, les armoires et les co--

fres, si tant est que ces vieilleries exis tent encore chez eux.

Dans la commode, remplacée trop souvent par ce qu'en bon anglais on nomme sac-bord, il n'y a plus de place pour les hardes de l'homme. Le peu de rechange qu'il peut agripper, est pendu au grenier, sur le par, du souuet ou quelque part ailleurs. S'il y a quatre tiroirs à la commode — excusez, au «oc-6o7rf — trois, au moins, sont remplis de matinées que ces dames portent l'après-midi, naturellement, et dont les manches et les collets surtout, sont rongés chaque j(.ur davantage par la mode qui nous montre amsi où elle veut en venir. Vous verrez peut-être dans ces mêmes tiroirs, des cols et des collets d'hommes? n'y faites pas attention et surtout n'en soyez pas scandalisés; ctla appartient en propre à madame. L'émancipation qui n'e^t pas un vain mot et qui s'introduit chsz nous, a saisi précisément le beau sexe...

au collet. Gare à vous, mesdames!

Dans le quatrième tiroir de la commode, religieusement fermé celui-là,

■Ml

86 LES CHOSES QUI SiN VONT

rapport aux enfanta ijtiéerables, voua penseriez peut-être trouver le linge que voua cherchez en vain ailleura; cette toile de chez noua, in^iuable, et que le goût moderne remet en mode? Détrompez-vous encore une fois: le tiroir contient tout simplement — et ce n'est pas si simple que cela pour le mari qui doit payer — le Gainsborough de madame. Honni donc que lorsque ces pages verront le jour, la mode archiaurannée soit remise aux catalognes des vieilles lunes.

Dans les armoires? Vous trouverez des jupes, un tas de jupes, qui gagnent en largeur ce qu'elles perdent en longueur. Mais de draps en piles, de douzaines •'e serviettes, de chemises de toile, point.

Evidemment, les métiers s'en vont et la cause en est peut-être qu'il n'y a plus personne chez les cultivateurs )our les retenir en les Utilisant. Un sociologue de cliez nous n'a-t-il pas écrit que les filles que le cultivateur fait instruire aux couvents, reviennent à la maison paternelle avec de tout autres goûts

que ceux du métier? Outre lei sciences

femme et même à une femme de cultivateur, elles y apprennent la philosophie, ^ cosmographie, l'ontologie, etc...

AUez^onc, après de tels débuts, les contraindre à la "soupologie" et à la "ra vaudol. e" comme disait le spirituel auteur ue "Billets à ma filleule" et moms encore au métier, si dur il est vrai, pour les santés débiles de nos temps modernes.

Cependant, grâce à Dieu, il existe encore des familles qui demeurent attachées aux traditions canadiennes.

La mère, comme de juste, donne 1 exemple en travaillant elle-même. Elle a le talent de se faire aider et ainsi d enseigner à ses jeunes filles, san^ même qu'elles y prennent garde, à filer et abord, puis à monter une pièce. Lors- Q.e celles-ci seront prêtes à se marier elles trouveront -' -s facilement que tl autres, parce que le jeune homme qui veut se donner à la terre, cherchera une temnie qui partage ses goûts et dont la douce compagnie deviendra un aide

puissant dans les temps toujours rudes et difficiles d'un nouvel établissement.

D'autres familles, plus nombreuses encore peut-être, pour une raison ou pour une autre, se contentent de faire travailler par les autres; ce pourquoi il faut d'abord les remercier, non-seulement pour la travailleuse qu'elles encouragent, mais surtout pour hur amour des traditions. Ces autres, qui sont d'ordinaire, des "filles d'habitants" non "attachées' sur le bien paternel", ont de Vouvrage pardessus la tête, d'un bout à l'autre de l'année. Est-ce cette pensée du pain assuré ou le contentem.ent intime du devoir accompli? Toujours estil que si vous voulez connaître des personnes joyeuses, présentez-vous aux travailleuses au métier.

Je me souviens de l'une d'elles qui pendant un bon bout de temps, pensa que le mariage était une sainte institution dont elle pouvait bien se passer, préférant suivre le conseil de Lafontaine "Chacun à son métier doit toujours s'attacher." Pour ces deux causes réunies, et peut-être pour d'autres en-

'"' t "^''^ ^"Wia jusqu'à 50 ans, d'aimer un homme Etait-ce pour échapper à i honte d avoir coiffé sainte Catherine?

