‹ Les choses qui s'en vont [microforme]Chapitre 5 sur 5 · HT NAN · texte numérisé non relu

HT NAN

Femplacement de la laiterie et leur cureà lui donne une orientation convenable, nous révèlent l'importance qu'y attachait un homme qui avait de la conduite.

L'endroit tout désigné était au ras ia:

- maison, quand ce n'était pas tout amont.

Et comme les pompes étaient encore un grand luxe, on cherchait à la bâtir près de la source ou du puits, quand ce n’était À pas sur le puits même. Le lait et la crème “0 prennent le plus facilement du monde un ; mauvais goût et une mauvaise odeur; la ménagère le sachant mieux que personne, n’épargnera rien pour. prévenir, par de fréquents lavages, les senteurs de moisi, de graillon, de renfermé ou de cani.

La laiterie était rambrissée en planches jusqu’au solage, ou mieux jusqu’à la Planche à coyau, et quasiment. toujours couverte en bardeaux. La porte, tournée vers le Nord, afin que le soleil y entrât le moins possible, barrait au calenas, rapport aux vardeux de nuit. Les petites fenêtres étaient pourvues de rateliers, ce qui n’empêchait pas toujours les mortelles mouches-à-vers de s’y introduire. Puis .

elle était blanchie à la chaux le dedans comme le dehors. S'il n'y avait pas d’âbres avx alentours, on plantait du houblon et ae la vigne sauvage, dont les ombres protectrices la couvraient d’un manteau de fraîcheur. Devant la porte, . çe n'était pas défendu de planter des gadelles rouges et des fêves rameuses qui tortillaient leurs tiges fleuries jusqu’au lorimier.

- Maintenant, reconstituez dans votre imagination. l’image de la petite laiterie blanche, couverte de sa mante brodée de . fèves fleuries, et dites-moi si nos grand’mères ne s’entendaient pas à merveille = Avec nos grand-pères pour savoir mettre gracieusement autour d’eux, comme dans Jeur vie, l’agréable tout à côté de l’utile.

Cependant, chez les “habitants” comme ailleurs, on n’a rien sans peine, Si la laiterie était une source de jouissances et de bien-être, elle demandait en retour des soins attentifs, diligents et continus.

Tous les matins que le bon Dieu ame.

-#ait, au chant du coq, la femme d'habitant était sur le pont. Après avoir fait sa

hist Te ue ge

prière (et lorsqu'elle était le moindrement dévotieuse, ça n’en finissait pas), elle allumait le poêle, épluchait les patates qu’elle jetait dans la chasse-pinte avec une jointée de sel, et mettait le tout sur le rond du fourneau. Puis elle s’en allait à sa laiterie. Suivons-la.

En ouvrant la porte, La Grite jetait un regdrd. circulaire pour s'assurer que

tout était en ordre. Sur le milieu des

pans, de longues planches s’étageaient en rayons de bibliothèques. Au centre, sur la grande table, des piles de bois et la jarre-à-la-crème. Les rayons, la table, le plancher, le tout en bois blanc, sans peinture, étaient lavés au lessie, ce qui revient à dire: jaunes comme de l'or et propres comme un sou neuf.

La Grite s’approchait donc de ses raÿons et penchait un petit brin une bolle de ta première rangée, puis de la seconde, puis de la troisième, pour voir si le lait était

bien crémé, s’il était encore doux ou déjà ,

sûr. Dans la canicule, en effet, ou bien lorsqu'il tônne fort, dans une nuit, le lait. SE tourne et prend goût de sûrette, laraq il * à

EM" Pl

né caille pas. La Grite retirait alors des : tabfettes et alignait sur la table, les vaisseaux qu’elle avait jugés à point et qu’elle écrémait d’un tour de main avec sa miine, Le lait sûr et les cailles étaient destinés — sous le respect que je vous \dois — aux petits gorets et aux veaux, surtout lorsqu'elle avait dû faire prendre le lait avec de la Dorsure. Les écuelles et ‘ les terrir.: -ides étaient ébouillantées puis essuyées à demeure et replacées sur la table pour la traite du matin.

… Les tireuses de vaches arrivaient avec Chacune deux grosses chaudiérées de lait : Chaud couvert de broue blanche. La Grite … décrochait le couloué pendu au ras la * . porté et coulait le lait dans tous les vais- -. Seaux qu'elle rangeait ensuite sur les «planche, par ordre de grandeur: les bols de 3 chopines, les bols-à-bec, les fonds-de- -- Sarre, etc. Puis la ménagère emportant > - les chaudières, fermait la porte pour aller -, faire son borda. Et la même cérémonie -.-8e déroulait le soir, et tous les matins et -" toùs les soirs. * Lorsque la jarre-à-la-crème était rem- -

plie, c’est-à-dire une fois et même aeux fois par semsine, il fallait faire une façon de beurre. Le moulin — avec tout son grérent —, qui coiffait un piquet à la porte de la laiterie, était tout c’abord rincé d'importance. Puis La Grite y vidait sa jarrc-à-la-crème et: “Vire mon fieu, mais vire pas trop vite; ça rend la crème folle!” Et le petit garçon virait, virait, jusqu'à ce qu’en venant gratter le moulin, La Grite vit la crème se grémeler.

