‹ Les choses qui s'en vont ... [microforme] (volume 2)Chapitre 8 sur 9 · UNE CHOSE QUI DEMEURE · texte numérisé non relu

UNE CHOSE QUI DEMEURE

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LLES s en vont donc, ces vieilles chose», et tant d'autres encore!. Elles s'en vont...

et de les voir partir aitiHi comme gênées, presque honteuLs,fen

qu elles ne descendent la pente qui Ips mène à l'irrémédiable ouWi- rlZlnl Qu'elles reculent et s'attardeit,'^:; ant parfois en arrière comme cer^r ^nnes nées au village et qui le quitïnt

Z! "^ P^"« '^^«»i'î pendant qu'eSê.

sont encore près de nous, aux frontières qui séparent le passé de l'avenir jî?

«ens et rudes comme la terre, et qu'elles r^onna,tront. J'ai voulu les saLr de Join et les saluer encore au nom des ^ns de par chez nous. Pour eu" moi, pour tous, j'ai senti le besoifS!

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li:

leur dire adieu. Si elles emportent quelque chose de nous, nous srarderons, n'est-il pas vrai, quelque chose d'elles.

Mais ce souvenir que nous désirons garder d'elles, s'il n'est qu'une pensée, un regret, survivra-t-il à la génération qui le professe? S'il revêtait plutôt, comme c'est l'usage du souvenir, une forme sensible, à laquelle nos traditions pourraient insuffler la vie; dont nos réminiscences feraient palpiter l'âme toute canadienne; pour laquelle nos vieux mots du pays seraient un langage ; ne serait-ce pas assurer à ces "choses qui s'en vont " autant qu'il est en notre pouvoir, une espèce d'immortalité?

Cette survivance des choses de l'histoire était, pour ainsi dire, toute la religion des peuples anciens. Les monuments que les siècles nous ont conservés ; les statues qui ont surgi des ruines accumulées par le temps, nous disent quelle i)erfection d'art ces peuples savaient déployer, pour envelopper des formes parfois lourdes et souvent ingrates, dans le réseau serré de leurs

H'mes inipecc9bl?s et donner ainsi à leur oeuvre une empreinte, j'allais dire divine et, dans tous les cas. immortelle.

Ces glorieux vestiges nous révèlent encore a quelles ressources les habiles sculpteurs savaient recourir, pour objectiver i'histoire qu'ils avaient la misî^ion de transmettre à la postérité. Et nouH devou. reconnaître que, si le génie est la facullé de faire sentir l'âme des çhose.M, et do la faire sentir à d'autres •nies, les artistes de ces époques loinaines avaient reçu, à un degré supéneur, ce don auguste des dieux.

C'est ainsi que leurs ciseaux ont vaincu, dans un suprême effort qui les portait aux frontières de la vie, le <n-anit et le marbre, le fer et le -- 2.- en os lorçant à chanter en cho^ .r l'apotheose leurs héros qu'ils savaient revêtir de majesté, couronner de grandeur. Avec quel art magique ne les voyonc-nous pas enrouler, autour des socles, épigraphes et armes, trophées et devises; noms, dates et insignes qui dévoilent aujourd'hui le secret de l'em- Pnse que ces hommes eurent sur la vie

pour la modeler avec tant de force et d'harmonie qu'elle s'imposât d'ellemême à l'admiration des contemporain?

comme à l'idéal de tous les temps.

C'est ce culte du souvenir, fécondé par une pensée de filiale reconnaissance qui a fait germer et s'épanouir sur le sol ancestral du vieux Québec, cette fleur de bronze que tout le pays admire aujourd'hui: je veux dire, la <;tatue de Louis Hébert, premier cultivateur français-canadien, l'une de nos gloires les plus pures.

