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De 4
anadien
‘Lui y a longtemps que je t'aime, Jamäis je ne t'oublierai.
LA TÉMPÉRANCE
- 964, Dorchestér Ouest, 964 2 “MONTREAL.
Avec la permission des supérieurs ecclésiastiques et religieux.
—Et puis, vos “Choses”, elles ne viennent toujours pas.
—C'est logique puisqu'elles “s’en vont’.
—Mais encore ?
—C’est que j'ai changé d'idée.
— Pourquoi ça?
—Lorsque je commençai ces “Choses”, en 1915, après avoir lu le “Vieux hangar” de M. l'abbé C. Roy, nous n'avions pas deux autres beaux livres qui ont paru de- Puis lors et dont l'éloge n’est plus à faire puisqu'il est dans toutes les bouches :
“Chez nous” de M. Rivard et *“Rapaillages” de M. l'abbé Groulx?
. —Précisément. Après ces pages aussi
savoureuses qu'élégantes et où les mots du terroir sont jetés comme des fleurs sous les pas des plus harmonieuses périodes classiques, les miennes, étes un peu va comme je te pousse, m'ont paru aussi insipides que vulgaires: c’est Pourquoi je les ai abandonnées.
—Vous.avez eu tort de ne pas les revoir.
Les félicitations que méritent les éminents auteurs pour leur oeuvre à la fois haute-
te
ment littéraire et profondément canadienne, auraient dû vous encourager comme elles le doivent pour ceux qui font des efforts dans le même sens. Vous vous prétendez inapte à faire oeuvre littéraire? Soit! faites oeuvre canadienne, tout simplement.
—Mais écrites ainsi, sans cérémonie ni syntaxe, ces pages sembleront l'effet d'une gageure.
—Qu'importe! Ce sera au moins un travail intéressant à envoyer au Comité du j'arler Français qui prépare notre Glossaire. Vous ‘avez lu les “contes canaliens” dans la revue du folk-lore américain ?
—Oui, et vous voudriez que j'écrive ainsi?
—Pourquoi pas?
—Mais alors, au lieu de suivre les exemples de nos ‘“‘maîtres de l'heure”, je prendrais une voie diamétralement 0o2posée, puisque j'aurai, moi, quelques mots français piqués comme des fleurs sur les sentiers raboteux de mes phrases du terroir.
—Ce sera exquis!
—C'est donc sérieux? Eh bien! c'est ainsi que je les ai écrites, afin de me rendre compte par moi-même de la tenue qu'aurait une suite d'articles écrits sans art, en “style habitant”. Je vous les cnvoie telles quelles et vous les recommande :
c'est souverain contre les ailaques de neurasthénie. Pax et Bonum!
—Enfin!
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ne.
Les foins à la petite " faulx
EST Peut-être parce que la mort l’a prise pour arme 3 symbolique, Mais la petite faux nous reste tout de
même, et avec la connivence des rochières, des Marais et des | aborts, Maigres lambeaux de ses domaines usurpés, elle promène Parmi nous sa mar.
| che apologétique.
Entre temps, elle demeure inoffensi
Et pourtunt si la petite faux voulait
sortir de son silence et ROUS raconter ses
pèlerinages héroïques à travers les souches
De ER
SK Ja
nE et les chicots des premières terres neuves, depuis le jour lointain où, grâce à un homme de génie, elle fut inventée! Mais toujours comme les vieux, elle courbe l'échine et ne dit motte. Evoquons ce “temps” dort elle vit et dont elle meurt.
C'est un moyen infaillible d'ouvrir son âme d'acier insensible et froide en apparence, mais qu’un seul rayon de joie peut réchauffer.
Pauvre petite vieille! de quel éclat ne brillais-tu pas jadis, lorsque dans le vitrau du marchand général — où il n’y avait généralement pas grand’chose — tu attendais, au milieu des pièges-à-rats, des ER romaines et des sucriers de cristal, ton #] 5: nouveau maître. ‘
; Hélas! tu m'’attendis toujours en vain,
; car doué par le ciel, dès l’âge le plus tendre — pour dire comme la maîtresse:
2 d'école — d’une aptitude peu commune pour faucher les roches et les fourmillières, le père chez nous me dotait toujours d’une faux de l’autre saison, non sans l'avoir onctueusement repassée sur la meule” pour m’en faire accroire. Mais en
RE ET. RSR - à
revanche, en ai-je après l’école, près de la corde de bois et |
Au petit jour,
‘OUS auriez pu les voir descendre, la fau
X en balan sur l'épaule,
ns le foin, plus
ge, il ramenait avec force à lourd éventail
son bras, il allait reprendre un autre andain, qui était
suivi d’un autre et d’un autre... ;
ee
Dès qu’un faucheur s’apercevait que sa faux était moins prime, de retour sur la planche d’about, il la dressait devant lui; puis, tirant de sa jambe de botte une pierre à aiguiser, il la trempait dans l’eau de la rigole voisine, ou (excusez, Mes< dames), il lui crachait à la figure, mais sans mépris. Alors, par une suite de gestes à la fois savants et difficiles, il faisait glisser cette pierre, de l’un et de l’autre côté du taillant, lequel, avec un son de grelot fêlé, reprenait sa coupe dans le temps de rien.
D'’ordinaire, les faucheurs avaient?eu le temps d'abattre, avant de déjeuner, un rodeux de beau morceau, dans le coin, ou une lichette tout le long de la pièce. Si je mets ici que cinq ou six crépes ne leur faisaient pas peur, c’est à titre de simple renseignement. Aussi était-ce avec un courage nouveau et des forces nouvelles qu’ils retournaient à l’ouvrage, accompa- -grés eette fois des faneurs et des faneuses.
Rien de joli comme les mouvements capricieux et enjoués des faneuses au-
EU ; pus
midi vient vite. Déjà, vers les neuf heures, on avait vu remonter le postillon ‘. qui ne manquait jamais de jaspiner à propos des ornières et des cahots de notre part de route. Puis vers onze heures, on le - revoyait pointer au déviron de chez Blan:
chette, ramenant les promeneux pour le train de midi. Et comme chez-nous nous * n'avions pas de porte-voix, comme chez - - Major notre voisin, on guettait l’ombre de la chunée chez Limoges notre arc-boutant: lorsqu'elle tombait en plein sur lebord du lorimier, c'était midi juste, ça fendait le canon de la citadelle, dont le : bruit donnait le signal du départ pour le - dîner. ; Vers les deux heures de relevée, nous pouvions déjà nous mettre au ratelage, en .
: commençant, comme de raison, par le “. premier fanage du matin. Vous qui me ” lisez, dites! avez-vous déjà ratelé? Non?
“ Bien alors que Dieu vous bénisse! mais je le regrette pour vous, car il vous sera difficile de bien comprendre ce qui faisait l'agrément et la beauté de nos anciens : foins à la petite faux. ”