Alors le beurre quasiment fini se prenait en mottons et retombait flac dans le petit lait. s

Les mottes de beurre, retirées du moulin et lavées d’abord à grandes tassées d'eau froide, étäient ensuite élaitées et battues avec la micoine ou avec les mains ; puis enfin, salées. E

Comme la Grite, en bonne femme de ménage, tenait à se rendre compte des profits de ses vaches, elle pesait sa battée de beurre dans sa grande balance de cordes et de planche, avec des roches eh guise de poids. Devait-elle serrer le beurre pour la provision d’hiver? elle en :

Er

emplissait des petites tinettes, couvrant le beurre d’un petit linge bien blanc, chargé d’un bon rang de gros sel, puis elle Y versait encore de la saumure portant

un oeuf et remettait le couvert fermant

bièn à juste. Si, au contraire, le beurre devait servir à la dépense journalière du

. ménage, ou était destiné à être vendu, il

était façonné en petits pains, pressé dans des moules spéciaux incrustés d'étoiles et de fleurs, puis déposé en attendant, dans de grands plats sur le puits.

La visite n'avait ‘qu’à venir, la Grite n'était pas en peine pour la recevoir. Aux plats de résistance venaient s'ajouter le lait, le beurre, la crème. Et quand je vous ai dit que la laiterie était une richesse, ai-je menti, oui ou non ?

Mais, comme la mode des crinolines, celle-ci est passée, avec cette différence toutefois, qu'elle ne reviendra pas.

Une chose certaine, c’est que, même chez les habitants — je rappelle que l'exception confirme la règle — on ne met plus de lait sur la table, sinon dans ün petit pot, juste pour empêcher les enfants s

NS TS F Pi js a G TS ant: Dati ctaai te nn -

de brailler après, et inspirer une crainte respectueuse aux grandes Personnes. On vous offrira asteure, dans une visite, de la petite bière et même de la grosse bière, .uand ce ne sera pas de la bagosse ou du forlingo, avec des crackers achetés et durs à se tuer avec. Les enfants eux, après l’école, trouveront toujours des pommes véreusesiet des prunes vartes.

Aussi, je le répète, si je l’ai déjà dit, Pourquoi faire des laiteries ? D'ailleurs, Personne ne se pose plus cette quéstion :

le problème est résolt, la réponse est trou- -Vée: on n'en bâtit plus.

Il en reste bien encore debout, quelquesunes par ci par là — des vieilles toutes décrépites —, par habitude plutôt que par conviction. Mais, Dieu me pardonne!

Savez-vous ce qu’on en fait? Devinez! Je

VOUS gage que vous ne le trouverez pas tout seul. Vous ne trouvez pas?. … Ony met les outils du jardinage et tout le drégail de la sucrerie...

Si c’est pas de valeur!

E notre temps, c’est-àdire à une époqué, mon Dieu! oui, tout à l'heure reculée, le Voyageur qui montait de la Pointe-Lévis à Pain-Sec ou qui descendait de Sommer-

set'à la Rivière-du-Loup, apercevait par-

tout dans les Campagnes, comme un clocher au-dessus des bâtiments des cultivateurs, un bras de moulin-à-battre: c'était

Un peu comme les stylos de nos jours, tout

le monde en avait. Personne d’ailleurs ne

songeait à s’en plaindre, le Paysage moins que tout autre, et le Pauvre voyageur, lui, trouvait ainsi sur sa route, comme des jalons, ces bras terminés par une petite croix qui semblait tenir une bénédiction élevée sur son voyage.

J'ignore si, aujourd’hui, il Y 4 encore des voyageurs sur les vieilles routes, si généreusement bordées de framboises et

de cerises-à-grappes : tout est si changé!

Somerset, on n'a jamais su Pourquoi, est devenu Plessisville : la Rivière-du-Loup, dont la rivière est bien encore là, mais où

de la paroisse qui nous vaudrait ces changements? Seuls, pourraient nous le dire les auteurs de ces innovations ridicules.

Quoi qu'il en soit, si vous Passez aux jours d'aujourd'hui, sur ces mêmes chemins du roi, à dix lieues à la ronde, vous ne verrez plus un seul moulin-à-battre: et ce que l’on peut constater aussi à l'oeil nu, c’est que le paysage nous apparaît d’une platitude admirable.

Autrefois, les bâtisses de la ferme, avec ce bras de moulin en guise de mât, paraissaient, — dans la houle des blés ou amarrées au quai des chemins — des navires à l’ancre:; et ce qui est exquis, des navires qui ne partent jamais. Maintenant, les

bâtiments farauds s’crasent autour, de la £range fardée qui a, la plupart du temps — humiliante réminiscence - - une girouette: ça vire toujours, Sa crie souvent, Ça reluit quelquefois et avec tout cela c'est inutile.

Le moulin-à-battre, lui, ne virait pas toujours, ne criait pas souvent et ne reluisait jamais et malgré tout cela, était utile.