Inspiré sans doute par le zélé promoteur de l'oeuvre nationale, en lequel la patrie salue le descendant authentique du premier colon du Canada; et sûrement avec un sens très averti de notre histoire, le savoureux sculpteur semble avoir voulu couler en bronze ces vers bien connus de la "Légende d'un Peuple":

"Hébert, qui suit, ému, le pas de ses chevaux, Rentre, offrant à Celui qui donne l'abondance, La première moisson de la Nouvelle-France."

Loin de moi la prétention de vouloii remplir ici l'office virgilien. Je ne veux

pas davantage m'avancer en intrus dans les domaines réservés aux critiques d'art qui ne manqueront pas de célébrer la vigoureuse élégance de ce buste tout musclé de soleil. Qu'on me permette, toutefois, d'exprimer une admiration bien sincère en louant hautement la vérité vivante du geste, qui confère à l'austère simplicité de cette silhouette, la noblesse et la grandeur d'un profil biblique. Epigraphes, trophées, armes et devises, nous donnent, si je puis dire, la note héroïque, pour prolonger parmi nous, et d'une façon durable, les profondes harmonies de cette vie chrétienne et laborieuse représentée par ces groupes d'un réalisme si captivant où nous aimons à reconnaître les lumineux sjrmboles des causes primordiales de cette gloire, à la fois si modestement et si étonnamment féconde.

Et l'avouerai-je? il me plaît infiniment de retrouver ici, comme à la tête du cortège nombreux des "choses qui s'en vont. . ." l'antique charrue des premiers guérets, la vieille faucille des premières moissons. Ces outils aux formes

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archaïque! furent jadis à la peine: il« sont aujourd'hui à la gloire. C'est jn«tice. Echo sonorité de la voix de Hébert, ils nous parlent un peu de son âme et donnent à notre race, dans un langage compris de tout, une leçon de vertu.

Car, si la irflhouette divinement paternelle de Mgr de Laval qui, du ^ut de son socte comme d'un premier autel, tient tou><win étwwlue sa main bénissante, BOUS rî^peWe la sainteté de nos tradition» religieaaes; si le profil élégant de Champlain qui se découpe en plein ciel au-dessus de cette terre dont il prit possession au nona du tm de France, nous rappelle la xioh^t»m de nos origines nationales; la statue de l-^ouie Hubert, surgissant à cette heur« eritique de notre histoire comme un éloquent r&p^\ à l'amour du sol, doit faire revivre en nous la fierté de nos origines populaires. Elle vient opportunément compléter autour du Monument de la Foi, comme autour de son centre nécessaire, le symbole de cette trinité qui présida aux destinées canadiennes : le génie

latin fécondbnt les énergies françaises pour les eoBMcrer à Dieu.

De l'élévation où 1m a placés l'héroïsme de vies différentes, mais toutes soeurs dans le méf&e idéal entrevu, réalisé et vécu, La>val, Cliamplain et Hébert font entendre leurs voix. Ame canadienne, — Jeanne d'Are de la îfeuvelle France — ce sont "te» voék"; voix Mxqoellcs, 6 mon pays ! tu é^ voiâoir.

comme la sainte bergère, "uoer tw jambes jusqu'aux genoux piut^ que de faillir à leur appel". Ce sont des voix qui descendeiKt au ciel, et les amtm — puisqu'^îtti fMirlent françéri»? — auocquelles tu rmimmMiM k droit de remuer ton co«ir ju«i«t dans ses profondeurs sacrées.

Canada, ma patrie! suis "tes voix"; elles te conduiront «wrtainement à la bataille, mais T^krn aâroment encore à la vict<rfre.

Ecoute.

iT

"Sois fidèle à Dieu" te dit avec la solennelle brièveté d'un texte sacré, ton premier Pasteur, Mgr de Laval.

"Sois fidèle au génie latin comme à la langue de tes pères" reprend fièrement Champlain.

"Sois fidèle aux champs de tes aïeux" ajoute Hébert, avec une grave simplicité.