J.^l'irnove. Mais un beau jour, elle quitta sa paroisse et vint s'installer dans la notre, achetant une petite maison près du chemin du roi, où elle s'installa avec sa vieille mère. Bientôt la renommée de travailleuse extra qui 1 avait suivie chez nous, lui valut des commandes aussi nombreuses que variées qui lui enlevèrent bientôt tout regret de son changement de domicile

Le succès fait toujours plaisir;' et comme le plaisir se traduit assez souvent par le chant, elle chantait. Je crois entendre encore, après vingt ans, à travers le bruit des eaux tombantes du moulin voisin, sa voix nasillarde, chanter avec évariations - comme disait son frère qui avait fait son cours aux chantiers a billots :

Près de vous mon coeur sounire Et auprès de vous 11 est Interdit'

pSrïl"" "^V^ J« P»l«8' vous dire.

Ptêtre ben qu'j'en ai trop dit— It

Je crois en effet, qu'elle en avait trop

mi

dit; mais je n'ai jamais su qu'elle l'ait regretté. "Tout coeur a son mystère" dit une autre chanson qu'elle ne chantait pas. Un jour — tout vient à point à qui sait attendre — le prince charmant passa. Oh! ce n'était pas un prince ah ! ah ! puisqu'il était monté sur un bois carré. Comme sa lourde charge de bois plongeait probablement dans les cahots du chemin du roi, sous les fenêtres de ma travailleuse, celle-ci, qui faisait des trêmes, attaquait le refrain de la chanson ci-dessus, et naturellement, avec tous les bémols à la clé :

L'amiquié quoi de plus tendre

Et l'amour, quoi de plus doux — oux

On a beau être juché sur une bots carré ou sur un billot, ce n'est pas une raison pour ne pas comprendre les allusions, fussent-elles voilées comme des veuves; on est le prince ou on ne l'est pas. Il crut donc "dans sa candeur naïve," que l'aveu timide, d'ailleurs habilement dissimulé dans le saccage d'enfer du rouet à canneller et de la tournette, pouvait bien s'adresser à lui.

II se donna une. raison, et entra... pour voir (comme s'il fallait toujours une raison pour voir à se marier!) Or, la fille était encore replette et ragoûtante, comme disait sa vieille mère qui aimait le ragoût. Elle avait, de plus, du beau vison et des coffres bien tassés de bon butin que lui avait quitté défunt trépassé son père. La travailleuse imposa silence à la marchette, et soudain ses idées s'éclaircirent. Elle décida qu'après avoir tant travaillé pour les autres, elle pouvait bien commencer à travailler pour elle-même.

Ils se mari-irent, sans faire trop de tra la la; une petite noce de canton, une poignée de monde de l'entourage. Ils reçurent les noceux avec du jus de gadelles décoré du nom de vin, pour 'i circonstance. Ils soupirent, chantirent, dansirent, réveillonnirent et passirent toute la fine nuite sur le carreau.

Ce fut certainement de belles et joyeuses noces et c'était un mariage de plus dans la paroisse; mais c'était toujours bien encore un métier de moins.

L'amour de la terre.

OUT le monde le dit, c'est pourl quoi tout le monde le sait: on n'aime plus la terre. Paroles banales, texte de maints discours chaleureux et très applaudis; titre cent fois retapé d'une légion d'articles de journaux où s'alignent des statistiques renversantes; forme vieillie, mais qui n'a pas cessé d'être vraie, d'une douloureuse r.ffirmation de chaque jour: on n'aime plus la terre.

Et justement parce qu'une vérité austère n'aura jamais l'attrait d'un riant mensonge, les cultivateurs, objets de tant d'éloquence et de littérature, désertent quand même les campagnes. Ils ne tiennent plus sur le bien, et se dérobent à la tâche sacrée qui les liait au sol des ancêtres. Leurs fils nombreux et leurs filles, aspirent à voler de leurs

propres ailes vers des bonheurs aussi nouveaux que problématiques. Ainsi les traditions familiales s'éteignent dans des ambitions dont on ne voit pas toujours la ridicule folie, et sur les conséquences desquelles il est bon de croire qu'il n'y a pas d'aveugles volontaires.