Sans aucune prétention de figurer ja-

l'année, il‘se Permettait à peine des Quarts de tours, lorsque par Condescendance, il

et ce devait être de joie, comme ces grands.

pères qui rient en faisant sauter leurs petits-fils sûr leurs genoux.

caprices des tout petits; puis subitement apprivoisées eHes-m' -1es par sa douceur,

M is

“pin.

es

nes ds

onto LEE AE

Pan intense ancemn monte imrseur di pbit à CRT

CRE tes

ausnié à

FARM iii. :

FAR habllns dé :

elles bâtissaient leurs nids dans la grand’. : roue. Pour calmer alors la sollicit:de inquiète du jeune couple, le moulin laissait Sarrotter ses bras de géant avec les souples liens de leurs envols gracieux, noués et renoués sans cesse près du nid. Il devenait si impassible, que la mousse veloutait son frein jusque sous la roue, tandis qu'à ses pieds l’herbe St-Jean, la marguerite et le pissenlit lui prodiguaient leurs peu estimables richesses.

Lorsqu'à l'automne, les hirondelles repartaient avec la génération nouvelle pour le “pays où fleurit l’oranger”’, le moulin, témoin discret de leur bonheur passé, les regardait partir et les suivait très loin, de son geste d'adieu triste.

Seule la neige qui avait rencontré les + Voyageuses en chemin et qui lui en apportait des nouvelles, avait le pouvoir de le réveiller, de le tirer de sèn engourdissement. Obéissant alors aux secrètes puissances du devoir, et peut-être aussi pour imiter ses petites amies absentes, il se laissait poser des ailes et préparer pour \a saison des battages. |

classique pour écorner les boeufs. Les Préparatifs au’il réclamait n'étaient d'ail.

leurs ni longs ni compliqués : enfoncer quelques carvelles, resserrer quelques coins, avoir huilé l'arbre de la grand'roue,

Au premier bon vent, il n’y avait plus qu'à décotter le moulin et alors l’une après l'autre, les fières vergues s’abaissaient, s’inclinaient jusqu’à terre, se relevant sans cesse, mais toujours Vaincues par la force impérieuse du vent, tandis qu’à l’intérieur

Ordinairement Ja journée du battage commençait après le train du matin, alors que le vent n’est ençore ni régulier 1j

violent. Sur les dix heures, alors qu'avec le soleil il avait pris de la force, il fallait souvent dévoiler un peu, à moins que le vent lui-même nous eut prévenus: alors on en était quitte pour aller cri les voiles dans les écores du ruisseau sinon plus loin, piquées dans quelque banc de neige. Vers les quatre heures, avec le soleil baissant, le vent perdait de sa violence et comme en hiver la brunante vient vite, on avait autant d'acquet d’accôter le moulin et d'aller faire le train du soir.

Plusieurs fois, pendant la journée, la grand’mère, derrière sa fenêtre, avait daigné arrêter son rouet, et après un coup de pouce à la câline, la main en abat-jour devant les yeux, elle avait suivi du regard les mouvements du moulin. Il était si joli d’ailleurs! Qui ne l'aurait pas admiré lorsque sa silhouette grise se profilait sur le toit de chaume verglacé de la grange, aux bords duquel la poudrerie accrochait ses franges flottantes. Il semblait alors défier les rafales qui poussaient le long des clôtures ou dans les coulées, pour :

l'amasser en: bancs, toute la neige de la

‘ dernière bordée.

Il était d'une joliesse si

Captivante qu’il n’en fallait pas plus pour calmer les cris du petit dernier qui faisait ses dents: la grosse bébelle consolait de tous les chagrins, £uérissait de tous les maux. ,

Maintenant les enfants peuvent faire leurs dents tout seuls et crier comme on sait. La memére sera peut-êtfe encore Jà pour les dodicher et les Consoler, mais elle n'aura plus la grosse bébelle à leur montrer: le beau Vir-vir est parti. .«. Chassé par l’impitoyable progrès.

Mais avant de disparaître de nos hori- Zons et de fuir devant ce maître d’hi

des Concessions.

Oui, des Concessions: voyez plutôt. Ils ont consenti d’abord — e

mortes !

bile (1). Avant que la

procédé de défense, de faire du Palais. C'est mon Cas.

renoncé d'avance à émouvoir ie faire sourire, Et vous sa sourit, c’est un homme perdu, J'ai dit.

et pui

plus cruelles ignominies.

qu'ils ne pouvaient plus marcher, on les a couchés à terre et fait tourner par des boeufs! Des boeufs, pour remplacer le vent! je vous demande!... , Des boeufs N pour remplacer les hirondelles!.. . cela manquait de poésie, et c'était tout de même, avoyons-le, un peu fort. Les vieilles machines ont senti l'ironie, l’odieuse dérision: elles en ont été profondément humiliées, et blessées au coeur, elles sont

de succès, il n'entre Pas, que je sache

vez, un ho

Profitant de ce

Voyez maintenant si le progrès est ha-

terrible nouvelle

ne se répandît dans les rangs, sachant bien que nous tenions à nos vieux usages incommodes, il a rassemblé tous les bras

le panégyrique de

ce même adversaire, fût-il son Meilleur ami, hors

“Choses qui s’en

vont” est ma cause désespérée: or, Comme j'ai

le jury, j'essaie de

je veux dire, gagné.

mme qui - -

antés drus, le long des routes, afin de prévenir les réclamations importunes d'un Voyageur encore possible et grincheux, natureHement. Il s’est douté ensuite —

Compagnies de télégraphe et de téléphone

-.— 8Vaient du fil à retordre pour faire parler les-gens d’un bout à l’autre du pays, il

: leur a demandé d'en jeter sur ces vieux s. bras de Moulins, toujours tendus au vent

à Congrès annuel, à l’arrivée et au départ de Ë la nouvelle migrai.on.