"Sois fidèle"! Invitation séculaire à laquelle répond notre séculaire: "Je me souviens".

Dieu, la langue, la terre. Voilà les trois parties mélodiques et de tonalités diverses du même choeur qui exécute l'hymne de nos traditions nationales.

Tradition de la Foi qui se renouvelle à mesure que nous la vivons. Tradition de la "parlure" qui en fut le premier véhicule et qui en demeure la jalouse dépositaire et la gardienne vigilante.

Tradition des sains labeurs du sol qui a formé la génération honnête autant que féconde et robuste dont nous sommes fiers d'être les descendants. Toutes Uaditions qui sont la source de cette force expansive, de ces énergies exubé-

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rantes auxquelles vient s'abrouvei le progrès d'un peuple et loin desquelles il ne saurait que dégénérer en se déshonorant.

Etre fidèle à Dieu ! Nos pères le furent admirablement, supérieurement, héroïquement; soyons-le fièrement, généreusement, constamment.

Il n'est peut-être pas de chant plus doux aux oreilles du "canadien errant' que d'entendre sur des plages étrangères, parler ainsi de son pays : c'est un peuple de foi. C'est avec une sainte joie qu'il savoure toute la douceur réconfortante de ces paroles. Instinctivement alors, il se demande: A qui donc devons-nous d'avoir été préservés de la décadence qui fait les nations impies? La réponse s'impose: c'est, après Dieu, au zèle de notre admirable épiscopat, fils et successeur de Mgr de Laval; et, sous sa conduite, au dévouement inlassable des prêtres éducateurs et missionnaires dont les paroles en-

flammées et les exemples entraînant»

ont toujours trouvé en nous, sinon des imitateurs parfaits, du moins des disciples rempln de docilité t' de vénération.

La docilité de notre obéissance à l'Eglise qui nous parlait par la bouche de nos pasteurs, met comme une riche enluminure à toutes les pages de notre histoire ecclésiastique et civile. Plus que jamais, elle a brillé en ces derniers temps d'un éclat incomparable.

C'était hier. Nos frères d'Ontario dans le but initial et sacré d'être fidèles en protégeant notre Foi qui est comme la moelle de nos traditions ; dans le but secondaire, mais non poursuivi d'une ardeur moins vive, d'être fidèles à notre langue qui en fut, ju/qu'ici, le rampart respecté; nos frères d'Ontario, dis-je, se sont portés en rangs serrés vers une brèche que l'ennemi tentait d'ouvrir dans les lois de l'enseignement scolaire de sa province. Et comme s'il se fût agi de notre Foi elle-même, ils étaient décidés de combattre jusqu'à la fin et de résister quand même, pour défendre

les murailles de cette citadelle inviolable que doit être la langue d'un peuple.

Lutte et résistance qui ont immortalisé la mémoire de nos petits frères d'Ontario, les martyrs innocents de notre langue maternelle.

Mais le Pape a parlé. Le Pape dont le coeur est broyé par la douleur et les angoisses qu'accumulent les haines meurtrières qui ensanglantent l'Europe; le Pape s'est tourné vers nous, les Canadiens, nous demandant le mot de paix qui doit consoler son coeur, et que les autres nations refusent h son désir de Père. Les Canadiens seront-ils dégénérés ? leur générositS sera-t-elle moindre pour Benoit XV qu'elle ne le fut pour Pie IX que nos zouaves défendirent si finalement? Non certes.

Puisque c'était la Foi que nous désirions protéger; et que le grand Gardien de la Foi, l'immortel capitaine des armées du Christ, placé plus haut et voyant plus loin; lui qui a le devoir de veiller sur les âmes de tous les peuples, nous commandait de cesser la défense, il n'y avait plua, si nous voulions rester fi-

NI

dèles à nos traditions de fils respectueux et aimants, qu'à baisser les armes. Ce fut fait. L'acte de soumission fut complet, admirable, et disons-le, héroïque.