Devant cette désertion des campagnes, l'esprit de nos gouvernants s'est ému. Ces messieurs ont gémi d'abord; c'était encore le plus facile. Ils se sont agités ensuite ; car cela devenait inquiétant. Entre deux banquets, ils ont cherché un remède, et ils ont cru l'avoir trouvé. Vous devinez lequel? Ils ont nommé des commissions. Des commissions, je vous demande ! En notre siècle de feu d'artifice, de discours et de fanfares, une commission comme un congrès, c'est le remède à tous les maux, une sorte de "Sauveur du peuple" ou de "Sirop de la Mère Seigel" qui a la merveilleuse propriété de guérir les rhumatismes de l'esprit humain.

Cependant, je ne dois pas trop médire des congrès et des commissions ; ils ont des avantages incontestables pour

la diffusion des idées et le groupement -les forces qu'elles éveillent. C'est ainsi que, annoncés dans les journaux six mois à l'avance, en lettres grosses comme ça, aucun des membres actifs ou honoraires ne peut se tourner, sans qu un reporter y aille de deux colonnes.

Naturellement, cela attire l'attention des gens; cela les repose un peu des comptes-rendus de bagarres d'ivrognes et autres attractions dans le même genre. Les cultivateurs se disent, en lisant la péroraison emphatique d'un discours d'ouverture: il y a quelque chose là-dessous. Et vitement, ils font un encan de tout le roulant, b-uchent les fenêtres de la maison avec de ieilles planches, barrent la porte, et partent armes et bagages pour la ville, pour voir comment cela va finir.

tj.

Si je n'ai pas voulu, comme vous le voyez bien, médire des commissions et des congrès, je me le permettrai moins

encore, et je deviens tout à fait sérieux, pour parler de nos rouvernants. Ces messieurs ayant compris que la richesse, la force et la vie, c'e>.t-à-dire, l'avenir d'un pays, lui venaient de la campagne, ont pensé avec raison qu'il fallait d'urgence garder à la terre les nombreuses familles de cultivateurs qui ^^'établissent dans les villes pour s'y étioler en s'y amoindrissant. Je n'ignore pas les lois et les institutions qu'ils ont créées pour enrayer ce mouvement de désertion du sol; les nombreux avantages et les primes offertes dans le but de promouvoir la colonisation; la diffusion systématique, par les écoles et les conférences régionales comme par le livre et la presse, de la science agricole; tout cela afin d'amer.er le cultivateur à reconnaître, par sa propre expérience, que la perle de la prospérité avjc celle du bonheur sont cachées dans son champ, lequel ne demande qu'à être remué pour livrer ses trésors.

C'est donc avec enthousiasme, que j'applaudis à tout ce qu'une saine poli-

tique, vivifiée rar une pensée de haut patriotisme, a fait, chez nous, en ces oernières années, pour provoquer, encourager et récompenser les soins intelhgents donnés à la terre. Mais dites-moi: la terre est-elle plus aimée pour tout cela? Oui, ou plutôt non; et pour être juste, oui et non, car il y a amour et amour, comme il y a fagot et fagot.

La terre est plus aimée? Oui, et plus qu'elle ne l'était hier: c'est certainement vrai un peu plus chaque jour.

Mais de quel amour et comment? Je réponds : de cet amour intéressé qui espère des faveurs, les escompte en usurier et en jouit en égoïste. La devise de cet amour-là, quoique vieille comme l'avarice, est aussi tout à fait modemstyle: donner un oeuf pour avoir un boeuf.

La science, ou "les étincelles d'expérience" — comme un poète intitulait ses notes en agriculture -- a propagé des recettes certaines pour fertiliser un terrain, y faire des semences avec art et obtenir des récoltes mirobolantes.

:.^tt

Porté à croire que Jéhovah a refondu pour le XXe siècle les vieux statuts de la Genèse, le cultivateur observe déjà à la lettre le nouveau texte, encore inédit, mais dont il a sans doute eu révélation :

"Tu mangeras ton pain à la sueur de tes chevaux !" Aussi ne daigne-t-il plus toucher la terre, même du bout des pieds. Comme tout homme d'ailleurs, né maître-ès-arts dans la science de prendre ses aises, il laboure et herse, sème et moissonne en se promenant avec une rperbe indifférence, monté sur des machines rayonnantes, vrais engins de fer tirés par des chevaux ferrés.

La terre? Après l'avoir brisée, avoir fouillé ses entrailles avec des lames d'acier, l'avoir dépouillée de ses vêtements et de ses richesses, il la quitte sans même un regard de pitié. Il la force, la meurtrit; elle se laisse dépouiller, humble, obéissante et généreuse toujours; mais elle garde son amour.