Ces deux plaintes Prévenues, ces deux

sources de regrets taries, le progrès a

songé à remplacer la machine antique par

- Une invention nouvelle, créée à son image : et à sa ressemblance, C’est peinturluré

+ ea

loin où de près, peut se rapprocher de l'esthétique la plus sauvage. Deux chevaux ahuris et résignés marchent quelque part là-dessus, avec la consolante illusion d'avancer. Il faut dix hommes administrés et prêts à mourir pour satisfaire ses exigences à la voix de ferrailles: ça fait un vacarme d'enfer où le vent du ciel n’a rien à voir, Dieu merci! Mais, ça bat la récolte en trois jours: voilà le triomphe.

Il ne manquait plus que cela cependant, et l’on peut appeler cela, je crois, un comble. Ces machines nouvelles circulent par les rangs de nos patoisses et s'arrêtent aux mêmes portes de granges auprès desquelles se tenaient leurs victimes: n’estcé pas cruel! Pour les venger de ce dernier affront, avec moins de grâce et de vie que d'amour, j'ai voulu esquisser à coups de plume, dans le clair-obscur de mon style qui ignore le progrès, lui, cette silhouette: à jamais effacée de nos paysages, afin que nos vieux moulins se tiennent debout dans l'imagination de nos petits neveux comme ils restent toujours dans nos plus lointains souvenirs.

St —

En perdant le moulin-à-vent, le paysage a perdu un élément de beauté, a vu s’évanouir en même temps un peu de sa vie et beaucoup de sa poésie. |

Quand: j'aurai ajouté, pour ne‘pas critiquer déraisonnablement le progrès, que la nouvelle machine est plus pratique — seul éloge qu’il ambitionne, d’ailleurs — vous me laisserez bien, en px, regretter nos vieux mins, au moins pour les hirondelles...

Les moulins à farine

ORSQUE autrefois ceux que nous nommons au- ‘ jourd’hui les Grands Maîtres voulaient peindre une ruine, leur choix se portait de pré-.

férence@ur un château croulant ou sur un moulin abandonné. Que l’on feuillette l’histoire des différentes écoles de peinture ou que l’on visite les musées, on cons- -tate que les peintres, + pour le plus grané nom- 23 bre, ont sacrifié à cette Sr mode. Et lors même qu’ils l’auraient fait pour obéir aux caprices galants des lé gendes moyennâgeuses qui se peuplaient de jolies meunières devenues châtelaines,.

il faudrait les en remercier: car presque : = toujours ils ont su envelopper la force

. hardie de leur technique, d'une si rare saveur de coloris, que la renommée a voulu retenir leurs tableautins parmi les chefs-d’oeuvre qui sont une des gloires du génie humain.

Chez nous, en notre pays neuf, où le souci du pain quotidien doit primer toutes les autres ambitions, si modestes soientelles, on comprend sans peine que l’histoire de l’art en soit encore à la préface.

Et puisque j'ai dit: préface, ne serait-il pas le temps d’écrire — pour faire suite à celles de notre littérature si magistralement commencées — ces premières pages de notre histoire artistique? La noble initiative qui en fut la créatrice, si peu importante qu’elle apparaisse aujour- . d’hui, ne fut ni sans courage ni sans .succès. Puis donc qu’il n’y a rien de petit dans l’histoire d'un peuple, le souvenir de cet humble mais réel effort mérite de survivre avec les noms des auteurs qui, pour avoir honoré notre nation, méritent d’être . honorés par elle.

C'est une tâche relstivement facile, puisque nos primitifs, si je puis dire, sont

dd.

nos contemporains. Et pourtant, combien le travail aurait été davantage facilité.

encore, si tous ceux qui ont exercé les arts chez nous s'étaient fait un honneur et un devoir de créer pour nos musées — comme le Frère récollet Luc le fit jadis pour ces musées de la Foi que sont les églises — une toile ou une statue représentant un personnage ou un épisode de notre glorieux passé! Ils auraient écrit euxmêmes, et combien éloquemment, les plus belles, les plus puissantes pages de cette préface; pages immortelles comme l’histoire elle-même, et plus propres que mille documents à nous révéler l'attitude de l'âme canadienne dans son élan initial à la recherche du beau.