Les Canadiens-français ont compris qu'il faut parfois porter la fidélité aux extrémités où saint Jean-Baptiste, notre patron, l'a poussée, lui qui fut mis à mort pour avoir parlé sa langue, qui était celle de Dieu. C'est à des sacrifices de ce prix qu'on se montre vraiment prophète et que l'on prévient Dieu.

"Précurseur et témoin de Jésus-Christ — a dit un chantre enthousiaste de nos gloires — ^voilà le rôle du Canada français". Par notre obéissance au Pape et notre amour de la paix, nous annonçons le Christ à ceux mêmes qui nous taxaient de fanatisme; et notre bel acte de fidélité n'était pas terminé, que déjà on entendait les pas du Sauveur qui s'avançait pour prendre possession du royaume des âmes.

Le sens de nos traditions, l'enseignement de nos origines tiennent tout entiers dans cette soumission. Puis nous vaincrons quand même, car "vir

in

obediens loquetur victorU" disent les Saintes Lettres, et

Noui parlerons français tant qu* noaa parlerons.

comme l'écrit si fièrement M. Lozeau, et cela avec le double honneur d'avoir été fidèles à notre langue et à notre Foi.

Puis, comme l'edelweiss qui fleurit au milieu des neiges et des vents alpins, la langue française demeurera chez nous, parce que, essentiellement catholique, elle est faite pour les hauteurs.

Elle demeurera, puisque les lignées des De Laval et De S.-Valier, des Marie de l'Incarnation et des Marguerite Bourgeoiis, consacrent leur vie à veiller sur elle. Tant qu'on vit pour une langue, elle ne peut pas mourir.

Elle demeurera et grandira encore, essentiellement loyale et franche, avec les Champlain et les Frontenac, les Maisonneuve et les Laviolettc que représen-

tent nos autorités civiles. Elles auront à coeur d'établir son règne sur les bases

solides de lois justes qui lui assurent la paix au sein de laquelle prospèrent les choses acquises au prix des combats.

Elle demeurera, la langue française, essentiellement noble et vaillante et elle deviendra aussi forte qu'harmonieuse chez nous, grâce à nos Dollard, les légions chevaleresques de l'A.CJ.C. qui, poussées par les secrètes ardeurs d'un atwvisme toujours vivace, ont juré de la défendre dix contre un et de mourir plutôt que de la trahir jamais.

Elle demeurera encore, parce que notre race, comme celle du peuple de Dieu, s'est multipliée, se multiplie et se multipliera comme les étoiles du ciel, avec les Hébert et les Couillard des temps modernes, pour révéler à l'univers, l'emprise du génie latin sur nos vies neuves; à quelles profondeurs incroyables il plonge ses racines dans notre sol; et avec quelle fierté et quel implacable vouloir nous désirons lui rester fidèles.

Elle demeurera, je dirai, surtout,

parce qu'à côté des hommes d'action dont le prosélytisme a les vastes régions

ombre du foyer domestique, "l'amour, • plus grande des choses, et une mère, le plus grand des êtres" veillent. Elles «e dressent les mères vigilantes, nonseulement pour défendre "l'héritage

tZ. '^V'^'^r ^"'^"*« °"t «<^<=epté de transmettre à leurs fils, (Madeleine) mais encore pour enseigner à ces mêmes

nlL^'^Tf *' P°"''^»oi «t jusqu'où nous devons l'aimer, afin de pouvoir ensuite répéter les paroles d'une grâce exquise que je voudrais être poète et musicien pour en faire une berceuse nationale:

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Elle demeurera donc à jamais, parce qu'après l'avoir aimée depuis., toujours, pour les services qu'elle a rendus à notre Foi, nous l'aimerons davantage mamtenant qu'elle a souffert pour Elle' et pour nous.

Nous l'aimerons aussi pour nousmêmes, puisqu'elle est le merveilleux instrument à nous donné par la Provi-

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(ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

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