Non, vraiment, la terre n'est plus aimée de cet amour tendre et profond que lui portaient nos pères. Après

avoir pris leur lot en bois debout, l'avoir déserté, ésouché, éroehé, ils en' retournaient cent fois, une à une, toutes les mottes, comme pour en prendre une connaissance intime. Puis après l'avoir parée de l'opulente moisson qui lui sied si admirablement, parce que la terre était belle autant que bonne; et qu'un des premiers effets de la beauté sur un coeur est de le rendre sympathique et affectueux, ils l'aimaient de toute leur âme. Près d'elle, avec, au front, ces sueurs qui sont comme autant de perles d'une couronne royale, ils se trouvaient vraiment rois. Les ancêtres ne leur avaient-ils pas lé^^ié ces gestes forts et graves mais toujours harmonieux; nobles attitudes apprises au temps du bonheur, et dont ils se couvraient avec orgueil comme d'un vêtement de beauté, comme d'un manteau de splendeur.

Pour obéir à la loi du travail devenue très douce avec elle, ils lui demandaient leur pain, avec autant de douceur et de respect que de noblesse. Ils croyaient trouver là, une ébauche de

leur propre vie: en union avec elle, ils vivaient des heures d'espoirs immenses qui les rajeunissaient jusque dans leur vieillesse.

C'était au printemps lorsqu'ils labouraient, enveloppés dans la brume argentée des matins frileux, isolés lia reste du monde comme des Moïse sur la montagne, et dans une intimité secrète mais réelle avec la terre amie.

C'était le revoir après la saison d'hiver.

Et que de promesses h faire! Que de choses à demander! Promesses et demandes qui revêtaient les formes merveilleuses de la prière et qui devenaient comme la "méditation de leur coeur".

A l'heure solennelle des semences, c'étaient des grains sanctifiés par les prières de l'Eglise et bénits aux messes de Rogations que, les tontes premières, ils versaient sur la terre, vers les quatre points cardinaux. Par ces beaux gestes qui ont frappé, comme une mé-

ilaille, la silhouette paternelle dans nos souvenirs; tel le prêtre sur le calice et sur l'hostie, ils multipliaient leurs bénédictions sur les champs, consacrant, pour ainsi dire, la terre encore aride mais frémissante déjà, de toute la vie qui germait en elle. Après tout ce tra- , reconnaissant implicitement qu'ils /aient rien fait, et pensant comme stiint Paul, qu'après avoir semé, si Apollon arose, c'est Dieu qui donne I accroissement, ils faisaient dire des messes pour les biens de la terre, et ils y asiîistaient, messieurs !

Puis, dans la chaude clarté du printemps; pendant cette époque de recueillement grave qui suit les semailles et sans lequel rien ne grandit ni pour la terre ni pour le ciel, ils avaient trouvé dans leur tendresse inventive, une rai-' son de rester encore près d'elle pour lui parler toujours; ils relevaient les clôtures de pieux entre leurs champs.

Non satisfaits pourtant, d'avoir fait le tour de leurs pièces, du lundi au samedi, de la barre du jour aux étoiles; le dimanche après les vêpres, ils pre-

naient leur grand chapeau de tous les jours, pour que la terre les reconnût de loin; et ils s'en allaient lui faire une visite d'amitié, toute pure celle-là. Et comme si les jours ne suffisaient pap, ils en rêvaient encore la nuit, pendant que les blés et les avoines pointaient sur le rond des planches, veloutant les bords grisâtres, puis grandissaient, grandissaient, en rêve comme en réalité, à pleine clôture.

Lorsqu'enfin leurs yeux, après avoir suivi avec amour la croissance des tiges élégantes, avaient vu descendre sur les lourds épis, tout l'or des soleils, ils se penchaient avec tendresse vers la terre aimée, moins pour lui arracher ses richesses que pour la soulager de son fardeau. Dans ces heures d'épreuve pour elle, sous le brisement des moissons, ils vivaient des heures inoubliables, dans le doux colloque non interrompu depuis les semences, et qui se terminait par un hymne de reconnaissance. La terre lasse, avec ses chaumes tout pâles, demandait un peu de repos; en la laissant s'ensevelir sous la

neige soyeuse, ils s'éloignaient, mais sans la quitter, puisque c'était toujours pour penser à elle.

Après avoir vécu ainsi, un gros morceau de siècle, dans un commerce si intime avec la terre, ils voyaient arriver sans horreur le moment d'aller se reposer entre ses bras des fatigues de ia vie. Ils avaient toujours été bons pour elle: ils savaient qu'elle serait bonne pour eux, qu'elle leur "serait légère , selon le voeu antique. N'a-

rr^'i!".^*', """^ <=onsolante assurance detre les germes de dieux en fleurs qui doivent s'élancer de son sein, pour aller s'épanouir dans la saison sans fin de l'éternité?