N'est-ce pas en effet le Frère Luc qui, vers le dix-huîtième siècle, fut le premier à exercer l’art de la peinture dans la:

Nouvelle-France? Il est vrai qu’en parlant de la première église franciscaine de Québec, le R. P. CharlcŸoix, S.J., dans son Histoire du Canada, nous dit: “il faudrait en ôter quelques tableaux qui sont grossièrement peints; le frère Luc en & mis

ET

de sa façon...” . Que n'a-t-il reproché à Champlain de n’avoir pas tracé la Grande Allée ni bâti le Frontenac, lui qui avait vu Versailles! En supposant que le jugement du R. Père soit juste, il n’amoindrit en rien l'importance du rôle de frère Luc, comme initiateur : c’est le seul aspect sous lequel nous voulons ici envisager son oeuvre artistique au pays. Malgré les nombreux lustres qui séparent £on époque de celle où les arts prennent définitivement racine chez nous, qui refuserait de reconnaître dans le fils du Pauvre d’Assise comme un de nos précurseurs sur cette voie de beauté, et de saluer à cet horizon, comme à celui de notre Foi, la pensée franciscaine, semeuse obscure; de cette moisson d’art qui ne demande qu’à s'épanouir sous le soleil de la vie chrétienne, et qui promet comme elle une floraison et des fruits dignes d’un peuple qui n’a pas cessé de croire.

Mais je vous entends dire: vous voilà bien loin de votre moulin à farine. J'y arrive. Lorsque notre future école canadienne de peinture, après avoir passé par

les phases du développement de ses au- gustes aînées, en viendra, si elle veut conserver les traditions classiques, aux paysages de ruines, elle ne trouvera pas :

de modèles chez nous; et la raison en est j bien simple: nous n'avons jamais eu de châteaux et nous n’aurons lus de moulins.

Nous n’avons jamais eu de châteaux.

Je ne prétends pourtant pas faire de cette assertion bénigne une bombe qui aille démolir ceux qui se dressent, combien vénérables ! au fond de notre histoire. Comme je parle peinture, je me place au point de vue du peintre. Or personne n’ignore + que le mot château a, pour l’artiste,-une signification, ou du moins évoque une image qui ne se dégage pas nécessairement de la définition qu’en donne le dic- Ê tionnaire de l’Académie. Pour le peintre, qui incarne les idées sous des formes visibles qui les exaltent, un château est bien» la demeure princière sans doute, mais aussi, et j'allais dire surtout, la masse architecturale à l'aspect pittoresque ow.

étrange, avec ses muüraiies nues où fortifiées comme une citadelle, ou déco-:

rées et fleuries comme une villa italienne.

Le dictionnaire nous présente le château comme la demeure féodale, la résidence seigneuriale ou royale tout simplement ; et c'est avec ce sens précis que le château apparaît aux pages de notre histoire, Lors, jamais un peintre qui ne sera pas un peintre d’histoire et d'histoire canadienne ne se décidera à étiqueter du nom pompeux de “château” le croquis du “Ramesay” par exemple, malgré la poivrière ridicule dont on a eu la curieuse idée de le flanquer en ces derniers temps, en guise de trébuchet, pour les Américains qui le kodaquent et l’aquarellent avec furie.

Après celui-là, faut-il mentionner le chàteau Bigot? Il n’en reste plus guère qu’un glorieux souvenir planant sur la masse informe d'un débris de mur qui s'effrite et ‘s'enfonce davantage tous les jours, et sur lequel il faudra bientôt planter un pôteau indicateur.

* … Nous avons bien, il est vrai, le “Frontenac” et le “Laurier” et leur belles proportions pourraient séduire un amateur de silhouettes; mais leur granit luisant,

ee

leurs briques saignantes et leurs plâtres livides, sur lesquels les siècles hésiteront longtemps à tisser leurs mousses et à incruster leurs rouilles, feront que nos peintres, soucieux de vérité autant que de beauté, n’y verront que des anachronismes prétentieux, propres tout au plus à être ébauchés sur une toile de théâtre, pour servir de décor à une scène de vaudeville.

Voilà pour les châteaux.

Quant aux moulins, il serait presque temps de les peindre, puisque bientôt, s’ils ne tombent pas en ruine, les industries nouvelles vont les métamorphoser du tout au tout. Ils prendront nécessairement une physionomie résignée que leurs nouveaux maîtres leur imposeront et que nous, nous ne connaîtrons pas. C’est ainsi que les moulins s’en vont.

Un beau jour — il y a belle lurette de cela — en revenant du marché et croyant faire un coup d’as, un cultivateur a acheté un cent de fleur. “Tiens, sa mère, a-t-il dit en versant le sac dans la huche, tu

feras du pain. blanc asteure.” . Voilà la

faute originelle après laquelle est venue

+ Me

celle, combien plus légère, d'acheter le son, le gru, etc... pour les animaux. C’est ainsi que, peu à peu, les barouches et les berlots se sont faits plus rares à la porte du moulin; force fut bien 4u meunier de laisser la vanne close et de voir la dalle se goffrer au soleil et couler comme un panier. Les deux ou trois moulanges qui ne cessaient de tourner du jour de l’an à la St-Sylvestre, et qu’il devait piquer dans la canicule, lorsque Keau est basse, eurent des jours d’abord, puis des semaines et des mois de repos. Toutes les piles de sacs remplis de moulée qui lambrissaient le moulin à l’intérieur, disparurent ; aussi peu à peu le moulin apparut grand. Ses moutures ne chauffant plus l’atmosphère, - le moulin devint humide, cru, et froid; ça sentait déjà le mort.