Ah! l'ont.ils aimé lenr bien, nos chers vieux! Ce bien qui fut plaque tout leur univers; où ils ont vécu et souri, puis aimé et pleuré. Ils l'ont aimée, la terre, parce qu'avec ces fortes

Uk" ^J^""* ^"^^' "« °"t reconnu combien Dieu lui-même l'avait aimée

pour lavoir faite Si belle, alors qu^Tot doigt puissant y traçait les routes fleu-

H ries où la Mère du Verbe devait diriger les pas tremblants du divin Exilé. Us l'ont aimée encore, parce que le Verbe lui-même, lorsqu'il est venu habiter parmi nous, a voulu, en passant par nos chemins, magnifier ses fleurs dans les lis et immortaliser ses arbres dans le bois de la Croix. Et leur amour est devenu un saint orgueil à la pensée que le Christ a voulu faire plus encore, pour ces fruits de la terre qu'ils ne voient croître et grandir qu'arrosés des sueurs de leur front; pour nos blés et nos vignes, qu'il a ennoblis par la mystérieuse transsubstantiation qui les sacramente. Vrai Pain des forts, fragiles espèces qui, après être demeurées parmi nous jusqu'à la consommation des siècles pour être notre joie et notre salut, auront encore — je le crois — l'honneur d'être placées en paradis avec la croix, comme des trophées de l'amour de Dieu pour les hommes.

Comment comprendre alors, qu'avec de telles pensées, la terre n'ait pas été pour nos aïeux "l'allée d'amour".

C'est bien ainsi que nos vieux ai-

maient la terre, et c'est peut-être là le secret de leur attachement si vif pour elle Mais cela, c'était tout autrefois, il v a bien bien longtemps! Aujourd'hui après les travaux terminés, avec toutes les recettes infaillibles pour réussir comme la terre ne dit plus rien-eie se donne a qui se donne à elle -on s y ennuie et on la quitte sans regret.

L homme y a-t-il gagné? je ne dis pas : a-t-il plus d'argent et de confort moderne? Je me garderai bien de donner a ce grand problè.-ne, une solution quelconque. Interrogez les vieux, et croyez ce qu'ils vous diront. Lorsqu'on est près de mourir, l'âme enveloppée des lueurc sereines qui éclairent la route montant vers l'éternité, on n'a aucun intérêt à mentir pour tromper ceux que l'on aime. Croyez leurs parôles et ^aites comme ils ont fait. Plus no3 coeurs s'harmoniseront avec les pensées, les sentiments, les gestes de nos pères, plus nous serons dans la véme. Ce sera leur âme venant réchauf-

llL-f- "^^'■f' P^""* ^^^^ ^e nous des traditions vivantes. Et s'il est vrai que

l'amour rend semblables ceux qui s'aiment, nous refleurirons en eux, comme ils auront en nous un étemel printemps.

Tout cela, c'est de la poésie et de la prose habillée en vert, me direzvous. Soit! J'ajoute que j'y ai taIs un peu de religion et beaucoup d'amour; ce qui va parfaitement ensemble et ne va parfaitement bien qu'ensemble. Ici encore, j'ai suivi les traces des anciens.

Parce qu'ils cherchaient premièrement le royaume de Dieu et sa justice, ils avaient reçu, comme par surcroît, ce don de poésie rustique qui mettait tant de sérénité dans leur vie; car s'il peut y avoir une analogie de la poésie avec la grâce, c'est que la poésie est une grâce. Parce qu'ils savaient mettre du Bon Dieu dans leur vie, ils en trouvaient, tout simplement. S'ils n'ont jamais joui d'un bonheur complet — "fut-il roi ou pape, dit l'Imitation, nul n'est sans quelques peines ou ennuis" —

dans leurs plus dures épreuves, ils n'ont jamais été sans quelques joies. C'est ainsi que se tissaient pour le ciel ces vies pleines de mérites et de jours, agréables aux yeux de Dieu, belles aux yeux des anges, respectables et enviables aux yeux des hommes.

Mais ce secret vital du bonheur, qui est de voir tout dans la lumière de Dieu ne serait-il pas à notre époque — avec l'amour de la terre — encore une chose qui s'en va?...

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