Si, par un reste d’habitude, vous entriez un de ces jours dans un de ces anciens moulins, vous ne vous y reconnaîtriez plus.

Dans l'air moisi et comme peureux, audessus de trappes qui baillent toujours, pendent des courroies mortes sur des roues inactives. Si vous rencontrez le

meunier, vous aurez peine à le reconnaître.

Il n’est plus habillé de blanc selon l’antique tradition, car n’âyant plus à surveiller la trémie ni la boîte à moulée, vous ne verrez plus un seul atome de manivole ni sur ses épaules, ni sur son chapeau, ni sur ses sourcils. S’il vous prend fantaisie de lui parler, vous n’aurez pas besoin de vous égosiller comme autrefois; le bruit trépidant des moulanges tournantes et le roulement de tonnerre de la grand’roue poussée par les masses d’eau, se £ont tus..

Le meunier lui-même paraîtra étranger chez lui; mais comme il veut quand même garder son moulin, il s’est vu obligé d'y introduire de nouvelles industries qui, se.

développant sur le même théâtre que l’an-.

cienne, lui donneront l'Hlusion d'être en … core le meunier d'autrefois. Les moulins ont fait leur temps! Fe On peut se demander maintenant ce que vont devenir les écluses, pour lesquelles la nécessité d’amasser l'eau imposait des.

réparations annuelles; ne vont-élles pas s'ouvrir pour ne plus se fermer, et s'en.

aller, elles aussi? g

PMR SU LE

Eee

Oh! nos belles écluses, à deux ou trois niveaux différents: elles qui avaient la consolante mission de faire descendre un Coin du ciel près des moulins! Nos belles

+ “écluses, chutes Niagara en miniature, avec 1 blancheur irisée de leurs eaux tombant sur les cailloux! Hélas! comme il

n'y a pas de loi divine ou humaine pour empêcher un sot de faire une sottise, on Yerra, un de ces énergumènes ami du pro-

- grès les ouvrir, sous prétexte qu’elles ne sont plus pratiques. Heureusement toute-

Sois que la bêtise - humaine est impuis-

Sante à tarir l’eau des sources et l’écluse devenue simple ruisseau continuera tout “de même à couler ; cela nous vaudra de

:garder nos petits ponts, nos charmants petits ponts ‘rustiques qui nous tendront

‘ Æoujours, eux, comme de vieux amis fi-.

dèles, leurs bras tremblants.

+, C'est peut-être tout ce qui nous restera des moulins de jadis, ces petits ponts, qui aüraient leur histoire intéressante et = douce, comme tout ce qui se perd dans la “brune au fond de nôtre vie 25 S'il y aurait des choses à dire sur ces

petits ponts! Je préfère retourner au moulin à farine qui s'élevait tout près de chéz nous, sur un écran de tuf fleuri de verges d’or et de sureau blanc, tandis qu’à ses pieds processionnaient des peupliers’ droits et craintifs. Il était tout gris, avec son toit un peu écrasé, sans lucarne. Des petites fenêtres pércées sous le larmier lui donnaient de loin, comme à des yeux cachés sous des sourcils en broussailles, un air de mauvaise humeur qu’accentuait éncore le grondement sourd et continuel de l’eau courante, au murmure de laquelle.

je me suis endormi pendant vingt-cinq ans.

Le meunier, qui courait toujours de ses pommiers à ses abeilles, et de ses choux .

à ses moulanges, était le type de la spirituelle bonhomie : son âme de chrétien sans peur et sans reproche était le tabernacle .

de la bonté. Je revois encore la meunière — on l’appelait la belle meunière — avec son fin profil qui se détache plein de. 2 grâce, penchée sur sa corbeille de carreaux. =<# d'indierie, dans l'ombre de la fenêtre ou-

LE

yerte. Et derrière elle je crois apercevoir … les trois fées dont la jeunesse et les talents s’épanduissaient en vie active et heureuse.

Je pense toujours à l'héritier qui continue, Sinon la tradition du métier, du moins -celle de haute probité qu'entre autres trésors lui ont léguéé les vieux qui ne sont . plus.

.- Encore aujourd’hui, quand je :erme les Yeux, le beau moulin m'apparaît comme en été derrière son rideau de feuillages ; Comme en automne, lorsque m’y rendant - €n commission par les écarts du ruisseau, - J'en revenais avec le sourire de la meunière dans les yeux, et les mains pleines de pommes d'amour, données par le meunier; il m’apparaît comme en hiver, tel un joli pastel encâdré dans la vitre de la fenêtre, car les bancs de neige ne s’éle- Vaient jamais assez haut pour nous en intercepter la vue. Et ce soir, je crois le revoir encore comme un de ces soirs-là, derrière le voile de poudrerie, avec ses deux petites lumières qui, jadis, ont veillé -si longtemps sur moi, dans la nuit.

Et voilà que, malgré que je ne sois pas .

peintre et qu’il ne tombe pas en ruines, le: : beau moulin, je m'’aperçois que je l'ai P peint... |

Le brayage

OUS voici rendus à l’un de ces beaux matins d'automne que l'hiver semble déjà engourdir et glacer. Une petite gelée blanche, Pas exquisement timide de la neige qui :

s'en vient, argente les maisons grises, les clôtures qui les entou-.

rent et courent dans les champs. Sur les

—— arbres dénudés pen-

: — ere dent encore, comme

des médailles de bronze, quelques feuilles têtües qui se balancent comme par un

reste d'habitude. Le soleil frileux hausse -8on disque décoloré derrière Ja haie noire des sapins du sud et monte lentement dans : 1 firmament où les dernières étoiles gre- . “ottent pâles, pâles, Et l’on se demande

s’il veut réchauffer l’atmosphère celui qui, à la tête de la rochière, s’apnrête à allumer un feu. ‘

Le fourneau devant lequel se trémousse le père Colas est ménagé dans la pente de terrain et se conserve intact d'année en année ; le chauffeur n’eut, ce matin, qu'à enlever les feuilles mortes tassées dans les angles, en alignant les pierres: qui: limitent le foyer. Avec une poignée de ripes et un petit brin d'écopeaux, puis des éclats de bois de four et des rondins secs, dans” le temps de le dire, le feu a été pris. Et ce n'est pas un petit feu comme celui qu'on allume sous la chaudronne lorsqu’ on.

‘coule la lessive et qu’on lave au battoir — encore des choses qui s’en vont... — celui-là a au moins deux brasses de long:

Pendant que notre homme a le dos. tourné, je vais vous dire pourquoi ce feu-là : chez Charlie, où nous sommes, il se fait, à.

matin, comme manière de courvée pour brayer ; les voisins arriveront tantôt avec, leur lin, qui sera brayé en commun, comprenez-vous ?

Le père. Colas, debout devant feu

s’essuie les yeux avec la manche de sg frocque — rapport à la boucare — et je l’entends machouiller : “bondance! que ça:

chauffe ben l’épinette rouge! mais qu'ils viennent eux autres, le fourneau sera paré en plein.” En attendant il redresse et solide les piquets qui s’enfoncent aux angles du foyer et qui soutiennent les perches formant le gril sur lequel le lin devra être chauffé.

+ De fait, tout semble bien paré. Les brayes ont été apportées la veille au soir et sont disposées comme ci comme ça, tête bèche et n'importe comment, selon les ca- “prices du terrain qui, dans une rochière, ‘est malcommode en grand. “De ce couplà-— marmotte encore le père Colas qui gosse la poignée de la gaule pour fourÿailler les tisons — j’cré ben que les v’lon.” On ne voit pourtant rien, mais le temps est si écho et le père Colas a l'oreille si fine qu'il a entendu les pas cadencés du cheval descendant la Charge de bottes de’ En sur le pont de la baiterie. Puis on entend bientôt le grinchage des héridelles Sous le/poids de la Charge, le ballottement

des moyeux et le bruit des roues qui écra=

sent en crichant les grignons de terre durcie. Enfin, la charrette ressoud au.

déviron du hangar, suivie des brayeux et

des brayeuses qui s’en viennent en jacas- = sant, Pendant que Ti-Joe dételle la jument et que le père Colas gaffe une botte :

de lin pour l’étendre sur le gril, regardons+

les venir.

Oh! ils ne se sont pas grayés sur leur, trente-six, allez! mais quand on va brayer = ce n’est pas comme ui compéraÿe non plus. .

Les hommes ont gardé leurs hardes de.

tous les jours; ils piquent toujours au plus court eux autres. C'est créatures — les bouffresses — qui ont toujours quelqu’afficot de relai pour tous les instants de leur vie, même pour aller à la bour texte qu'avec des penaillons sadrouillonnes. À matin cependant, elles sont quasiment sans cérémonie: point de robe à taïlle, de tablier braidiné, ni même de souliers à quartiers. Une jupe d’échiff:

recouverte d'un grand tablier à bave attaché sur le mantelette d'indisnne

etre

pois; puis des souliers sauvages, voilà tout leur accoutrement. A peine arrivées, vous les voyez -dénouer les gorgettes de leurs

capines qui vont coiffet les piquets de clôture, puis s’entortiller la tête dans une serviette attachée sous le focquion, parce que les aîyrettes de lin qui revolent partout sont .infâmes comme toutes dans les cheveux. Inutile de dire qu’elles sont toutes sur le trémenne et que ces apprêts n’eurent rien qui ressemblât à ceux d’un matin d’enterrement ; les clapettes se font aller, et il n’y aura guère d’accalmie de toute la sainte journée.

Pendant les divers changeaillages qui s'opèrent — c’est inmanquable avant que chacun ait trouvé la braye à sa main ou à sa hauteur, — le lin a eu le temps de rouir comme à faut, et les brayeux n'ont qu’à se présenter à la chauffeuse — rempla- Sante du père Colas — pour recevoir des Poignées de lin tout brûlant. -

41 va sans dire qu’on ne travaillait pas pour le gouvernement — qui nous dira au.

-jourd’hui pourquoi on disait cela alors —.

. Quoïque le soleil fût toujours bléme comme

un biscuit, sur les dix heures, les châles à pointes, les gilets de‘laine et les frocques avaient perdu de leur vogue, Car à se démèner ainsi devant leurs brayes, Îles brayeux étaient devenus rouges comme des cogs. Or,'on ne travaille pas comme cela en échaffourée du matin au soir, et les fumeux n'avaient pas de scrupules de s’assire sur leur braye, une jambe en balan 2 pour charger leurs calumets.

C'était le temps de conter une histoire, = car on avait pour son dire que si on ne rit $ pas de temps en temps, on ne rira jamais.

Le rôle de conteur, sans qu’on sût jamais trop pourquoi ni comment, échéait toujours au père Colas, petit homme vif comme un taon et maigre comme un cent de clous. Ce bon petit vieux avait été -.

dans sa jeunesse dans les chanquiers du Haut-Canada — dans les trompechipes, comme il disait — employé au buchage, au charriage et à la drave des billots, - Dans les campes, il avait perfectionné … , entre autres choses, sa science, j'allais dire . infuse, de pouvoir conjuguer tous les:

verbes en “ir”, en ne les employant qu’au

passé défini, car il n'y avait rien de laissé

+ : à l’imprécis avec le père Colas.

Ps . Défunt trépassé Batisse était un des

À) héros habituels de ses récits. Que lc folk-

lore se serait enrichi si on avait pu sténo-

+3 | graphier quelques-unes de ses histoires 2

vraies. Hélas! je ne me rappelle complè- tement aucune d'elles, mais j'en recons- JE * truifai quelques bribes, qui pourront = donnier une idée de la saveur de son éloquence. Ecoutons-le raconter à la Fre-

uÉ

ee .. dette, sa voisine de braye, la genèse de sa .“ £© .# journée. “Je me couchis hier au soir la Là | puce à l'oreille et vingt vices, je me ré-

veillis bien dix fois dans la nuite. Vers < les quatre heures du matin, je vis, la tête

sur l’orillette le su qui commençait à blé-

mir; je me levis, j'allumis le poêle, mis les

pataques au feu et me recouchis pour dor-

mir un petit bout de somme de rien en

toute. Je me levis tout de bon sur les six

heures, je fis ma prière et je déjeunis —

les pataques étaient en phrasie dans la chasse-pinte. —.. Ensuite de ça, je barris la porte et vins allumer le feu” Ceci est de l’histoire inoderne et se disait sur le

Ris

ton de conversation. Le ton et l'attitude changeaient du tout au tout lorsqu'il exhumait de ses anciens souvenirs les détails ,:2 épiques d’avaries ou de marchances où de tours dont il avait été jadis le témoin ; ceci # par exemple, closant je ne sais plus quelle

aventure: “la canne silit de magnière © qu’elle lui fracaseit le crabe de la tête;

puis les gens de la gang entrirent dans la ©? cabane, burent tant qu’ils purent et cachi- sent le quart.” Je ne puis malheureuse-

ment vous dépeindre ses gestes de fendeur de bois et le prolongement de certaines = syllabes, qui était sans doute un truc ora= toire pour tenir son auditoire suspendu à.” ses lèvres, selon la gracieuse expression consacrée par l'usage. “3 Lorsqu'il avait terminé son histoire, le père Colas — il n'avait jamais péré de sa vie. — remettait sa pipe éteinte dans sa.

poche de veste et disait d’un air tout démonté: “Il y a ben toujours des émites pour bavasser; ça braye pas pan toute pa toute. Ho don! passez-moi-z'en une .l mère, si c'est un effet de votre bonté, E* il se remttait à écraser sa poignée

… lin avec cette ferveur antique des bucheux à la job, et qui nous faisait tressaillir d’aise de ne pas être du lin pour le quart g : d'heure, - M L'avant-midi comme la relevée passait L : comme une Poudrerie, qu'on n'avait pas le PR: temps de la voir, il fallait l'angelus du soir pour faire cesser le travail. Tous les drayeux se tournaient vers l’église dont = On apercevait le clocher derrière les arbres F- de la Seigneurie Boucher, et l’on récitait

FE Tangelus suivi du De Profundis pour les De é% ‘Ames.

er La dernière fois que je vis brayer — il 28 7 y.h bien 30 ans — la journée finissait A. -. &insi, et sur le fourneau quelques poignées à: à de lin achevaient de refroidir, lorsque la

hauffeuse, en promenant sa gaule dans la braise, en fit jaillir une gerbe d’étincelles qui mirent le feu au lin: c'était la grlade sans laquelle une journée de brayage n’est Pas bien close, et qui fut reçue avec des applaudissements, Le firmament était déjà sombre et je revois encore les étincelles voler comme des abeilles d’or dans le ciel noir, tandis que les reflets de la

PE FETE a Le

Page 1